‹ Religion et médecineChapitre 44 sur 55 · LE MARIAGE · texte numérisé non relu

LE MARIAGE

Le Mariage est, d'après le catéchisme, un sacrement qui sanctifie l'union légitime de l'iiomme et de la femme et qui leur donne les grâces nécessaires pour remplir les devoirs de leur état. Modestin le définit : Co7ijunctio maris et fetninge el consortium On'.nis vilœ, divim et liumaiii jitris commtinicntio. Pour Ahrons (2), « ce qui constitue essentiellement le mariage c'est le don réciproque (ii) de la personnalité totale, physique et morale, entre l'homme et la

1 D'après le tableau de Ogle reproduit in Guiuaud, Hygiène, 2« édition, 1890, page 639.

2) AHRKKg, Phiîosophi'i du droit, 2« partie, ch. i, § 1 (3) « L'idée de réciprocité est ni'o du perfectionnement de l'état social (L. Bucu.'cbr. i

RELIGION ET MEDECI>'E

femme. C'est la fusion de l'ainitié et de l'amour ayant pour but la formation d'une société permanente entre deux individus de sexes différents ».

Napoléon V estimait que « ce qui constitue le vrai mariage n'est pas tant l'union des sens que l'échange des âmes ». C'était aussi, croyons-nous, l'opinion de Dumas fils qui disait : « Le mariage n'est pas l'union de deux intérêts, de deux fantaisies, de deux amours même ; c'est l'alliance, c'est la communion éternelle de deux âmes, et c'est pour cela, qu'il est et doit être indissoluble », c'est pour cela aussi qu'il vaut mieux, comme l'a écrit M™° Ernest Bosc, se condamner au célibat, plutôt que d'unir son âme dans un contact journalier avec une nature perverse.

Voilà ce qu'il faut penser du mariage. Malheureusement aujourd'hui ces notions ont perdu de leur signification.

(( Pour quatre-vingt-dix-neuf jeunes filles sur cent, dit P. J. Stahl, les mots : « Un bon mariage » signifient : cent mille francs de rente et le reste je m'en moque. » Elles oublient que pour avoir les plus grandes chances de bonheur, il ne faut pas avoir des désirs exaspérés d'ambition qui ne laissent après eux que des déceptions et créent des jalousies et même des haines, mais rechercher de préférence « la santé, l'honorabilité, l'honneur et les sentiments » et qu'elles doivent étudier leur mari éventuel pour se rendre compte s'il a « de l'énergie, de la fermeté de caractère^

nrj.lGlON KT MÉDFXINK 171

s'il est apte à unir la force à la tendresse et la justice à la douceur ». Elles doivent se convaincre qu'un mari digne du nom d'homme ne s'achète pas et que si les jeunes gens et leurs familles désirent une dot, c'est elles mêmes qui en sont cause par leurs a exigences croissantes, par leur orgueil, par leur désir probable de régler leur train de maison sur celui d'amies plus riches, par l'exemple de l'ingratitude de celles qui furent épousées sans dot ». Enfin « l'augmentation des besoins de la vie rend la dot utile toujours et même indispensable dans presque tous les cas ».

« Le mariage (1). dit Bolo. est de moins en moins le sacrement institué pour sanctifier l'union des époux. 11 est, de plus en plus, l'art de se couvrir du nom ou d'accaparer la fortune de son semblable, loccasion de voir figurer sa famille et ses amis dans les colonnes des journaux mondains. La confession qui précède la réception du sacrement prend cinq minutes à peine, la cérémonie religieuse est noyée dans les flots de dentelles, la pluie de fleurs et de bijoux, les torrents d'harmonie profane que l'orgue vomit furieux ou gémissant, la grêle des plaisanteries libertines et des quolibets impies. Dieu n'intervient guère que par la contrainte des convenances ou la loi des habitudes.

1) Henry lioto, Les décadents du christianisme, Paris, 1894, page 295.

et pour subir mieux la série d'offenses qui va des restrictions conjugales au divorce. »

Un tel mariage est destiné à être un enfer car la femme sera, dans son for intérieur, « hostile, étrangère, absente du foyer», où, quoiqu'il y ait, il n'y peut avoir les choses indécises rêvées. Souvent elle n'aura « ni un sentiment, ni un goût, ni une idée commune, ni affinité d'éducation » avec son mari. Tout cela sera encore aggravé par la différence des antécédents de famille. Ses exigences en fait de toilette, de plaisirs, de dépenses diverses, de paresse deviendront intolérables, tyranniques et, quelle que soit l'amabilité du mari, un froid glacial se produira qui détruira à jamais tous les élans de tendresse.

Aussi, à la première alerte, un bon procès en divorce sera engagé avec l'espoir de briser une chaîne trop lourde, surtout pour l'homme qui vérifie une fois de plus la justesse de cette phrase de Luther que « jamais un homme ne fut heureux en prenant femme » et de cette réflexion de Shakespeare que le mariage sert souvent à étrangler la féUcité. Ces mariages-là sont, en effet, une cause de maladie, de souffrance, de tristesse, d'émotions pénibles, par conséquent, de mort prématurée, ce qui nous explique peut-être pourquoi de 43 à 55 ans, la mortalité des hommes mariés serait, d'après certains auteurs, le double de celle des célibataires.

Le divorce obtenu chacun court de son côté. C'est de

la polygamie ou de la polyandrie. C'est la destruction du foyer avec tous ses inconvénients au milieu desquels nous devons tout particulièrement signaler les inconvénients d'ordre médical. Les deux conjoints sont désemparés, il tombent dans la mélancolie et, sous l'influence de leur psychose, se suicident. D'après les statistiques allemandes « les gens divorcés forment la catégorie où l'on rencontre le plus de suicidés en nombres relatifs. »

Souvent, sans aller aussi loin, la vie commune est très pénible, surtout lorsque la femme n'a pas réalisé ses rêves romanesques ou ses désirs de luxe et de paresse, ce qui fait éclater son hystérie latente.

(( A peine mariée (1) depuis quelques semaines, la jeune femme se plaint d'être incomprise et de n'avoir pas trouvé celui sur lequel elle était appelée à verser les trésors d'amour dont déborde son âme.

« Après des scènes de tendresse conjugale vraiment charmantes, dont elles vous font volontiers témoins, il n'est bientôt rien qu'elles ne mettent en œuvre dans la maison pour être désagréables à leur mari. De là des querelles perpétuelles où le mari finit par perdre patience. La femme s'empresse alors de porter plainte devant les tribunaux de sa violence et de sa brutalité et c'est contre lui qu'est prononcée la séparation. Lasègue résumait ainsi la question : La femme

(1) JoiRE D"- Paul), Neurohypnologte. p. 106, Paris, 1892.

hystérique (1) dans 'e mariage se plaint d'être incomprise et menace de se suicider ; elle se suicide rarement ; souvent c'est le mari qui se suicide. »

C'est là, on en conviendra, une série de tableaux qui n'est guère enchanteresse et qui, pourtant, est exacte trop souvent.

Dans tous ces cas, rien n'est efficace comme le secours de la religion, l'habitude delà prière et la conscience qu'a la femme que le mariage est un sacrement qui, reçu dans de bonnes conditions, avec foi et humilité chrétiennes, procure la grâce de remplir tous les devoirs qu'il comporte. Une femme ainsi convaincue, accomplit tout ce que lui ordonne sa foi rehgieuse. Elle surmonte ses penchants et retient ses nerfs par devoir. Elle est épouse soumise, bonne, douce, silencieuse, simple, modeste, vigilante, souriante et met de la coquetterie à faire preuve d'amour dans le sens profondément philosophique du mot. Elle est alors la compagne dévouée et de bon conseil, la ménagère économe et laborieuse, la mère soigneuse. Elle aime qui aime son mari et qui doit être aimé par lui.

Nous avons, ici, surtout, parlé de la femme, parce que la femme est le pivot du mariage et de la famille, du foyer qull consacre, parce que la femme, comme

(1) On appelle hystériques des émotifs déséquilibrés (Ber nheim) très sujets à la suggestibilité (Babinski) et généralement mythomanes (Dupré).

RELIGION KT MÉDECKNE 175

l'a dit Fénelon, fail et défait la maison. Si, en effet, on met à part quelques débauchés joueurs, ivrognes et dépensiers, l'homme (1) en général est convenable et, s'il a quelques défauts, il est très facile à la femme de l'en débarrasser en étant un peu càlino, un tantinet patiente et pleine de bon sens mais sans montrer sa supériorité. La femme chrétienne et profondément aimante peut tout cela, elle peut créer le bonheur autour délie et asseoir sur le roc l'édifice de sa maison.

Dans ces conditions le mariage est une cause de santé et de longévité tant par la régularité de la vie à laquelle il astreint que par la gaieté et la joie qu'il donne avec le sentiment de la sécurité du lendemain

(1/ La différence entre l'homuie et la femme, à ce point de vue, provient principalement de l'éducation si différente, Irop différente qui existe entre l'un et l'autre. La jeune fille reste à la maison où elle est gât^^'e, adulée, ornée de toilettes ; le jeune gardon bousculé, mal vèta, va interne dans un collège, puis est appelé au régiment, puis il a le souci do ses études supérieures, de ses examens ou. daus un autre ordre d'idées, de ses affaires de commerce II est obligé de lutter, de se raidir, de se résigner. Bref, tout cet ensemble assouplit et forme son caractère, trempe sa volonté, aiguise ses facultés. Voilà pourquoi, sans doute, à un certain moment do la vie, i'homm-; éprouve le besoin d'être l'objet de tendresses sans retour et la femme d'être soutenue et dirigée C'est 1 ordre naturel des choses qui le veut ainsi. Quand il en est autrement il en résulte l'anarcliie et la luine morale mères de la ruine matérielle et do In perle de la -auté.

et aussi, il faut bien le dire, par les soins mutuels et vigilants que se prodiguent ii tout instant, sans compter, les époux. Quand ces conditions peuvent être remplies, le mariage doit être favorisé, on y doit amener ceux qui paraissent réfractaires et faire leur bonlieur malgré eux. Il y a des personnes ainsi constituées qu'il faut parfois agir pour elles, et dissiper ainsi leurs craintes ou leur timidité en cette matière.

Dans la réalité, la plupart des mariages rentrent plus ou moins dans ce dernier cadre, car les femmes sont profondément imbues de l'idée chrétienne des devoirs du mariage.

C'est là sans aucun doute la cause de ce fait démontré par les statistiques que le mariage augmente la durée de la vie et diminue les chances de maladies et particulièrement de maladies mentales. Ce serait une supériorité tangible de l'état de mariage sur l'état de célibat (1 et 2) quoique, d'après des statistiques très récentes, il y aurait autant de centenaires célibataires que mariés. Toutefois, cette supériorité disparaît, si elle existe, et se transforme en infériorité pour l'homme en cas de veuvage. La femme, elle, supporte très bien le veuvage.

C'est là, au milieu de bien d'autres d'ordre psycho-

(1) Uhle Und Waghbr, Allgem. PathoL, 5e édit., p. 101.

(2) Michel Levt, Hygiène, t. II, pp. 700 et seq.

RF.Kir.ION ET >!Kr>E<.INF. 177

logique, moral et somatique, une des raisons pour lesquelles l'homme doit épouser une femme de beaucoup moins âgée que lui, précepte élémentaire connu depuis plusieurs millénaires, car il est exprimé sous forme impérative dans YAyulréda, le plus ancien traité d'iiygiène du monde (1).

Notons en passant que ce précepte est très juste au point de vue scientifique, car, chez la femme, « les phases de l'organisme sont plus rapides ; l'accroissement et la décroissance ont une vitesse plus grande ; sa puberté devance celle du garçon, sa fécondité s'éteint avant celle de l'homme (2). C'était donc avec juste raison qu'à Sparte les hommes ne pouvaient se marier qu'après trente-sept ans, parce que la loi voulait avant tout des enfants vigoureux et propres à la pratique des màlcs vertus (3). A cet ùge-là l'homme est, en effet, dans toute la plénitude de sa force et il a fixé les caractères soit acquis soit ataviques qui constituent sa personnalité dont la modalité peut être ainsi transmise.

Actuellement l'âge auquel la loi autorise le mariage est trop tendre et les jeunes garçons qui en bénéficient compromettent leur santé propre et la valeur de leur race.

;1) La Chronique Médicale, l«='sepl UH)9, p.oGl. >2: ^fichel Lrvv, Hygiène I, p. 100.

;3; Michel Lbvy, t. H, p. 703.

RELir.ION ET MEDECINE

Le mariage (1) est, d'ailleurs, « la santé ou la maladie à deux •). Cette considération explique combien l'on doit être prudent en ce qui le concerne, puisque de lui dépendent et la santé propre des époux et celle de leur descendance. Cela a été très bien compris de tous temps. C'est pourquoi la Bible réglemente minutieusement tout ce qui le concerne ou doit y être rattaché (2)

(1) Dt" Ch. Vidal, Le Mariage, « Bull, de l'Un. Com. et Icd. de Louviers >, mars 1905.

(2; Lcvitique, chap. xviir. — Gh. xx, § II, 10 à 21.

La doctrine de l'ange gardien.

Les anges gardiens sont « les agents familiers du perreclionuement et du bonheur de rhoramc ».

AUCLSTB Co.^iTi.

L'Eglise enseigne que Dieu a placé auprès de chaque être humain un esprit céleste qui a prie pour nous, offre à Dieu nos bonnes actions, nous soutient dans nos épreuves et nous protège dans nos périls »,

Au point de vue philosophique il y a fort à dire sur cette doctrine qu'on peut interpréter de bien des façons et qui n'en reflète pas moins quelque chose d'observable scientifiquement.

Il arrive à chacun de nous d'éprouver dans certaines circonstances comme une influence indicatrice de nos actes à venir.

Si l'influence est mauvaise, l'Eglise dit : elle est suggérée par le démon, esprit du mal ; si l'influence est bonne, elle est attribuée à l'ange gardien.

Comme TEgUse, les occultistes reconnaissent l'existence do cette influence et l'attribuent à l'action directe d'esprits divers, de désincarnés généralement. Un père, une mère, un frère, un ami décédés, désin-

carnés, continuent souvent à cohabiter auprès de ceux avec lesquels ils furent liés durant leur voyage terrestre et font sentir leur présence en les inspirant.

Une certaine école expérimentale, se basant sur une série de phénomènes enregistrés scientifiquement, prétend qu'en notre esprit sont des tendances diverses auxquelles les circonstances permettent de se manifester.

Les trois doctrines ont la prétention d'expliquer un fait. Pour le but que nous nous proposons nous n'avons nul besoin de les passer au crible de la critique.

Notre point de vue étant purement médical, nous nous contenterons de faire remarquer que, pour qui a foi dans les enseignements de l'Eglise, c'est une immense consolation et un grand réconfort de penser qu'on a auprès de soi un esprit supérieur qui veille sur nous et nous guide. C'est aussi un motif puissant de mettre en jeu toutes les puissances de la volonté pour s'opposer aux tendances mauvaises, aux velléités de désobéissance aux lois divines ou religieuses rituelles dont nous avons déjà envisagé l'action sur rhomme au point de vue médical, car on ne veut point enfreindre ses bonnes suggestions. Or, l'obéissance scrupuleuse aux lois est un puissant moyen de conserver la santé puisque, grâce à elle, on se modère en tout et l'on possède la paix du cœur avec celle de l'esprit.

Page 1