‹ Religion et médecineChapitre 5 sur 55 · AVANT-PROPOS IX · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS IX

moins obscures ou brillantes en ce qui concerne le pourquoi dernier de toutes choses.

Ce pourquoi, les religions l'expliquent et, parmi elles, la religion chrétienne est celle qui donne la solution la plus simple, la plus réconfortante.

Elle nous dit d'où nous venons, pourquoi nous sommes sur cette terre et quelle sera notre destinée supra terrestre. Elle satisfait le besoiR de communier avec rinfini qui est au plus profond de notre âme, elle donne le calme à noire cœur troublé, elle nous guide dans chacun des actes de notre vie. Pour toutes les questions elle a une solution toute prête, certaine, définitive, indiscutable, car elle lui a été révélée. Cette solution, c'est le dogme et l'ensemble des dogmes forme un corps de doctrine qui empoigne riiomme tout entier du berceau à la tombe et même après la tombe. Sur ces dogmes qui se peuvent résumer par la loi d'amour, la plus idéaliste de toutes, elle a construit tout un ensemble de prescriptions positives qui sont un guide sur pour la conscience morale et pour toutes les manifestations de la sensibilité, de rinlelligenceetde la volonté. Parles sacrements et les commandements de l'Eglise, le cathuli-

AVA?îT-PllOPOS

cisme dirige et gouverne minutieusement la volonté, par le dogme il met son emprise sur l'intelligence, par le culte il s'adresse à la sensibilité. La réglementation minutieuse du culte, la discipline stricte qui le caractérise, discipline toujours vivante et présente par la présence obligatoire, à côté de chaque fidèle, d'un directeur de conscience, empêchent Téclosion de tous les excès religieux. Les flagellants du moyen âge et les convulsionnaires de Saint-Médard n'auraient pas soufTert de leurs névroses s'ils s'en étaient tenus strictement à l'obéissance des règles de TEgiise, et des esprits sans force ne transformeraient pas en un amas de superstitions grossières le plus idéaliste de tous les cultes s'ils s'astreignaient à suivre rigoureusement la discipline catholique sans la déformer et à bien comprendre la quintessence du dogme. D'ailleurs, comme l'a dit Krafît-Ebing, comme nous le rapportons plus loin, beaucoup de ceux qui perdent la tête à confesse sont des idiots mélancoliques. Par ses règles, le catholicisme est le culte qui prévient le plus possible l'éclosion des névroses religieuses et met un frein, oppose une barrière aux excès de l'ascétisme en contenant dans de justes mesures les tendances de

AVAM-PROPOS XI

l'esprit à la contemplation et à l'abstraction. Il empêche l'imagination d'errer dans le domaine de la chimère troublante de l'imprévu, il prévient l'hypocondrie en créant la joie et la paix du cœur par la foi et par la charité, il combat et empêche de naître l'aboulie et l'impuissance par l'espérance. Par ses règles morales et rituelles il est un grand antagoniste de la fatigue physique et morale, par la fixité et la rigueur de ses dogmes il est un régulateur qui ne laisse plus de place à l'inconstance et à la mobilité du caractère, aux successions de sentiments et de volontés opposés et contradictoires qui caractérisent les névroses et font les ratés.

Des penseurs autorisés, prenant le fait de l'existence et de la nature de la religion l'ont étudié dans ses rapports avec la science en général, d'autres ont voulu le soumettre au crible de la raison pure d'après les méthodes de la philosophie. Pour nous, il nous a paru intéressant de spécialiser le point de vue scientifique et de considérer la religion au seul point de vue médical, incité à cela par cette hypothèse qu'une règle, qu'une discipline, qu'un dogme qui s'imposent à l'iiomme tout entier doivent rorcément avoir de multiples points do contact avec la mé-

Page 1