PRONONCÉE
AU SERVICE FUNÈBRE | v
u Capitaine | Crémieu-Foa et du Lieutenant Valabrègue
"Là “:
MÉs FRÈRES,
Lorsque la nouvelle de la mort du capitaine Crémieu-Foa et du lieutenant Valabrègue fut connue dans notre Communauté, le désir s’est manifesté de toutes parts qu'une cérémonie funèbre fût célébrée à leur intention.
De nombreuses lettres me sont arrivées, m’apportant l’expression touchante de ce désir si naturel et si légitime. Les chefs de notre culte n’ont pas hésité à y faire droit. Rien ne pouvait mieux répondre à leurs propres sentiments. Nous avons pensé que nous avions une dette sacrée à payer à la mémoire de ceux des nôtres qui ont donné leur vie pour la patrie, que nous leur devions l’hommage de nos regrets et de nos prières, et qu’il convenait de nous associer publiquement au deuil de leur famille. Votre présence dans cette enceinte, mes frères, votre attitude recueillie
MTS prouvent que nous étions en communauté de pensées et de volonté avec vous, en organisant ce service religieux.
Pendant de longues semaines nous avons suivi, mes frères, avec une vive anxiété et une émotion croissante, la marche de notre corps expéditionnaire sur ces rivages lointains, dont le nom n'était guère connu que par des usages barbares, objet d’horreur pour les nations civilisées, et qui sera désormais célèbre dans nos fastes militaires; où chaque pas en avant exigeait de notre petite armée un combat, et où chaque combat était une victoire. Nous admirions, en lisant ces sobres dépêches, d’une simplicité antique, qui se faisaient parfois trop attendre au gré de notre impatience, les difhcultés vaincues, les fatigues sans nombre supportées avec une héroïque endurance, l’habileté et l’énergie du commandement supérieur, ne laissant rien au hasard, la froide indifférence de nos enfants devant le danger, leur mépris stoique de la mort, leur courage renversant l’un après l’autre tous les obstacles qui se dressaient devant eux, triomphant d’adversaires résolus et terminant glorieusement une
RO
campagne difficile, laborieuse, où se trouvait engagé l’honneur de notre pays. Ces vertus ne nous surprennent pas de la part de nos soldats et des chefs qui les conduisaient au combat : la France aime à se reconnaître dans cette miniature d'armée qui reproduit l’image fidèle de l’ensemble de notre armée; elle se sent fière d’avoir pu donner ce spectacle au monde attentif et lui arracher ce cri d’admiration : « La vieille France existe encore, la France est restée digne d'elle-même! »
Hélas ! mes frères, la guerre même heureuse fait des victimes; les victoires les plus brillantes demandent leur rançon. Rien de beau, rien de grand ne s’accomplit dans l’humanité qu’au prix de sacrifices. Le devoir d’une grande nation, soucieuse de sa dignité, gardienne jalouse de ses droits, est gros de douloureuses immolations. Aussi des larmes se mêlent nécessairement à la joie du triomphe : la patrie regrette un trop grand nombre des siens, morts pour elle et loin d’elle; au milieu de la satisfaction que lui donne une victoire chaudement disputée, elle porte le deuil de tous ces vaillants officiers, de tous ces modestes