‹ Religion et patrieChapitre 2 sur 7 · STD · texte numérisé non relu

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soldats qui ont succombé aux coups de l’ennemi et, chose plus cruelle encore, aux atteintes meurtrières de la maladie.

Mais les deuils publics, mes frères, sont faits avant tout de deuils privés. Que de familles particulières frappées plus directement dans la grande famille française! Nous nous représentons facilement en imagination ce qu'ont éprouvé ces pauvres parents de Carpentras qui, après avoir vu partir, plein d’espoir et de confiance, un fils de vingt-quatre ans, encore au début d’une carrière s’annonçant brillante, ont appris tout d’un coup que ce fils tendrement aimé ne reviendrait plus.

Ah! que lexpression de notre sympathie aille jusqu’à eux et qu’ils soient assurés qu’il y a 1ci bien des cœurs compatissants pour comprendre et partager leurs regrets! Mais plus près de nous, nous avons pu voir les angoisses d’une mère, sachant que son fils est partout où guette le danger, qu’atteint d’une blessure, il ne peut se résigner à quitter son poste, et qui attend des nouvelles tout en tremblant d’en recevoir; nous avons pu voir sa douleur quand ses tristes pressentiments furent confirmés, quand la

RE mort avait fait son œuvre : «Ah! le cher enfant, le pauvre enfant, disait-elle, c’est donc vrai! Il m'est enlevé pour toujours, lui qui était la joie de la maison, qui était si plein d’entrain, de bonne humeur, de vie, brave jusqu’à la témérité, incapable de souffrir un affront; lui, l'excellent cœur, l'esprit alerte, le modèle du soldat, le cavalier accompli, si aimant pour les siens, si fier de l’arme à laquelle il appartenait et si absolument dévoué à son devoir, à son drapeau, à son pays. Dieu m’a durement frappée! » Mes frères, de telles douleurs se sentent, mais elles ne se décrivent pas.

Je me ferais scrupule cependant de trop m'apitoyer sur le sort de nos braves qui sont devenus les élus de la mort, et je craindrais de froisser les sentiments de ceux qui les pleurent le plus amèrement. M" Crémieu- Foa, au plus fort de son désespoir de mère, a prononcé elle-même cette parole qui convient si bien à une femme française : « En le destinant à l’armée, je savais bien que je le donnais à la France, Dès son enfance, je lui racontais la fin de notre parent Franchetti, mort au champ d’honneur : il a fait comme

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Franchetti. » C’est ainsi que parlait la pieuse Anna lorsqu'elle se sépara à jamais du fils que Dieu avait accordé à ses prières. « C’est pour cet enfant que j'ai prié : Dieu a daigné agréer ma demande. Aussi je le consacre à son service, et toute sa vie il appartiendra au Sei- . gneur.» Nos enfants, mes frères, appartiennent à la France, et nous n’avons pas le droit de lui demander compte de ses volontés suprêmes.

Quand elle appelle, il faut accourir à sa voix; quand elle commande, il faut obéir : voilà le devoir, et ce n’est pas un mince honneur de remplir ce devoir dans toute son étendue.

Mes frères, ce vieux livre du judaïsme, si souvent dénigré par des gens qui seraient incapables d’en déchiffrer une ligne, ce livre où, depuis des siècles, nous puisons non des sentiments de haine et de mépris pour nos semblables, ni des règles d’une morale complaisante, mais, au contraire, je l’afhrme du haut de cette chaire de vérité, avec toute la force d’une conviction éclairée, l’amour le plus pur de l'humanité et le sentiment énergique de tous les devoirs de la vie, ce livre a dit : n°929 nn. « La mort efface les faiblesses et

HOUSE rachète les fautes. » Elle fait plus encore : elle consacre la vertu, elle est le triomphe du courage, de l’abnégation et du patriotisme. Pour le soldat, et aujourd’hui comme aux temps antiques de la nationalité juive, tout le monde est soldat, la mort devant l’ennemi est le devoir accompli, la gloire conquise, la patrie honorée et sanctifiée.

La religion va plus loin : elle ne s’arrête pas aux choses de la terre, qui sont toujours imparfaites et bornées. Aux parents éplorés, aux mères meurtries par le coup le plus terrible, elle entr'ouvre le ciel. Dieu est la récompense des âmes nobles et désintéressées qui se sont sacrifiées pour une grande idée. Qu'importe que les restes mortels de nos soldats, victimes de luttes sanglantes, reposent sur une terre lointaine! Nous avons une patrie céleste vers laquelle s'élève de tous les points du globe l’échelle sublime entrevue par Jacob. Qu’importe même le jeune âge de ceux qui sont morts de bonne heure pour rendre la patrie victorieuse et avec qui s’anéantit la promesse d’un long avenir de dévouement et d’utiles ser-

vices! NN YA 10615 nt W*. «Il en est,

dit encore le Talmud, qui accomplissent leur destinée en un jour », qui s’assurent d’un coup des titres à l’immortalité. En connaissez-vous à qui s’applique mieux cette parole consolante que le jeune héros dont la mort équivaut à la vie la plus longue et la mieux remplie?

Mes frères, il y a là un encouragement pour les soldats qui combattent comme pour les parents qui pleurent; il y a là aussi une leçon précieuse pour tous ceux qui se réclament du nom de Français. Nous nous devons à nous-mêmes d’exprimer cette lecon avec toute la clarté possible, car la religion a mission de prêcher aux hommes assemblés la sainte loi du devoir et la grandeur morale du sacrifice. Or, quoi de plus instructif que la cérémonie qui nous réunit et l’exemple des morts que nous sommes venus honorer ? Apprenons d’eux à ne pas marchander avec la patrie et à lui offrir notre vie en holocauste lorsqu’elle est obligée de la réclamer. Quand on n’est pas décidé à aller jusque-là, on ne sait pas ce que c’est que le dévouement et le patriotisme. Ah! qu’ils rentrent donc en euxmêmes ceux qui, égarés par de lamentables

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