‹ Religion et patrieChapitre 7 sur 7 · LAURE · texte numérisé non relu

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ne l’ont vue qu’à la surface. Car c’est là, plus que partout ailleurs, que bat le cœur de la France; c’est là que s’élaborent, comme dans un puissant creuset, les sentiments qui sont l’âme d’une nation; c'est là qu’une jeunesse vive et gaie, attachée à l’existence, la voyant sous des couleurs séduisantes, apprend le mépris de la mort; c’est là que se forment ces braves gens qui vont mourir au besoin sur les plages lointaines pour défendre l’honneur de la France et sauvegarder ses intérêts.

Maintenant, est-il nécessaire que nous vous adressions des conseils ? Nous n’avons aucune inquiétude à votre égard. Vous serez certainement, pendant votre séjour au régiment, parmi les plus respectueux de la règle, les plus soumis à la discipline, les plus déférents envers vos chefs et les plus serviables envers vos camarades. Vous vous appliquez depuis longtemps à acquérir ces qualités, qui conviennent aussi bien à l’élève sur les bancs de l’école qu’au soldat sous les armes. Il nous revient de toutes parts que les jeunes gens qui se destinent au ministère sacré dans les autres cultes, et qui vous ont précédés dans la car-

rière, ont, leur tâche patriotique une fois accomplie, repris le cours de leurs études, sans avoir rien perdu de leur foi, de l’ardeur de leur vocation, de leur respect d’eux-mêmes, du sentiment de leurs graves devoirs. Futurs pasteurs d’Israël, vous vous inspirerez de ces exemples, que je n'hésite pas à proposer à votre imitation.

Je ne vous ferai qu’une recommandation, une seule. N’oubliez jamais ce que vous êtes et ce que vous représentez : vous appartenez au judaïsme et vous voulez devenir les guides religieux de vos frères. Ne craignez donc pas de confesser ouvertement votre foi. Qu’aucune fausse honte ne vous détourne de remplir, autant qu’il dépendra de vous, les devoirs de l’Israélite! Un de nos journaux vient de réimprimer, avec un heureux à-propos, les paroles que, dans une circonstance analogue, l’illustre rabbin Ézéchiel Landau, une des lumières du rabbinat moderne, adressa aux Jeunes conscrits de sa communauté le jour où, pour la première fois, ils eurent à endosser l'uniforme. Ces paroles, je n’ai pu les lire sans émotion, elles s'appliquent trait pour

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trait à votre propre situation. Comme le pieux rabbin, je pourrais vous dire : Attachez-vous avant tout à vous acquitter consciencieusement de vos obligations militaires; mais pensez aussi à ce que vous devez à votre Dieu et à votre culte. Commencez et finissez la journée par une prière; récitez régulièrement le Schema. Emportez dans votre modeste attirail de soldat les Tephillin, qui sont pour Israël ce qu'est le drapeau pour l’armée, non une arme de combat, non un engin meurtrier, mais le symbole pacifique de notre croyance, l’ornement sacré qui, tous les matins, pendant que notre pensée s'élève vers Dieu, pare notre front et notre bras, pour dominer notre existence, pour proclamer nos devoirs et faire entendre au monde, qui s'éloigne de Dieu, que Dieu est la source de la vie, le foyer de notre esprit, le principe de l'amour, du sacrifice et du dévouement. Grâce aux Tephillin, Israël apparaît aux regards comme l’armée du Seigneur. Tant qu’il portera fidèlement ces armes vénérées et vraiment parlantes, aucune force ennemie ne prévaudra contre lui; ni sa morale, ni son patriotisme, ni son courage en

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face du danger ne seront mis en défaut. Et s’il est vrai que ce pieux talisman accompagne souvent de jeunes Israélites qui n’ont pour se guider que l’éducation de la maison paternelle et les bonnes habitudes de leur enfance, à combien plus forte raison cela doit-il être le cas pour vous, qui êtes initiés à tous les secrets de notre histoire, qui n’ignorez rien de nos traditions, et qui deviendrez des ministres de Dieu, ayant pour devoir de marcher à l’avantgarde de leurs frères!

Allez donc, mes jeunes amis, forts de ces nobles résolutions, là où le devoir vous appelle. Nous avons la ferme espérance que cette année sera féconde pour vous, que vous nous réviendrez mieux affermis dans votre vocation, plus ardents au travail, plus épris de la science, plus attachés aussi à votre œuvre, plus patients à la fatigue et plus riches d’expérience. Partez avec confiance, et comptez sur l'appui de Dieu. Lorsque Moïse se sépara de son cher et fidèle disciple, après l’avoir chargé d’une délicate mission qui devait mettre à l'épreuve la droiture et la fermeté de son caractère, il se borna, en guise de bénédiction,

à modifier légèrement son nom : il l’appela vw": «que Dieu soit à ton secours!» C’est cette bénédiction que je vous adresse du fond de mon cœur : Que Dieu soit à votre secours!

qu'il vous accorde sa protection, qui est le gage de tout succès! qu'il veille sur vous, sur tous vos jeunes camarades sortis de nos rangs, sur notre chère armée et sur notre glorieuse patrie! Amen!

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