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tristesses d’une séparation indéfinie, heureux de donner ce qu’ils ont de plus cher au pays qui fut le leur et vers lequel se reportent sans cesse leur pensée et leurs regards. Le véritable amour est coutumier de ces immolations volontaires.
Mais je m’empresse d’ajouter, fidèle interprète en cela de nos jeunes soldats, que si c’est un sacrifice pour eux d'échanger les études de leur séminaire contre les exercices de la caserne et la sévère discipline du régime militaire, ce sacrifice n’est pas sans compensation. L'armée est pour tout le monde une admirable école de droiture, de loyauté, de dévouement et d’abnégation : elle trempe le caractère, elle fortifie la volonté, et surtout elle imprime dans l’âme du jeune homme la sainte notion du devoir et développe ce sentiment de dignité et de fierté qui est une protection contre les défaillances morales.
Vous avez peut-être vu passer sous vos yeux, mes frères, quelqu'un de ces dessins populaires où des artistes israélites ont représenté jadis, d’un crayon inspiré, le jeune soldat de leur culte venant visiter le foyer paternel. Ses
frères et ses sœurs se pressent autour de lui avec une naïve admiration; son père et sa mère le contemplent d’un regard ravi et ému.
tandis que sa figure, à lui, respire un air de mâle satisfaction. Maintenant, il se considère véritablement comme un homme nouveau :
s’il jouit des avantages de la liberté, il a la conscience d’en remplir aussi les charges. I] porte sur sa personne comme le signe du relèvement moral de sa race qui, si longtemps et si injustement tenue à l’écart de la société, partage désormais ses plus graves intérêts et contribue à la défense du patrimoine de tous. Il y a beau temps, mes frères, que ce spectacle n'est plus un sujet d’étonnement dans nos demeures, et qu’il a cessé d’y provoquer les émotions d’autrefois, comme tout ce que l’accoutumance rend familier. Mais il me semble que cette ancienne impression va se réveiller avec force pour vous, mes jeunes amis, qui inaugurez une nouvelle phase de notre histoire, en participant pour la première fois aux fatigues comme à la noblesse de la vie militaire. Si l’année qui s’ouvre pour vous est une année perdue pour les études, c’est une an-
CNT PPT ÈS
née gagnée pour l'éducation du caractère et l'apprentissage des plus hautes vertus de l’homme.
Ce n’est pas tout. Dans vos futures prédications, vous devrez accorder une des premières places à l’amour de la patrie et à ce qu'on appelle le culte du drapeau. Or, ce culte, on le ressent plus vivement, on en parle avec plus de chaleur et de conviction, lorsqu'on a vécu quelque temps à l’ombre de ses plis adorés, lorsqu'on sait par expérience tout ce qui s’attache à ce symbole sacré de la patrie, de souvenirs, d’espérances, de joies triomphantes et de douleurs non moins glorieuses. Ah! je vous en prie, ne vous laissez jamais égarer par des apparences menteuses. Peut-être surprendrezvous parfois des faits et des propos dont vous n'avez pas l'expérience, et qui risqueront de choquer votre goût et de froisser la délicatesse de vos sentiments : ne soyez pas trop prompts à juger et à condamner. C’est une vraie tristesse d'entendre des jeunes.gens, qui ont passé quelques mois à peine dans les rangs de l’armée, la traiter avec dédain et irrévérence. On peut dire qu'ils ne l’ont pas comprise, qu'ils