‹ Religion, langue, nationalité [microform]Chapitre 2 sur 5 · DISCOURS · texte numérisé non relu

DISCOURS

Prononcé à la séance de clôture du XXIe Congrès

Euchari^ique, à Montréal, le 10 septembre, 1910,

par M. Henri Bourassa. (n

Eminenee, (2) ~

Messeigneurs, (3) Mesdames, Messîenrs,

Depuis deux jours, dans ces séances mémorables, des apôtres de l'Eglise universelle vous ont énoncé les vérités de la foi et prêché le culte de l'Eucharistie; les chefs de l'Eglise canadienne ont rendu témoignage à la religion vivante de leur peuple ; des prélats étrangers ont glorifié les magnificences du congrès de Montréal; les hommes d'Etat canadiens ont assuré au représentant du chef de l'Eglise catholique qu'ici l'Etat s'incline devant le magistère suprême de l'Eglise.

Qu'on me permette de prendre ce soir une tâche plus humble, mais non moins nécessaire,- à moi qui ne suis rien, à moi qui sors de cette foule, à moi qui n'ai qu'une parcelle du coeur des miens à présenter au Pape — et id 'accomplir au nom de tous ce que chacun d'entre nous fait lorsque, après être venu à la table sainte chercher un regain de grâce et de vitalité, il formule dans son âme les résolutions qu'il a prises pour devenir meilleur et plus fort.

Qu'on me pardonne donc d'énoncer quelques-unes des résolutions

que nous devons prendre aujourd'hui comme peuple, après avoir

communié tous ensemble à la face de Dieu et des hommes dans le

culte eucharistique.

Tout d'abord faisons vceu de confesser notre foi dans nos actes publics. Que cette foi, qui éclaire nos consciences et fait battre nos

(1) Texte sténographié par M. L.-A. Cusson, revu par l'auteur, et publié dans le DEVOIR du 15 septembre 1910.

( 2 ) Son Eminenee le Cardinal Vincenzo Vannutelli, légat du Pape.

( 3 ) Mgr Bruchési, archevêaue de Montréal, Mgr Bourne, archevêque de Westminster, Mgr Rumeau, êvèque d'Angers, et un grand nombre d'archevêques et d'évêques des deux continents.

coeurs, ne soit pas seulement la base de notre religion individuelle, mais l'inspiratrice de notre vie publique.

Combattons le danger qui nous menace peut-être plus ici que dans la vieille Europe, attaquée par ailleurs dans sa foi ; je veux dire le danger de la double conscience, qui fait que souvent des hommes qui adorent Dieu avec sincérité au foyer et à l'église, oublient qu'ils sont les fils de Dieu lorsqu 'il faut proclamer leur foi dans la vie publique, dans les lois et dans le gouvernement de la nation.

Au culte de l'argent, au culte du confort, au culte des honneurs, opposons le culte du devoir, le culte du sacrifice, le culte du dévoueinent.

L'illustre archevêque de Saint-Paul nous disait hier que l'Amérique est appelée à résoudre plusieurs des problèmes des sociétés futures. C'est vrai; mais je crois également que l'Amérique peut encore apprendre quelques leçons des vieilles sociétés chrétiennes de l'Europe; et qu'il me soit permis, comme Canadien, dans les veines de qui coule le sang de six générations de Canadiens, de demander à l'Europe de nous donner encore un souffle de son apostolat et de son intellectualité.

Je crois que, dans la recherche de ce culte de l'honneur, du dévouement et du sacrifice, même nous, les Français de la Nouvelle- France, pouvons encore apprendre quelque chose à l'autel de la vieille patrie, dont l'évêque d'Orléans et l'évêque d'Angers nous ont parlé hier et ce soir en des termes qui n'indiquent pas ru 'ils soient les chefs spirituels d'une nation morte.

Au culte de l'égoïsme, au culte du riche qui s'engraisse et qui dort, au culte du pauvre qui gronde et qui frémit, opposons le culte des oeuvres sociales ; car la foi sans les oeuvres est morte, et Pie X, le pape de l'Eucharistie, a été précédé dans les voies de la Providence divine par Léon XIII, le pape des ouvriers.

Eminence, vous avez admiré le spectacle de quinze mille ouvriers canadiens adorant Dieu dans cette église et attendant de vos lèvres la parole des commandements suprêmes qui. vous a été déléguée par le père que nous vénérons tous. Nos ouvriers sont encore catholiques individuellement, mais nos unions ouvrières ne le sont pas ; et je croirais faillir à mon devoir et au rôle que j 'ai assumé ce soir, si je ne disais pas à mes compatriotes qu'il est urgent de veiller au salut des ouvriers, non seulement dans cette grande ville de Montréal, mais dans toutes les villes de la province de Québec.

n ne suîfit pas de dire à l'ouvrier: "Sois chrétien, sobre et laborieux, bon père de famille et fidèle à ton patron ,• redoute les sociétés sans religion." Nous devons encore obéir à la parole du Pape des ouvriers, lui donner des oeuvres pratiques et lui prouver que la foi catholique n'est pas arriérée ni stérile; que la foi catholique peut non seulement sauvegarder les droits de la conscience, mais encore s'allier fructueusement à 'toutes les organisations modernes qui permettent au travail de se protéger contre la tyrannie du capital.

Il faut prouver à l'ouvrier que la foi, greffée sur les organisations ouvrières, ne les affaiblit pas mais leur donne une âme, une âme qui les fera vivre, vivre plus longtemps et produire des fruits plus nombreux et plus substantiels que les groupements qui n'ont d'autre but que d'unir les ouvriers dans la revendication de leurs appétits et la recherche d'un salaire plus élevé.

Ici encore, l'Amérique — l'Amérique de l'illustre archevêque de Saint-Paul comme l'Amérique de l'éminent archevêque de Montréal — peut aller demander des leçons à l'Europe et en particulier à ce pays où la mentalité chrétienne, même dans le domaine politique, n'est pas morte, à ce vaillant petit pays de Belgique qui, comprimé pendant cinq siècles par les nations étrangères, a su conserver le double trésor de sa foi et de sa pensée nationale. La Belgique prouve aujourd'hui au inonde entier que la profession des principes catholiques dans le gouvernement, dans les lois, dans l'administration n'empêche pas un peuple d'être à la tête de la civilisation et d'offrir au monde la solution la plus pratique et la plus efficace des problèmes ouvriers et des questions sociales.

Mais s'il est un point sur lequel notre pensée doive s'arrêter ])articulièrement, s'il est un principe sur lequel, catholiques de toute origine, nous devons nous unir dans une commune résolution pratique, c'est celui de l'éducation chrétienne de nos enfants.

Ne laissons pas pénétrer chez nous — ^la brèche est déjà faite — cette notion fausse que la religion est bonne à l'école primaire, nécessaire au collège classique qui forme les prêtres, mais qu'elle n'a rien à faire dans l'école scientifique ou dans l'école des métiers. La religion fondée par le Fils du charpentier est peut-être plus nécessaire encore à l'ouvrier qui peine et qui sue, qu'à l'aristocrate de la pensée.

Oui, conservons intact, dans cette vieille province de Québec, — ^le seul état de l'Amérique du Nord qui possède ce trésor, comme l'a si bien dit l'éloquent juge 'Sullivan, — conservons intact ce trésor de

réducation chrétienne, qui ne consiste pas seulement dans l'enseignement concret et restreint des dogmes théoriques de la religion — si me permettent de m 'exprimer ainsi les éminents théologiens qui m 'écoutent — ^mais qui consiste surtout, au point de vue de la foi pratique et vécue, dans la pénétration de toutes les sciences et de toutes les notions humaines par l'idée religieuse, par la foi au Christ, à ses enseignements, à sa morale.

Oui, nous nous glorifions à bon droit d'avoir conservé ce trésor dans la province de Québec; mais de même qu'il y a un instant, je vous prêchais l'évangile de la charité sociale contre le dur égoïsme de l'individu, je vous adjure maintenant de pratiquer la charité nationale et de vainere votre égoïsme provincial.

La province de Québec ne mériterait pas son titre de fiUe aînée de l'Eglise au Canada et en Amérique si elle se désintéressait des causes catholiques des autres provinces de la confédération.

Nous avons — et permettez, Eminence, qu'au nom de mes compatriotes je revendique pour eux cet honneur — nous avons les premiers accordé à ceux qui ne partagent pas nos croyances religieuses la plénitude de leur liberté dans l'éducation de leurs enfants. Nous avons bien fait; mais nous avons acquis par là le droit et le devoir de réîlamer la plénitude des droits des minorités catholiques dans toutes les provinces protestantes de la Confédération.

Et à ceux qui vous diront que là où l'on est faible, là où l'on est peu nombreux, là où l'on n'est pas riche, on ne doit pas réclamer son dû, mais le mendier à genoux, je réponds: Catholiques du Canada, traversez les mers, abordez le sol de la protestante Angleterre, faites revivre l'ombre majestueuse d'un Wiseman, d'un Manning et d'un Vaughan, si dignement représentés par un Bourne, et allez voir si là les minorités quémandent la charité du riche et du fort.

Les catholiques anglais, fiers de leur titre de catholiques et non moins fiers de leurs droits de citoyens britanniques, réclament, au nom du droit, de la justice et de la constitution, la liberté d'enseigner à leurs enfants ce qu'ils ont appris eux-mêmes . Et l'Angleterre a commencé à se convertir au catholicisme le jour où la minorité catholique anglaise, réveillée par le mouvement d'Oxford, a cessé d'être une minorité timide et cachée pour devenir une minorité combative.

Nous aussi, nous sommes citoyens britannniques, nous aussi, nous avons versé notre sang pour conserver à l'empire son unité et sa puissance, et nous avons acquis par les traités, que dis-je? nous avons acquis par l'éternel traité 'de la justice, scellé sur la montagne du Cal-

vaire dans le sang du Christ, le droit d'élever des enfants catholiques sur cette terre qui n'est anglaise aujourd'hui que parce que les catholiques l'ont défendue contre les armes en révolte des anglo-protestants des colonies américaines.

Ayant formulé quelques-unes des déterminations que, j'espère, nous avons déjà prises comme nation et que nous fortifierons demain en faisant cortège au Christ Jésus, je vous demande maintenant d'adopter avec moi une résolution d'un autre ordre.

Celle-ci n'a plus pour objet la revendication de nos droits et nos. relations avec ceux qui ne partagent pas nos croyances, mais l'union véritable de tous les catholiques dans la pensée d'une commune dévotion à l'Eucharistie, à la vierge Marie et au Pape, que l'on a si bien définis ce soir comme les trois principaux chaînons de la foi cath clique.

Je remercie du fond du coeur l'éminent archevêque de "Westminster d'avoir bien voulu toucher du doigt le principal obstacle à cette union et d'avoir abordé le plus inquiétant peut-être des problèmes internes de l'Eglise catholique au Canada.

Sa Grandeur a parlé de la question de langue. Elle nous a peint l'Amérique tout entière comme vouée dans l'avenir à l'usage de la langue anglaise ; et au nom des intérêts catholiques elle nous a demandé de faire de cette langue l'idiome habituel dans lequel l'Evangile serait annoncé et prêché au peuple.

Ce problème épineux rend quelque peu difficiles, sur certains points du territoire canadien, les relations entre catholiques de langue anglaise et catholiques de langue française. Pourquoi ne pas l'aborder franchement, ce soir, aux pieds du Christ, et en chercher la solution dans les hauteurs sublimes de la foi, de l'espérance et de la charité?

A ceux d'entre' vous, mes frères par la langue, qui parlez parfois durement de vos compatriotes irlandais, permettez-moi de dire que, quels que puissent être les conflits locaux, l'Eglise catholique tout entière doit à l'Irlande et à la race irlandaise une dette que tout catholique a le devoir d'acquitter. L'Irlande a donné pendant trois siècles, sous la persécution violente et devant les tentatives plus insidieuses des époques de paix, un exemple de persévérance dans la foi et d'esprit de corps dans la revendication de ses droits que tout peuple catholique doit lui envier au lieu de lui en faire reproche.

A ceux d'entre vous qui disent: "L'Irlandais a abandonné sâ langue, c'est un renégat national; et il veut s'en venger en nous enlevant la nôtre," je réponds: Non. Si nous avions passé par les épreuves que l'Irlandais a subies, il y a longtemps peut-être que nous aurions perdu notre langue.

Quoi qu'il en soit, la langue anglaise est devenue l'idiome de l'Irlandais comme celui de l'Ecossais. Laissons à l'un et à l'autre, comme à l'Allemand et au Rutlièue, coiiiuie anx catholiques dé toutes les nations qui abordent sur cette terre hospitalière du Canada, le droit de prier Dieu dans la langue qui est en même temps celle de leur race, de leur pays, la langue bénie du père et de la mère. N'arrachez à personne, ô prêtres du Christ! ce qui est le plus cher à l'homme après le Dieu qu'il adore.

Soyez sans crainte, vénérable archevêque de Westminster: sur cette terre canadienne, et particulièrement sur cette terre française de Québec, nos pasteurs, comme ils l'ont toujours fait, prodigueront aux fils exilés de votre noble patrje comme à ceux de l'héroïque Irlande, tous les secours de la religion dans la langue de leurs ;>ères, soyez-en certain.

Mais en même temps, permettez-moi — permettez-moi, Eininence-

de revendiquer le même droit pour mes compatriotes, pour ceux qui parlent ma langue, non seulement dans cette province, mais partout où il y a des groupes français qui vivent à l'ombre du drapeau britannique, du glorieux étendard étoile, et surtout sous l'aile maternelle dé l 'Eglise catholique, — ^de l 'Eglise du Christ, qui est mort pour tous les hommes et qui n'a imposé à personne l'obligation de renier sa race pour Lui rester fidèle.

Je ne veux pas, par un nationalisme étroit, dire ce qui serait le contraire de ma pensée — et ne dites pas, mes compatriotes — que l 'Eglise catholique doit être française au Canada. Non ; mais dites avec moi que, chez trois millions de catholiques, descendants des premiers apôtres de la chrétienté en Amérique, la meilleure sauvegarde de la foi, c 'est la conservation de l 'idiome dans lequel, pendant trois cents ans, ils ont adoré le Christ.

Oui, quand le Christ était attaqué par les iroquois, quand le Christ était renié par les Anglais, quand le Christ était combattu par tout le monde, nous l'avons confessé et nous l'avons confessé dans notre langue.

- rr, -

Le sort de trois millions de catholiques, j 'en suis certain, ne peut être indifférent au coeur de Pie X pas plus qu'à celui de l'éminent cardinal qui le représente ici.

Mais il y a plus encore. La Providenfe a voulu que le groupe principal de cette colonisation française et catholique constituât en Amérique un coin de terre à part, où l'état social, religieux et politique se rapproche le plus de ce :]we l'Eglise catliolique, apostolique et romaine nous apprend être l'état le plus désirable des sociétés. Nous n'avons pas au Canada — qu'on me pardonne de rompre avec les formules de la diplomatie usitées même en des lieux comme celui-ci — nous -n'avons pas au Cafiada l 'union de l'Eglise et de l'Etat : ne nous payons pas de mots. J\'Iais nous avons, dans la province de Québec, — je pourrais dire presque exclusivement dans la province de Québec — ^la concorde, la bonne entente entre les autorités civiles et religieuses. Il est résulté de cette concorde des lois qui nous permettent de donner à l'Eglise catholique un organisme social et civil qu'elle ne trouve dans aucune autre province du Canada ni dans aucune autre portion de l'Empire britannique.

Grâce à ces lois, nos diocèses s'organisent, nos paroisses se fondent. Oh ! la petite paroisse de Québec, échelonnée depuis le golfe de Gaspé jusqu'au lac Témiscaminguc, cette petite paroisse dont l'église au clocher joyeux est le centre, et qui faisait dire à l'éloquent évêque de Nancy, Mgr de Forbin- Janson : ' • Canadiens-français ! peuple au coeur d'or et aux clochers d'argent!" cette petite paroisse canadienne, où se concentre l'effort du plus humble comme du plus riche des citoyens catholiques, dont l'organisation, le mode d'impôts' et le fonctionnement sont garantis par les lois de notre province, c'est l'assise sociale la plus forte de l'Eglise catholique en Amérique.

Nos lois reconnaissent encore, dans la province de Québec seulement, autant que l'Eglise peut le désirer, la constitution et le libre f<)iJoL!onnement des comrnunautés religieuses.

Quel a été le résultat de cet état social? C'est que, débarrassée des soucis matériels, n'étant pas obligée, comme dans le reste du Canada, aux Etats-Unis et dans la plupart des autres pays, de rechercher toutes sortes de moyens artificiels et incertains pour se constituer civilement et socialement, l'Eglse de Québec, en repos du côté légal et matériel, a pu donner la plénitude de son effort d'apostolat; et eet effort a dépassé bien loin le diocèse de l'archevêque de Saint- Paiil.

De cette petite province de Québec, de cette minuscule colonie française, dont la langue, dit-on, est appelée à disparaître, sont sortis les trois-quarts du clergé de l'Amérique du Nord, qui sont venus puiser au séminaire de Québec ou à Saint-Sulpice la seienee et la vertu qui ornent aujourd'hui le clergé de la grande république américaine, et le clergé de langue anglaise aussi bien que le clergé de langue française du Canada.

Eminence, vous avez visité nos communautés religieuses, vous êtes allé chercher dans les couvents, dans les hôpitaux et dans les collèges de Montréal la preuve de la foi et des oeuvres du peuple canadien-français. Il vous faudrait rester deux ans en Amérique, franchir cinq miUe kilomètres de pays, depuis le Cap Breton jusqu'à la Colombie Anglaise, et visiter Ifi moitié de la glorieuse république américaine — partout où la foi doit s 'annoncer, pa ii;out où la charité catholique peut s'exercer — pour retracer les fondations de toutes sortes — collèges, couvents, hôpitaux, asiles — ^filles de ces institutions mères que vous avez visitées ici. Faut-il en conclure que les Canadiens-français ont été plus zélés, plus apostoliques que les autres? Non, mais la Providence a voulu qu'ils soient les apôtres de l'Amérique du Nord.

Que l'on se garde, oui, que l'on se garde avec soin d'éteindre ce foyer intense de lumière qui éclaire tout un continent depuis trois siècles; que l'on se garde de tarir cette source de charité qui va partout consoler les pauvres, soigner les malades, soulager les infirmes, recueillir les malheureux et faire aimer l'Eglise de Dieu, le pape et les évoques de toutes langues et de toutes races.

"Mais, dira-t-on, vous n'êtes qu'une poignée; vous êtes fatalement destinés à disparaître; pourquoi vous obstiner dans la lutte?" Nous ne sommes qu'une poignée, c'est vrai; mais ce n'est pas à l'école du Christ que j'ai appris à compter le droit et les forces morales d'après le nombre et par les richesses. Nous ne sommes qu'une poignée, c'est vrai; mais nous comptons pour ce que nous sommes, et nous avons le droit de vivre.

Douze apôtres, méprisés en leur temps par tout ce qu'il y avait de riche, d'influent et d'instruit, ont conquis le monde. Je ne dis pas: Laissez les Canadiens-français conquérir l'Amérique. Ils né le demandent pas. Nous vous disons simplement.: Laissez-nous notre place au foyer de l'Eglise et faire notre part de travail pour assurer son triomphe.

Après la mort du Christ, Saint Pierre voulut un jour marquer la supériorité des hébreux sur les gentils. Saint Paul, l'apôtre des nations, lui rappela qu'il devait être le père de toutes les races, de toutes

les langues. Le pape le comprit ; et depuis dix-neuf cents ans, il n 'y a pat. eu de pape hébreux, de pape romain, de pape italien, de pape français, mais le Pape, père de toute la grande famille catholique.

Montons plus haut, montons jusqu'au Calvaire, et là, sur cette petite montagne de Judée, qui n'était pas bien haute dans le monde, apprenons la leçon de la tolérance et de la vraie charité chrétienne.

Les peuples de l'antiquité, dans l'attente du salut, montèrent jusqu'au Christ pour en recevoir le mot de la rédemption éternelle. Depuis le Christ, toutes les races et toutes les nations, lavant dans son sang leurs préjugés, doivent s 'unir pour constituer son Eglise. Que dans le Christ et dans l'amour commun de l'Eucharistie, toutes les races du Canada, ayant appris à respecter le domaine particulier de chacune, à conserver à chacune les forces d'expansion nationales qui lui sont propres, sachent enfin s'unir étroitement pour la gloire de l'Eglise universelle, pour le triomphe du Christ et de la papauté; et, ajouterai-je en terminant! pour la sécurité de l'Empire britannique, car c'est dans l'unité de foi des catholiques canadiens, des Canadiens-français surtout, que l'Empire britannique trouvera, dans l'avenir comme dans le passé, la garantie la plus certaine de sa puissance au Canada.

Page 1