‹ Religion Saint-SimonienneChapitre 27 sur 46 · UT RÉCOMPENSÉ SI? IVAN T SES ŒUVRES · texte numérisé non relu

UT RÉCOMPENSÉ SI? IVAN T SES ŒUVRES

* Et lorsque celle nouvelle parole hemuîriisf, enseî^néü h lous , réalisera SUR LÀ TERRE Je bîwnjs dk Dmt, je ilL?ïïme i>k la paix et dp* la LïiïHBTi, que les chrétiens avaient placé seulement iiAHs le ciel , l'église catholique anrn perdu toute sa puissance , elle aura cessé d’être*

R AZAïl D-E lf F A N T IN ,

Chefs de la doctrine de Saint-Simon,

Paris, 5o juillet i83o.

Il semblait en effet qu’une nouvelle ère commençai U ta France, assurée sans retour de ta conquête de sa ru vol mica, délivrée de la frayeur de fous ces vieux fantômes qui salaient fardés pour se (aire croire vivans, et qui de leurs mains décrépîtes avaient tenté delà ramener en arrière, était animée d’un noble élan vers un avenir inconnu auquel son enthousiasme ignorant attachait des noms divers efcdéjà surannés. Jamais elle n’avait été aussi glorieuse. Elle s'enorgueillissait de l'améliora lion morale de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre , qui s’ëtait élancée au corn bat, en haillons, sous le nom Ac populace, et, victorieuse, en était sortie, en haillons , sous le nom de peuple , et qui , reparaissant, calme, les armes h la main, sur la scèné #âa première apparition avait semé tant d'effroi, semblât! mériter désormais une pacifique initiation à une meilleure (tes* tïnée I Enfin elle voyait se tourner vers elle les regards des nations les plus civilisées du mondes et, remontant en trois jours nu rang qu’elle avait conquis par les travaux de plusieurs siècles, elle recevait de leur sympathie une dictature qu’elle n'avait dû jusqu’alors qu’à une admiration mêlée dr terreur.

France, que vas-tu faire P Sais-tu bien quelles leçons.

quels exemples, quel appui tu dois aux peuples qui leçonte m pleut, ou qui , h la vois , se sont levés et ont provoqué leurs oppresseurs avec une incroyable audace? car ils vo- | aient aux combats aux a ce en s de tes hymnes patriotiques, et ils disaient: La France est arec nom! Enfin quelles inspirât Ions les chefs nouveaux vont-ils puiser clans Fécial an le révélation qui jaillit de ta révolution ?

Voyons d’abord ce qui s’est passé mi milieu de nous. La classe (a plus nombreuse et la plus pauvre , qui , par le spectacle de son héroïsme et de. sa modération avait rassuré jusqu’à ses courtisans, saisis d’un secret effroi eri présence de ses services, et avait imprimé à cet événement un caractère inouï de grandeur, étaiL rentrée dans ses ateliers , remettant sa tête triomphante sous le joug héréditaire de ses misères- Elle osa sc plaindre, a Peuple , lui dit-on , n tu as vaincu , cl tu fus magnanime ; gloire h toi 1 Mais la » liberté pour laquelle in as' combattu condamne toute « intervention du pouvoir dans les relations de l’ouvrier et » du maître; sots libre et patient, La liberté fera refleurir ï l'industrie , mais l’ordre seul peut sauver la liberté. » Et cependant le peuple, que pressent scs déplorables besoins* à chaque occasion reprend le chemin des places publiques; tantôt il demande avec un acharnement sauvage la tète des ministres prévaricateurs * lui qui n’avait pas versé une goutte de sang hors du combat P réduit k chercher dans la vengeance une brutale compensation h ses souffrances dont il ignore le remède; tantôt, b un trait de démence de la légitimité, il se précipite dans les églises, comme si h l'ombre de leurs ailes mystérieuses se cachait encore, menaçante, !a puissance qu’il avait vaincue , et alors on lui jette des croix fleurdelisées, en lui disant : « Brise , peuple, brise , et laisserons en repos. » Et toujours misérable.

( Slo )

le peuple continue à réclamer tumultueusement par m émeutes répétées , jusqu’à ce que le pouvoir, naïvement étonné de cusiêtranges perturba lions sous le règne de h Charte duement observée , n’en trouvant d’autre expiiez cation que les ambitions mécontentes de quelques agitaleurs républicains , fatigué d'ailleurs des désordres de ce peuple, auxiliaire embarrassant, dont il croyait si bien avoir largement payé par l’aumône d’un million cl de quelques médailles le coup de main et les trois journées à travail ? vote enfin le renouvellement de la loi martiale , seule loi où il se soit souvenu du peuple ! On avaïL débulé par l’admira lion , on finit par le mépris; on avait cornindicé par la flatterie, on termine par la menace ; parer que Ton s’était borné h voir dans f expulsion de Charles X tm Français de moins , au lieu dVnvîsager dans ce fait 1 avénemeOi de la classe la plus nombreuse et la plus paîtra, non pas à une chimérique souveraineté qu’elle ne revendiquait même pas , mais h une amélioration progressive thrns i>on sort moral , intellectuel et physique! Le peuple éUiL trop abruti et trop ignorant pour formuler nettement ses besoins; le pouvoir manqua de sympathie et A* intelligence pour les comprendre.

EL voyez où cette première erreur entraîne le pouvoir 1 Faute d’avoir su se concilier les masses laborieuses, Ü larme des sympathies que lui témoigne la portion la plus ardente du libéralisme, et, sentant bien qu’il les avait en effet laissées accessibles h toutes les suggestions , dans chaque

émeute il volt une conspira Lion; là trïi hurle la misère , il

croit entendre la voix de la république , et là où retentit le cri de liberté, il ne discerne pas même l’accent de la détresse; il fournit, par l'oubli complet des intérêts populaires, une arme plus puissante aux républicains qude programme del Hôteb

de -Ville» réduit ii les accuser de provoquer le mal aise général par des l roubles sans cesse fomentés » tandis que le libéralisme en împule la cause u un gouvernement coûteux et h d’accablans impôts ; c’csl b qui se saisira du peuple pour en faire l’un contre l’autre un instrument de violence! Enfin le pouvoir, assez éclairé pour comprendre que la république, négation complète de ("ancien régime , précipiterait In société dans V anarchie, mais ignorant qu’il n’a d’autre mission que de. faciliter rétablissement d’un ordre nouveau en présidant à la destruction régularisée de tous les débris de l’ordre ancien, prenant avec orgueil les airs de fondateur quand il ne pouvait avoir en vérité d’autres fonctions que celles de déblayeur, résiste h d’anarchiques prétentions par de rétrogrades tentatives , met la couronne décernée en vertu de la souveraineté du peuple sous la sauvegarde d'une qmsî-légî limité, ajoute h l'irritation du libéralisme, se défend par de violentes persécutions; et, l\ défaut de mesures d'utilité générale, inspirées par une juste sympathie pour la classe la plus nombreuse et la plus pauvre , Ü n’a rien h invoquer en sa faveur que Voi'dre légat !

Si faible h l’intérieur, que pouvait-il h l'extérieur ? Alarmé justement des prétentions des libéraux, qui , en vertu de leur poétique de la révolution , pensaient à une guerre de propagande et eu al tendaient le succès plus complet de leurs principes; forcé de rassurer rat dedans la bourgeoisie qui redoutait les chances d’une guerre européenne et le triomphe de la démocratie , au -dehors la royauté qui craignait l’ambition militaire et l’invasion révolutionnaire de la France; ne voyant d'alternative qu'une paix timide , honteuse , égoïste , mats favorable au maintien de l’ordre légal , et une guerre terri hic , acharnée , générale , dont l’anarchie devait suivre les succès; ignorant en

vertu de quel principe nouveau il pouvait déclarer lu guernj en se conciliant le cœur de tous les peu [des , eL pmjvait rétablir la paix sans la subir, le pouvoir professe avec tr courage de la houle le principe do la non-intervention.

Arrière, constitutionnels espagnols, patriotes italiens T révoltés belges ! Que le despote de Madrid étouffe dans le sang voire rébellion , que César accoure aider aux bourreaux du vicaire do Jésus , que les nations voisines soient prêtes à démembrer comme une proie la Belgique ; sr~ rière , je ne vous connais pas !

Cependant le czur, se regardant, dans son ignorance des progrès de là civilisation, comme fc fléau de Dieu destiné ît châtier la liberté, avait dit à son innombrable armée ; Â Paris! La Pologne, qu’une glorieuse fraternité d’armes unit h la France , se lève* A Paris ! répète Le czar, el fltft la Pologne soit extertftuié# comme Moscou fut brûlé, pour le salut de tous ! eL la France , par la voix de sa barbare diplomatie, se hâta 3e ratifier , par un indigne abandon , le sacrifice d’un peuple entier l Aujourd’hui, aujourd’hui seulement f elle parle officiellement de sa sympathie , el pendant près d’un an le sang n’a pas cessé de couler !

Ainsi la France, subissant presque une seconde restait' ration après avoir expulsé la première, emprisonnée dan^ l’ordre légal au lieu de faire de nouveaux progrès, repoussant comme de chimériques théories toute pensée d’innovation , ne répond par aucune mesure aux immenses besoins de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre, et semblable k un agent provocateur de révolutions, abandonne h une verge de fer ceux qu’elle a poussés l'insurrection , et reçoit pour salaire une humiliante hnpimilé.

Four nous , nous oe nous érigeons pas en accusa Leurs

acharnés du pouvoir : nous avons rm prouvé hautement ce qu'il y a de rétrograde dans ses prétentions à F ordre* et d’étroit dans son égoïsme politique; mais nous comprenons ce qu’il y a de légitime dans le senti meut qui lui prescrivit sou système de résistance à toute espèce de mouvement. Nous ne nous constituons pns les défenseurs outrés du libéralisme : nous louons sans détour ce qu’il y a dé généreux dans son désir d’cffacer toutes les traces du passé; mais nous im prouvons hautement ce qu’il y a d’imprévoyance et d’aveuglement dans cet amour d’une anarchique liberté* Tons deux enfin * pouvoir et libéralisme * nous les absolvons pour cause à7 ignorance.

Dépositaires de Tordre nouveau que Sa.ikt-Sjmo^ nous a révélé, nous adressons mi juste-milieu qui gouverne, et au républicanisme qui aspire h gouverner, une parole conciliante, etnous leur découvrons* dans la société que nous venons fonder , l’ordre que l’un cherche , et le progrès que l’autre aime, la stabilité que celui-là demande* et le mouvement vers lequel celui-ci s’élance.

Car, en vérité, de croire que nous sommes une secte possédée de l’esprit de corps, jalouse de ses étroits intérêts , comme un ordre religieux qui tenait à se recruter cl à faire le mieux possible scs affaires, c’est erreur 1 Notre association est le germe de l’ association universelle; c’est à l’étendre incessamment et à transformer prudemment la société qui nous entoure , afin de préparer son assimilation, que se dévoue notre infatigable prosélytisme 1 Déjà nous vous Pavons dit : Le monde est à nous , El vous avez pu ne voir dans ces paroles inspirées par une foi profonde qu’une aveugle jactance , qu’une extravagante rêverie I El cependant, obscurs, méconnus* calomniés, avons -noua cessé de grandir au milieu de vos dédains , de vos mépris ,

de vos railleries ? Sans jamais repousser Tin jure pur l'injure, et la violence par la violence, nous nous sommes adressés à tous par nos enseïgnemens , nos prédicalions, nos livres, nos missions , nos journaux; nous tous avons, sous toutes les formes , saintement poursuivis fe glorieuses légendes de la foi nouvelle. Penh peu nous vous avons imposé notre langage, dont les uns balbutient ]q$ premiers mots, dom les autres répètent , en les fié i eu lisant, les termes encore étranges b leur oreille, mais avec lequel tous commencent h sc familiariser. Partout aujourd’hui nous retrouvons, complètes ou mutilées, nos formules sacrées, dont les uns s'enrichissent sans vouloir avouer le larcin; dont les autres s'attribuent la découverte, qtie cenx-cî prétendent du domaine commun , (pie ceux-là déclarent n'être que des vieilleries retrouvées , mais que tans introduisent dans le langage vulgaire. N 'est -ce pas nous qui avons sommé les journaux de suspendre quelquefois ['acharnement d'une stérile polémique pour discuter les intérêts du travail scienti fiq ue ou industriel habituellement négligés, et qui leur avons fourni de nouvelles régies d’appréciation qu’in volontairement ils mettent plus souvent çn usage? N 'avons-nous pas attaché à une classe de la société, longtemps utile, mais déchue de son importance, ce titré à' oisif > qui no la quittera plus qu’elle ne l’ait abjuré, ot qui déjh dans votre bouche commence par être une maligne épigramme , en attendant qu'il devienne une fourniliante leçon? IN 'avons-nous pas déterminé les opinions libérales les plus prononcées h un retour aux idées de hiérarchie et h la préconisation de Y ordre? C’est peu : nous avons fait surgir jusque dans la chambre des députés, élus en vertu des ptiviléges de la naissance , des réclamations en faveur de la capacité : nous avons amené sur notre ter-

ndn lu grande question de l'hérédité de la pairie , que Ton n u pu discuter sans discuter en même temps l'hérédité de la propriété. Enfin nous voyous chaque jour, grâces nos infatigables réclama lions en faveur de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre, s'accroître pour elle la sympathie des hommes généreux; et nous- me mes, commençant à taire entendre aux ouvriers notre voix paternelle, lundi* ïjiie des hommes en dehors de nous peuvent se dire hauteurrnt les disciples de Saint Simon, maïs de Saint-Simon philosophe et digne émule de Socrate ou de Condorcet »

U Qiis enseignons h de nombreuses familles à espérer un remède à leurs souffrances de Saint-Simon , révélateur plus grand que Moïse et que Jésus!

Voilà ce que nous avons fait. Chez nous tout a été pro~ grès. Hors de nous, quel parti, appelé à déposer le bilan doses revers ou de ses succès, aurait autre chose à nous raconter qu’un enchaînement d’humîlialïôlis et d espérances trompées?

Mes PbnEs ,

Vous ne nous avez point frustrés dans notre attente; ce que vous nous aviez promis , nous l’avons réalisé : mais vous n’aviez pas ignoré les erreurs de tous les partis et leur impuissance h se diriger. Dès le lendemain de la victoire vous aviez , dans une lettre adressée à vos enfans , annoncé ce que je viens de rappeler.

Mon fils , lisez la lettre de nos pères , cl montrez l’ histoire dans leur prophétie.

Ilaud lit la lettre qui fut adressée par les chefs de la

religion Saint- Simon ionne h leurs fils des département , le iCF août iS5o*

Chers i;ivr \>s *

Nous devons vous instruire, vous qui notiez pas près du nous dans ce mouvement généreux dont la capital du monde civilisé a été le théâtre, et du caractère véritable de cette rapide révolution , et du rôle que la doctrine a du y jouer, etenfin des nouvelles espérances qu’elle nous donne,

La classe pauvre , la classe la plus nombreuse , celle qui dans les sociétés antiques état L composée d’esclaves, et dans le moyen âge de serfs; celle classe d'hommes à qui la société qui nous entoure refuse encore réduc.atiou morale, l'instruction et Taisance ; cette classe déshéritée par nos lois, puisque ses pères ne lui laissent que la misère et l'ignorance, et que ses maîtres lui donnent à peine, pour son travail, le nécessaire; les prolétaires que nos constitutions libérales ne jugent pas clignes de leurs prévisions, et dont nos Godes ne s’occupent que pour réprimer leurs révoltes; hE peuple, en un mot, a vaincu, et il a été humain, sage, autant qUe co u ra ge üx e t fo ri.

Il a vaincu ChskR et ses soldats, pour ses éligibles et ses électeurs , pour scs journalistes et ses députés, pour ses bourgeois et contribuables , pour ses chefs d’atelier et propri ét a! res ; m ai s t j u e fer o n t po tir In i tous ces ho; rn m es po a r lesquels il s’est fait massacrer ? Domleront-ils h sés entons le pain de vie , de sagesse et de force ? Les suivront -ils avec amour, dès leur ïiaissance* pour les diriger là oii leur vocation (es appelle? Non, non; nous le savions d’avance , à

nous seuls est réservée cette glorieuse mission; à nous seuls appartient de rétribuer chacun selon ses œuvres, de placer chacun selon sa capacité : alors il n'y aura pas plus de riches et de puissaçs par la naissance, que de pauvres et de faibles par la naissance ; alors les faibles ne se révolteront plus contre les forts , ni les pauvres contre les riches ; car les forts ne tueront plus les faibles, et les riches ^exploiteront plus les pauvres ; les oisifs, voilh les pauvres et les faibles de i avenir ; les tiuvaillecrs y seront riches et puissant

Chers enfans, lorsque celle crise , dernière conséquence de la révolution française, a commencé, nous vous avons écrit que notre intention était cio vous voir calmes, comme nous, au milieu de ce nouveau désordre , présage irrélrable de l'ordre nouveau, de l’avenir SainUSimouîcn ; nous vous disions de vous préparer à mettre à profit celte nouvelle et éclatante manifestation de la volonté divine, et de vous tenir prêts, quel que lut le résultat de la lutte, h développer les germes d’avenir qui s'y seraient fait jour* Ce n'était pas un éloignement timide que nous vous demandions; nous savions, parce que nous le sentions nous-mêmes, que c'était exiger de vous un grand acte de courage, que de vous empêcher d'unir vos efforts h ceux de vos anciens frères d'armes , et de vous exposer ainsi à être méconnus par eux, h recevoir "de cuisans reproches, à justifier les préjugés qui déjà existaient en eux contre la doctrine, lorsqu’ils virent qu'elle nous avait arrachés à la scène libérale, pour nous plonger dans ce qu’ils appelaient nos rêveries, dans ce qu’ils prenaient souvent pour dé la rétrogradation»

Notre éloignement ne devait donc être ni l'inaction ni le silence; nos yeux étaient ouverts, et nous avons parlé»

Noue avons pris position» non an milieu, mais, au-dessus des partis, en montrant aux vainqueurs et aux vaincus pourquoi la victoire et pourquoi la défaite, en proclamant ce qui manquait è Tune et il Fautre pour qu’elles fussent définitives.

Notre parole ne devait pas être généralement comprise; nous ne le savions. Les uns allaient s’écrier : Il s’agit bien d’avenir! Les antres devaient craindre que nous ne lissions diversion aux cris de F me la charte! et nous traiter avec autant de rigueur qu’ils en auraient montré contre des ultras ; d’autres enfin, classe' nombreuse t l'aiblo, timide, parce qu’elle a de jusLes sujets de crainte , devaient voir dans notre proclamation un appel au peuple pour dépouiller violemment les riches» et détruire celle aristocratie bourgeoise qui s’est élevée mesquine, mais avide, surfes ruines de 1 ancienne féodalité. Aucun d’eux ne pouvait savoir qui nous étions; mais tous voyaient que nous: n’étiom pas eux» et que cependant nous avions rompu plus complètement qu’eux tous avec le passé; que placés ainsi en avant de tous, nous préparions un avenir que tous pouvaient ne pas comprendre , croire impossible, peut-être, mais qui avait un caractère que les sympathies généreuses m pouvaient méconnaître; tous pouvaient encore nous irai' ter du nom de rêveurs » mais, d'audacieux et généreux rêveurs : voilit ce que nous voulions. Ce jour, cette feuille, marqueront dans les traditions Saint-Simon ion nés; bientôt les hommes qui ne nous ont pas compris encore s'écrieront: Les Saint-Sim on iens nous Fn valent bien dit !

Chers cil fans» nous ne nous sommes fias bornés à pro^ clamer notre foi dans un meilleur avenir, & dire h un peuple révolté contre ses anciens maîtres qu’il lui fallait de nouveaux chefs vénérés, chéris; h prononcer le nom sacré

(U Pieu devant des hommes qui ne Pavaient pas invoqué au moment même où ils accomplissaient l'œuvre la plu t religieuse; h révéler nu monde, qui depuis deux siècles s'efforce de détruire tout ordnf tout pouvoir, toute hiérarchie* parce qu'il voiten eux la violence, l’oisiveté, le privilège aveugle de la naissance, nous ne nous sommes pas bornés , disonsnous, è Lui révéler un ordre et un pouvoir nouveaux, fondés sur le travail et la paix , une hiérarchie nouvelle, indépendante de La naissance, uniquement basée sur la capacité; et cependant que pouvait-on lui dire de plus grand! Mais il fallait agir*

Un jour, la lutte armée, le combat étaient finis; le sang ne coulait plus; les esprits inquiets songeaient au lendemain : Qu'allons mous faire? tel était le cri qm sortait de toutes les bouches. Ceux qui avaient vaincu ( le peuple ) avaient leurs armes; ceux qui ne s'étalent pas battus (les bourgeois) commençaient ù prendre les leurs. Les premiers criaient plus de Bourbons! les autres se disaient h l'oreille : Sans d’Orléans nous ne pourrons, contenir celte populace: et les hommes qui depuis quinze ans excitent cette populace contre ses chefs, contre ses rois , tremblaient, ils reculaient devant leur ouvrage; ils se comparaient presque è Bailly, a tous ces promoteurs de la révolution , qui en ont été les premières victimes, La Gironde nouvelle palissait devanL une Montagne qui n’était pas encore élevée , mais qu’elle sentait surgir sous ses pas.

Notre heure était venue; nous devions nous assurer de la réalité des craintes des uns, de la puissance de volonté des autres.

Ceux de nos fils qui sortent de F école polytechnique , revêtirent j’babit que ecs jours de gloire avaient une seconde fois couvert de gloire; ils parcoururent la ville, se

mêlèrent aux troupes, cherchant surtout leurs jeunes frères d’ëcolc, pour savoir s’ils trouveraient en eux les chefs de ce mouvement populaire » que les uns espéraient , que d’autres redoutaient , et que nous aurions dû chercher k calmer, h maîtriser moine, s’il s’était manifesté. Nous tous, «anciens défenseurs» «anciens guides du libéralisme qui venait de triompher, persuadés à Pavance que parmi les chefs courageux du peuple dans ces trois journées, il ne soîtou* vaîl que des héros d’an jour, admirables pour un coup de main, ïmpuissans pour un acte social 3 nous devions toutefois reconnaître posili renient si ces jeunes rejetons du Farhre delà liberté étaient incapables de porter défit fruits î nous devions voir si, parmi ces braves. Dieu iFauraîl pus encore voulu faire naître un de ces hommes capables d'agiter nn peuple armé, de lui commander la résistance $ toute restauration d’un ordre social qui vient d’ëlre renversé j car notre place alors eût été marquée entre les vainqueurs et les vaincus.

Mais non, toutes les tètes étaient courbées sous le niveau de Fégsdiié , aucune d’elles ne s’élevait ambitieuse; le peuple n ’av ai t pa s de c lie is , les noua a lois po uvai en L encore dormir en paix , le mouvement révolutionnaire avait cessé; ï heure du danger n'avait donc pas encore sonné pour nous» et nous pouvions nous retirer, cnr la machine représentative allait reprendre pour quelque temps son mouvement.

Chers enfans, il est important que vous ne vous mépreniez pas sur les démarches que nous faisions en ce moment; écoutez ;

Toutes les constitutions* avons-nous dit, ont été jusqu ici des transactions entre des classes qui n’ont jamais admis le peuple à les discuter, à les signer ; ce n’est pas là feu*

rnaL car le peuple ne fait jamais ses lob; mais aucune d'elles na eu pour objet f amelioration dit j^MORAL, physique el intellectuel de la classe la plus nomkïveuse et la plus pauvre; aussi tou les ont été renversées, après quelques ins tans de durée* Tou Les ces chartes, constamment déchirées et réimprimées, avec corrections, additions, sont impuissantes, vous îc savez, à nous donner l’oeore et la lït Bebté. Un jour viendra donc, où le peuple, résistant à scs vieil* maîtres , sera prêt à recevoir directement une organisation Saint' -Simonienne, ou du moins à préparer, sous ('influence indirecte do la doctrine, celte prochaine organisation, Ce jour viendra , et nous en serons avertis, lorsque nous verrons, d’une pari, scs anciens chefs déconcertés, prêts à quitter la partie, craintifs, sans volonté, incapables d'inventer une rédaction nouvelle des droits imprescriptibles t comme ilsles appellent; et de l’autre, le peuple prêt à abuser (si nous ne paraissions pas alors) d’un affranchissement dont il ne cou □ ai trait pas le biffc

Sans doute nous de vous croire que la grande et définitive évolution que Saint-Simon fera faire à l’humanité sera opérée, pendant un assez long temps encore, par □assimilation insensible à l'association déjà formée par nous; sans doute notre rôle politique ne devra commencer que lorsque la doctrine aura pénéLré les classes supérieures de la sociélé, et qu’elle se sera même assez long temps produite par son culte , aux yeux des classes inférieures , pour que la prise de possession du pouvoir se lasse en même temps , pour ainsi dire , par en haut et par en bas; et cependant les SainUSimoniens pourraient être destinés à paraître plus Lot sur la scène politique , ce qui arriverait si lu sociéLé , privée de ses chefs, livrée au désordre, s’abandonnait aux mains toujours sanglantes de Tanarchie*

Celte dernière supposition nous paraît Lien moins babie que l'attira; mais cl le est possible : nous (levions donc y être préparés; nous devions donc tout faire pour nous assurer des chances actuelles de sa réalisation; car nous seuls pourrons , lorsque le peuple cherchera vraiment ries chefs , el lorsque ses députés , électeurs * bourgeois, journalistes , philosophes, propriétaires, se tiendront Ircinblans il l’écart , nous seuls pourrons avoir la foi de l|atitortléÿ et commander l’ obéissance: nous seuls pourrons découvrir les élémens d'ordre alors ex is tan s , les réunir, les féconder, appeler b nous tout ce qui sera vraiment en progrès * parce que 1' a venir est à nous ; nous seuls pourrons aussi éloigner tout ce qui sera usé, vieilli , rejeter les inslroraens vermoulus d’une lutte devenue inutile, prévenir et calmer les rés i s t a n ces rct r ag r aies ; p a rce q ue no u s savons le ia 45&É et ne craignons rien de lui.

Voilà pourquoi hier nous marchions vers nos écoles, vers notre jeunesse studieuse et pleine d’enthousiasme, qui ne sait pas encore qu’elle ne sera vraiment Libre que lorsque les sources de la science et de l'enthousiasme se répandront largement sur ce peuple qu’elle doit aimer plus encore pour ce qu’il pourra faire un jour, que pour la bravoure et rhum unité qui! vient de déployer. Voilà pourquoi notis cherchions à découvrir, en nous mêlant aux hommes qui ont triomphé, c’est-à-dire aux travailleurs , si le régne de I * ois iv été était ace o mpl i -, en cl ’ a u t re s Le rmes si I a vèvol a tmi était achevée.

Eufuns , uous vous avons dit ce que nous avions fait; voici maintenant coque nous avons à faire,

La révolte sainte qui vient de s’opérer ne mérite pas le nom de révolution; rien de fondamental n’est changé dans lf organisa lion sociale actuelle: quelques noms, des

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couleurs, le blason national , des titres, quelques modifications législatives qui réduiront les attributions Ïïii pouvoir à peu près à un rôle de police, et de police très-bénigne; telles sont les conquêtes de ces jours de deuil et de gloire. Toutefois, pour nous, voici leur résultat le plus important. Il n'est pas d’amo généreuse, parmi vos anciens frères d’armes, parmi les libéraux , dont la foi constitution nette ne se soit ébranlée , en meme temps que son amour pour le peuple s'est accru de toute la gloire qu'il vient d'acquérir. faiblesse, désunion , divagations, déraisons, pauvretés de tout genre, rien n’a été épargné pour leur faire sonder 1 abîme qu’ils n1# valent pas encore aperçu. Profitons de celle heureuse disposition : pour ceux-là , ouvrons largement les trésors de t'avenir révélé par Saint-Simon, achevons leur désenchantement ; qu'ils brisent comme nous les idoles que nous avons comme eux encensées; montrons -leur, nous qu’ils traitaient de rêveurs, nous qu’ils accusaient de retourner vers le passé, parce que nous les avions quittés pour l’avenir, inontronsdeur qu’eux seuls rêvaient, que nous touchions à la réalité; que, loin d’abandonner celte couse sacrée à laquelle ils savent que nous n’avons jamais craint dé nous dévouer , plus que jamais amis des classes pauvres, amis du peuple, certains de ses heureuses destinées, nous les préparons plus sûrement qii’avocleurs armes et leurs constitutions, par nos prophe- Ues, m comprises d’abord, mais qui deviennent sensibles aujourd’hui pour les intelligences les moins élevées, pour les cœurs les plus endurcis.

Pites-leur que le passé tout entier vient d’essuyer sa dernière défaite; que les fruits de la révolution nous sont définitivement acquis ; que les instrumens de guerre qui nous ont servi à la faire, h In compléter, sont déposés par

le peuple; qu’il s est montré bien au-dessus des militaires, des légistes et des bourgeois; qu’il est digne enfin que Ion s'occupe directement de son bonheur.

Rassurés alors contre les tentatives rétrogrades que depuis quinze ans ils ont combattues; certains qu’il suffit d'un geste , d’un souille pour les faire disparaître, pourront-ils nous reprocher encore d'avoir abandonné une arène où Ton ne s’est jamais battu pour l’avenir? Non , ils laisseront comme nom quelques avocats discuter encore* et toujours discuter une question insoluble pour eux, et que le peuple a résolue en un instant, celle des garanties contre un pouvoir immoral, ignorant, impuissant ; ils soccuperont avec nous d'une question plus vaste : fnligtiés de cette guerre sans cesse renaissante , ils voudront voir s’élever enfin un pouvoir aimant, intelligent et fort, h l’égard duquel F obéissance et non l’insurrection serait le plus saint des devoirs*

Cette noble ambition, n’en douiez pas* amènera vers nous les hommes que nous avons mission d'éclairer les premiers , c’esUi-dire ceux qui , brûlant de consacrer kir vie à T amélioration du sorL de leurs frères, sont les seuls hommes religieux , les seuls véritables prêtres de notre époque. D’autres , moins dévoués , engagés plus profondément dans le mouvement politique actuel , portant les regards moins loin dans l’avenir, exigent cependant aussi vos soins. Saint-Simon doit, par vous, se mettre à la portée de leur intelligence, et diriger les sentiment qui les animent. Que par vos conseils , ÎU réclament sans cesse et plus vivement que jamais;

La liberté antière des cultes; aucun clergé ne recevant de salaire de l’état.

La liberté de la presse ; l'abolition des privilèges de IL

braire s, imp rime urs t ci des droit* énormes qui gênent Féfü iss tou de la pensée;

La liberté do renseignement et T annulation de la rétribution universitaire;

La destruction des monopoles commerciaux de tous genres, la liberté entière du commerce cl de Findustrie;

L’abolition de Fart. S91 du Code pénal, qui défend [es réunions au-dessus de vingt personnes; car cet article vaut b lui seul toutes [es autres armes légales du pouvoir;

Enfin lu destruction de la pairie héréditaire , débris trop évident do la féodalité , seul appui que les privilégiés de la naissance puissent encore trouver aujourd’hui dans nos formes gouvernementales*

Voilà pour ceux b qui leur position donne de Fin fluence sur le mouvement libéral; maïs n’oobliez pas que votre parole doit ici porter plus que jamais l'empreinte saini-sîmonienne. Toutes ces libertés, vous le savez, seront tôt ou tard réclamées, ardemment sollicitées par des hommes qui croiront consciencieusement; y voir des moyens d'ordre, tandis que pour vous elles n’ont d’autre effet que de rendre moins pénible, plus prompte , moins dangereuse, nnedissolulion inévitable, vers laquelle nous marchons avec une vitesse accélérée qui serait effrayante, si nous ne savions pas que cette dissolution, que ce désordre est la condition de V ordre social nouveau; si nous ne savions pas, surtout, que ses progrès permettront de plus en plus, aux hommes qui les sollicitent encore, de se détacher de ce mouvement anarchique t pour se rallier à la hiérarchie nouvelle*

Chers enfans, rappelez donc aux libéraux ce qu’ils doivent faire comme libéraux; mais que votre voix ne se couloudepas avec les cris de la démagogie; nous demandons en ce moment la liberté des mîtes, c’est pour qu’im culte ùni~

que puisse plus facilement s’élever sur toutes ces ruine? du passé religieux de l'humanité : nous voulons In liberté de a presse, parce f|u7ellc est la condition indispensable de la création prochaine d'une direction vrai meut légitimé de la pensée, celle delà moralité et de la science; noua réclamons la liberté de Vcnseignetfumt, pour que no Ire doctrine se propage plus facilement, sans obstacles, et soit un jour \n seule aimee, sue et pratiquée par tous. Nous appelons de tous nos vœux la destruction des monopoles commerciaux et des corporations privilégiées encore existantes, mais seulement comme un moyen d’arriver k une organisation défini! ire du corps industriel*

Tel est notre but en favorisant , en excitant les demandes des libéraux; proclamez -le hautement, et ne craignes pas que cet aveu les effraie aujourd'hui, et qu’ils nous jugent comme ils le faisaient avant eés trois grands jours; alors ils voyaient en nous des ultras, des jésuites, des prêtres de Thèbes et de Memphis, des partisans du despotisme; aujourd'hui, nous serons plutôt des montagnards , des démagogues , et cependant nous sommes restés les mêmes; nous savions bien que nous devrions nous présenter ainsi aujourd'hui à leurs yeux effrayés : nous savions qu'après avoir excité pendant si long-temps le peuple b In révolte, ils reculeraient épouvantés devant leur ouvrage , et que, lorsqu’ils cràindraien t nuta n 1 1 a démagogie qu’ils redout aient naguère* le despotisme, les Saint -Simonie iis ne seraient plus pour eux d'ambitieux théo crûtes, mais des démagogues furieux : l'un de nos chers Gis ue le leur disait-il pas, lorsqu'il s'écriait, il y a peu de jours, en parlant de uoLre maître : Gloire k celui qui proclama le règne exclusif de Dieu, et le bonheur toujours croissant du peuple ! il fut le plus humain des ihéocrates, le plus divin des démocrates'

Enfans, et vous tous qui entendrez notre voix, apprenez que I’Hommie-Died des chrétiens est devenu en Saint Simon TiiOMMB^PEirPLE; sous ce nom DIVIN, un et multiple h la fois, les souverains de l’avenir, les papes de l’église nouvelle réaliseront enfin celte souveraineté du peuple + improlicable rêverie pour ceux qui ne voient jamais dans le peuple qu’une multitude sans chef; vérité pour le pape Saint-Simonien, cor le peuple est en lui, aimait, sage et paissant , marchant COMME EN SEUL HOMME vers Ta venir que Dieu lui destine*

Et maintenant que Couvre une année nouvelle, si le sou venir des fautes et des malheurs qui marquèrent le cours de Tannée expirante , si la consécration de l’anniversaire de ces jours qu’illustrèrent vainement d’écla tailles révélations rendent les cœurs plus accessibles h nos salutaires avertis^ semons déjà sanctionnés par Inexpérience; h tous ceux qui veulent sincèrement la prospérité, la gloire de la France et de Thumanité, car il y a entre leurs destinées une indissoluble solidarité, nous le disons :

La France , pour mettre un terme h des perturbations intestines sans cesse renaissantes, doit travailler sans retard h allégories impôts qui grèvent surtout les premiers besoins de Hmligcncc, affecter h leur soulagement les droits qu’elle frappera sur les privilèges de l'oisiveté, accorder enfin à tous scs enfaus le bienfait de Téducation et Tespoir d’obtenir graduellement l'association avec les classes supërieu res* À ces seules conditions, elle peut faire cesser ces continuelles agitations qui la désolent ; car rien n’est plus sédi lieux que l'abrutissement, T ignorance et la faim; et le for ne peut extirper ces séditions*

Et vous qui, formant les yeux h Favenir, rêvez dans Infini uable conservation du présent la plus extravagante ife utopies , vainement essaieriez-vous de justifier votre opiniâtreté en prétendant établir en France une taxe pour le* pauvres. Ah ! n'importez pas on France celle plaie horrible, contagieuse * qui chaque jour, en Angleterre, dévore tant de forces vives! Vainement étaleriez-vous encore avec enr phase la bonté du riche , providence du pauvre, lorsque la misère de la classe s ou lira nie , telle qu'un abime, soudain engloutit tous vos dons, et demeure toujours insatiable et béante... Nous le savons; aisément aujourd’hui ['oisiveté privilégiée consent h lui faire sur son superflu une pari légère; sans avoir besoin d'être stimulée par F éloquence d’un prêtre qui parle au nom de Dieu et dit prochain, sans effort , (Telle -même , elle va inaugurant dans des salles de bal ou de concert sa facile charité, Àli ! vous le sentez, pour vous Faumône n'est plus une œuvre sainte. Tant qu’elle vous sembla prescrite par la loi de Dieu , vous h files en priant et en pleurant; aujourd’hui vous la faites en chantant et en dansant. Oh ! si à vos yeux T aumône était sainte, ne serait-ce pas une horrible profanation î Mais non , c’est simplement la rançon ds votre oisiveté que vous payez aux travailleurs; et même votre délicatesse épargne ce mol d’aumône h Foreillede F indigence, C’esL qu’en vérité au sein de cette classe la plus nombreuse cl lu plus pauvre surgiL un sentiment de dignité qui lui rend amer ln pain de la charité, pousse plusieurs de ces infortuné b expirer de faim plutôt qu’à mendier, suscite parmi les ouvriers des sociétés d’assurance moins encore contre la misère que contre Fopprobrc de Faumone, et leur fait cm F sager dans la mendicité, sous ses diverses formes, une véritable dérogeance ! Oui , le temps est arrivé oi la Di&m

qui longtemps s'ouvrit avec reconnaissance h vos bienfaits* sc fermera dédaigneusement h votre miséricorde intéressée* lî serait doux, sans doute, de continuer à rendre aux masses laborieuses, du sein de votre repos, en imperceptible rosée , cc que , h grand effort de bras , elles vous versent en pluie abondante ! Mais, de grâce, des pauvres qui rcjettenL une dégradante aumône , et des riches qui prétendent la leur imposer, quels sont les plus moraux? où senties véritables mendians entre les ouvriers qui disent : « Nous avons a des bras, donnez-nous du travail , et que nous vivions jj * et les oisifs, qui, pour ne rien déranger à l’ordre actuel, semblent dire à tous ces misérables, dont les sueurs les nourrissent : a Prenez , messieurs, prenez : ayez pitié de b nos privilèges si commodes, de notre repos si précieux,

» de noire oisiveté si douce; prenez , par charité! »

Assez , assez donc de la force brutale et de f aumône , toutes deux insuffisantes. Tune pour réprimer, l’autre pour satisfaire les besoins nouveaux de lu classe la plus nombreuse et la plus pauvre. C’est k l'amélioration de son sort moral , intellectuel et physique, que désormais doit travailler la France,

Plus unie et plus calme au dedans, qu'elle comprenne au dehors sa mission civilisatrice ! Cc n’est plus l’ëpëc à la main , sur de glorieux champs de bataille , ou désarmée , mais luttant encore dans l'arène honteuse delà diplomatie, qu’elle doit poursuivre son noble apostolat, mais par la paix et par la loyauté! Afin de jeter les fonde mens de l'association universelle, qu’elle s'unisse hautement aux deux nations les plus avancées dcFEumpe, h l'Angleterre et h l’Allemagne personnifiée dans la Prusse! Que désormais étrangère è toutes les traditions d une étroite politique, cilc aide Tune h pacifier [ Irlande , favorise l'accrois-

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sèment de Tau Ire sur le soi germanique , et confirmé entrr ses mains celle suzeraineté quelle l'ai dû à ravir à \'A$± triche catholique et Jêodale! Forte de cette alliance vraiment suinte, qu’elle intervienne, en pacifique arbitre , dens Lotis les démêlés des nations , presse partout jb progrès, et entraîne les peuples dans la rote lumineuse ijublle kur aura tracée I qu’elle se hâte surtout d’arracher à la Russie cette proie sanglante que l'Europe avait muLiiée, mais dont les tronçons épars, sous (e 1er même qui les frappe de nouveau , se réunissent victorieux; qu’elle relève dam fhéroïquç Pologne une ha r ri ère in surmontai le au débordement des peuples du Nord; qu’elle dise à la Russie, dont l'aigle menace de ses deux têtes l'Orient et f Occident ensemble: w Va, l’Asie t'attend; c’est là que tu peux lancer tes coursiers Sauvages et tes populations encore belliqueuses 1 Devant loi s’inclinera le croissant, et les peuples soumis te devront une initiation à la civilisation européenne, Va, pour toi plus de Balkan et de Caucase; mais si tu reprenais la route de l’Occident, tremble de les v retrouver! >

Enfin , grâce au repos dans lequel sa voix douce et puissante maintiendra l'Europe , qu’elle s’unisse chaque jour davantage à l'Angleterre et à 1* Allemagne où dominent les besoins pacifiques de la science et de fin du strie : qu’elle impose à leurs travaux une salutaire organisai ion qui m favorise les glorieux développemcns, et prélude ainsi i\ l'association où tous les peuples seront unis poiirlê progrès!

Pour nous, atdens à propager noire croyance et notre espoir j c’cst à V Allemagne ci. h l'Angleterre, jadis visitées parles missionnaires de la France, que d'abord nous irons montrer les apôtres de la foi nouvelle ; tandis que, accroissant au dedans noire salutaire influence, nous saurons faire intervenir, dansions les graves débats, la solution

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SniiiL-Sj martien ne. Occupés avec une profonde sollicitude des .besoins de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre, également jaloux de la sécurité delà classe supérieure, nous emploierons tous nos efforts h les pénétrer Tune pour l'autre d’urie mutuelle sympathie , et à accomplir l'œuvre de leur réconciliation !

Déjà l’un de mes frères vous fa annoncé, et je vous le répète; bicnLôf sera fondée par nous f pour les enlans de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre , et pour les enfans de la classe privilégiée , une première maison l’éducation ou tous seront élevés ensemble selon leur capacité et non selon le hasard de ta naissance / car aussi long- temps que les enfans auront des écoles différente s , aussi long- temps les pères, sur la place publique , auront des rangs opposés*

Et n’est-ce pas lorsque les illustres rejetons des races aristocratiques se confondirent avec les fils obscurs de la bourgeoisie sur les bancs des lycées de la révolution, et s’y préparèrent ensemble à courir les mêmes carrières, que s’apaisa la vieille guerre de la noblesse et de la roture ?Et , tout récemment encore , parmi les titres que le prince régnant eut à voire confiance, n’avez-vous pas fait grand bruit de la participation de seseirfaosà l'instruction de vois collèges , oü il les avait envoyés puiser les principes communs a tous? Àb ! ne vouiez- vous donc pas , dans le traité de paix, comprendre la classe la plus nombreuse et la plus pauvre, et effacer jusqu'au^ dernières traces de la lutte de deux races ennemies ?

Enfans, ainsi que Ton voit dans une longue procession les plus jeunes d’entre les fidèles s’avancer les premiers, et, parés de leurs robes blanches, vêt iis de leurs habits de lé Le , Semer de Heurs la roule que leurs pas légers tracent

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au pieux cortège; enfans, heureux enfans, vous cumins en souriant la vole triomphale où vous suivront vos \ûm réconciliés , dont les étendards sangla ns s’abaisseront devant les pacifiques bannières que feront flotter vos innocentes mains I

Et déjà, dans cette enceinte, symbole de l’œuvre que nous commençons, les enfans des ouvriers qui font partit de notre famille , et les enfans des membres de notre mir dation, qui parmi nous représentent les classes Supérieures, ont été solennellement adoptés par nos Pères* et , après leur avoir promis une éducation selon la capacité et non selon le hasard de la naissance > nos Pères ont dit : «Devant ces petits enfans tombent les barrières des privilèges de là naissance, v

Oui f c'est cette abolition des privilèges de la naissance, c’est ce classement selon la capacité , c’est cette rétribution selon les œuvres, que poursuivait la France en brisant* par la révolution de 8q, les odieuses entraves de la féodalité ; sous le nom d’égalité c’était là le bien qu’elle cher' chail avec une incroyable ardeur au milieu de toutes lies saturnales île la ruine, et sur les champs de bataille de l'Europe; c’était là l’aimant puissant qui la tenaiL suspendue au glaive de Napoléon, et lorsque enivrée de sang et de gloire, elle tomba, elle adora encore dans son chef, parvenu d’un rang obscur, par la force de son génie, a a premier trône du monde, le type vivant de sa propre espérance. Enfin c’est pour s’assurer celle précieuse conquête qu?en juillet elle s’est levée , impatiente du ne lion' leu se rétrogradation vers les jours des privilèges* C’est là le but constant de tous les progrès de l'humanité, c'est là le prix de tant d'héroïsme, de combats, de sacrifices*.®

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nous, nous Tenons le lui révéler , ci déjà commencer pour

elle la réalisation de ce nouvel avenir*

Ah! comprenez donc ce qu'il y a d’éminemment religieux clans la fondation de celle maison d* éducation, et sachez y voirie premier effort largement tenté pour préparer la société de l’avenir , l'institution d’une trêve solennelle, véritable trêve de Dieu, entre les classes privilégiées et les cio secs déshéritées, préliminaire sacré d'une paix immortelle !

Et maintenant, je vous le demande, quand viendrezvous, les uns en vous donnant tout entiers à nous, les autres en ne se donnant encore que pour une part* nous aider à réaliser noLro œuvre religieuse? Sera -ce aujourd'hui, sera-ce demain? Aujourd’hui, vous dïs-}et aujourd'hui 1 car enfin un an tout entier ne s'csl-îï pas écoulé dans des troubles déplorables* dans dJin exprima blés angoisses, dans des douleurs sans nom , que n'ont pu apaiser votre mesquine munificence et votre luxe de sévérité? Aujourd’hui ! car les prolétaires, ainsi qu’on les nomme, ont reçu avec les classes supérieures, dans les rues de vos cités, le baptême de sang, et par ma voix ils vous demandent le baptême de paix et d'amour qui les rachète de leur flétrissante hérédité de misère et d’ignorance ! Aujourd’hui ! car à pareil jour ils vainquirent pour vous , et se montrèrent sages, humains, modérés! Aujourd’hui!**, car lorsque vous les appelâtes dans vos rangs, ils ne répondirent pas demain /...

Ici les applaudissement éclatent avec force ; un grand nombre dT assistons versent des larmes.

Ah! si je pouvais faire passer dans vos cœurs les sentimensdont je suis animé! alors, jetant ensemble sur le passé

un regard de sincère admiration , et envisageant Ta venir tTuii œil de confiance et de sincérité, vous éprouveriez au sein du calme et de la paix cette ravissante communion de senti mens dont aujourd’hui vous ne savez goûter lés transports qu'au milieu des scènes de carnage et de desiructba[ Ah! si ma voix était assez puissante pour vous toucher, at! pourquoi, pourquoi vos voix ne me renverraicnt-cllc pas, en échos vi brans et sonores , ma parole d’amour jusqu’au fond de ce cœur d’où elle Réchappe vers vous? Alors, applaudissez, applaudissez ! car vos applaudissement seront une acclamation sublime à la voix de Dieu et de l'humanité!-..

Aussitôt rlc longues salves d applauctissemens retentissent; l'auditoire est profondément ému, et manifeste mi vif enthousiasme.

Mnis-si vos stériles applaudissement me condamnaient & comparer votre pitié h cette stérile bravoure qui applaudit au théâtre un trait d’héroïsme , et se cache au jour du danger, alors laissez-moi redescendre de cette chaire au milieu d’un silence aussi triste cpie vos fêtes , afin qu'averti moi -même de mon impuissance h déterminer de votre part un acte religieux , je cherche dans les inspirations de nm Pères , dans le spectacle des misères du pauvre et dans le spectacle plus triste encore de votre endurcissement , accens nouveaux plus capables de vous toucher!

Lorsque h prédicateur n eu terminé, les appïàadissenicns scsoiU répétés avec le mémo éclat.

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