‹ Religion Saint-SimonienneChapitre 30 sur 46 · CHEZ JOHANNE AU, LIBRAIRE · texte numérisé non relu

CHEZ JOHANNE AU, LIBRAIRE

PRÉDICATIONS

le passé s'écroule,— l'avenir surgit .

Mes Fils, mes Filles ,

«réprouve, en reprenant ou jourd’hui la parole, le besoin de vous témoigner combien il m'est doux de songer que désormais la prédication répondrait mal à vos besoins et aux nôtres , si elle se bornait à revêtir le caractère d’un enseignement animé , et ne déterminait pas encore entre nous une touchante communion* Il ne vous suffit plus d’entendre de notre bouche le développement de Fun des textes de notre foi, et vous nous demandez de ces

tu

épanchemons qui vous sollicitent vous-mêmes h ah jurer m habitudes de réserve et de froideur. Il ne nous su fl il phis de trouver en vous des auditeurs attentifs et bicnveiltans de nos leçons; nous vous demandons et nous provoquons de toutes nos forces votre confiance et votre abandon. En un mot ^ nous sommes tous jaloux d'établir entre nous un lien plus fort , plus profond , plus intime* Ah î parmi vous peut-être il en est quelques-uns qui , dans PiuLcmlIp de nos réunions , ne voient pas avec indifférence revenir le jour où leur seront rendues les émotions d’an pur enthousiasme ; et nous , nous le glorifions ce jour comme Tune de nos solennités* Pour moi , je nTai jamais médité et préparé les paroles que je vous adresse dans cette enceinte, sans avoir sous les yeux votre assemblée entière î et là, au milieu de vous, animé par l’inspiration de mes Pères, je vous parle , je cherche le langage qui puisse aller à vu;> cœurs en plaisant à vos oreilles 5 je tache de pénétrer dam les replis de vos âmes , et d’y surprendre, afin de les dissiper, vos inquiétudes, vos doutes , vos hésitations.

Or quelle que soit la diversité* de vos opinions, à nos yeux vous êtes tous marqués d’un caractère commun, Y incertitude, SoiL que vous défendiez encore , soit que vous repoussiez le passé, vous douiez de l’avenir, vous vous affligez du présent; et, no sachant pas y découvrir le gage assuré du progrès de 1 humanité, eu professant une vogue croyance dans sa perfectibilité, vous accueillez avec surprise et défiance la religion nouvelle qui vous appelle l ces glorieux développement que la société déjà porte en germe dans son sein*

Et, en effet, comment ne seriez- vous pas saisis de trouble, d’anxiété et de doute , lorsque vos souvenirs récens et les spectacles qui frappent vos regards paraissent ne vous of-

frir ([u un enchaînement de catastrophes et qu’une accumulation de mines?

A peine Luther a-t-if élevé une voix audacieuse et impunie, ce il est pas seulement par des échafauds et des bûchers, cest sur de nombreux champs de bataille que $e poursuit la lulLc du catholicisme et du protestantisme. En face de la liberté qui surgit dans ce hardi réformateur, soustrait les peuples à la domination du vicaire de Jésus, et déjà menace de leur indiscipline l’autorité de César, Charles -Quint abdique , et proclamant, par son abdication, 1 impuissance des royales dynasties à réaliser désormais les projets d un vaste despotisme, il donne le signal de leur déchéance prochaine; il renonce dédaigneusement à sa couronne, comme s’il pressentait Agrandissement de cette souveraineté nouvelle qui disputera aux monarques leur diadème et leur tête; et, cachant sous un froc l'émule découragé de Charlemagne, vivant, il lait célébrer ses funérailles, comme si le moment approchait ou les rois morts manqueront de funèbres solennités. Et voilà que parmi ces races long- temps vénérées et consacrées par la religion au respect des hommes, le glaive des bourreaux, le poignard des assassins, frappent des coups éclatans, le poison d’invisibles coups; les palais étalent d’épouvantables calamités ou recèlent de mystérieuses horreurs. Les princes les plus glorieux expirent dans Pabandon, et , au jour de cette suprême ab^ diention, éprouvent, au sein de la pompe et de la magnificence, la solitude du cloître ou du désert; la tombe elle-même ne protège pas leurs cendres contre la fureur populaire. Au milieu de ces saturnales, des soldats échangent contre Pu informe sanglant la pourpre royale, majestés d ah jour dont la fraternité s’impose aux majestés séculaires, cependant que Pexil emporte de son souille violent

d'antiques familles épuisées du plus pur de leur sang* Le* pnlnis semblent des hôtelleries visitées en passant par des voyageurs couronnés; l'Océan ne s'étonne plus du sc voir traversé pur de royales générations errantes sur ses fluUet cherchant un asile; des rêves de terreur planent air le trône, et de sanglans anniversaires ramènent pour tou® les rois , «a vec la douleur d’un deuil * le secret effroi d'une contagieuse fatalité*

C'est peu : les liges féodales, d’abord violemment mutilées par la royauté, et bientôt » comme de faibles arbustes, courbées par elle , et par elle pliées à des formes serviles cl apprêtées dont elles embellissent ses magnifiques résidences , déracinées par la tempête , tombent avec elle û partagent son sort* «

Enfin, à côté de ces nobles ruines, se poursuit le renversemenl de tous les degrés de la hiérarchie sacrée qui s’écroulent les uns sur les autres; et pêle-mêle avec tes couronnes féodales gisscnt la tiare et la mitre sous le niveau d’une brutale égalité* La papauté, d'abord réduite à casser l’ambitieuse milice qui long-temps avait fait sa puissance,!) un signe de l’homme fort dans lequel s’esi incarnée la révolution, apporte Fonction, qu’allait au- delà des monts lui demander Charlemagne , au soldat qui amuse Paris de tous les spectacles do l'Italie; captive pour n’avoir pas voulu à côté des édîts impériaux apposer F empreinte de F anneau du pêcheur, et reléguée dans le Vatican par ses propre*!** béra tours; impuissante , et faisant servir à la police de ses étals tes foudres de Fexcommu ni cation qui autrefois disciplinaient les peuples et les monarques de la chrétienté , aujourd'hui épouvantail usé des bandits de la Romagne; forcée d'invoquer contre ses sujets révoltés F appui de César et île perfides amnisties; attaquée dans sa divine auto**

par toutes les consciences qui s’arrogent à elles-mêmes l’infaillibilité qu’elles lai refusent; inquiète de ses défenseurs qui l’insu lient de leurs hautaines prétentions à la régénérer; précieuse cependant à Rome, mais comme une ruine vivante dont la curiosité attire encore dans ses murailles de nombreux pèlerinages » la papauté se débat dans une agonie souillée du sang qu’elle versé , au bruit des croix que le peuple abat du sommet des temples déshérités de la fol antique.

A ce spectacle où tout ccqu’il y eut d’auguste , <lc glorieux, de sacre, est terrassé : « Hélas, hélas! s'écrient les partisans du passé, où allons-nous ? L'Europe se meurt! Dieu suscite è scs enfans d’ affreuses persécutions et de terribles épreuves! l'impiété s’adore elle-même ! Sont- ils donc arrrivés ces temps marqués par ^épouvantables prophéties? La terre va belle s’ent Couvrir et tout dévorer dans son sein ? La pluie de feu , qui jadis descendit sur de coupables cités , esbelle prête à s’échapper des lianes de ce nuage qui monte, s’étend et pèse sur l’horizon? le glaive exterminateur, entre les mains d’innombrables ennemis, dujè marche- t-il contre nos murailles? Malhe u r! malheur à nous U

El cependant , entre ceux-là même qui détruisent règne une impitoyable guerre, A peine ceux qui ont faÎL les premiers pas dans cette glissante arène veulent-ils donner le signal de la halte: « Marchons, marchons ! répètent les autres, — Mais voyez ce que nous avons renversé ! — Vous transigez avec l'ennemi !— Respect à ce qui reste- — Superstition ! — Enfans , croyez notre expérience* — Avez vous cru celle de vos pères? — 'Obéissez è vos chefs. — - Vous avez renié les vôtres! — Du repos pour la société Encore une victoire , et le repos ensuite ! — Aveugle îinpa tienoe ! — Lâche trahison ! — Arrêtez J — Périssez, et nous.

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marchons , marchons I » El quelquefois sur les cadavres do leurs devanciers trop lents à leur gré, ils ÿélanceat à de nouvelles ruines, pour tomber h leur tour sous les piedj de leurs successeurs, irrités de leur lenteur. Alors b victoire est sans ovation , ou, parmi les fêtes du triomphe, retentit, comme une effrayante ironie et un alarmant présage, la voix des vaincus. Alors le pouvoir, dépôtterrible, ressemble à ce pacte mystérieux où le plus puissant ^asservit au plus iaible , à condition d’en faire ensuite sa victime : élevé sut le pavois, le chef d\m jour retombe sanglant sur la pointe des lances. La gloire est un cri perdu dans un silence étouffant, ou l’écho même à réloge renvoie l’outrage; enfin quelquefois le peuple est plus prompt h détrôner son idole de Fapotbéose qu’il lui a décernée que le ver du sépulcre à en dévorer les restes. Nul ne sait oit Ton marche : Luther se serait épouvanté de Voltaire , Voltaire de Mirabeau, Mirabeau de Robespierre. Tous entrouvrent, en s’accusant réciproquement d’audace ou de timidité . Foutre fatale qui ren ferme la tempête. Une émir lation de ruine saisit les générations : elles se pressent, semblables aux flots de la mer qui , après avoir jeté sur h rivage un vaisseau livré à leur agitation, se retirent ru grondant , et, comme satisfaits de leur ouvrage , le laissent à moitié brisé, cherchant encore à s’affermir sur ses ancres; mais qui bientôt, avec un bruit effroyable croissant comme celui du tonnerre , reviennent eu vagues montagneuses, ressaisissent leur proie , la dépècent, et tour h tour eogloutissent et rejettent de leur sein , sans pouvoir s apaiser, les débris dispersés du jouet de leur fureur.

Au milieu de cette effroyable confusion, quel est ce soldat obscur qui s’élance.,., salutn. Empereur! Né de la IF berté, il l’asservit et la foule eux ^ïeds ! Et qui déserte

sa cause pour se courber sous te joug du guerrier? Ceux-là mêmes qui ont combattu pour elle. Qui donc la relèvera de ce honteux abaissement? La race qui lui dut son exil Et lorsque la liberté rend à un exil nouveau cette race, coupable de rétrogradation , voyez ceux qui , an prix de généreux efforts, ont assuré le triomphe de la liberté; voyez ■ ils adossent aux débris du passé qu'ils relèvent leur idole , enivrée de sang , trop faible pour se soutenir, se débattant entre leurs mains, et menaçant de les entraîner vers un abime ; tel est même leur effroi , que Ton ne sait si , en se prosternant devant elle, ils n'adorent pas avec plus de (erreur l'appui qu'ils lui ont donné et qu'ils cherchent à consolider.

L'homicide est partout ; la guerre fait horreur aux uns, aux autres la paix semble un fléau* La paix! où donc est-elle aujourd'hui? Est-ce entrâtes nations, lorsque chacune d'elles fourbit son épée et exhume ses vieux trophées? Est-ce entre les classes supérieures et les classes inférieures , lorsque les unes refusent encore d'ouvrir les yeux sur la situation des misérables qu'elles mettent en rapport, et s'arrogent le monopole héréditaire de l'éducation, de T instruction et de la richesse, lorsque les autres sèment t’incendie , brisenL leurs ateliers , s'agitent en émeutes et réclament avec une aveugle brutalité une améliora lion dans leur sort? Est-ce dans l'industrie, où la rivalité des nations se perpétue parles barrières qu'elles opposent au libre échange de leurs productions , et où la tradition du duel se maintient par la co ne urre nce e ffrénée d es individus a ch a ru és a se nuire afin de prospérer seuls? Est-ce dans la science , où tous les travaux s’accomplissent dons Fîsolenient3 an milieu des luttes haineuses de la jalousie? Est-ce dans les arts, où les poètes, divisés entre eux, font retentir la voix

(lu doute, de l’ironie, du désespoir? car lorsqu’à leurs accens dîscordans les mars sont tombés et les sanctuaires ont été profanés , soudain ils poussent un long cri de douleur, comme si une invisible main frappait leur corps et déchirait leur orne. Est ce ait sein des familles, lorsque les femmes, déchues de leur ancienne gloire, sont, d’après les lois des pins graves convenances, l’objet d'un trafic avoué sous le nom de mariage, et, asservies à leurs époux, Il u m b les go rd ie n ne s des fu jre r s d o m es l ï q ne a , n fé chapp en t a la subalternité que par la révolte s à P obscurité cjuc par le scandale , ou étOn fient dans le silence les oracles inspira* leurs de leur voix, réduites obscurément à bercer an enfant et h flatter un maître; lorsque enfin les pères et les fils ne parlent plus une langue commune, et, séparés par Pimmense intervalle d’une révolution, cessent en quelque sorte d’être contemporains?

À ces désordres les fléaux ajoutent leurs ravages: ici* c'esl lu faim qui se promène dans une île, et contraint tout un peuple à la mendicité î là un fléau plus terrible, cnr b famine est pour les pauvres, et celui-ci est pour tout le monde, après avoir décimé les populations d’Asie, s’avance vers l’Europe , frappe les campagnes , les cités , les camps* plus rapide et plus inévitable que la mitraille , aLteini dans la mêlée ceux qu’épargne le fer, passe en fraude, avec une audacieuse rapidité, à travers les lignes qu’on lui oppose, s’embarque sur les flots, isole de leurs sujets les monarques trembla ns, provoque les séditions, porte au loin Fépouvante, change, par la seule terreur de son nom, les mesures de l’aveugle diplomatie , et semble un terrible précurseur de la guerre que l’Orient barbare promet h l’Occident épouvanté,

A ce spectacle fécond en amers découragement , en

alarmes profondes , « hélas , hélas I s'écrient les vainqueurs du passé, où allons-nous P que deviendrons- nous ? Lmiaichie doiL-elle nous dévorer? Un nouvel Attila vomi par le Nord va-t-il nous subjuguer? On soldat ambitieux une seconde fois courbera-t-il nos têtes sous un sceptre de fer? faut-il le craindre, faut-il l’invoquer? O liberté! n es-tu qu’un vain nom? Faut-il t’abjurer ou mourir pour n’avoir pluéà te maudire ? Malheur, malheur h nous! »

Ainsi tous les partis exhalent leur tristesse, déplorent lu victoire auLant que la défaite, et, contondant leurs murmures et leurs gémi s semons , forment un chœur lugubre d'oti s’échappent ces mots entrecoupés : «Dieu va4-i[ envoyer fange terrible qui vendangera la vigne de la terre et en jettera les raisins dans la grande cuve de sa colère? Celte terre sera-t-elle bientôt livrée, comme un jouet, b l'ambition des rois et des conquérans? Le moment est-il proche ou le son des trompettes va retentir des quatre bouts du monde , le réduire en poudre , et évoquer les peuples éperdus devant le tribunal inexorable du juge suprême? L’instant est-il venu ou ce globe doit être brisé par un astre terrible qu'amène à sa rencontre une inflexible fatalité? » Et tous redisent ensemble : « Malheur , malheur b nous! a Et comme jadis les juifs frappés de trouble et de sinistres pressenti meus : «Malheur , malheur à Jérusalem!»

Au milieu de ces boule versement et de ces cris de détresse, nous seuls demeurons calmes et pleins d’espoir ; car noire calme nés! pas la stoïque impassibilité du sage antique, défiant sans effroi la chute de Fumver&» ou la résignation du chrétien s'humiliant sous les décrets de son Dieu. Non ! mais une inébranlable confiance nous anime , parce que Saint-Simon nous a appris à discerner, b. travers

çes débris accumulés, le plan admirable où éclate la sagesse de Dieu. Entre ses moins ont tour à tour passé, comme d’aveugles instrument brisés et remplacés, cc& ouvriers de démolition, qui, frappant sans découvrir lu portée de leurs coups, s'insultant avec colère, ont, à \m insu, de tous leurs efforts successivement maudits, foriüi; un harmonieux enchaînement q u ’ignora leur imprévoyance. Mais aujourd’hui nous pouvons glorifier la Providence ïpnl* a va t e n t m éc on u u e , et la bénir du ron v ers ement d e Pan- Ltque Jérusalem; car du sein de ses ruines doit sortir, plus vaste, plus belle, plus brillante, une Jérusalem nouvelle,

0 vous dont la sombre douleur et les inflexibles regrets s'attachent obstinément è des débris! ô vous qui douter de votre victoire , et cherchez vainement la jore et le repos nu sein de la société telle que vous Pavez faite» séchez vos pleurs, et réjouissez-vous ! Àh i sans doute, malgré lei# froyahles pronostics que vous dicte la décadence évidente de la société, un espoir secret reste au fond de vos cœurs et dément ces terribles paroles: Le monde périt', mais à quels signes reconnaîtriez -vous la vîe d'un monde nouveau? Vous ne le savez point, et partout poursuivis d’images désolantes, vous retombez sans cesse dans Pnfflîctiou! Réjouissez- vous I car je viens, au nom de Dieu, de Si. oit Simon et de mes Pères» à côté du passé qui s’éteint, vous montrer déjà vivant Pn venir que nous annonçons; Passociation universelle , le règne de la paix et du travail, le développement constant de la science et de l'industrie, l'émancipation complète des femmes, et f ordre selon la capacité*

Oui, long-temps la guerre * comme un lac aux eaux ensanglantées, s’est débordée sur toute l'Europe , et peut-être doit- elle encore l'inonder; mais avec ses flots terrible

db roule un limon salutaire destiné à combler les sources qui l1 aliment aient 9 et c'est elle qui détruit dans les intitulions fondées par tes armes l'occasion de nouveaux combats; le dernier trophée de la gloire militaire sera formé des débris de lotis les antiques trophées pnr elle même abattus! Et comment la guerre prolongeraitelle son empire désastreux, lorsque aujourd'hui , possible seulement entre les peuples qui rejettent ou prétendent conserver ses sanguinaires traditions , et déjà soumise à une sévère discipline qu'elle ne peut enfreindre sans exciter une profonde horreur* elle cesse d'être entretenue par les haines cl les préjugés qui naguère encore divisaient les nations? Voyez enfin s'affaiblir, entre les individus comme entre les peuples, cette jalousie frénétique de l’honneur qui lavait impitoyablement dans le sang la moindre tache reçue, cette humeur farouche qui molli pliait ces combats acharnés o il le fer croisait lo fer et cherchait avec toutes les ressources de l'adresse et de l'impétuosité le coeur de l’adversaire. Aujourd'hui l'ardeur de la vengeance se renferme dans la satisfaction que lui offrent les arrêts des tribunaux ou de l'opinion publique; elle se montre , dans la plupart des duels, diminuée de toutes les chances volontairement accordées à l'incertitude de coups plus éloignés, et elle cède le plus souvent h rinlervention d’une diplomatie conciliatrice*

Honneur sans doute au christianisme qui, eu pénétrant les hommes d’une mutuelle sympathie , changea le caractère barbare de la guerre antique, adoucit les mœurs et enseigna le pardon des injures! Toutefois le christianisme, en consacrant la division des deux mondes , avait consacré la perpétuité de la guerre*

Mais au milieu de ce monde matériel flétri par la loi

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spirituelle, s'élève, h côté (le César , un pouvoir nouveau l'industrie» D'abord couverte de battions , elle les rejette el insulte à ses oppresseurs en étalant, comme eux l'éclaL 4 la pourpre; encore meurtrie de ses chaînes , elle en dissimule sous Tor les antiques flétrissures; et cependant, pur un reste de servilité, elle s'incline devant ses anciens maîtres qui trafiquent avec elle de leurs écussons et de leurs titres, devenus de dérisoires hochets; bizarrement parée de ces insignes , et fière des hommages que lui rendrai les monarques les plus orgueilleux, elle grandit, prescrit b guerre , dïcle la paix, prend César à sa solde, enrôle des armées quelle pousse h d’aventureuses expéditions en commanditant la gloire : elle équipe de nombreuses flottes qui * dans toutes les directions ou leurs voiles rencontrent un souffle favorable, leurs proues un courant propice , sillonnent l'Océan et cherchent tons lui rivages ; elle a ses ambassadeurs qui , par leurs intrigues, préparent ses succès; ses explorateurs, qui, avec une audace inouïe, pénètrent chez les peuples les plus inhospitaliers et lui ouvrent de nouvelles voies : dëjïi elle compte des héros, (les martyrs, des poètes; elle inspire les recherches de la science et souvent la prend à ses {frigos ; elle crée des monumens , des cités, des colonies, des états; elle a ses écoles et ses tribunaux.

C'est peu; elle brave Thu milité du christianisme par son luxe, les anathèmes d'une rigidité jadis salutaire par l'assouvissement de ses passions encore désordonnées; et, après avoir forcé les ministres meme du dieu qui la réprouve h fonder, par une sorte d’apostasie, sous sonînvocatîon, de nombreux comptoirs et de vastes êtûblissemeaÊ, elle laisse bien loin derrière elle les traces des a pâtres de celte foi ; par le zèle de ses missionnaires , aveugles

précurseurs d’une religion seule rïptibta. de la consacrer elle-même, elle va > sur tons les points du globe, couver i i ss à n L la stupide insensibilité à des besoins nouveaux, la pauvreté à l'aisance, la richesse a la magnificence, le désert à la fécondité , la solitude à l'habitation, et unissant par d'innombrables nœuds tous ces peuples divers de langage, de mœurs, de physionomie, toutes ces contrées différentes de sites, de température et de productions; corps monstrueux dont les parties sont encore mal associées, mais ou déjà la vie ne peut s’altérer sur un point sans languir sur tous les autres!

Enfin , après avoir, pendant trois siècles, commandé la guerre, aujourd'hui elle veut la paix; elle la demande par la bouche des travailleurs et des oisifs, qui, du sein de leur repos privilégié , glorifient avec emphase et recommandent avec excès le travail; elle la vole par la main des chefs d'ateliers, des négocions, des spéculateurs qu’elle envoie, revêtus delà considération publique, à Pëxercîce de Paulorïlé; elle l'obtient des ministres qui sortent de son sein , ét dont elle prolonge l'existence politique, selon leurs complaisances pour elle, en les cautionnant en quelque sorte , et en mettant de leur côté le plus grand nombre de parieurs; elle l'impose aux monarques, grâce à ccs relations de puissance à puissance qu'elle a déjà établies entre les maisons de banque et les maisons régnantes; elle érige la Bourse en une sorte de temple de Janus , temple hideux où quelquefois des nations sont sacrifiées aux ignobles calculs delà cupidité; mais quoiqu'elle puisse prendre la paix pour complice de ses horribles spéculations sur le sang des peuples , ou se voir e Ile-meme déconcertée , par les élans généreusement belliqueux clc la société, dans les étroites combinaisons de son égoïsme , maintenant P in du strie , par

ce veto opposé h b guerre, dénonce à l'humanité entière un pouvoir nouveau , éminemment pacifique, victorieusement installé au milieu d elle*

Comment en effet sc concilieraient la guerre et cl List rie ? la gloire de la guerre est de détruire, celle dü ['industrie de produire. Et quand l'industrie fut-elle plus puissante dans sa fécondité? Depuis le tissu souple et léger dont la transparence revêt les nuances délicates de couleurs variées , jusqu’aux métaux qui se plient aux caprices dr toutes les formes, h quelles transformations n'a-t-elle pas assujéti la matière» ajoutant chaque jour à la force è l'homme , et chaque jour épargnant à son iras de dégra* dan les fatigues; ici mettant à son service l’eau, l’air, le feu , qui pour lui arrachent du fond des abîmes d’énormes fardeaux , pour lui frappent des coups {dus vigoureux que ceux des fabuleux cy dopes , pour lui couvrent en un instant d i n n o m b r a h I es ca ra et ères les fe uîllesinno m b r ailes où revît sa pensée, et qui , plus fidèles que le vent, plus prompts que la rame » poussent un navire h travers ta fiots agités , ou sur un chemin de fér, pins rapides que de? coursiers, entraînent de lourds chariots; là faisant jaillir du sein de la terre, h travers le roc même, en sources abondantes , la fécondité et la vie sur un sol aride et mort, ou suspendant des canaux et promenant jusqu’à des vaisseaux sur les flancs des montagnes étonnées ! Ah) ce ntat pas en vain que ce siècle s’est appelé le siècle des merveille de C industr ie !

Comprenez donc quel immense avenir elle prépare au monde, lorsque la religion nouvelle, mettant un terme à l'anarchie et h l'égoïsme qui la caractérisent, et associant les efforts des industriels , réglera sa pacifique activité fécondée par la science.

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Arrêtez mam tenant vos regards sur la science* Devant ses découvertes s1 évanouissent d'antiques erreurs que professaient gravement les siècles précédent; elle a porté Je flambeau dans les ténèbres qu? autrefois l'ignorance peuplait de fantômes et ne contemplait travée une religieuse horreur. Ardente , elle embrasse tout dans le cercle immense de ses investigations, et prend toujours pour centre la dernière limite de ses progrès* Depuis 1* empreinte délicate de la fleur déposée sur les couches les plus proJbndcs de la terre jusqu’à la tache fugitive qui voile par intervalle le front de l'étoile la plus lointaine; depuis la vapeur imperceptible jusqu’aux globes énormes qui gravitent dans l'espace; depuis la fibre la plus intime du cerveau jusqu’à la contexture du zoopbylc qui se meut et végète à la fois, elle ya interrogeant, pesant, scrutant avec un zèle infatigable; et jalouse de ramener les innombrables faits dont elle poursuit 1! observation à une loi unique qui les embrasse et les explique tous, elle s’essaie en théories audacieuses, et mérite au siècle, que déjà l’industrie a nommé, le titre pompeux de siècle de lumières.

Ab! ne voyez-vous pas de quels bienfaits plus grands la science dotera l'humanité, lorsque la religion nouvelle, fa stimulant encore par les besoins de l'industrie, réunissant en un vaste foyer toutes les lumières à cette heure éparses et incertaines, les fera jaillir incessamment en inépuisables rayons?

Ecoutez à présent les chants de vos poètes! que de fois vous avez sympathisé avec leurs misères dont vous retrouviez dans vos a mes les traces pal pï tantes ! Maïs si un cœur fidèle eût répondu aux battemeus de leur cccur , si une voix harmonieuse se fût mariée aux accens de leur voix, si une main loyale eut pressé leur main , au raient- ils

popularisé en Quelque sorte, parmi les hommes les plus ardens , le dégoût de ta vie? et si un noble but , brillaut à leurs regards , eut allumé leur enthousiasme et fait vibrer les cordes de leur lyre , sc seraient ils couronnés de lugubres cyprès ? La poésie, dans son langage douloureux, est donc elle-même l'indication d’un énergique besoin de Hen entre les hommes* Pour T artiste moderne, la solitude, qnp recherchait l’épicurien antique, est un affreux supplice; s’il souffre et accuse les hommes, c’est qu’il se sent isolé au milieu d’eux; et si vous accueillez avec un amer plaisir cette expression de mélancolie, c’est que tous vous sentez que votre mal est de ne point être assez aimés , de ne pas assez aimer vous-mêmes*

Et lorsque tout, arts , science, industrie, atteste haute* ment le besoin d’association , la haine de la guerre et k tous les privilèges oppressifs, et le développement de l’homme dans toutes ses facultés, pourriez-vous ne pas reconnaître avec nous la légitimité de P avenir que nous proclamons, F associât ion universelle, le règne du travail et de la paix , les progrès constans de la science et de l’industrie , et l’ordre selon la capacité?

Mais, au sein de cet avenir où Fesclavage aura disparu jusque dans ses dernières traces, la femme restera-t-elle vouée à la subalternité ? Là où aura disparu le despotisme, ne pourra-t-elle monter au pouvoir? Là où la guerre aura cessé, lui sera-t-il interdit de s’associer à de pacifiques fonctions? Ah I lorsqu’elle a déjà conquis une juste admè ration par sa glorieuse participation aux progrès àt 1 humanité et par son génie, lorsqu’elle trouve même üq & moigiiage de son influence et de sa nouvelle destination dans les reproches que l’homme lui adresse souvent sui son crédit et les dangers de son éducation actuelle , ne peut-elle

pas enfin découvrir dans l'instruction plus étendue et plus variée qu?dle reçoit à celle heure la promesse tacite , involontaire de l'avenir que nous I ni annonçons ?

O vous dont la sombre douleur et les inflexibles regrets % demeurent obstinément attachés à des débris ! ô vous qui doutez de voire victoire , et cherchez vainement la joie et le repos au sein de la société (elle que vous Pavez laite* séchez vos pleurs et réjouissez-vous 1 Car je suis venu, au Q$m de Dieu , de Saint-Simon et de mes Pères , sous une dépouille flétrie vous faire entrevoir les brillantes couleurs qui bientôt éclateront à vos regards; au sein des débris tombant en poussière * vous signaler les germes féconds prêts à s'épanouir au souffle de l'inspiration nouvelle; enfin derrière les funérailles d'un vieux monde descendant avec mi reste de pompe au tombeau* vous annoncer* sous le manteau de deuil dont il est encore enveloppé , Pavéuement d’un monde radieux! Àhl cessez donc de répéter: o Malheur* malheur à nous ! » El* plus fortunés dans voire prévoyance que les juifs, écriez-vous nu milieu de la chute de 1 antique Jérusalem: «Gloire* gloire à la Jérusalem nouvelle ! »

Alors ne vous demandez plus pourquoi le Saint-Simonisme et quelle est sa mission , lorsqu'il rallie tous les élétueus épars dans ce chaos pour en former un monde plus vaste, plus brillant * plus heureux? 11 vous enseigne il ne nen maudire et a tout féconder; gardez-vous donc de le maudire lui-même et de le juger stérile: il vous apprend b démêler la concorde et l'harmonie là où vous n’aviez vu que la lutte et la divergence; et de tous ces anneaux, qui jusqu h ce jour s'étaient violemment froissés et avaient tendu ii se détacher , il déroula h vos regards la chaîne immense ,

indissoluble et paisible entre les mains de Dieu ; comprenez donc comment , en vous abandonnant une tache encore légitime, celle de combattre sur tous les champs de I>ataille un passé condamné sans retour , ou le soin d’épargner à la société les secousses trop violentes de cet étal de guerre, il remplit au milieu de vous une tâche plus haute, plus glorieuse et plus sainte , en préparant V ordre nouveau qui doit succéder à celui dont vous poursuivez le renversement* Enfin, sachez reconnaître dans vos travaux et dans les siens une division d’efforts qui sc combinent pour 1W coinplissemeot de la loi du progrès. -

À h I c'est le sentiment profond de Tim portance de noire mission qui nous a donné le courage de [accomplir au milieu de tous les obstacles que nous «avons cessé de rencontrer. En une seule année nous avons fait retentir en Europe le nom de Saint-Simon et les solennelles promesses de noire religion. Etf maintenant nous brûlons de nous élancer sur les traces de notre renommée, et de porter cb m les peuples les plus civilisés la voix meme de scs apôtres. Déjà nous avons en quelque sorte déposé devant vous b bilan de nos travaux et de nos succès; ii nous reste eu cr jour à mettre sous vos yeux notre budget. Or, pour ffîrû nos enseïgnctnens et nos prédications , pour publier ms livres et nos journaux , pour étendre et entretenir nos diverses missions, quelles ressources pensez-vous qu’aient été les nôtres? Calculez les revenus que Pun de vos obi b opulens dépense chaque année afin de se faire honneur de sa fortune , en loges aux spectacles où rarement il va chercher tin amusement sur lequel il est blasé ; en fêles splendides où il ne commit pas tous ses amis, et dont il ne bit sincèrement les honneurs qu’à lui-même; m chevaux qui gagnent à la course des prix dont il tire vanité pour sou

propre compte; eu tableaux dont il meuble sa galerie; en concerts philantropiques oh il veut être récréé, diverti, réjoui, et perdre le moins possible à sa bonne action; et eu ce ni autres occasions qui ne fui procurent que de frivoles plaisirs et de stériles jouissances, si toutefois il ify ajoute pas, pour se distraire de son dégoût et de son ennui, le scandale et rira moralité* Pour accomplir ce que nous avons saintement accompli, voilà ce qui nous a suffi. De notre budget nous avons fuit deux paris: la plus faible pour nousmêmes , la plus large pour le développement de notre croyance. Nous avons appliqué l'épargne à nous-mêmes, le luxe à Ja manifestation publique de la doctrine! Toujours pauvres , parce qu’en face d’une .an ivre immense et de miséres sans nombre dam toutes les classes de la société , nous formons des vœux dont il nous faut retarder Paccoxnplissement ; toujours riches parce que nous avons la bonne nouvelle qui louche les cœurs, éclaire les esprits , et corn verlit jusqu'aux biens ; plus prodigues que les plus prodigues, puisque nous n entouissoes pas nos capitaux, et les faisons h l'instant circuler parmi vous sous une forme animée et manie; plus prévoyant que les plus prévoyant, puisque nous nous ménageons chaque jour un crédit plus grand auprès du monde; nous nous ny rinçons avec une inébranlable confiance dont vous pouvez peut-être encore dans voire ignorance de notre foi, accuser la témérité, mais qui du moins nous met à l’abri de soupçons nvi lissa ns et d'inlamcs calomnies !

Oui, nous sommes pauvres, et cependant nous voulons

donner plus encore que nous ne Tarons fait. Dès lobe- .0 « ^

lemps il nous tardait (Tempreîndre notre parole écrite de I autorité morale quelle ne put partager avec notre enseignement et notre prédication; tant qu’elle se distribua h des

abonnés qui sc croyaient en droit d’y chercher, ainsi que dans les autres journaux, l'expression de leurs propres opinions plutôt que notre enseignement. Dès lûtig-tciup» il nous lardait de nous affranchir d’une condition que nous imposa la nécessité seule de faim face à des dépenses imprévues. Le moment est proche où nous choisirons pour lecteurs ceux dont il nous importe d’exciter les sympathies, d’éclairer le jugement et de régler les actes, et ou nous leur donnerons, comme ici nous vous la donnons, notre parole de chaque soir.

Ainsi, mès Pères, grâce à vos inspirations, de moment en moment nous étendons notre sainte propagande! Sainte! car, pour nous, propager notre foi c’est faire pé nétrer F espérance là où règne le désespoir, la lumière I h où règne l’obscurité, la paix là où règne la guerre, f amour [à où règne l’égoïsme !

Comprenez donc alors le véritable caractère du Saint* Si monisme. Nos actes attestent qui nous sommes; votre présence assidue dépose hautement en notre laveur. Oui, ici vous dépouillez un instant votre affligeante incertitude, et plus confions dans la destinée de l'humanité , tuüs renaissez à l'espérance* Ici vous osez vous abandonner à ces ravissantes pensées >fjij '-ailleurs pè ut* être vous traitez encore de chimériques illusions; vous vous plaisez à reconnaîtra sous les noms que nous leur avons donnés quelques-uns de ces vagues pressent irneus qui avaient illuminé vos esprits et s’étaient soudain évanouis; ici, enfin , vous retrouvez ces rêves ingénus cl ri ans qu’a ut refois vous aviez eàresëfe* Mais quoi ! ne venez-vous que nous demander une dis* traction passagère à votre existence monotone , inquiète et flétrie? Non, non ! vous vous plaisez à entendre une parole de foi et d’amour;* vous compatissez vivement aux

souffrance* de la élusse la plus nombreuse et ta pluspauvre: vous sentez avec délices au fane! de votre cœur vibrer harmonieusement des cordes que brise on détend votre société; et, au milieu des joies pures d’un naïf enthousiasme, vô'ûs vous trouvez meilleurs, plus eouiens de vous-mêmes eide inhumanité. Mais ne vous seroit-tl pas doux d 'accroître ce bonheur en prenant une part active b nos travaux? Serezvous donc toujours spectateurs et jamais acteurs vousmêmes ? Nous allons b votre rencontre; ne ferez-vous pas cm p as a u-de v a n t de no as? No tï s v 6 u s te ndons I a main; nous retïiscrez-vous la vôtre?

Sans doute sur quelques points encore nous pouvons ne pas nous entendre; mais enfin supposez que dans une cité on vint annoncer -que P ennemi est aux portes* ou que le prince arme ses satellites pour soutenir une mesure tyrannique * ne verriez- vous pas h l'instant tons les citoyens généreux, au lieu de peser la différence de leurs opinions , associer leurs efforts et s'élancer ensemble au-devant de rennemi ?

Or jo vous adjure tous : la misère, misère héréditaire de moralité, de science et de richesse, qui afflige les masses populaires , qui tue d un seul coup ou consume Jeu te me ni , qui condamne tant de malheureux à d’însa^ lubres habitations, et empoisonne F air qu'ils respirent chaque jour , qui flétrit renfonce de fatigues prématurées , et poursuit de travaux le vieillard jusqu'au bord: de sa fosse, qui expose dos populations entières, nues, aux rigueurs des saisons , qui arme de haine et de violence contre les classes supérieures les travailleurs affamés , et trouble votre sécurité , que ne vous rendront pas d’officielles déclarations; la misère n’csL-cüc* pas h vos portes, dans vos murs ? parmi vous, plus hostile que le plus redou-

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table ennemi , plus despotique que le plus cruel tyran? Kh bien! pour !e repousser et pour le vaincre, que lai tes -vous? Charité , philantropie , sociétés de bienfaisance , et le reste, n’en parlons pas ! autant vaudrait parler de ces escammuclies où Ton fait plus de bruit que de besogne,, qmmd j[ . s’agit d’une bataille immense, régulière, solennelle , décisive, Que faites-vous? le temps presse. Chaque jour de retard rive les fers de milliers de malheureux cl les précipite dans le désordre ou dans les horreurs du dénuement ! Chaque jour de retard est le sacrifice avoué, consenti, d’inuombralita victimes I Chaque jour de retard est upc victoire pour fimniorali lé, l'ignorance, la misère. .. Venez, marchons eiisem h le... Àh I vous avez encore des éelaïrcîssemens à demander, des difliciiltés è lever , des problèmes h résoudre I intrépides raisonneurs! La maison brûle ; criez donc A a fml L’ennemi est aux portes ; criez Aux armes ! 11 vous presse; élancez-vous et criez Marchons! Vous hésitez encore! Tâchons , lâchons dvun seul mot de nouseutcudre ! Pensexvous qu’il soit bon , raison nîihîe , utile , que le hasard de la naissance préside au classement des individus dans la société? Pensez-vous qu'il soit bon , raisonnable, utile , que les travailleurs manquent du nécessaire, qt que les oisifs regorgent du superflu ? pensez-vous qu’il soit bon, raisonnable, utile, que l'éducation , f instruction et lu richesse demeurent le privilège d’une classe de la société, et l’abrutissement, l’ignorance et rïudigence le partage du plus grand nombre ?Àli! ces propositions, dans leur révélante nudité, vous fout frémir 1 Pensez-vous donc alors que les institutions sociales doivent avoir pour but famé* lioralîon morale, intellect uelje et physique de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre?

Ecoutez r un jour, profondément navré de votre iüseu-

sibililéà taufc de souffrances, je vous annonçai qu'entrant l>!us largement dans la voie de l'apostolat, je vous rendrais co temple odieux par l'énergie avec laquelle je ferais retentir b vos oreilles le cri de la misère du plus grand nomhre P accusateur p oui- le us ceux qui n'y remédient pas; et j ajoutai qu’armé de la parole religieuse nouvelle comme à'mi fouet, je vous chasserais de ce temple... Eh bien ! aujourd’hui si nos exhortations et nos reproches vous paraissent ridicules et extravogaos , lovez-vous en niasse , et , déclarant à haute voix que les institutions sociales ne doivent pas avoir pour but F amélioration morale, intellectuelle et physique de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre» confondez notre aveugle et persévérante audace; levez- vous, et à voire tour chassez-nous de eo temple*...

Vous vous taisez. Ah ! sï souvent, dans les accès d’un enthousiasme passager, votre poitrine s’est gonflée d’une .secrète émotion , et vos lèvres émues ont laissé échapper avec transport ces cris divers, V iee La liberté ! vive la Charte! vive le nul tous cris qui ont eu leùr légitimité; aujourd’hui, aujourd'hui, au nom de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre qui demande aussi b vivre, et que tuerait voire silence s’il devait avoir des imitateurs, je vous le demande, pensez-vous que les institutions sociales doivent avoir pour but l'amélioration morale, intellectuelle cl physique de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre? Répondez 1

À cette interpellation Faudïtbirû répond eu applaudissant 2 t?i eu s'écriant aved cntlionsiasme : Oui !

Ali ! que Dieu soit loué I jamais concert plus doux in frappé mon oreille que ce cri de voire assemblée! Qu’attendez- vous doue? cl pour marcher ensemble ncsl-cc point

assez ? Mais je vous entends.» a La hiérarchie*. La reUgîod^i La hiérarchie ? Mais quand un noble huï est devant vous, pour l’atteindre, ne faut- il pas s’associer et coordonner ses efforts? Savez-vous qui refuse la hiérarchie au jour du combat ? le lâche» . * La i eligion ? Mais quoi l vous voulez en* semble l’amélioration du sort de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre; ensemble vous la plaignez, ensemble vous tressaillez d’une même émotion; dans ce moment solennel, yous témoignez votre foi dans les progrès de “humanité, et vous vous liez avec nous h ses générations écoulées, à ses générations futures qui ne peuvent travailler h leur dé* vcloppement qu’en s’unissant avec amour au monde extérieur pour le connaître et pour le pratiquer; ci vous ne sentez pas que tout s’anime et vit (Tune vie comoiuneTel Dieu ne se révèle pas b vous? Àlil vainement vous vous en défendez, vous êtes religieux:, ci le moment n’est pas loin oh , cédant au cri de votre coeur, vous répéterez avec nous « Gloire , gloire à Dieu î n

LJ auditoire manifeste sou émotion pur de longues salves d'appto^ dissemens,

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