LES PARTIS
Mes fils , mes filles ,
Béni soit le jour qui nous réunit dans cette enceinte» dès long-temps consacrée par la voix des disciples de Saînt- Sihok, et désormais revêtue d’une nouvelle consécration par votre voix même, alîirmanl avec la nôtre que toutes les institutions sociales doivent avoir pour but l1 amélioration morale, intellectuelle et physique delà classe la plus nombreuse et la plus pauvre! AU ï quelle que soit la douceur de ce premier accord entre nous , ce n’est lè sans doute qu’un prélude , vague et faible encore, de ce religieux concert qui régnera dans Fi venir entre le prédicateur et Tas-
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semblée, lorsque, prompte à circuler dans tous les rangs sa parole semblera le souille puissant qui , agitant la cime des forets, ployant la lige flexible des fleurs , faisant ondoyer les moissons, balançant Ics-fiols de lu mer, soulèrr une immense harmonie où se confondent et se marient tous les hruissemens, tous les soupirs , tous les frémissemeosiEl toutefois, après que si long-temps mes acccns avaient retenti solitaires, sans éveiller d’écho parmi vous, avec quel bonheur j’ai recueilli dans les profondeurs de mon mue ce cri, ce premier cri échappé de vos cœurs , signal tîW délicieuse communion qui, sans jamais s’interrompre , in chaque jour s’accroissant! Ali J vous le savez, voire long silence, en éprouvant ma loi et mon courage, n a jamafc ralenti mon prosélytisme. Laissez, laissez donc la source inépuisable qui , s’épanchant toujours, vil d’abord ses flob absorbés sans bruit par un sable aride et nu, se réjouir h ce murmure naissant qui lui révèle enfin que ses o iules ont cessé de se perdre, et que sur tin sol abreuvé de ses eaux son cours désormais commence!
Loin de moi cependant toute illusion, ou la penséti Av vous faire illusion à vous -memes sur ce lien qui sc foruai entre nous! Hélas! dans ce moment même oit, me lïlicitanl du progrès de vos sympathies, je vous déclare que œ temple est plus saint à mes yeux depuis votre manifestation en laveur d u u nouvel ordre social, combien en est-il parmi vous qui s’étonneiH, sous pouvoir la comprendre, dg ctitlr continuelle association, dans noire langage, de la politique et de la religion!
Déjà plus d’une lois nous avons essayé de répondre ii celte préoccupation dominante de vos esprits. Nous vous avons montré comment ta loi pacifique de Jésus, succé' dant h des lois ou la politique cl la religion s éiaîont Cou-
fondues dans une uni té militaire, avait dû en rejeter F héritage* faire, sous les personnifications de Satan et de César, la part de la guerre , de Te s clavage, de ta violence, et, pour les vaincre, séparer d’eux Dieu et Féglise, en disant ; Mon royaume ne&t pas de ce monde. Mais la société moderne, délivrée de ses chaînes, professant hautement T horreur du sang, appliquant son activité non h la conquête, mais au travail , non h Fasse r visse ment des peuples , mais à la formation entre eux de relations scientifiques et commerciales, nVtrClle pas protesté depuis trois cents ans contre une division autrefois salutaire, maintenant injurieuse à ses progrès? La foule profane, guidée par ses artistes, colosses de cynisme et de raillerie, s*cst précipitée en désordre dans ic temple, et a renouvelé avec un vaste scandale la parodie sacrilège que, pendant le moyen êge, la populace grossière exerçait dans les lieux saints, «Je veux, dit Fmduàlricl, voir. Loucher Dieu. — Descendez en vousmême, répliqua le prêtre. Dieu est au fond de nos cœurs!» Et 1 industriel, jetant sur 1 autel dédaigné sa pourpre, son or, et las miraculeuses productions ou la matière reçoit mille formes diverses, s’écria : Foiei mon Dieu! Le savant dit h son tour : * Je veux connaître Dieu J Bienheureux les pauvres d’esprit! répondit le prêtre; malheur l\ qui veut souder les mystères de la loi! » EL le savant, jetant sur Fantel dédaigné les iiisïrumens de ses découvertes, s’écria, en parlant de cette naLure éternelle et. féconde dont il cherche à connaître les lois ; <i V oici mon Dieu! - — Anathème!» s écria le prêtre; et il appelle h son secours les foudres du \atieau, les hommes des bûchers ,1e glaive dos échafauds. La loule en fureur hrisa le temple! Ah! c'est que celte société*, a travers les joies terri h le s ou honteuses du ses salin iialcs, cherchait un Dieu que lu prêtre ne pouvait plus lui
révéler! Victorieuse, elle ne veut plus d'une religLon <|ni dans tes merveilles pacifiques fie la science ut de Irndi^ trie s’obstine à flétrir les pompes du Satan, et uc lui promet les pompes de Dieu que dans un ciel mystique, séjour d’une oisive béatitude! Elle ne veut plus d’ufië religion qui; agonisante, conspire avec César agonisant, ci qui, ajirte avoir affranchi les peuples par sa puissante intervention, aujourd’hui ne se mêle à ta politique que pour semer Dïî&t1 rablement sous leurs pas les épines de cette couronne sublime qui, sur le front de Jésus, fût pour eux un signe despo.ir et de «a Lui! Elle ne veut plus d'une religion qài hùm fie Fini ma ni té, fi ère de ses progrès, du vain souvenir d'tmt; antique dégradation, et ce monde, théâtre de sa gloire, k la vaine menace d'un futur anéantissement. Non! elle s’eu* orgue illït de scs magnifiques dé vélo ppc mon s, et frayant fi la terre, agrandie par ses explorations, une rôtïtc audacieuse au sein de celle voûte céleste qui long- temps avait roulé pesante au-dessus du globe immobile, elle conçoit lu coin unmîon de la planète quelle habite avec les corps inünenscs qui gravitent dans 1 espace ; et renonçant h s'écrier : Soleil f airête-toi , afin de poursuivre Pexïçrinmatiün de scs ennemis, déjà, dans son ardeur d’association , elle est prèle à s’écrier : M arche ^ marche, â t^re, et que chaque jour, témoignage éclat mil de Ion harmonie avec les ns 1res qui t'entourent, soit aussi un témoignage de l'harmonie croissante do loua les hommes entre eux. » Enfin elle aspire* pleine de pressen Unions confus, a une religion qui lui révélé Dieu dans {'union de l’humanité au monde extérieur qu’elle brûle de connaître et de pratiquer. Or lorsque cotre politique consiste dans le développement de rînlelligence, de la force, et des sympathies de Phnnime, u csWl pas évident qu elle se confond nécessairement avec ocltf
religion que la société attend, et que Sàist-Simow nous a enseignée?
Ali I comprenez alors comment , au milieu des clameurs hostiles de tous les partis , nous intervenons légitimement , non pour épouser leurs querelles et ajouter h Fnigrcur de leurs divisions, mais pour leur rappeler les intérêts sacrés qu c leur fait perdre de vue Fardeur, stérile aujourd'hui, de leurs interminables controverses; non pour opposer bannière à bannière, mais pour déployer au milieu d'eux u u étendard capable de les rallier; ne disant plus avec Jésus, Nous sommes venus pour diviser, mais répétant avec -Saisït-Sijion, $ous venons unir! Car, de bonne loi, pensez- vous qu'abandonnés à eux -mêmes les partis puissent arriver h une véritable réconcilia lion , lorsque , méconnaissant les uns dans les autres la réalité profonde des besoins qu’ils représentent, il se nient entre eux le droit coexister? Pour nous , lie les frappant ut d ostracisme ni d’anaLhème , déclarant hautement ce qu il y a de légitime dans leurs prétentions diverses , niais jaloux de leur imprimer une salutaire transformation , nous nous proposons eu ce jour de signaler ce qui fait leur force et leur faiblesse, et de vous montrer comment lu religion nouvelle a puissance de les réconcilier en oflrant h tous, dans une harmonieuse unité, la satisfaction que chacun d eux réclame exclusivement.
Mais avant de commencer cet examen, j'nî besoin de vous rappeler la règle universelle, certaine, inflexible de nos jugemena : F amélioration morale, intellectuelle et pliy* sique de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre.
Souvent nous Pavons montre; c’est vers ce but qu a leur insu ou tic leur gré ont tendu les révélateurs, les
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conquérans, les prêtres, les philosophes, les potLesi-i k tribuns. A travers les vicissitudes des luttes perpétuelles dont Fhislotre nous offre le tnhle.ni, Ta victoire est tiH,jnllr, restée an champion do celte cause sacrée. C’est celte divine mission, avouée ou méconnue, qui illumina d'un merveilieux éclat la colonne de nuage marchant avec Moïse h h tête des Hébreux affranchis; qui, par la voix de ions k oracles, promit il Alexandre la défaite de l’Asie enlacée dans les liens des castes; qui poussa César au-delà du Ru. hicon malgré l’apparition de la patrie éplorée; qui donna an roseau fragile, placé entre lés mains du Christ, la force de briser le sceptre de César et les chaînes de fWlavs; qui lit luire aux yeux de Constantin, dans un signe tnyslél ieux, I espoir de triompher du paganisme oppresseur; qui mit une puissance irrésistible dans t’épéc de Charlcmnimr, vainqueur de la barbarie idolâtré et mahométanc; qui lût I étoile de Napoléon , vainqueur de la féodalité européenne.' C est elle qui nllrcma tous les courages, inspira tous les travaux, lit la vertu de tous lés martyres. C’est elle enfin qui suscita au milieu de nous Sai^t-Shion : et lui embrassant de son vaste regard te passé et l'avenir, il promulgua celle loi : « Toutes les institutions sociales doivent avoir pour Lut l’améliora lion morale, intellectuelle et physique de la classe la plus nombreuse cl la plus pauvre.»
Ces paroles, vous les avez vous-mêmes accueillies, Alt! si quelquefois je vous accusai d’insensibilité pour ces roms dont I a(l ceux spectacle est sous vos yeux, maintenant que vous n avez pas hésité à décerner h cette multitude plnînliio, encore meurtrie do l’esclavage antique, et à peine échappée à la servitude du moyen âge, les honneurs d’un i’«W qui le plus souvent ne retentit qu’à l’oréîllé des grands
cl des privilégiés de la naissance, avec une joie profonde je vous le dis, gloire à vous /
Mais quoi! en est-il parmi vous qui se repentent de celle manifestation comme d'uue exaltation imprudente, passa gèrement provoquée par mon enthousiasme ot la contagieuse émotion de quelques-uns d'entre eux? Quoi! serais- je réduit ii penser que cet aveu touchant je vous Fai arraché en remportant en quelque sorte de haute lutte? Croirais -je, ô Dieu! que des hommes p’ aient pu faire un acte d'humanité sans vouloir s’en excuser ou le rétracter? Et pourtant sïlc sentiment qui vous inspira votre prompte réponse sommeillait aujourd’hui dans le fond de vos coeurs , comment poursuivrais-je ce discours, lorsque entre nous ne régnerait plus cet accord sans lequel ma voix languit et tombe, sans lequel le jugement que je m’apprête h porter n’est plus qu un vain bruit de paroles, propre peut-être à vous distraire un instant?»** Oh! je n’ai pas senti s’amasser dans mon cœur tanl de pitié et d'amour pour F huma ni té, et clans mes yeux tant de larmes pour ses infortunes, afin de ne vous servir ici que de jouet et de passe-temps,,* Oh! vous ne m'avez pas enivré des premières joies d'une communion naissante, pour me ravir ensuite l’espoir de vous émouvoir plus profondément* Non! je veux, je veux de vos cœurs, pour Fhumanîté, îa pitié et F amour qui sont dans le mien, et de vos yeux, pour scs infortunes, les larmes qui ont baigné les miens! Je veux, je veux de vous enfin, ah! ne le savez-vous pas, et ne sentez-vous pas que mon cœur, mes regards, mes mains vous le demandent? je veux de vous it ces paroles sacrées, & Toutes les institutions sociales doivent avoir but l 'amélioration morale, intellectuelle et physique de la classe la plus nombreuse et la plus
pauvre * je veux la confina al î ou éclatante, unanime de ce Oui solennel*.. Je le veux , je le demande, je l'attends..,
A ccs mots j l’auditiare applaudit vivement, en répétant : Oui,
Gloire, glaire h vous! car enfin ces témoignages irrécusables de votre sympathie pour la classe la plus nombreuse et la plus pauvre, ces voles publics que vous déposez ici en sa faveur, ne restent pas étouffés dans celte enceinte; mais unis h mes paroles tjulls fortifient, mm grossissant la voix des misérables, perdue au milieu des débats acharnés et frivoles de nos jours, ils vont frapper pl iis f û re me n t l'oreille des p u i ssa ns , de s légi sla leurs, fc privilégiés, de tous ceux qui peuvent travailler ït transformer Fi m moralité, l’ignorance, la pauvreté de notre innombrable ciicntelle; pour elle vos acclamations s'élèvent comme une auguste pétition , comme une noble requête: elles sont enfin un premier cri de ralliement des partis Ma régie sublime d’après laquelle tous doivent être jugés]
L’amélioration morale, intellectuelle et physique de h classe la plus nombreuse et la plus pauvre; telle est donc la règle immuable d’après laquelle nous allons juger les trois partis qui sn divisent l’opinion, en déterminant leur rang d’après l'intervalle qui les éloigne de ce but magnifique, et en constatant leur insuffisance par leur impossibilité de l’atteindre.
Et d’abord se présente un parti sous des noms dont In vague insignifiance ou l'expression flétrissante est une note de décadence, légitimiste, carliste, rétrograde, et que sais- je encore.
Toutefois n 'êtes-vous pas étonnés de F opiniâtreté de eu parti qui, décimé par l’échafaud, dispersé par Fexiî.. dé-
pouîllé par la confiscation, terrassé parla victoire, s'impose en quelque sorte au monarque parvenu dont il protège de ses souvenirs la glorieuse usurpation; qui prépare le retour d'une race frappée d'impopularité, et, pendant la restauration, remue avec tant d'activité toute la poussière du passé, que la liberté semble un moment s'éclipser aux regards de scs partisans irrités; qui intéresse h sa cause non pas seulement des générations de vieillards témoins des derniers rayons delà monarchie s'éloignant dans des flots àv snng, mais encore de jeunes hommes, son liens volontaires de sa décrépitude, et recrute les appuis de la féodalité expirante jusque dans la roture; qui compte dans ses raçgs, à coté des adorateurs superstitieux d'une vieille dynastie, ambitieux seulement de la haute domesticité des cours, des hommes fiers, dévoués à un ordre social dont à leurs veux celte dynastie est le type vénéré; qui enfin après sa dernière défaite, s 'agile , conspire, écrit, combat, incapable de réussir, mais capable d'alarmer; eu sorte qu’il est évidemment plus facile de le vaincre que d’en triompher, de l'abattre que de l'étouffer?
Et qu’est-ço quifaît donc la force de en parti? Le besoin invincible, impérissable qu’il représente, le besoin à* ordre* à* unité r de hiérarchie. Voyez en effet, lorsque, renonçant avec habileté k donner le programme de la société telle qu’il l’ordonne, il juge, du point de vue abstroit de l'unité, la société telle que b fait le libéralisme; voyez avec quelle supériorité il va poussant à bout tous les principes révolutionnaires, et les confondant de leurs monstrueuses conséquent ces, découvrant sous l’enveloppe brillante des fruits de la liberté le suc aiuer qui les remplit, et sous les racines de son arbre le sol impénétrable et rebelle; signalant l’incapacité des hommes du pouvoir, leurs étonnantes contra-
dictions, leur perpétuelle incertitude; portant a tous les architecte» politiques le défi de bâtir, el inscrivant sur leurs mon urne ns d'un jour le nom de Babel ; pesant dans ses balances, d’une part In majesté d’une loi vivante et chérie, et de l’autre la frivolité de ces lois aveugles, sourdes, mortes, que l’on nomme chartes ; persécutant enfin ses adversaires de reproches mérités, de graves accusations, et d’une insultante ironie!
Mais géant quand il attaque, s’il se défend il n’est plus qu’un pygmée; car ce qui fait la faiblesse de ce parti c’est le caractère de l’ordre qu’il préconise, entièrement Wé sur le privilège de la naissance, de la hiérarchie qu’il mit conserver en condamnant à une incessante exploitation la classe la plus nombreuse et la plus pauvre.
a Arrière, partisans du passé, s’écrient les républicains! vous qui prétendez nous rendre le joug avilissant da despotisme, arrière! Tant de fois vaincus, comment exislezvous encore? Ah! trop long-temps les crimes des papes, des rois, des reines, la ligue des prêtres et des grands contre le peuple, ont accablé nos pères d’un long Gflchûfncment d’attentats, d’abus, de scandales! Périsse la tyrannie! limite a qui rétrograde U
a Arrêtez, insensés! répliquent les légitimistes, où prétendez-vous nous conduire? Arrêtez! votre liberté vous enivre et vous perd; elle a, dans quelques années, accumulé plusieurs siècles de crimes royaux! Osez dresser Fépouvaih table inventaire de toutes les victimes immolées à votre monstrueuse idole : voilà ses excès! Périsse T anarchie. Honte à qui veut nous précipiter dans l'abîme! fl '
Ainsi vont les partis s’insultant avec acharnement. Pour moi, sans adopter les injurieuses expressions des légitimâtes, je le dis aux républicains, ce qui fait leur faiblesse, c est
celle complète imprévoyance des désordres dans lesquels F application des principes révolu lion noires plongerait la société; e’csl celle haine profonde (te tonie autorité, c’est cette désolante anarchie qui frapperait do stérilité les arts, les sciences et l'industrie; c'est celte prétention de convier les masses populaires à un immense l>aoqn©t électoral où l'urne aux vastes lianes s'ouvrirait aux innombrables scrutins qu’y déposeraient l'abrutissement et [? ignorance affamés, sans offrir de satisfaction à leur besoin d'éducation, d'instruction ei d'aisance*
Maïs ce qui fait leur force et leur grandeur, c'est leur dévouement infatigable h la cause de l’ amélioration des classes laborieuses; c'est leur horreur pour toutes Ses distin étions sociales conférées aux privilèges de la naissance, et leur orgueil de toutes les supériorités qu’ils voient s’éhmeerdes rangs inférieurs jusqu'aux places les plus élevées; c est leur haine sincère de tout gouvernement qui abrutit les nations par Pignorancc, et les trompe par une méticuleuse diplomatie; c’est cette jalousie profonde de la dignité humaine qiuîs veulent assurer au prix meme d’une anarchique liberté et d’une confuse égalité!
Entre ces deux partis extrêmes se place un troisième parti dont le nom indique la position plutôt qu’une opinion, le juste-milieu : livré è de continuelles oscillations qui sont la condition même de son existence, il cherche a maintenir 1 équilibre entre les deux portions de la société qui veulent exclusivement l une la stabilité, fautre !e mouvement; mais c’est par le poids inerte de scs sc ru Lins qu'il modère leur ardeur, lïépirgnaul au passé vers lequel le rappellent les légitimistes, et h J avenir désordonné auquel ie sollicitent les républicains, il lulle contre eux, et, s’il les trouve quelquefois réunis contre lui, lui-mômc il se sert alternativement
de hm creux contre l’autre. Il n’aspire point à les ntcUrc d’accord; il est juste-milieu, il n’est pas médiateur; j[ ^ sisiu, il ne concilie pas; c’est qu'il manque d’une théorie assest large pour comprendre toutes celles qui lui sont opposées; aussi a-L-il horreur des théories, il voit le fait brut ; il déteste les discours, il gouverne à coups de majorité; la chambra des députés remplace le prétoire de Rome , et la légalité f leglaïre du plus fort. C’est avec celle arme qu’il combat tous b dangers et croit remédier à tous les maux : tout est bien pourvu que la loi soit sauve! Et cependant il croit au progrès; mais faute de savoir Taccomplir, il prône le data tftio : ignorant du passé, imprévoyant de l’avenir, il s’alla* clic uniquement au présent; le présent, que n’éclaire pour lui ni lu tradition ni la prophétie, lui échappe incessant ment comme un pâle fantôme; et il se glorifie d’ètre positif. Sans cesse il se contredit, sans cesse il transige : tour u tour il donne la souveraineté populaire pour lm fondamentale au trône, et s’évertue h l’asseoir par Tua de ses pieds sur le dogme de la légitimité* Il proclame l'égalité de tous devant la loi, et il s’obstine h défendre les privilèges de l'hérédité dans la pairie* Il jette au peuple les croit fe églises , et il se fait le défenseur du vicaire de Jésus. Toutefois, quels que soient l’in cohérence et l’égoïsme de scs actes. Il a mis un terme, par sa force d’inertie, nu règne de la convention, du directoire, de Napoléon, de Charles X, et aujourd’hui il gouverne, ou plutôt il tient le gouvernail plutôt par crainte de le laisser tomber enLre des mains fougueuses et inexpérimentées qu’avec la conscience de son habileté. Placé entre deux écueils, if met en panne ou louvoie, mais du moins il épargne h la société le naufrage et la ruine dont elle serait inévitablement menacée par le triomphe de l’un des deux autres partis. C’est en Inique se
trouvent les interets du travail, de la jouissance, de la production eide la consommation, te crédit, l'opulence ; il veut doue à tout prix h paix au dedans eL au dehors; et pour la conserver, il renie sans scrupule ses principes, sa dignité , sa reconnaissance* 11 s'incline devant l'étranger, et il réprime brutalement le parti républicain rjifil muscle et lient en laisse, le lâchant, au besoin, contre les légitimistes* Ainsi, toujours alarmé du despotisme et de l'anarchie, capitulant toujours avec eux , sans pouvoir se caractéri ser par une altitude décidée, tiraillé en sens divers par les libéraux qu'il accuse h bon droit d'étre des brouillons et par les ultras qu i! accuse avec raison d'etre des rétrogrades, il demeure justement llétri par eux du reproche d'immobilité.
Ne voyez-vous donc pas que tous les partis, sans pouvoir s’annihiler, sans pouvoir s’accorder, eu proie h une hostilité qui se lasse et oc cesse pas, touchent à un état d'é* puisement?
Enfin u* et es -vous pas avertis de leur décadence par la décroissance des hommes qui les ont successivement dirigés?
Après que la vieille société, fondée par Charlemagne, développée par Philippe- Auguste et par Louis IX, se fut résumée un moment dans Louis XIV, majestueux héritier du pouvoir monarchique et du pouvoir féodal, au jour de son grand duel avec la liberté :« Où sont, ditelle, mes seconds? Ahuiijoîe et Saint-Denis, c'est le tri de guerre et de victoire! A moi! Montmorency, 0 bât il1 on, la T remouillé, Biron; et vous tous, digues fils de mes preux, illustres descendant de mes héroïques barons! à moi!.* Tous étaient muets ou morts à la gloire de la monarchie, Mnury cl Cazalcs» voilà scs champions à la tribune; sur le champ debataille, La Roche jaquelcin, Bouchumps, StofUet
et GhareUc! puis, pendant k restauration , M* de Bondé, et M. Chateaubriand, qui en combattant pour la monnr* dite combattait aussi pour la liberté ! Puis, après un dernier combat, entre quelles mains est descendue roriflamnte? quel bras jette le signe du défi de k vieîlk sociétés k révolution? quelle voix plaide sa cause? Voyez*
Et que vous semble du libéralisme? Vous tous soûvcnei de Luther eide Calvin, qui attaquèrent un pouvoir assis sur de solides fortdemens , et donnèrent le signal d'une insurrection de trois siècles h leurs contemporains profondément émus de leurs audacieux accens. Ecoutez maintenant et prêtez Pore il le à celte voix de k réforme, jadis retentissant comme le tonnerre, expirant aujourd'hui comme un murmure sourd , éloquent et plaint il' dans la bouche <lr U de Lu Meonais, comme une insignifiante version de collège dans celle de Pabhé Châtel. Mesurez ces révolutionnaires hardis, Voltaire et Rousseau, Mirabeau et Bar nave, Robes* pierre et Napoléon t où sont aujourd’hui les héritiers 4es flèches, de la massue, do la dépouille de lion de ces Hercules de k révolution? Manuel, Foy et Constant la défendent avec un éclat qui va déjà s'affaiblissant; et si à ccltu heure je cherche leurs successeurs*.. Je m’arrête ; en face des tribuns sublimes dont k voix éclatante semble «voir parmi nous un dernier retentissement, dont les images se dressent colossales h nos regards, dont le geste paissant fut un signal de ruine pour une société de quatorze siècles, qui pourrais- je citer sans proclamer l1 épuisement du parti libéral? et remarquez que je ne dénigre point rtoeqjMt le talent doses défenseurs; mais quel que puisse ôtre leur génie, il a du se rapetisser avec les proportions de là couse.
Reste un dernier symptôme de l’agonie de ccsfartis.Oü sont dans leur sein les bardes vraiment dignes de ce uoiü,
ii la fois inspirateurs cl inspirés? La poésie à présent no peut plus être l’expression ardente, solennelle, religieuse, tics partis, puisque leurs liens sont relâchés on hnsés, et ces liens forment seuls les cordes puissantes qui V dirent sous la main du poète; elle n’est plus la voix d’une génération: vague et mélancolique, elle est la voix d’un poète isolé qui , mêlant , selon sa fantaisie , au culte de ses souvenirs des idolâtries étrangères, est à lui -même sa lyre, seniure de ses accens, et n éveille point les échos dans le tcinplo ou sur la place publique! Que fait Chateaubriand? il rédige dans ta retraite, sons forme de mémoires, son oraison funèbre. Lamartine ne s'cslÛl pas écrié? Honte « qui peut chanter alors que Home braie! cl cepoèlode la liberté, qui par scs chants consola la France de grandes humiliations, et consacra une gloire éblouissante et populaire, Béranger se tait. Oli! ne voyez-vous pas que la vie cl la poésie sc retirent de tous les rangs?
Eli bien! au milieu de l’agonie de tous les partis et de leur impuissance pour se réconcilier. In religion nouvelle sc présente avec des paroles de paix et d’espoir pour tous, elle proclame la nécessité de l’imité, de l'ordre, de la hiérarchie! mais ce n’csl plus sur les privilèges de la naissance, c’est sur la capacité seule qu’elle asseoiL l’autorité» en lui donnant la tâche de s’élever en élevant ses inférieurs : elle proclame la nécessité du progrès; mais elle lui assigne un butetrègle les inonvemcns d’une aventureuse ardeur; elle satisfait tous les besoins de liberté et d égalité par la promesse pour tous du classement selon lq capacité. Elle a doue en elle ce qui Fuit la force do chaque parti, cl dès lors elle a puissance de rallier les hommes généreux et dévoués, et de frapper de stérilité les efforts des traînards de toutes les opinions. Enfin â celle trinilé du parti légitimiste, dut
parti républicain fit du juste milieu, elle oppose unctrinitj politique plus large, plus haute, plus sainte ; la science l’industrie et la religion! et c’est ainsi qu’elle associe tous les efforts pour l'amélioration morale, intellectuelle etpliy. sique delà classe la plus nombreuse et la plus pauvre!
Ah! c est donc en vain que vous voudriez vous dissimuler la sainteté de notre mission, en nous assimilant à imite? vos religions expirantes, ou calculer la durée de notre associai ion en prenant pour règle de vos pronostics menaçons la décadence de toutes vos opinions. Nous sommes au milieu de vos discordes une nécessité légitime, indestructible, sacrée, comme te besoin de rharmomo des efforts pour l’amélioration morale, intellectuelle et physique de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre.
Oui, aujourd hui c'est là que sc trouve pour la Franc* la question politique tout entière. La révolution a terminé!» longue guerre de la noblesse et de la bourgeoisie. Labourgeoisie n a-t-clîcplus qu h se revêtir de 1 ri dépouille fies vaincus en glorifiant 1 ordre, q ni lui assure la jouissance des fruits de la victoirc,ct la liberté, qui lui permet desavourer dans ['oisiveté, ou d accroître, par un travail dont elle possède 1rs instruirions, les productions des arts, des sciences et de l’industrie? Tout est-il bien? Tout est-il fini? «Tout est mal et. tout commence,» répètent déjà quelques voix; cl, vous le voyez, lace a iace se trouvent la bourgeoisie et le peuple. Aussi long-temps que le peuple marcha sous les étendards de ses patrons, soit nobles, soit bourgeois, quels que fussent ses excès, il vous fut possible de les réprimer, et de congédier après lo combat l’auxiliaire dont vous aviez subi 1 alliance indisciplinée; mais si le peuple, formé par vos leçons à renverser des supériorités oppressives.
instruit de sa force que vous lui avez révélée eu remettant entre ses mains lepée, trop pesante pour les vôtres , et en applaudissant ?i la vigueur de ses coups, initié h des besoins nouveaux par vos propres efforts pour améliorer votre destinée, levait un jour, pour sou compte, un étendard sur lequel il inscrivit ces mois, déjà tracés une fois sur le drapeau des ouvriers de Manchester : Comment se fàit-U que dans le pays du monde qui produit te plus, nous qui produisons tout , nous manquions de tout? N et es- vous pas effrayés de la solution que pourrai L chercher a cc terrible problème une masse innombrable armant sa misère de toutes les formules philosophiques que vous aviez vous-mêmes opposées aux prétentions de l'aristocratie* en y mêlant les hurienicm de la fatm* de ta rage, de la vengeance; demandant aux in&lniineus de ruine une existence que lui fournissent h peine les inslruinens de production; n ayant, comme on dît, rien à perdre et tout ù gagner, invincible dès fors, et d'autant plus redoutable que, dépouillée b moitié de sa brutalité sauvage, elle unît des habitudes de discipline h une puissante énergie? Pour mitrailler cette multitude, la disperser, la contenir, ferez-vous surgir du sol un nouveau Napoléon, et avez- voit s encore quelque île mystérieuse en travail d’iin pareil géant? D'ailleurs Napoléon lui-même suffirai M! h celte tâche, lui qui ne put dompter le peuple déchaîné qu’en lui accordant dans les rangs de ses armées les premiers avantages du classement scion h capacité et de la rétribution selon les œuvres? Et qui vous dit que du soi il de cet te masse ne s’élèverait pas un prolétaire intrépide, éloquent, dominateur, un moderne Spartaeus? Allez vile, enrôlez des armées!,. Quoi! prolétaires contre prolétaires! n Camarades, diraient u vos soldats tes ouvriers révoltés, vous êtes peuple, et nous aussi! Mais a vous une paie ré~
gufière, h nous un salaire incertain! À vous 1* avancement pour prix de votre Bravoure, à nous toujours lu mbfcrc pour prix de notre travail! À vous des chefs qui marchent Ix voLre tête, b nous des chefs qui se reposent! A vous, après votre temps de service, une pension, des chevrons, un Bile I doré; a nous jamais, jamais le repos, et sur nos vieux jours des haillons et l’Iiûpîlal ! Frères, tirerez-vous sur vos frères plus misérables que vous?»
Irez-vous donc, comme naguère la noblesse déchue , mendier les secours de I f étranger? Mais chez toutes les nations subsiste entre F aristocratie et la bourgeoisie uneluUè qui doit bientôt se décider; et déjà vous savez à quel pari! restera la victoire. Du haut de sa colonne. Napoléon, glorieuse incarnation de la France révolutionnaire, demeure, aux regards des peuples que la bourgeoisie entraîne an au combat conLre les restes de la féodalité, le symbole de leur infaillible succès. Or la noblesse , vaincue partout, en Europe comme en France , commence la guerre mire la bourgeoisie et le peuple.
Oui, telle est ^inévitable situation b laquelle vous vous acheminez... Et ne nous accusez pas de provoquer le péril en vous le signalant* Aimeriez-vous mieux dresser paisiblement vos tentes avec leur pavillon de soie, et vos bannières dorées et triomphantes, et, doucement bercés parles sons d’une musique harmonieuse, vous reposer au sein Je l'ivresse, au risque d’èlrc surpris par l’ennemi, que (Tètrc interrompus, au milieu de vos fêtes, par un salutaire 4ns? Vous fa cbo-t-il de re l ro uv er du ns un la nga ge si □ cèf e m confirmation de vos secrètes frayeurs? Si une année entière d'émeutes n’a pti vous ouvrir les yeux, lisez donc Fliistox^ re , qui vous raconte comment a la lutte des patriciens et des plébéiens succéda la- lutte des esclaves. Le mal est dans
l’aveuglement et non dans la prévoyance; le danger vient non de ceux cjui signalent le péril , mais de ceux-là meme qui s’obstinent à le nier pour n’éire pas dérangés dans les lâches temporisations de leur égoïsme.
Mais qu’ai-je fait? je vous ai tracé le tableau d’une multitude animée de sen timons de h a me et de vengeance, inondant de ses bataillons vos places, vos cités, vos campagnes, et j’ai peut-être porté Pépou vante m fond de vos cœurs; et pourtant jamais spectacle no fut plus propre à émouvoir votre pillé, que le tableau trop réel de leurs innombrables douleurs* Ali! je ne viens pas, au nom de Ja classe ta plus nombreuse et la plus pauvre, vous dénoncer h guerre et la crainte; mois je viens, porteur de paroles de paix , vous demander pour elle votre amour et votre compassion.
Pour scs eu fa ns nés à peine et déjè livides d’une misère héréditaire, oh! grâce, grâce de ces travaux accahlans qui énervent leurs corps , étouffent leurs esprits , déforment leurs sculimeos; pour ses en fa ns orphelins au sein d’une famille qui ne peut que les initier brutalement à une vie de souffrances, oh! lo sourire aiïeelueux elles tendres caresses d’une nouvelle maternité!
Pou rses jeunes générations, des maisons d’éducation ou elles soient élevées avec vos en fa ns eux-mêmes, et non pas des écoles où elles soient parquées comme une caste subalterne, et nourries parcimonieusement d’une instruction économique!
Pour cos ouvriers cjui vous alimentent de leurs sueurs, grâce des angoisses déchirantes de la faim, de cette faim qui creuse les entrailles, pâlit le visage, allume dans les regards une lia mine sinistre, et contré laquelle souvent le malheureux se raidit et se débat, répétant, répétant sans
cesse fl ans sa lo ligue agonie : Non t je ne veuæ pas mùt^ir* Pour ces hommes laborieux qui ne demandent qu’à occuper leurs bras, grâce de l'opprobre de la mendicité! grkzk ce piège infâme où la société, en leur offrant un espnir trompeur* leur fait rendre gorge d’une partie de leurs misérables salaires! grâce de ce fisc dévorant, qui, comme un b i deux convive, s’assied a la table du pauvre!
Pour ces vieillards expirant à la peine, grâce, grâce th cette indigence qui se prend encore h leurs membres décrépits, et ne leur ôte le collier de misère qu’en poussant in pied leurs cadavres dans la fosse commune !
L1 auditoire * profondément ému s interrompt le prédicateur par plusieurs salves d’a p p ta ud iss c mens.
Oh! je n'achèverai pas cotte épouvantable litanie! Mail pour toutes les infortunes do tous les âgés, de tous les sexes, de toutes les professions* pitié* pitié* pitié!
Et si vous saviez avec quoi transport k dos paroles d’amour leurs coeurs bondissent dans leurs larges poitrines, avec quelle facilité h une lueur d’espérance ils déposent leurs haines * avec quel enthousiasme ils acceptent une tâche de dévouement * avec combien de respect ci k reconnaissance ils accueillent une autorité paternelle! Si vous 'saviez enfin que! immense avenir pour les arts, b sciences, l’Industrie, dort dans cette masse dédaignée* prête à surgir lorsque l'éducation Paurn fécondé, et fjiic IV bol it ion des privilèges de la naissance lui aura fait place! ah! vous vous abandonneriez avec délices ù une ardente sympathie pour la classe la plus nombreuse et la plus pauvre!
Oui! c'est cette sympathie qui fait noire force et notre union. Car, en vérité, pensez- vous que nous soyons venus
ici nous donner en spectacle sans avoir senti en nous le courage de remplir, à travers toutes les difficultés, notre sain te mission^ Notre présence n’est-elle pas chaque fois un renouvellement solennel de rengagement que nous avons pris de nous y consacrer?
Mais c est peu; c'est trop peu ! Mes frères , nies sœurs , membres du collège de la religion Saint- Si monienne , et vous tous, enfans de Saint-Simon, je vous le demande, au nom de nos Pères suprêmes , attestez hautement, pour édifier les faibles et justifier les forts, que vous êtes dévoués, en vous unissant par un lien d’amour, de respect et d’obéissance à vos chefs , h poursuivre de tous vos efforts raniéiioration morale, intellectuelle et physique delà classe la plus nombreuse et la plus pauvre ! I/at testez-vous ?
îd lu famille Saint -Sïmçmiemie , rangée sur F estrade, s’écrie: OuL
Et vous , que je crois de la famille Saint-SImonienne quand je vous parle des misères do la classe la plus nombreuse et la plus pauvre, attestez- vous h votre tour que vous êtes dévoués à poursuivre de tous vos efforts, dans toutes les situations , dans tous les rangs, son amélioration morale , intellectuelle ci physique! L alteslez-vous?
L auditoire de nouveau s’écrie: Oui! et ses cris sonl accompagnés de longs applaudisse m eus.
Que ce jour soit donc béni, ou par ma voix commence, entre la famille Saint-Simonie une et vous qui nous écoutez, une communion touchante de sentimens! tous, recevez mes actions de grâces, et vous surtout» mes Pères, qui
m’avez inspiré le. tangage propre à ion cher les cœurs dei hommes ! Ab! fidèle à ma tache sacrée * je recueille, avec ce premier irait de mes efforts, l’espoir délicieux d en hnler le religieux nccompiissemenU
l’œuvre SÀlNT-SlMOÎUEiSNE.
Mis Pknis *
Avant que soit commuée en cette enceinte l’œuvre apostolique poursuivie avec un succès égal à son grand dévouement par un autre de vos fils* j’éprouve le besoin de vous rendre grâce au nom de la famille que Dieu par Saint-Simon, que Saint-Simon par son disciple , ont confiée b votre amour* h votre force et h voire sagesse. Mes Pères , je vous rends grâce de nous avoir appris* par lexemple aussi bien que par le précepte , h voir toujours dans les épreuves que la Providence nous envoie* une révélation éclatante des progrès que nous avons it faire*
L*hn illimité n est pas déchue; cl b marche inmsatnmciit h un état meilleur : c'est le principe delà loi nouvelle, Ainsi la douleur n’est plus un châtiment infligé ù l’homme par un Dieu irrité; c’cst la condition même du progrès, cou* dilion inévitable aussi long- temps qu'embarrassée mem dans les liens qui ont protégé son enfance, l'humanité n'aura pas al Ici ni l’élat le plus favorable au libre développement de toutes ses facultés.
Blés Pères , vous lions avez montré la confirnialimi de ceüe idée éminemment religieuse dans les graves évunemens qui ont signalé les phases diverses sous lesquelles P ce livre SatntrSimoxiieime s'est présentée au monde. Je vais rappeler dans une esquisse rapide la suite de ces événement.
Vous nous avez d'abord enseigné Saixt-Simôiï, Lue vie de soixante aimées fut employée par lui è chercher les moyens de terminer la crise qui depuis trois cents ans tourmente la société européenne* Ses veilles, ses travaux, sa fortune , ont été consacrés à préparer la déchéance dtf l’oisîveté, l'abolition des privilèges de la naissance, iasulr alternisalion complète des militaires et d*s avocats, enlm l'avénement social des travailleurs pacifiques, ravinement des artistes, des s a va ns et des industriels. Et cependant, près de toucher au but, sentant qu'il n'a pas encore donné h fi humanité ce quî peut la sauver, une immense douleur s’empare de lui, cl pour un instant l’accable, Blais de sa chute profonde il se relève plus grand, plus puissant que jamais. Du sein meme de son horrible désespoir a surgi la sublime pensée d’un nouveau christianisme*
Saikt-Simgh mort, son disciple, notre père a tous, Ülixdk Rob&igu&s, fonde lé Producteur, ouvrage périodique desliné fr dissiper les préjugés historiques et philoso-
pli! q »es qui encombrent lu terrain oii l’avenir sera pins tard édifié. filais, après des travaux assidus, noire père ÔtïTOÉ volt un jour les publications delà doctrine naissante forcément suspendues , faute de ressources financières. Le petit nombre d’amis qu’il a liés h son oeuvre et h sa destinée sont épuisés par leurs longs efforts. Tous et lui -même, qui sans hésiter avait accepté le laborieux héritage du Martre, sont réduits h. donner tous leurs soins au rétablissement de leur santé; mais seul Ü sait , lui , ce qui manquait à soutenir ces grands efforts; seul il sait, il proclame que foctirité' , la puissance , la vie, seront rendues à ceux-lè seulement qui, comprenant enfin la dernière parole de Saint-Simon, reconnaîtront pour l’humanité un avenir n r* Ugteux*
Le rapide accroissement que prit In doctrine aussitôt après T accomplissement du progrès que notre père Oûkde avait Incessamment provoqué justifia pleinement et ses prévisions et l'explication qu'il avait donnée du ralentissement momentané de nos succès. Mais bientôt la nécessité so fit sentir de formuler le sentiment religieux. Saint-Simon , h qui , par un aveuglement inexplicable , on veut refuser aujourd'hui d’avoir eu conscience de sa haute mission de révélateur, Saint-Simon avait dit positivement dans son dernier ouvrage , en indiquant l’ordre de ses prochains travaux ; « Je traiterai directement du nouveau chrîstia*-
* nisme, du christianisme définitif. J'exposerai sa morale ,
* son dogme et son culte. Je proposerai une profession de » foi aux nouveaux chrétiens (p- 85 ). » La mort Tinterrompit dans ses travaux , mais il avait suffisamment établi b base de la morale, du dogme et du culte, en annonçant que dam le christianisme àefhuttf lès institutions temporelles aussi bien que les institutions spirituelles seraient
toutes dtkluiles du ju’iucipe de la fraternité chrétienne tua ^sflgubé et reproduit sous celle forme nouvelle: La religion doit diriger la société vers le grand bat de Cam. li ovation morale, uüdlccludle et physujtæ de la damk plus nombreuse et la plus pauvre» Par lit il avait d1 avança tracé la roule à scs continuateurs et donné un signe [iouc reconnaître ses vrais disciples, Or, je le répète, hi doctrine ayant éprouve une transformation importante en acceptant le sentiment religieux comme la seule base solide 4e# toute institution morale ou politique, la nécessité se Et sentir (Pun progrès que nous devions acîieler par la douleur, Il fallait effacer en nous tTaitciennes idées , et , comme j’ai dit , formuler d’une manière précise le sentiment religieux. EiîGrïîqs Rodmiujes, le premier, le seul jusquii ce jour que V huma ni té nouvelle ait proclamé saîst par la bouche do nos Pères; EugLve sc livra tout entier ït l'élaboration du dogme. Or il folio il mi gage àThumauiiu, qu’en proclamant légitimes les besoins des sens, qu’en proclamant saints* religieux* les plaisuls ois süjss , mmm sont légitimes, saints et religieux, ms. besoins et lefpl&ift do rintelligcnce> la religion nouvelle ne venait pourhat pas déifier les vieilles ordures effacées par le chrisLiapbmç- C;est pourquoi il fut réservé à celui des fils deSAiM-SntoN qui seul avait vécu d'une vie pare selon la loi morale à\ Dieu rrn es fuit des dire tien s, il fut à lui réservé de définir les véritable^ attributs du Dieu qui, selon la rnorak apportée par SiUflT-SiMthv, comprend dans les mandes talions de son amour înlini la chair aussi bien qu^XèspïpL r-Mais ce fut pour Jïuqlirtç un combat bien rude. Entre rauciemic loi et fa. loi nouvelle , ce fui un combat jusqu a mort. a Plusieurs mourront, me disait-il eu propres termes; plu- » sieurs mourront è l'instant où la doctrine les aura corn-
( Si )
* plétcment transformés, » Moi , j'ignorais encore la valeur cîe Fàommô et je ne savais pas toute la portée Je ses paroles- — EuGta- succomba aux douleurs d’un enfantement su h lime.
Vers la même époque, un événement d’im autre ordre allait encore devenir pour tous l'occasion d’un immense progrès * et ce progrès encore devait nous être douloureux, puisqu'il fallait transformer nos sentiment tous les sentiinens que les habitudes d'une époque révolutionnaire avaient déposés dans nos cœurs- n Nous ne nous aimons 9 pas assez les uns les autres, a Telles étaient, mes Pères , les paroles que vous nous répétiez sans cesse avec tristesse. G est qu’en effet nous ne savions pas encore comment nous devions nous aimer. Nos principes étaient devenus religieux, et notre pratique habituelle demeurait toute philosophique. Celle imperfection devait loucher an cœur ceux-là surtout qui étaient devenus les pins dignes de continuer Saist-Sistok. Aussi ». mon Père ( en cet endroit l'orateur s'adresse au Père Exfa^tix), vous étiez par [a maladie tenu absent de cette solennité , qui sera grande en notre lusLoire , oia noire père ültndg consLaln l’installation définitive deluhiérarchie , en reconnaissant B azari) et Ekea#tiw pour chefs suprêmes de la société nouvelle*
Mes Pères, depuis ce jour votre famille a bleu grandi, et, sous votre puissance Men-aiméov dfe a fuît de grandes choses. — Le nom de Sxm’-Smotf a rempli la France et la Belgique, Nos journaux et nos missionnaires ont porté la bonne nouvelle jusqu’au lbnd des provinces. Les villes principales ont des enseigoemens réguliers : Paris en a chaque jour de la semai ne, La présence des femmes dans tous les degrés de noire hiérarchie, leur coopérai ion aux travaux apostoliques, sont un pas décisif vers L'accomplis-
senient de In limité sancüfi cation que S*iÏÏT.SiMoresimin donner nu mariage eu posant celle loi que Vindwidu socim eV al r homme H la femme * Avec la sainte émancipation du la femme, Faffraiichîssemcnl des prolétaires , Favéneibent social des travailleurs pacifiques a commencé parmi nous. De nombreux ouvriers sont dans nos rangs : par eux nam sommes liés de fait comme nous Fêtions de sympathie mi destinées de la classe la plus nombreuse ; par eux nom aurons la puissance d'initier cctLe classe, qui est la pi® pauvre, h tous les bienfaits de F association* Enfui nom pouvons nous glorifier à juste titre d’avoir exercé une action politique non avouée peut-être, mai» bien réelle, en tirant la presse quotidienne des vagues abstractions de U métaphysique constitutionnelle , pour la transporter sur fc terrain plus solide des besoins moraux , intellectuels cl physiques des travailleurs.
Mes Pères , c’est votre amour de FImmanité qui mm a inspirés dans F accomplissement de toutes ces choses. C’est votre sagesse qui nous a dirigés, votre force qui nous a soutenus. C’est pourquoi un saint orgueil sied bien à m en fn ns lorsqu’il racontent devant vous ce qu’ils ont fuît, Mais eüfiVi le succès de nos travaux passés n’a de valeur que comme étant le gage assuré du succès de nos travaux h venir , cl tou t ce que nous avons fait est peu de chose devant la tache immense que nous a léguée Saixt-Sivox. Or, si vous savez mieux qu’aucun de vos milans apprécier lu grandeur des progrès par eux accomplis, pins qu'aucun d’eux aussi vous êtes affectés péniblement do tout ce qui leur manque pour hâter la réalisation de Fa venir : aussi dans Je /^rave accident qui, mettant vos jours en péril, a plongé ni 'guère votre famille clans de vives alarmes, votre famille a c ouipris, mm Père (ici le prédicateur s’adresso
nn père Bassani) , et ceux de vos Wfeèâ qui sont phis pros de tous le savent assez, que notre imperfection fr tous était la première cause de vos souffrances. Ce péril imprévu qui la menaçait en votre personne est devëtui pour votre famille une indication douloureuse, mais assurée, de quel' que grand progrès qu'elle doit s'efforcer d'accomplir» Avant que nous annoncions ici les voles nouvelles que vousvous proposez d'ouvrir a notre ardeur, souffrez que ? pour un instant encore s je sois ici l'organe des senti nions qui animent tous vos enfans, afin que la simple expression de ces senti mens soit un liant enseignement ix Ceux que seulement une tiède bienveillance ou meme une curiosité vainc auraient attirés à celle enceinte.
Mus Pcuës,
Ces hommes et ccs femmes qui s'appellent vos fds et vos filles ont mis leur bonheur et leur gloire dans la suinte obéissance, qu’ils vous rendent et qu'ils s'appliquent h mieux pratiquer de jour en jour. En sollicitant l'honneur d'étre admis dans votre famille, chacun d’eux a voulu prendre sa part d’une œuvre politique et religieuse, non point d'une œuvre de science ou de littérature, Lorsque 1 5 homme providentiel a paru, quand le 1/tWc a parlé, lorsqu'il a révélé aux hommes ce qu'il faut v amis pour améliorer le sort de leurs semblables , ce n'est plus le temps des docteurs nî le temps des prophètes , c'est le temps des aputhes. Ceux qui du sein de leurs ténèbres ont salué la lumière inattendue, ceux-là ne pâlissent plus sur les ré’ cils du passé , ne s'égarent plus aux rêves d'une hringiïïa*
lion désordonnée ; maïs Üs parcourent le mopde t iufaliga- Llos, pour assembler les membres encore espars de ^ corps qui va grandissant à chaque révélation iiouvelle; de ce corps social rjuï fut, pour Moïse, la nai/o/i^pûur Jésus, l'église , pour Saot* Siüoiï, l 'humanité* Mes Pères, lorsqu'au coeur des plus humbles de vos enfans s’agitent de d hautes pensées , quel événement i\u monde pourrait arrt ter notre essor? 'Nous renvois organiser la saciéle ! Naguère encore, pour justifier une telle prétention , nous ne pouvions que développer nos doctrines; mais aujourd’hui , grto à l)ïcuf nous pouvons présenter aussi nos personnes. Si cLrns le court espace d’une année nous avons fait tant du choses, apparemment il y a en nous quelque puissance. Moins on voudra dans nos succès donner de part h La valeur de nos idées , plus il en faudra reconnaître à ceux qui les ont propagées. Qui pourrait donc sérieusement affirmer aujourd'hui que la religion Saint-Simon iènne soit sans avenir? Js'esl-il donc aucune force en ces femmes qui , pour rendre un témoignage éclatant ft la foi nouvelle, n*ont pas craint de braver les sarcasmes du monde ? Parmi vos fils n'en estil pas plusieurs, si vous ne leur aviez appris une parole du paix et de conciliation , b qui le rûle pouvait aller de trihuns populaires? Tel autre n est-il pas m mesure de naur tuer aux vieux amis de la liberté qu'il est le digne fils de celui qui , dans le pressant périt de la patrie , sut organùw la victoire, et qui, resté pur des excès révolutionnaires * pur des faveurs du despotisme, mourut pauvre en exil , après avoir été deux fois ministre ?
Bupranouçant-ces paroles Je prédicateur désigne. Iüppply!fi,C‘ir* UQï j fct le public répond par du vifs applaurlbsemeiis,
Quoi 1 pour se donner tout entiers k la réalisation de nos Tastes projets, ceux-lè ont quitté des grades élevés dans Tannée, ceux-ci la direction d# la plus gronde exploitation industrielle de la France, ou bien la douce oisiveté que leur assurait le privilège de la naissance, ou encore les ebndces d'une carrière honorable achetée par de longues études Pot lorsque autour de nous il n’est aucun homme qui ait foi en lui-mème, aucun homme qui marche avec confiance dans larène politique., on pourrait croire un instant que devant la raillerie ou la calomnie nous tomberons J croire que si qudqmrjour les moyens devaient nous manquer de continuer notre apostolat sous une forme devenue trop dispendieuse, nous cesserions h cause de cela de marcher droit au but que nous voulons atteindre L . . , Mes Pères, nous sommes fiers de vous obéir : car vous avez tous deux embrassé de bonne heure la cause sainte du progrès; car vous /mon' Père* à Yincennes, vous avez combattu pour la patrie sous l'ancien uniforme d’une glorieuse école; cl vous , mon Père, vous avez organisé cette association puissante du carbonarisme qui fit trembler les Bourbons sur leur troue. Mais vous pouvez & voire tour être fiers.de nous commander; car vos lib sont de ces ouvriers qui combattirent vaillamment dans les trois jours, ou bien de ces illustres écoles qui vinrent partager les dangers du peuple et sa gloire. Ali ! c’est dans votre famille f eest ici seulement que so continue, au milieu de la paix et pour une œuvre pacifique , celle douce ollîancc, celle alliance invincible de la jeunesse et du peuple , ëomrnèncée dans des mtmiens terribles et pour uné cetivrc de car-' nage. Mes Pères, puisque vous êtes à notre télé, et que1 voue suivons- avec amour, nous pouvons bien répéter