RÉALISATION DE LA DOCTRINE SAINT-SIMONIE N NE
MES fils! mes filles!
Ce litre, qui vient tle lui-méme sc placer sur mes lèvres, en présence «l’un auditoire qui m’entend pour fa première lois, indique assez que je m’adresse spéciale ment a ceux qui professent déjà la doctrine dont je suis ici l'interprète, et qui , h raison de* la place qu’ils occupent dans la liiérarcbic, savent que je ne puis rien faire ni rien dire pour eux , qui ne soit revêtu du caractère paternel. Je n’oublierai pas cependant qu’une foule de personnes, plus ou moins étrangères h nos croyances , se pressent à nos pré-
dicalmns; et que mon devoir est aussi de faire parvenir jusqu'il elles la parole Saint-Simomennc ; mais celte parole,, pour vibrer avec force et liberté h leurs oreilles , n besoin d’aller frapper directement un écho qui lui annonce qu'elle est comprise ? et qui en prolonge le retentissement; c'est à des Saint- Sim ouïe as que je dois parler ta langue Saint Simonienne * pour rendre toute I énergie qu'elle comporte et dont je puis être capable. Quant aux non-convertis , peu L’être quelques-uns d'entre eux , tout étranges que leur paraissent mes nccens , en seront-ils assez émus pour désirer de mieux connu Lire la religion qui les inspire; peut- t ire viendront-ils nous demander une exposition plus méthodique , une instruction plus complète , et trous leur désignerons alors les conférences générâtes du les réunions particulières , destinées ^l enseignemeut^dogma tique de la foî nouvelle! Qu’ils se pénètrent donc bien de celte vérité, qui n'a pas été suffisamment sentie encore , c'est qu’ils assistent , non h un cours de rhétorique ou de philosophie^, mais à une assemblée religieuse 3 qui se composera fidèles et non de ctirieuxj qui écoute un prêtre non un pmfi'SsçMV* Celle définition est nécessaire pour faire comprendre h tout le mande le ton et le sens de nos discours , cl je me trouve heureux d'avoir pu la faire; car eliealtesLe que T Église Saint, -Si moniemie est véritablement > installée.
Rendons grâces h Bien de ce progrès; c'est par lui , ce si en lui qu'il s’opère. Mais glorifions-nous aussi , nous, qui ne séparons point fol re infini de ses manifes talions , id o ri I i o n s-no us de ce t te s ub I f me destinée, qui faitde l'homme l'expression vivante et perfectible du Pire, qui est fêlerne 1 le ^ J j mm u a b I c perfeçtio u ; gl o ri fî ons -nous, surtout, apôtres et fidèles de l'Église Sainl-Sinionienne* du rang
qui nous est échu dans la réalisation successive de la perfectibilité , dans la marche ascendante de l’esprit humain.
lit cependant ne nous complaisons pas trop dans cet orgueil , pour si légitime, pour si sainte qu'en soiL la cause. Si l’âge d’or, dont une tradition désespérante nous éloignait sans cesse, est devant nous; si nous avons la perspective d’obtenir , suit cette tehee, un bonheur plus grand, plus : complet, plus réel, que celui promis aux disciples du Christ, dans un inonde incompréhensible , que de chemin il nous reste pourtant à parcourir avant d’arriver au terme marqué par Dieu au perfectionnement de l’humanité ! Vous le Save/, c'est par ['association universelle que la sympa humaine acquerra son entier développement; et cette association, que préparent si admirablement les événomens qui viennent d’imposer silence aux antipathies les plus îuvété- I rées, en faisant huître à 1 unisson et palptLer d enthousiasme tous les cœurs généreux, sans acception de nationalité; celle association , essentiellement religieuse, qui doit couvrir le dlqhe, est encore renfermée dans le cercle étroit de quel-, ques familles !
Familles privilégiées! qui avez adoré les premières le Dieu de Saint-Simon , qui avez reçu en dépôt le licn^d amour qui réunira un jour les hommes en une grande famille, étendez, étendez ce lien sur la niasse innombrable des enfansde ce Dieu, qui ne sont pas initiés, comme vous, à sa révélation progressive !
Familles privilégiées ! de toutes paris des familles , déshéritées de la grâce qui est descendue sur vous, étalent à vos yeux les souffrances et les misères , que concourent i multiplier aujourd'hui l’égoïsme philosophique cl la soumission machinale à des croyances qui ne sont plus que dès superstitions !
F;) milles privilégiées ! montrez- vous dignes du privilège, eu le communiquant à tout ce qui vous approche; et la , né bornez pas encore vôtre charité. Votre ferveur, votre zèle; allez loin, bien loin, chercher de nouveaux frères, pour partager avec eux le trésor que Saist-Simok a légué à tous les membres de la famille humaine; plus vous admettrez de cœurs ami ans au par î âge , p I us vo u s ap pré ci erez ce p al ri moine merveilleux» et tellement inépuisable» rpie la part de chacun augmente à mesure qu'il se présente un plus grand nombre d’héritiers. Oui! mes fils! mes hiles ! tous les prodiges consignés dans Y Évangile provisoire pour atles- 1er la mission divine de son auteur, pâlissent et s’effacent devant ce miracle de l’amour, miracle irréfragable, que notre ma Lire nous a donné ta puissance d’accomplir, pour fonder \ le régne de l’Évangile éternel. Nous l’avons fait pour vous J ce ipiràcle,' et nous vous avons transmis le pouvoir de le lame pour d’autres; nous vous avons donné tout ce que nous avions reçu , cl nous nous sommes trouvés plus riches qu auparavant : enrichissez-vous à votre tour, eu donnant incessamment et toujours davantage.
Qui vous arrêterait,’... Le monde! dont vous tenez cicatriser les plaies elhriscrlés dernières chaînes! Oui, le monde, ignorant ou méconnaissant ses bienfaiteurs, paiera d'abord fours efforts pur le mépris , la haine , la persécution peutlflt . Jteis les répugnances , les eraportemens , les ou-
decm le droit d’hésiter dans l’application du remède , dont il sait bien Imite l’efficacité i’ Enlans de Saixt-Simoi* . voilà
( ifi )
partis, également aveugles, la divisent ; 1 un regarde toute loi comme une faiblesse; l'autre, toute nouvelle croyance comme une impiété : tous les deux s'accordent a railler, h déchirer les propagateurs de la doctrine qui doit les frapper tôt ou Lard de sa vive lumière; mais qu'importent leurs rires et leurs insultes? Vous devez braver plus encore pour remplir la mission , dont vous avez compris , dont vous comprendrez de mieux en mieux la portée ci In grandeur* Et quel serait l'homme, quelle serait la femme, qui , bien pénétrés de la parole de v'w , craindraient de la répandre, et chancelleraient on présence d'aussi misérables obstacles? Des quolibets, des sarcasme^, des injures ! Mais songez que vous êtes envoyés pour réconcilier les philosophes moqueurs avec la religion , et les superstitieux avec la noav sauté , songez que vous devez les guérir tocs des maux dï vers qui les affligent, mettre un terme à leurs t ristes débats, et les réunir enfin sur les débris communs de leurs préjugés contradictoires, dans le sein de l'Église nouvelle , où ils sentiront tous le bonheur d'être placés selon leur capacité, et récompensés selon leurs œuvres.
Non, non, la raillerie ni la calomnie ne sauraient attiédir ni décourager quiconque a brûlé une fois du feu SaîuU Simonie n : loin de là , convenons franchement que nous sommes ridicules, bien ridicules, nous, qui venons prêcher l\\MOim, la foi, le d£votjoïent, PobJîï&sance, Fcmimià une société qui ne connaît que le doute t la méfiance , la jalousie, Y insubordination et tous les travers de l'égoïsme ! Convenons que nous . sommes bizarres, bien bizarres, 1 nous qui parlons d'une hiérarchie , fondée exclusivement ! sur le mérite persoxxel, à des hommes clamés par le hasard de ta naissance! Convenons que nous sommes haïssables, bien haïssables , nous qui voulons établir la récom-
piïnsü selon les (iïLVREs , dans un monde où ceux qui m font rien donnent te branle à tout , et profitent du monopole de l’éducation et do la fortune, dont ils jouissent par héritage * pour faire oti pour payer la sa lire ï Ne nous arrêtons pas là; promettons de devenir plus ridicules et plus haïssables encore pour les oisifs et les égoïstes* C'est par la progression de leurs sarcasmes ci de leur haine que se constalcra celle de la doctrine * qui attribue le gouvernement des | hommes h l*amour, ct la jouissance du globe àù travail Ne croyez pas cependant que je veuille Irai ter eu ennemis irréconciliables les hommes, trop nombreux encore > qui -
traînent une vie languissante, sans amour et sans utilité pour leurs semblables. Non , cTesl h leurs préjugés ou à „ leurs vices seulement que nous faisons la gueére; pour eux , nous les plaignons , et nous devons nous efforcer demies associer à la vie nouvelle, oti les délices de la sympa- \ tbie, et les jouissances du travail, remplacent les passetemps mesquins et les ennuis de F oisiveté et de l'égoïsme,' Non, il ne s'agit point de se constituer en état d'hostilité permanente vis-à-vis des oisifs et des égoïstes , mais de les amener à désirer , à comprendre et à partager les bienfaits du classement suivant la capacité, et de la rétribution suivant les œuvres; il ne s'agît point, en un mol, de creuser un abîme éternel entre nous et d’aveugles rieurs, mats de ménager de moins en moins leurs répugnances et leurs vieilles idées, de manière;* épuiser leurs rires, et à leur faire sentir, à force de persévérance, toute la gravité de notre sainte entreprise*
Ce jour solennel où leurscœurss’ouvriront aux accensde la religion nouvelle, ce jour est proche; j’en aî pour garant l'assurance que Dieu m’inspire pour Fannoucer, la force que je trouve, au milieu de vous, pour le prédire* Ainsi
|,|(» de timidité, plus de Ihiblesse, plus de crainte, en présence du inonde railleur, détracteur, persécuteur, dont les passions et les préjugés, en s a liât] liant à nous , qui les partageâmes si long-temps, ne doivent que nous exciter davantage à accomplir , pour, lui , la régénération qui s’est opérée en nous. Que notre bienveillance surpasse toujours sa haine; que nos sympathies se développent dans une proportion toujours plus grande que ses répugnances; c’est à lorce d’amour que nous viendrons h bout de ses répugnances et de sa Imîne.
Songez aux dégoûts dont les enians d’Israël abreuvèrent la vieillesse de leur libérateur; à chaque nouvelle dilliculté qu’ils rencontraient dans le désert . ils voulaient retourner dans la terre de servitude; mais un homme était au milieu d’eux , qui se sentait appelé h les sauver en dépit d’éuxniênies ; qui avait entendu le erî divin, sinon sur le ihonl Sinaï, du moins dans les profondeurs d’uu cœur plein d’amour pour ses frères. La persévérance de cet homme, triomphant des résistances d’an peuple aveugle et indocile, le fit entrer enfin dans la terre de promission.
^ Songez à la dérision qui atteignit le Christ jusque sur la croix, sur cette croix qui devait gouverner les nations pendant tant de siècles, et préparer l’ère définitive de l’humaniLé.
Songez h l’amertume dont fut remplie la vie de notre maître, de ce maître qui ne trouva qu’tJN disciple pour transmettre sa doctrine à la postérité, et qui, après cinq ans à peine écoulés depuis sa mort, reçoit les bénédictions et les actions de grâce de tout un monde nouveau crée I par sa parole : car, quel que soit oujourd hui le nombre des ! Saint- Simoniens , le lien sympathique qui les unit* l’ordre qui règne parmi eux , tout cc qui se passe dans leur sein
dilftrc si essentiellement du chaos qui les entoure, qu’ils cënstiUient réellement un monde nouveau, destiné è en- ^ valiir» à absorber insensiblement la société ancienne. J
Mais ce n’est pas seulement aux. hommes qui rient ou qui médisent do Saint-Simon et de ses disciples que nous avons à consacrer des soins apostoliques; il en est qui rendent hommage h la beauté de notre doctrine , et qui sfen tiennent néanmoins éloignés , parce qu’ils ne la considèrent que comme une utopie . impossible b réaliser. Impossible à réaliser ! A4^on bien réfléchi h la légèreté de celle excuse banale des esprits vulgaires, devant toute entreprise extraordinaire ? Impossible à réaliser ! celte objection a du se présenter aux niasses, esclaves de la routine, toutes les Tors que l'humanité a eu besoin de réiormes sociales; et les réformateurs n7en ont tenu compte , ( parce qu’ils avaient conscience de ce besoin , et foi en \ éux niêmes pour le satisfaire. Impossible à réaliser ! Mais voyous et jugeons, par les possibilités du passé, cc que c’est après tout que celle prétendue impossibilité, de Tavenir que nous annonçons*
Lorsque 1 humanité, ignorante et faible en toutes choses , plaçait partout des puissances occultes, voyait une cause supérieure dans chaque phénomène, adorait jusqu’à la pierre, et subissait le joug le plus dur dans des castes héréditaires, ou les mêmes senti mens ; les mêmes idées, les mêmes fonctions se transmettaient de génération en génération , sans espoir apparent de progrès , celui qui aurait annoncé ('abolition des castes et de l'idolâtrie n’aurail- il pas é Lé considéré comme un rêveur:1 Et cependant P idolâtrie et les castes disparurent, paece que n’en voulait plus*
— Plus tard , lorsque les divinités homériques eurent remplacé les fétiches des sociétés primitives; lorsque l’esclavage proprement dit eut succédé au régime des castes; lorsque les meilleurs citoyens, les têtes les plus tories de la G rèco et de Rome , mettaient le respect envers les dieux olympiens au premier rang des devoirs de l’homme , croyaient ii la nature libre et h la nature esclave , et ne concevaient pas l’existence d’une organisation politique sans la sujétion complète de la majorité de la population I» la minorité; celui qui aurait prédit la chute des douze grands dieux, et l’extinction de la servitude , u’aurail-ll pas passé pour fou? et cependant la servitude et les douze grands dieux, elles trente mille dieux du paganisme disparurent, PAnCE que l’huhamitè k’jsk voulait puis.
— plus tard encore, lorsque l’Esprit iulini des chrétiens , Dieu unique , père commun des iiommos , reçut l 'hommage unanime des nations les plus avancées , qu’il laissa lemporeüement sous la domination du glaive, en leur ordonnant de rendre h César ce qui appartenait h César; lorsque, par suite de cet abandon de la vie terrestre à la capacité militaire, le servage fut constitué comme l’expression naturelle des rapports qui liaient le faible au fort; celui qui aurait signalé la décadence, du spiritualisme catholique, l'émancipation des serfs et l’anéantissement total de la féodalité, n’aurnit-ii pas été pris pour un visionnaire? Et cependant trois siècles d’incrédulité ont déjà passé sur le dogme catholique, et la féodalité est tombée sons retour, P AB CE QUE l’hUJIATUt£ ïï’eN VOULAIT PLUS.
Et remarquez que celte volonté manifeste son pouvoir
sous deux faces différentes qui se correspondent. Si, d’une
fmaiu , elle renverse ce qui lui répugne, de l’autre, elle élève ce qu’elle désire; c’est que l'humanité ne saurait
vivre dans le vide. La ni£me puissance , qui détruit l’idole grossière du fétichisme , bâtit le Parlhénon et le Capitole ;
J a même puissance , qui ruine les temples païens , fonde les églises chrétiennes ; la meme puissance , cj ni a réduit les pontifes à gémir sur h révolte du monde contre leur fui \ et leur autorité, soumettra le monde , par l’amour , aux prêtres du Dieu véritablement infini cjui embrasse tout ce qui est dans le domaine de l'étendue, comme dans celui de la pensée; la même puissance, qui relâcha peu h peu, i qui brisa définitivement les chaînes de l'esclave et dit serf, délivrera le salarie t exploité par l'oisif héréditaire, dos redevances illégitimes dont II est chargé; la blême puissance qui vient de rejeter pour toujours loin de nous les derniera rejetons de la plus belle, de la plus orgueilleuse des races féodales , saura bien aussi déchirer la dernière page du Code salit] uc , et régler par une loi d'amour TavenirX des femmes , abandonné, même de nos jours , aux Irad \ J lions sauvages de la Germanie.
A chacune de ces époques de rénovation complète pour Lhumanilé, les novatcu rs , qu'en style religieux je do is appeler ftÆvÊiATjiuns^nl à lutter contre des préjugés forterne nLenracinés , même chez ceux qui se flattent d'avoir secoué le joug des vieilles croyances, et qui se joignent souvent aux retardataires, pour déclarer impossible la réé- N düïcation qui doit nécessairement s'accomplir* Ainsi ' Aristote et Platon , déistes ou athées , restent païens dans leurs opinions sur 1 esclavage , dont 1 abolition leur au^ raitparu un attentat aux principes fondamentaux de Tordre social, une violation du droit de propriété, ici qu’il existait dans Athènes*, dons la métropole de la civilisation antique* Ainsi les Gracques, qui trouvaient si criminel te la possession exclusive des terres de la république par les lu-
milles patriciennes, auraient jugé plus criminelle encore la tentative d’arracher aux citoyens romains leurs esclaves; et la sympathie des plus fameux tribuns pour les classes populaires ne les aurait pas empêchés do considérer la fraternité universelle, apportée cent ans après par I hvangile, comme une doctrine perturbatrice et impraticable. Ainsi les philosophes qui repoussent le plus vivement le système catholique, cl les libéraux qui applaudissent avec le plus d’enthousiasme à la destruction de ta féodalité, se montrent, h leur insu, cnLholiques et féodaux sur la question delà propriété, en considérant comme sacrée l’occupation du sol par les héritiers ou les représentons de la conquête, en renvoyant dans un autre monde la rétribution selon les œuvres , en maintenant dans celui-ci , comme inviolables , les droits de In force cl du hasard de la naissance: en taxant de ridicule ou d’immoralité quiconque voudrait y porLer atteinte. Mais les Aristotes et les Gracquosde nos jours, qui veulent qu’on respecte scrupuleusement, irré- : vocablemcnt , dans les mains de la bourgeoisie, le privij Iége héréditaire qu’ils ont proscrit à jamais , dans celles de la noblesse, de parla justice .éternelle et les droits impres* : cri p Li b! es de 1 homme; les Aristotes et les Gracques modernes auront beau crier à 1 impossibilité, la propriété éprouvera la dernière transformation que réclament les besoins moraux , intellectuels et physiques des classes les plus nombreuses.
Eh ! qui oserait dire aujourd’hui que les classes , si longtemps flétries du litre de populace, ne sont pas mûres pour leur émancipation définitive, pour la hiérarchie selon la capacité, pour la récompense selon le travail:’ Sont-ce des oisifs, des privilégiés delà naissance, qui onL eu de l’héroïsme militaire pour briser le glaive de la tyrannie.
qui ont eu de la sagesse, de la modération , du désintéressement, de T héroïsme civil , pour user de In victoire ? Quels sont ces hommes qtn, mnitres, par les armes, des' palais, des comptoirs* des trésors de FKlal , les onL respectés et fait respecter scrupuleusement? Ce sont ces travailleurs si méprisés* qui, non contens défaire vivre la bourgeoisie dans l'abondance par leurs travaux pacifiques , payés h peine tF un morceau de pain t se sont chargés de vaincre ou de mourir pour elle* dès que le fantôme du passé est redevenu menaçant! Heureux du siècle * si fièrement assis sur la dépouille d'un ennemi que d'autres ont terrassé* que faites-vous maintenant pour ces innombrables malheureux, qui vous donnent le fruit de leurs i raya u x pc n dan I: la paix , et leur sang d an s les bu Lai I les : quît seuls, produisent vos richesses, et seuls ont sauvé vos tètes? Vous leur dites de retourner humblement dans leurs ateliers, pour y continuer, sous le poids de l'indigence * les travaux qui alimentent vos profusions et votre faste, et vous ne craignez pas que celLc ingratitude soulève enfin l'indignation de vos magnanimes libérateurs , et vous ne savez pas voir que leur magnanimité est la révélation meme de leur prochain et entier affranchis-* se ment*
Privilégiés de la naissance , ne vous pressez pas trop de vous effrayer de mes paroles : je ne leur donne cette forme sévère que parce que je les adresse è des hommes dont Fexaitalîon en faveur des classes ouvrières ne pourrait avoir que d’heureux résultats* Non Liiez pas que c’est au nom de F ordre , de la religion , de Dieu que nous venons délivrer le peuple ; que vous devez trouver vous-mêmes un surcroit de bien-être dans cette délivrance*
Encore nu mot. sur la prétendue impossibilité par la-
quelle des hommes faibles * égoïstes * au cœur iroitl , a l’intelligence superficielle ou paresseuse, se dispensent d’aimer, d’étudier entièrement et de pratiquer une doctrine dont ils ne nienL pas d’ailleurs la justesse et la beauté*
Quand la barbarie originelle de l’homme voulut que la première organisa lion sociale consacrât F asservissement héréditaire des masses humaines à une poignée de privilégiés* cet asservissement, qui répugne tant à nos sympathies et k nos lumières actuelles, fut possible* parce qu'il était la condition inévitable du progrès*
Quand l'éducation lente de l'humanité exigea quelle se soumît h la force brutale, qu’elle acceptât des dieux avides de sang et souillés de débauches; qu’elle fit du droit de vio et de mort In loi suprême du loyer domestique; qu’elle livrât la presque totalité de ses membres, esclaves, femme^r eufans, à la merci de quelques hommes libres , maîtres , pères ou époux, tout cela fut possible , parce que tout cela était nécessaire !
Quand la corruption, dans laquelle le matérialisme juif efc païen avait fini par plonger les sociétés antiques, après F affaiblissement du lien religieux , rendit indispensable la réaction spiritualiste de l'Évangile, quand les disciples de Jésus imposèrent h un être de choir la réprobation de la chair , placèrent le mérite et la vertu dans les jeûnes, les cilices , les macérations , et , au *sein même des joies de la terre, prêchèrent l'abnégation delà vie corporelle, en vue d’une existence mystérieuse , dans un monde insaisissable par les sens, tout cela fut possible encore, parce que le développement moral de la famille universelle y était attaché !
Et quand , après tant de sacrifices possibles, tout révol-
tans qu'ils soient pour notre nature » telle que nous la sentons* connaissons et réalisons aujourd’hui, nous annonçons à l’humanité qu'elle touche à Page viril et qu’elle va enfin recueillir les fruits des rudes épreuves de son enfance; quand nous lui disons que le Dieu de Pavenir ne sera ni une vaine idole , ni mi Jupiter tonnant , ni un pur esprit , assis , dans des régions imaginaires, entre la miséricorde et la vengeance , mais l’Être universel , immuable, dont Famour, la sagesse et la beauté remplissent les infinis de Fespace et du temps ; quand nous révélons h Fhomine la sanctification plénière de son existence , comme conséquence du sentiment dont Saint-Simon nous a doués, de la plénitude infinie et mystérieuse de la divinité ; quand nous lui prédisons qu’il iFaura plus h grandir péniblement sous la tutelle du sabre , immolant, alternativement , l’esprit à la chair , et la chair h Pesprit, niais qu’il va passer sons la loi d’amour qui lui donnera les moyens de satisfaire éga- j le ment tous ses désirs , de se perfectionner , de se rendre de plus en plus heureux, sous les divers aspects que pré- j sente son unité vivante; quand nous l'ennoblissons tout : entier, en relevant jusqu'à lui la moitié de son être qu’il tînt jusqu’ici dans rabaissement ; quand nous ne faisons plus violence à aucune des parties essentielles , constitutives de son existence, et que nous nous appliquons, au contraire, à les développer toutes; quand nous substituons la puissance féconde et pacifique de l’industrie , mère nourricière des hommes, k la puissance meurtrière et dévastatrice du glaive , qui traîne tous les fléaux à sa suite; quand nous j proclamons l’entière abolition du privilège de la naissance et I application complète du dogme de la récompense selon les muvres; quand nous déroulons enfin sous les yeux j du genre humain ce magnifique tableau de ses prochaines
destinées* quelques aveugles s'écrient : « Utopie! lu opie!,., n Insensés qui renient In toute puissance divine* qui se manifeste progressivement* et avec tant d'éclat* dans l’histôire de ccltc famille * chérie entre Ions les êtres dont ils Font eux-mêmes partie! Malheureux, qui* pleins de foi pour le mal * ne trouvent point dans leur cœur la Force de croire h la possibilité du bien I
Utopie! Ce mot est an blasphème contre Dieu* une calomnie contre Hiumanité! Il dit que le souverain amour, la suprême Justice rCaurail rendu possible que les douloureuses expériences du passé, pour nous amener à désirer et à concevoir un ordre meilleur * qu’il nous interdirait de réaliser! 11 dit encore* ce mot: imprudent et misérable , que ['humanité * qui a toujours voulu ce que son perfectionnement réclamait * et qui a toujours pu ce qu elle a voulu * alors même que sa volonté , ne tenant pas compte de tous les élémens de b existence , trouvait dans sa propre nature, des résistances à combattre, alors que ses forces morales , intellectuelles et physiques * étaient encore étroitement bornées j il dit que t humanité* toute puissante pour fonder des institutions plus ou moins barbares * n'a marché de progrès en progrès que pour arriver a 1 impuissance d'établir les institutions plus parfaites * dont scs progrès ku ont apporté la révélation , inspiré l’idée et fait sentir le besoin; que pour voir frapper son vouloir de stérilité, au moment même où ce va&fam serait en complète harmonie avec toutes les exigences de son être, et ses désirs plus larges, plus profonds* plus brûlans et plus impérieux , où scs connaissances et son pouvoir sur le monde extérieur * où sa science et son industrie lui en rendraient la satisfaction plus prompte et plus Facile ! Non * non * refoulons cc cri désespéranf , ce mensonge impie , nu.
si l'on veut, cette naïveté de la faiblesse, dans les âmes débiles ou glacées, d’où rien de grand ne peut sortir ; portons, portons , au fond de ces âmes énervées , l'espérance que nous puisons dans notre foi Samt-Simonicnno , dans notre ardent amour de Dieu et de nos semblables» Que Fégoïslc croie h Fonthousiasme 7 que le sceptique soil ébranlé dans ses doutes, que Foisif rougisse de sa nullité , en sentant Fapproche de la chaleur qui embrase nos cœurs , delà lumière qui inonde nos esprits, de la force religieuse qui harmonise nos actes avec nos pensées cl avec nos croyances î qu’ils cessent de nier le mouvement, en nous voyant marcher! qu’ils puissent contempler la doctrine dans sa sublimité vivante î et ils reconnaîtront que sa réalisation, voulue de Dieu, est non-seulement possible , mais accomplie pour les hommes; car l'humanité de F avenir, C’EST NOUS!
NOUS SOMMES LES HOMMES DE iA VENIR ï
C’est pour nous une vérité de sentiment , de raison et d’expérience; mais une ibule d’esprits, plus ou moins prévenus , plus ou moins rebelles, nous entourent, qui n’ont pas cette conviction; je viens essayer de la leur donner, et pour cela Ton ne me verra point recourir aux armes redoutables, quoique pacifiques, que la doctrine Lient en réserve dans son arsenal scientifique; je Rappellerai pas meme à mon secours celle puissante méthode historique, b l’aide de laquelle il est si facile de déduire les destinées futures de T h u mandé devses destinées accomplies- Non, je ne veux prendre mon point d’appui que dans le présent; je ne veux citer que des contemporains à rendre Lé-
moi go âge de noire maître et de ses disciples; je ne veux établir JÜiBH démonstrations que sur des faits dont l’évidence Trappe tous les yeux, sur des preuves flagrantes» palpitantes, saignantes. Ce dernier mot n'a rien d'exagéré; les victimes des grands jours de juillet (t) déposeront aussi pour nous.
Nous s anime s les hommes de l* avenir ! Et où serait» en effet, le germe de la société future , du monde nouveau, sll n'était avec nous? Avec nous, qui, seuls, sommes : réellement associés, unis par un lien moral, religieux; [ qui seuls possédons une hiérarchie incontestée , hiérarchie d’amour, conciliant ta nécessité du commandement I avec les besoins de la liberté, sur les débris d'une so- ïf~ ciété que le criticisme pulvérise chaque jour davantage, dont le vieux ciment , incessamment altéré, ne peut plus empêcher rentière dissolution , et où Ton chercherait en vain une foi , une autorité , capables de rallier les hommes, de les gouverner, dans toute l’acception du mot.
Nous sommes les hommes de f avenir ! Car, de tous ceux qui ont parlé avant nous ou à côté de nous , philosophes » publicistes, législateurs, nous sommes les seuls qui ayons étudié le passé, non pour en tirer de pâles» de serviles* d’impuissantes imitations, mais une justification rationnelle de l’ordre nouveau , entièrement nouveau » que nos j inspirations philanthropiques et nos sympathies religieuses nous révélaient
A o us sommes tes hommes de l* avenir ! car nous sommes les seuls qui n’ayons pas borné nos efforts h remuer la poussière de l'antiquité et du moyen âge, pour en extraire
(I) Cette prodteaUniï fiiL prononcé en août IR30,
des lambeaux de république ou de monarchie^ et les rajuster péniblement, ensuite » b F usage du Xi Xe siècle et des siècles h venir; car, lorsque les préjugés nationaux, si vivement ébranlés par les derniers événemens , dominent pourtant encore tant d'esprits généreux , nous sommes les seuls qui donnions b F élément moral de FhuinaiiUé le développement complet qu’il doit obtenir par Tassocutio^