‹ Religion Saint-SimonienneChapitre 5 sur 46 · UNIVERSELLE · texte numérisé non relu

UNIVERSELLE

Nous sommes les hommes dé Avenir'! car, sous une loi politique qui perpétue les privilèges de la naissance, qui consacre deux noblesses diiHtàires , qui laisse la moitié de rindivîàu social sous le poids des traditions delà barbarie; et en présence d’une religion expirante, qui flétrit \n femme dans la chair t qui réprouve 1 industrie dans la wt qui dédaigne les investigations de la science, étrangères au domaine de Vesfftit pur> nous sommes les seuls qui, faisant ^ rentrer tou Les les existeu ces linie5 dang !ç sein de l être infini , ayons ramené b F unité tes divers aspects de l'activité humaine, réhabilité le travail dans toutes ses directions, sadetifié les découvertes scientifiques el les conquêtes industrielles, pour les faire concourir toutes à la gloire de Dieu et au bonheur des. hommes; nous sommes les seuls qui ayons signalé le règne prochain des capacités pacifiques, proclamé le classement et ht rétribution suivant les mérites, comme le dernier terme de l'affranchissement des classes les plus nombreuses, et annoncé h nos mères, h nos épouses , b nos sœurs, b nos filles, si long-temps nos ! esclaves et nos sujettes, qu'elles allaient devenir, qu'elles I devenaient enfin nos égaies, nos associées.

Notts sommes les hommes do l'avenir! Car, parmi tant de voix qui chantent la victoire du peuple , et qui insistent pour qu'on lui bisse quelque chose des fruits dit triomphe,

nous sommes les seuls qui puissions offrir une améliora lion précise, positive, à ce vainqueur, si cligne h la fois d'à clin ira t km et de pitié, et dont la position embarrasse de plus eu plus ceux qu il a sauvés et portés nu pouvoir.

Nous sommes tes hommes de t avenir! Car , nu milieu de ItTïi certitude , de l anxiété et de la confusion générales , quand les hommes de toutes les nuances vivent au jour le jour* nous sommes les seuls qui ne sentions pas trembler le sol sous nos pieds , qui marchions d'un pas ferme à un but déterminé * qui soyons surs de notre lendemain , d’un lendemain qui nous lie, par une chaîne non interrompue , aux générations les plus lointaines* Nous sommes tes hommes de V avenir ! C’est ce tp* atteste tout ce qui sc passe parmi nous et hors de nous; c’est ce que démontre invinciblement tout ce qui a été fait , dit ou écrit depuis trente ans : écoulez plutôt, et suivez-moi dans l'examen du triple mouvement poli Liquc* religieux et philosophique qui s’est J manifesté îi la suite de la révolution française,

/4l 4. Jj&hür*-

— La faux démocratique avait tout renversé 9 croyances , institutions , pouvoirs; et la force, passant alternativement d’une faction à Pantre , de la multitude aux gens de guerre, étnilla seule autorité reconnue, ait sein d’une nation livrée à toutes les horreurs de l’anarchie, et privée de tout ce qui constitue véritablement une société. Un homme survint appuyé sur une grande renommée ; il avait la puissance et la volonté de rétablir l’ordre , et tout le monde soupirait après le retour de l’ordre : on le salua du nom de libérateur*

Quel ordre fonda- L-îl pourtant? Attendez. Il l^efforça de revenir à l’ordre meme qu’une révolution nécessaire, indispensable, providentielle, avait détruit ; il lit des sîmu*

bores île grands seigneurs avec des héros républicains; il mérita d’être appelé le restaurateur de t* autel et du trône t sans s’apercevoir que ce titre faisait, du magnifique con quérant qu’on avait pris pour le génie des temps modernes, le copiste aveugle du passé. Qu’en est-il résulté P C’est qu’il est mort tout entier dans la solitude de Sainlc-Hélènc ; c’est qu’il a emporté avec lui dans la tombe ses plans , son système , après avoir vu la jeune Europe sc lever contre lui comme un seul homme; c’est que, malgré tout le bruit qu’il u fait dans le monde , et tout le prestige qui s’attache h sa mémoire , nulle création sociale ne lui a survécu , nul homme 11e s’est annoncé comme le dépositaire , continuateur, le propagateur de ses doctrines gouvernementales; et M. Bnllanche a pu faire celte remarque : « Nui peuple ne dit : c’est sa pensée sympathique qui me gouverne. »

Lui tombé, d’autres hommes vinrent s’agiter bruyamment sur la scène politique; pygmées superbes, qui se fiait aient de durer plus que le colosse, et qui proclamaient hardiment qu’ils avaient fermé l’abîme des ré vol niions , parce qu’ils avaient imposé une transaction d'un jour à des ennemis irréconciliables. Qu’ad vint-il pourtant sous l’empire de ce traité , dont les auteurs prétendaient aussi avoir fondé h perpétuité?

Les passions, les haines politiques, comprimées par le bras de fer de Napoléon, se réveillèrent à la voix de ceuxlà même qui voulaient nous persuader qu’ils les a voient apaisées, éteintes pour toujours. L’expérience des Talleyrand , les lalens et la renommée des Chateaubriand, des de Pradt cl des Guizot, ne purent sauver , à la France restaurée, ni la crise des cent jours, ni la cruelle épreuve d’une seconde invasion.

A leur retour de Gond, ces illustres Conseilla» de In Couronne liront dire b Louis XV IJi que son gouvernement avait dù Taire et avait fait des foutes; mois qu'averti parla malheur il s’empresserait de les réparer, et que la Chùrle serait désormais une vérité. I n mois à peine s’était écoulé depuis cet aveu solennel , et de sanglans désordres éclataient dans la partie méridionale du royaume; et une chambre des députés , instituée par ia Charte et pour la Charte , déclarait que la Charte ne suffisait plus à la sûreté du troue , créait des lois d exception et des cours prévo— laies, fondait un nouveau régime de terreur, par les incarcérations, les exils et les supplices. On se rappelle que le télégraphe , qui , sous la république et I empire, n’avait été, le plus souvent, que le rapide interprète de la victoire, devînt, sous la Charte, messager de mort.

Hais les excès du parti nobiliaire et sacerdotal finirent par rendre nécessaire et inévitable une réaction libérale : la fameuse ordonnance du 5 septembre , dont personne ne sc souvient presque plus aujourd hui , parut sous les auspices de M. de Canes ; ainsi s’appelait l’homme d’étal, le grand homme du jour. Grâce à lui, h ses lumières, à son habileté , à son amour des libertés publiques , la France allait enfin jouir, dans le port delà Charte, d’une paix et d un bonheur dont on ne pouvait calculer l’étendue et la duree. Pendant trois an nées, ces espérances ne furent contrariées que par des querelles de journaux et de violentes discussions parlementaires, entremêlées de quelques pétards , de complots fabriqués et de conspirations réelles.

Mais en 1819 le Libérateur de t 81 6 s’effraya lui-m¥mc des succès que les démocrates b mille francs d’impôts obtenaient dans les élections. II confia ses craintes à cinq ou Six hommes qui jouissaient, auprès d'un certain public . de

la même faveur que les anciens accordaient aux oracles, parce qu’ils avaient l'habitude, non de s'agiter sur un trépied, mais de s’asseoir gravement sur un canapé , pour y faire de la métaphysique sur les affaires du pays. Ces hommes partagèrent les alarmes du ministre favori; ils nTiésilèrent pas h se prononcer pour la nécessité d’un moiwemmt à droite ; et cette grande résolution une ibis arrêtée > ils ne doutèrent pas un instant que de cette manceuvre habile ne sortit bientôt pour la France un long cours de gloire, de prospérité et de repos. La manœuvre fut doue commandée : les plus célèbres orateurs , MM. de Serre, Lainé , Pasquîer , la dirigèrent dans la chambre; les dragons l’exécutèrent sur les places et dans les rues : les uns se chargèrent de torturer les mois , les autres de sabrer les personnes; et, de par la Charte, toujours invoquée des deux parts , on proclama le double vote , au milieu de l'effusion du sang parisien.

Mais la contre révolution, ainsi ranimée par les hommes qui ravalent arrêtée dans sa course désordonnée quelques a n n ée s aup a ra va n t , ne t a rd a p as de dés a h mer ces ta r d ifs et imprudens auxiliaires sur In valeur du nouveau système dont ils avaient encore une fois osé attendre d'impérissables résultats. Elle voulut avoir ses ministres à elle , et elle repoussa par conséquent les Iransfugcs du libéralisme, Ma de Serre, le héros des doctrinaires, alla mourir à Naples; et M. de Gazes, Pimmortel de iSifi , s'ensevelit vivant, avec ses plus illustres collègues, dans le cimetière du Luxembourg.

Triomphante, au nom de la Charte, qu’elle expliquait l\ su manière , la contre-révolution eut bientôt a combattre une jeunesse entreprenante qui Pin t erp ré tait différemment. On en vînt h une guerre h mort , et le dévouement dos pins

intrépides libéraux ne servit qtfè les faire décimer encore par le fer des bourreaux* Dès ce moment , un cri de victoire définitive retentit parmi les hommes des anciens jours ; les conspirations étaient; étouffées, les têtes les plus fières abattues, les voix les plus importunes condamnées nu silence* Rien ne manquait plus à l’ancien régime pour se rasseoir aussi ci perpétuité; nu milieu de circonstances si prospères , il avait, entre autres avantages, celui d avoir confié ses brilla nies destinées à M. de Villèlc, dont la capacité , mise bien au-dessus de toutes les capacités contemporaines, semblait appelée h garantir pour jamais la possession du pouvoir, la possession de l'avenir aux représentons du passé* Pendant quatre ans , ce nouveau fondateur de F ordre défmïlïfmania la France, h son gré , par (Intrigue et !a Fraude , les menaces et les promesses, amena les corps électoraux , si indociles sous ses prédécesseurs , à former cme assemblée, qui trouva, dans la Charte, h septennalîté, 1 indemnité aux émigrés, le sacrilège, le droit d’aînesse , etc. Mais la France , qui voyait autre chose dans la Charte , fiurfpar s indigner d'êjre courbée sous un joug humiliant; elle se leva énergiquement , en 1827, pour résister h la rétrograda lion dont on lu menaçait; et M* de Villèle , V immortel de i8a5 , fut contraint h son tour, comme les immortels des années précédentes, de se faire enterrer avec ses collègues dans la pairie, après avoir , a son dernier soupir politique , ordonné de nouveaux massacres dans les rues de Paris, toujours pour attester la puissance et 1 efficacité des institutions, octroyées en i8i4, toujours pour fermer l'abîme des révolu lions.

Après la chute de ce mïuisire, qui se flattait d'avoir eu un système, d avoir lait école pour les royalistes et les catholiques , d avoir été le ministre constituant de la restau-

ration, parurent avec éclat sur la scène quelques nobles débris des doctrinaires , liés à d'honorables transfuges de la contre-révolution» M. Royer-Collard., nommé sept fois, fut porté è la présidence de la Chambre; II. H y de de Neuville, doublement élu , devînt ministre; M. de Chateaubriand , chargé de l'ambassade de Rome, put faire résonner sa voix éloquente sous les voûtes du Vatican. France! heureuse et fîèrc d’avoir placé de tels hommes au tîmon de l’État, vas-tu vivre long-temps au moins à l'abri d’aussi beaux noms? Obi ouï : Y ordre légal , le véritable ordre légat g si enfin trouvé* Ce mot sacré , gage d’un long avenir de paix et de liberté, est inscrit sur toutes les bannières; d est dans toutes les bouches; et le 7 août 1839, les lervcns amis de la Charte, les honnêtes et assidus lecteurs des journaux constitutionnels , s’endorment dans leurs espérances et dans leur foi , certains d’apprendre h leur réveil quelques nouvelles merveilles de Y ordre légal , dont la stabilité ne leur parait pas ceLle fois douteuse*

Eli bien I dès celte nuit même Y ordre légal n était pins! ses représentons dans le conseil cédaient la place aux re~ présentons de l’ancien régime; et Ton était encore sous le régime de la Charte I car la Charte , généreuse et bénigne, permettait au prince de choisir les ennemis de la Charte, pour taire régner la Charte. Et si les députés trouvent cela bizarre et désastreux, le monarque trouve a son tour leurs réclamations insolentes, et leur déclare que sa volonté est hnmuabk* Honneur à ces courageux députés J gloire aux deux cent vingt-et+an ! tel est le cri qui se fait entendre d’un bout de la France à l’autre* Ils ont sauvé le pays , ce pays tant de fois sauvé depuis quinze ans, au dire dos divers partis : sauvé par M. de Cazes , par M. Pasquîer , par M* de Richelieu , par M* de Yîllèlc , par Mi de Marlignac, par tous les

ministres royalistes ou libéraux ; sauvé deux Ibis , en deux ans , par la chambre des pairs; par ta chambre des pairs 1 qui depuis,,,, mais alors elle était patriote.

Gloire donc aux deux cent vingt-et-un! ils ont , répète-t-on de tous côtés , ils oui sauvé la France; la France! qui, après tant de jours de salut, s est pourtant toujours trouvée en position de désirer et de recevoir le nouveau libérateur , dont la venue devait au moins rendre contestable la légitimité d« litre accordé au libérateur précédent. Les deux cent vingt-et-un sont donc réélus; la Charte le permet aux électeurs; mais le monarque* dont la résolution n\a pas cessé d’être les repousse encore; la Charte le

lui permet aussi, 11 va plus loin ; toujours appuyé sur la Charte , et pour rentrer, comme disent ses ministres, dans Fespri t de ht Charte* il renverse de fond en comble l'ordre Ugal que les libéraux prenaient pour la Charte. Ici va sc* compléter le parallèle que Saint-Simon établit, prophétî- H* quement, entre les Bourbons et les Sluarts. La lutte/ n’exisle directement qu’entre la royauté d’une part, et les électeurs, les journalistes et leurs abonnés de l’autre; mais les masses populaires, les masses laborieuses sont douées d un i nsi inet admirable , qui leur fait pressentir que leur cause est liée à celle des classes plus heureuses qui font des* députés, qui rédigent ou lisent des journaux. Elles se sont levées, et tout a disparu devant elles. Le sceptre est brisé pour toujours , dans les maies du prince dont les volontés étaient immuables ; et la Charte, qui devait prévenir les bouleversement, et fonder la paix perpétuelle au sein de la b rance , la Charte , promulguée sous les auspices des baïonnettes étrangères, au milieu des dissensions civiles; la Charte , cette émanation bâtarde du droit divin et de la souveraine Lé du peuple, tombe, après quinze ans de

troubles, de déception et du déchireuiens , avec le trône qui l’avait. octroyée; elle tombe, commo elle avait régné , toujours accompagnée de tiratllcmens et dorages; elle tombe dans des Ilots do sang.

Voilà donc, en définitive, les résultats de la restauration constitutionnelle de Inouïs XYÏI1, en lue sur la restauration militaire de. Napoléon! Le peuple a été encore une fois obligé d’intervenir pour en finir avec le passé : les : hommes d’État de toutes les opinions ont été également impuissans à prévenir cette intervention extrême; l’éternité de la Charte, rêvée par d’illustres écrivains, a passé en deux jours. Qu’en reste-t-il en effet maintenant!? quelques débris qui ne satisfont personne, qui ne répondent ni aux besoins du pouvoir ni aux exigences de la liberté, qui nous conduiront, par une série de débats, de vie iss i- Indes , de secousses plus ou moins violentes , à de nouvelles crises , jusqu’à ce que la crise vraiment régénératrice pour le peuple arrive , jusqu’à ce que l’ordre nouerait soit politiquement constitué.

Plus que jamais on parle de liberté et d’ordre J et plus que jamais on ignore ce qui peut fonder 1 une et l'autre ; et plus que jamais le libéralisme éprouve , au milieu de scs succès, le vide de l’impuissance organique de ses doctrines. Douter, soupçonner, craindre, accuser, gémir, c est à peu près tout ce qu’il sait faire, depuis qu’il a remporté la plus mémorable des victoires.

El que sont devenus tous ces hommes de renom qui se chargèrent successivement des destinées de la 1“ rance durant l’ère qui vient de finir? Comme Napoléon , ils ont terminé leur existence publique sans laisser de postérité politique : comme lui , ils sont morts tout entiers sans léguer au inonde une idée assez téconde pour produire

quelque chose après eux, sans avoir pu former un discipM qui voulut se dire leur continuateur* El ce que je dis des célébrités du pouvoir s’applique aux célébrités de 1 opposition ; partout meme succès passager , partout mémo isolement » partout même éclat solitaire* Il n’y a pas jusqu'aux deux ce?U vin gt-ct-im, dont Foration est pourtant si récente, qui ne soient déjè menacés de l’oubli qui a dévoré tant d’immortels depuis trente ans* Que dis-je? ils se sont trouvés débordés , le jour même où le peuple s’esl levé pour les défendre; et leurs apologistes d’hier sont aujourd'hui leurs plus véhément* accusateurs»

(Jy Voilé pour fe mouvement politique: passons au mouvement religieux. \y*+~ ■ iQs'L<- -

Sur ce point je serai brcl. Napoléon signale son avènement en relevant les autels, et sa kiain puissante n'cinpêche pas qu’à la fin de son règne le clergé ne soit obligé de se plaindre delà décadence rapide de ta religion* Après lui , les Bourbons , protecteurs obligés du sacerdoce catholique, s’empressent d’accroHre sou influence et scs richesses, loi permettent de recevoir des legs, de fonder des couverts, d’augmenter le nombre et la dotation des séminaires; la loi du sacrilège est votée; les jésuites reparaissent; les missionnaires abondent; les congrégations couvrent la France; l'administration tout entière se fait dévoie; nul ne peut plus obtenir, je ne dirai pas Faveur, mais justice , s il ne fait attester ses principes religieux; et malgré tant tT efforts induis pour rendre de la force et de la splendeur au catholicisme, le catholicisme n’arrive au bout de cette série d’avantages inespérés que pour perdre son litre de religion dominante , que pour voir constater que l’appui des gouvcrneuiens , s’il peut raviver extérieurement un culte pour quelques instons , ne saurait

rail muer des croyances éteintes , ni arrêter par conséquent le dépérissement interne * libération profonde et continue d’une religion de plus en plus incompatible avec les sentimrns, les lumières et les intérêts des nouvelles générations. Lisez plutôt les mandemens de la plupart des évêques, et les lamentations du souverain pontife lui-même* J’en ai dit assez là-dessus pour être bien compris. Malgré les écrits de MM. de Bonald , de Maistre, La Mennaîs $ Chateaubriand ; malgré l’activité prodigieuse de toutes les associati mis pour la prospérité de la religion catholique; malgré la multiplication des sociétés bibliques et de morale chrétienne; malgré la profusion ministérielle envers les étnblissemcns religieux et les gens d'église , PtWi/|ïrmee gagne de proche en proche, au déLrïment de toutes les vieilles croyances; Y indifférence est la véritable religion de la majorité, cil dépit de la statistique officielle de la Charte; et remarquez que Ton peut appliquer aux grands écrivains catholiques que je viens de citer , ainsi qu’aux théologiens protestons les plus renommés , tout ce que j ai dit des célébrités politiques, dont In succession est condamnée à une vacance éternelle,

J Arrive au mouvement philosophique.

L’école de Locke et do Condiüac, dominante pendant la révolution française, tenait encore le sceptre au commencement du XIXe siècle. Les importons travaux de Cabauts et de DesLutt de Tracy avaient lait parvca^La son apogée la théorie de la sensation. Mais comme rien de social

U en pouvait sortir, et que In matérialisme qui eu découlait / ne pouvait conduire qu’à l’égoïsme ou ait désespoir, une réaction spiritualiste se manifesta bientôt, M. Royer-Collard en donna le signal; il importa, en France , les doctrines écossaises , eu y mettant tou Le fois sou propre cachet;

cm1 la conscience , le sentiment individuel était In peint de départ , el faisait tout le fond de cette philosophie- Mais JL Royer-Collard, absorbé par ht politique , ne brilla qu’un instant dans sa chaire. Après lui * vint M. Cousin , dont la faveur fut Lien plus grande auprès du public , et qui modifia encore les amen demens apportés par M. Royer-Collard h leeleelisme écossais, À coté de M. Cousin , quelques jeunes gens, également distingués par leur esprit, leur instruction , leur caractère , prêchèrent aussi l'éclectisme» chacun son éclectisme , car chacun avait le sien , sous ce drapeau de complète indépendance. Des journaux furent fondés qui obtinrent de la vogue dans les filons; il fut de mode et de bon ton d’être éclectique , et Ton eu vint h p ro clam er que Vanurcide des intelligences était no trejirgijiier besoin. Après quelques succès éphémères, rcsLés sans iuilucnce sur L’état moral, intellectuel et physique de la société, les éclectiques, tout aussi impuissant que les malérial î s tes , et n1 aboutissant comme eux qu’à l’individualisme , les éclectiques finissent à leur tour par une espèce d çpmrîe; et tandis que M» de Chateaubriand chante admirablement son agonie; que M. Royer-Collard expire dans de muettes jérémiades; que M, Guizot s’enterre dans les détails mînu- I jeux d’une administration journalière, d’autres noms, également illustres , vont s’abîmer dans les hautes fonctions, comme s’ils étaient pressés de sortir du monde philosophique, ou plutôt de s’arracher à la solitude qui commençait h les y atteindre.

Ht ces liLlérateurà spirituels, ces publicistes fameux qui remplissaient la France , il y a douze ans, du Bruit de leurs noms , par la publication de la Minerve ! Et ces écrivains de courage et de talent , fondateurs du (in$eur européen , qui croyaient avoir formé une école!

Et les Benjamin Constant, les Kératry* dont la réputé lion fut si brillante el si vaste ! où sont-ils? Ils sont morts aussi, philosophiquement , ou ils mourront, dans le désert, comme toutes les notabilités que nous venons de voir tomber les unes sur les autres, comme les rédacteurs de tant de feuilles passagères dont les destins semblaient pourtant st beaux; ils sont tous morts, ou ils mourront , sans héritiers, sans suite, sans avoir un homme ù côté d’eux, sans espérer que jamais il se présente quelqu’un qui dise : « Leur foi est ma foi , leur pensée est ma pensée, leurs actes sont la règle de nicâ actes* n Non , non , ce ne sont point \h les hommes de Pà venir j car ils n’ont rien aimé, rien connu , rien fait de nouveau pour l’humanité ; car ils n'ont pas trouvé un seul lien qui pût les rattacher aux âges futurs*

Mais tandis que tant de brillantes renom niées se dissipaient comme une vaine fumée , que tant d illustres penseurs allaient se perdre dans les ténèbres du scepticisme, l'espoir du monde, la lumière nouvelle devait Jwen se trouver quelque part* Voyez, dans un coin obscur de l'immense théâtre 3 où la foule des immortels dun jour sc presse tumultueusement , voyez un homme accablé de mépris, en proie aux railleries, aux injures, ù la misère* Il est seul, car tout le monde le repousse. N'importe, ne craignez pas de l’approcher; cet homme seul, c’est PhumaxitA KQCYELtR b * Ses illustres contemporains, que des Bots de courtisans entourent , commencent par l 'apothéose et finiront par l'oubli : lui commence par l'oubli , par l'obscurité, par la réprobation, et finira par rapoLhéoseî Ils passent de la vogue à la solitude, au néant ; lui, marchera de la solit ude à Passociatiuïs urmEftscLiÆ , h une vie impérissable! Pendant qu'ils s’évertuent il fouiller dans les

raines des systèmes politiques , religieux et philosophiques fin passé, pour én tirer de vaincs théories, dont les élémens sont usés à jamais; lui, découvre, conçoit, révèle le système de l* avenir» L'humanité apprend de 1 ui quelle se développe progressivement en Dieu , suivant une loi qui promc t bientôt le règne exclusil de T amour sur la terre , la disparition complrle des privilèges de la naissance , le classement vi la rétribution selon la capacité et le travgü, Paifranchiftsenienl définitif des femmes et des classes les pins nombreuses. L'homme divin qui avait apporLé cette bovine nouvelle, quelles que fussent les préventions de ses contenu porains , ne pouvait mourir tout entier- Il lui fallait nécessairement , à lui , un héritier pour recueillir la parole qui renfermait toutes les promesses faites au genre humain* Cet héritier ne manqua point à Saint-Simon; la Providence, qui le lui avait préparé depuis quelques années, le fit assister à ses derniers momens, pour recevoir , à cette heure suprême , le dépôt de ses espérances , de sa for et de son amour- Le disciple s’est montré digne du maître; lui aussi a bravé les dégoûts et les obstacles , pour remplir la haute mission dont Î1 était chargé; et sa persévérance a obtenu le plus beau succès que puisse ambitionner la poire d’une doctrine progressive; il a fait des disciples, qu’il a pu proclamer ses supérieurs. Ht voyez grandir celle 1 famille Saint-Simomenne dont le chef fut si méconnu I Ses premiers membres s’exposent aussi aux sarcasmes et h la haine; mais soutenus par la puissance de leur conviction , mais intimement persuadés qu’fis marchent h la tête de l humanité , ils ne se rebutent de rien , et en quelques années la société de l’a venir existe; la hiérarchie est fondée- Dans un siècle d’égoïsme, d’amour-propre , d’in dépendance absolue, des hommes habitués à Pinsubordt-

nation se sont trouvés , qui ont accepté avec joie une. autorité qui les plaçait autrement que dans le monde, qui y leur donnait pour supérieurs ceux que, dans le monde, ils auraient regardés comme leurs inférieurs. Gloire h notre Maître ! Nous avons dit a son premier disciple , nous avons répété à ses successeurs : Vos senti mens sont nos seulïmens, vos idées sont nos idées, vos actes sont nos actes; et, chaque jour, nous voyons venir à nous de nouveaux fils, qui s’attachent irrévocablement h nous par la profession solennelle de la meme concordance; et chaque jour ces fils chéris obtiennent eux-mêmes des fils, qui se lient avec enthousiasme par ïn même sympathie!

/Et Pon vous demanderait encore oà sont tes hommes de V avenir? Vous êtes donc comme ceux dont parle le psaliniste ? Vous avez des yeux pour ne pas voir, des oreilles pour ne pas entendre? Que vous aî-je dit ? que vous ai-je montré? Parmi nous, tout est en progrès depuis Saiivt- Sruofl. Hors de nous, tout est en décadence. Nous pouvons \donc répéter, dans les transports d*une sainte hardiesse , cette délicieuse vérité que déjà nous avons proclamée :

ΟOÜS SOMMES LES HOMMES Dit I/ÀVEMR,

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