‹ Religion Saint-SimonienneChapitre 45 sur 46 · AUX RAILLEURS · texte numérisé non relu

AUX RAILLEURS

On raconte q-VÀrdiiloque le poète, outragé par Lycambe, fit contre lu! fies vers si mordu üS qu’il le réduisit h ss pendre.

C’est que le poète a dans sa main les trésors redouté» de in raillerie , aussi bien que les richesses enviées de la louange.

Mais parmi les poêles il nVn est pas de plus grand que celui qui e>t animé de l'esprit prophétique, et nul 11e possède mieux rp;t‘ lui l’éloge et le blâme*

Je vous le dis, tout prophète n été raillé; mais U u’y a pas

dp plus puissant railleur parmi les hommes que le prophète.

Le prophète qui a tu V avenir ne garde pas sa vision dans le silence et l'obscurité de son cœur, La prophétie s’échappe bondissante de ses lèvres, et vole, audacieuse et insolente * au-devant des incrédules et des rieurs : elle se joue à leurs oreilles avec son accent bizarre et ses notes dansantes, et son étrange harmonie : elle ne craint pas les sourires moqueurs dç leur bouche, ni leurs grossiers mépris, ni leurs inibécîlles fureurs; elle n’a point souci des applaudissemens vulgaires; elle chante son chant comme Toiseou du ciel , dont la joie matinale n’atlend pas, pour saluer la lumière nouvelle , les oreilles paresseuses et les yeux languissans dans les fausses lueurs du sommeil*

Seulement quelquefois le prophète, courroucé d'entendre sa parole tomber toujours morte et sans écho parmi les hommes , comme une semence perdue sur une terre d’hiver , s'arrête, et s’arrachant avec eflort de ces brillantes visions qui l’attirent, ainsi qu’un voyageur saisi d'une douleur aigue, immobile, promène autour de lui ses yeux; il regarde , il écoule la foule , la foule injurieuse, et alors il entre dans son cœur une orgueilleuse tristesse, et un rire amer le possède, et il plaint d'une pitié pr fonda tant de surdité et d aveuglement.

En jour, lorsqu’à travers l'immensité des mers, Colomb, le pilote génois, pressentait une terre nouvelle, et de sou œil perçant plongeait au-delà des horizons connus; un jour il fut lassé d’importuner l’Europe I II avait fatigué de sa requête, quêteur infatigable, il avait fatigué les rois et les républiques, les princes et les marchands, les seigneurs et les aventuriers* Les rues de toutes les villes de l'Europe le connaissaient, et les petits enüms disaient , le voyant

passer, voiéi le Gènoh qui promet un monde pour un vaisseau ! Un monde ! Et le sublime visionnaire ne trouva îi pas qui voulût d'un monde pour un vaisseau I Oh ! qui pourrait dire de quel magnifique dédain le pauvre pilote t dans le silence de son cœur, couvrait tous les dédaigneux de son temps! Qui pourrait peindre le mépris que versait sa li> ïtb h tous les hommes qui le méprisaient * quand sa tête brûlante de l'inspira Lion prophétique allait s’égarant dans les vertiges du désespoir!

a Europe, avare Europe, je pouvais te donner un monde, tu ne Tas pas voulu 1 je vois tous tes en Tans dévorés de toi* sérablcs ambitions! Us s’épuisent de sang pour se disputer les lambeaux de quelques chétives proies 1 Je voulais leur donner un monde I un monde ! et ce mot dans sa tête éclatait, 11 voyait * il voyait cette dernière vague qui pose mol Ionien t le vaisseau sur le sable doré; il voyait ce rivage se mêlant aux Ilots, et qui semblent venir au-devant du voyageur fatigué de la mer; cette terre nouvelle sous un nouveau soleil ; au loin s'arrondissent les montagnes * et se balancent les forêts, et s'épanchent les fleuves; des hommes inconnus et des animaux étranges; toutes les merveilles d*une végétation nouvelle, des richesses sans nom! b Et le pilote rêvait, et son front s'enflammait, et son œil étincelait, fixe! Qui dira lo lien mystérieux qui tenait ainsi toujours son regard invinciblement attaché h cette apparition lointaine, sans que rien pût le distraire de celle contemplation avide? Dieu; c’est Dieu. Si la puis* sauce de Dieu se témoigne dans El ni inanité, d’une manière visible et qui frappe les plus incrédules» c'est alors qu il met dans le cœur d'un homme une de ces pensées qui franchissent le temps et l'espace, ^a* pilote* va» Dieu* c’est Dieu qui te lient; va, retourne encore aux rois et

aux républicains , aux princes et aux marchands t aux seigneurs et aux aventuriers; Dieu l'ouvrira ces cœurs avares , et tu verras, ô pilote , la terre tant désirée.

Toujours , quand Dieu place sur la tète d eau Ugiuiuc une grande entreprise , il lui donne aussi la toree dont il n besoin pour accomplir sa mission.

Il partit, ['audacieux navigateur! maïs sa tache fut rudu, et il fallut pour qu’il fût sauvé de La mort presqit’au terme de son voyage , il fallut que les fleurs de la terre déjà pro* ch ai ne envoyassent leurs par h J ms rapides aux narines épaisses de ses farouches compagnons.

Mais les hommes oublient facilement les hasards du passé, et le souvenir de Pinjuslice de leurs pères ne sauve p*3 toujours les en fa ns du ne folle et aveugle légèreté.

Un homme est venu, quia conçu quelque chose de plus grand que la découverte d'un nouveau momie.

Car Saint- Simon a dit : « Je vous ierai un univers nouveau , une humanité nouvelle.

s Tous les travaux des hommes jusqu à moi ne sent que des travaux préparatoires; je commence 1 œuvre definitive, qui est la pacification de l'univers et l' association de tous les hommes en une seule famille.

p L'univers est troublé d'un pôle à l’autre par les bruits de la guerre , et i! est souillé de sang. Je lui enseignerai les harmonies de la paix, et je remplacerai d'un pôle & Feutre les souillures du meurtre par les couleurs de la lécondilë , la mort par la vie. L'humanité est laide , pauvre , souffrante; je l'affranchirai de la pauvreté et de la douleur, et je lui donnerai une beauté qu'elle ne cannait pas. Je fonde la famille humaine, et j'en suis le père , non pas le maître ni Je seigneur; le père? et je serai un bon père pour tous mes cul'ans. Je consolerai d'abord tous ceux qui

souffrent, et je délivrerai tous ceux qui sont opprimés* La femme ne sera plus sous la puissance de I homme , et elle ne s’appellera plus d’un nom qui marque l'homme; car elle est l'égale de l'homme et elle a son nom , comme l’homme* Et celui qui travaille ne sera plus soumis h celui qui ne ira vaille pas ; car le travail esL la loi de la famille humaine, et celui qui accomplit la loi est saint* Je délivrerai donc la femme et le travailleur. Mais je suis le consolateur plein de tendresse, te libérateur pacifique; je iibilligerai pas pour consoler, je ne frapperai pas pour délivrer. Je réconcilierai ! Je réconcilierai tous les ennemis , le maître et l'esclave, le riche et le pauvre, l’ homme et la femme ; tous ceux, qui oppriment et tous ceux qui sont opprimés. Je les prendrai tous par la main , car ils sont tous mes enfans, et je leur donnerai à tous ma parole qui est la parole d’amour, et je les unirai eu une seule famille,

w G est alors que je réaliserai pour eux toutes les prophéties, et que je donnerai satisfaction à tous leurs désirs et à toutes leurs espérances. Je ferai de la terre un lieu de délices, et Ils la posséderont sans douleurs, non plus comme une tributaire indocile , mais bien comme une aune douce et caressante. Je ferai couler sur leurs membres b vigueur clin grâce, et j’embellirai leur visage; j’illuumierai leur intelligence, cl je leur livrerai les secrets des choses, et je les ferai grandir chaque jour dans la connaissance de Dieu; j’inonderai leurs coeurs de joies toujours nouvelles , ci je tneLtrai dans leurs bouches un cantique sans fin. *

A b î celui-là aussi il a importuné l’Europe de sa prophétie; celui-là aussi il a fatigué les rois et les empereurs, les princes et les marchands; celui-là aussi il a été raillé

et méprisé » et il l'est encore (tons les siens poursuivis pnr l'insulte et le mépris,

Biais je vous Fai fl il : le Prophète est un grand railleur, èt quand il retenue la tête pour regarder ses ennemis, il leur montre une face puissante et redoutable,

Sàtnt-Simon ! Saint-Smon! regarde qui sont ceux qui t'accusent !

Avares et hypocrites, ils t'accusent de cupidité et dé mensonge !

ff Moi et les miens, dit Saint-Smon , nous vivons au grand jour, et nous appelons la lumière sur toutes nos actions; ceux qui m'accusent peuvent- ils dire comme moi qu’ils ne craignent pas le soleil , et que leur conscience n’n pas de ténèbres? Ils ont corrompu jusqu’à la sincérité de leur propre conscience, et îls en sont venus jusqu à se faire illusion à eux-mèmes sur leur hypocrisie,

» Moi et les miens, dit Saint-Smon, nous nous sommes dévoués sans réserve, tout entiers, corps et biens, à l'amélioration la plus prompte du sort de ceux qui souffrent; ceux qui m'accusent de cupidité peuvent-ils porter d'eux -mêmes ce témoignage? Peu vent dis se louer et se glorifier de leur désintéressement? Ah! leurs mains sont pleines du scandale de Parlent, et leurs i'rnnts y ont perdu leur rougeur,

» Oh I les hommes à la tête dure et au cœur sec , esprits grossiers et ignorans ! ils ne savent rien de l’humanité, fls ne savent rien de Dieu ! ils oui perdu le fil de toutes les traditions, ils ont abdiqué imite grandeur et toute gloire r ils ne se souviennent même pas de ce qu’ont fait leurs pères , et pourquoi Napoléon hier encore a visité toute I Eu* rope et suivi !c soleil jusqu’à l'Egypte,

» Dérision I ils ne voient rien, ils n’entendent rien ; ils ne comprennent pas le passé et ils désespèrent de l'avenir; ils s’attachent de toute la force de leurs débiles mains an présent qui les fuît, ils appellent la colère au secours cU leur impuissance I »

Saint-Simon continue : * Je leur ai dit : « Les jours pacifiques de l’ humanité sont venus I Les hommes sont les enians d’une seule et même famille» il n’y a pas deux espèces d'hommes : aimez-vous ei associez-vous! »

» Et voilé qui U se sont écriés bien vile : « N’écoutons pas cet homme » car il veut nous armer les uns contre les autres » et sa parole souille le meurtre et le pillage» »

» Je leur ai dit : « Le règne des travailleurs est proche 1 » et leur oisiveté s’est émue , le règne des travailleurs est proche! S'ils avaient été du nombre des travailleurs» ils auraient crié : « Gloire I merci! » Ce n’est pas le travail qui peut élever la voix eu faveur du privilège de l'oisiveté,

* Demandez au peuple ! Mais le peuple » ce nom de peuple les fatigue» et ils sont irrités de l’entendre appeler pauvre; c’est vous qui le faites pauvre,

» Ils sc sont ligués contre moi » parce que je veux que le peuple soit riche , puisque c’est du peuple que vient toute richesse,

» Ils se sont ligués contre moi f et ils ont dit ; » Prenons garde que ccl homme 11e nous détrône de notre facile opulence; opposons-nous à ses projets, et n'hésitons pas à le perdre si nous le pouvons,

» Et quand j’ai jeté mon papier avec ma signature et celle de tous les miens sur la place, ils Tool méprisé et ils onl dit : a Laissez passer; c’est fa banque des travailleurs

pari tiques, »

Oui , c’est la banque des travailleurs pacifiques , des tra-

va il leurs affranchis ; c'est la banque du peuple libre , contre laquelle les banques des rois ne prévaudront pas; car en vérité le règne des travailleurs est proche.

Dérision ! Ils avaient pensé q u ’éler nellemeflt le peuple salirait ses {nains et son corps 5 la peine pour dorer leur opulence; q [/éternellement le peuple serait le serviteur humilié de leur orgueil, le jouet abruti de leurs caprices,

Ah! aujourd’hui encore c’est une grâce qu’ils fout m peuple lorsque sur ces places où il attend touL le jour leur bon plaisir avec le froid et la faim * iïs veillent bien lui laisser essuyer fa poussière de leurs souliers. C’est encore une grâce qu’ils font aux lilles du peuple lorsqu’ils veulent bien abuser de leurs corps.

Combien faut-il à un fat pour distraire scs longs ennuis et pour dépenser /activité inoccupée de scs sens et de son cœur? Combien lui faut-il d’existences de femmes h flétrir ci h ruiner? Mais encore une fois dérision et pitié sur eux s’ils se sont flattés qu’il en serait toujours ainsi ! dérision et pitié sur eux 1

C/est en vérité quelque chose de merveilleux que la stupéfaction profonde dont les privilégiés de la fortune ont été lrnppés le jour ou ils oui commencé pour la première fois 5 comprendre que les hommes avaient pu mettre en question leurs privilèges, et qu’en effet peut-être un jour Iis se verraient invinciblement amenés 5 y renoncer, qu’il leur faudrait changer leur train de vie, n’a voir plus de sujets ni d’esclaves , et vivre parmi les hommes comme dans une famille laborieuse, où le travail et le mérite sont les seuls titres h la gloire et h la richesse, ils n’avaîcnt jamais imaginé que ce débat pût être posé parmi les hommes, et qu’il put devenir un jour la seule question d’héritage , la seule question sérieuse, la seule question politique* Ils croyaient

avoir fait bon marché de lotis les privilèges inféodés dans le monde par la force brutale, et d’une voix triomphante ils proclamaient comme une conquête définitive ! égalité humaine y I égalité humaine moins l’aristocratie de la richesse héréditaire ! Ils croyaient les parts faites, et n’avoir plus qu à se reposer comme de joyeux convives dans les délices d'un festin perpétuel*

Ainsi les patriciens et les plébéiens romains if avaient jamais imaginé que la discussion pût s’établir entre eux et leurs esclaves, et ce fut pour eux une révélation vraiment inattendue et dont leur intelligence superbe fui long-temps troublée, que In parole de la fraternité humaine, seulement dans le ciel!

Aujourd’hui, sans doute, l’émancipation du prolétaire sera plus facilement comprise que ne put Tétre h Rome celle des esclaves lors de la prédication de l'ÉVaiïgile : les prolétaires du dix-neuvième siècle ont témoigné d’une nianière trop grande et trop énergique du sen liment qui est en eux de la dignité huma in e, pour qu'on puisse longtemps leur en contester les droits* Mais ü y a d’autres esclaves , niais U y une autre classe d'opprimés dont 1* affranchissement sera long-temps encore pour le monde une raillerie , ce sont lès femmes.

Le prolétaire regarde son maitre en face, et il ne le craint pas : il a la parole franche devant lui* Voici longtemps que le prolétaire fait de toute manière l’apprentissage de in liberté; il commence enfin à porter la tête haute et calme , car il commence à savoir la force de son bras, et aussi la faiblesse de son bras seul* Le prolétaire est bien près de 1 émancipa lion, car il commente & la vouloir pa* cifejue et h. ne la vouloir que telle*

Mais la femme J la femme! elle est encore sous la main

de son maître , asservie et subjuguée; elle est muette devant lui, elle baisse les yeux h sa parole, elle humilie sa tête SOus son regard , la femme ! mais elle ose i* peine aspirer à la liberté , cl b parole d'émancipation l’étonne ellemême autant que son maître.

Je veux qu’un jour, dans les temps où les premiers chrétiens commençaient à proclamer par le monde l’égalité de tous les hommes devant Dieu , je veux qu’un jour un de pes fastueux proconsuls qui trouvaient délicieuse la chair de leurs poissons nourris des membres de leurs esclaves, dans un de cesbanquetsoù se dévoraient en quelques heures les dépouilles d’une province, après les histrions et les baladins, et les chanteurs et les danseuses , ait fait venir à ses convives , pour égayer leur ivresse, quclqu un de ces chrétiens qui dîsaicul des choses si extraordinaires et si nouvelles; j’imagine qu’alors, pendant que parlait 1 apôtre, à sou langage étrange , à ses paroles sévères pour les maîtres , douces pour les esclaves , on eût pu voir les tètes de ces pauvres esclaves sc baisser humiliées, et les larmes rouler dans leurs yeux ; cependant qu au-dessus les moîiics riaient , les maîtres buvaient et riaient.

Ainsi, quand nous parlons à la femme devant l’homme, è l’esclave devant son maître, de sou esclavage cl de sa liberté; quand nous disons à la femme devant 1 homme quelle esi sous in loi de l’homme, que par l'homme sa chair est souillée, son esprit opprimé, sou cœur torturé, pt que pourUiuL elle esL l'égale de l'homme et qu’elle doit affranchir eniin du joug de l'homme cl sa chair et son esprit, çt sou cœur; voyez , voyez les tètes de ces esclaves sc baisser tristement, cependant qu’au -dessus les madras rient! Les maîtres rient) ù femmes ! lemmes! combien vous jauffra-l-il encore de temps et de discours pour vous liera

comprendre tout ce que nous faisons pour vous? Oh sont les hommes h cette heure, dans le monde, qui ont souci de votre pudeur cl de voire beauté? Où sont les hommes qui vous appellent h des destinées nouvelles et qui osent promettre à vos fronts humiliés la couronne de l’égalité? Ne commencez -vous pas h comprendre qu'en vérité ce sont devant vous des hommes nouveaux? et ne commencezvous pas h vous sentir touchées de quelque reconnaissance et de quelque tendresse pour eux?

Pour moi f attends de vous , û femmes ! que désormais , nous laissant la lâche de continuer les hauts enseismemens de notre foi , vous vous chargiez du soin de défendre contre ceux qui nous méconnaissent la sainteté de noire ceu- V11LT TïT^ramieui' U U nuue tmu^ - - -

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i/o RIENT ET l/OCCIDENT.

A la vue (le tant d'hommes et de femmes assemblés pour écouter In révéla lion nouvelle, joyeux de la lâche que Dieu m’a confiée , je crains cependant que ma voix ne manque d’un accent qui pénétre , éclaire, émeuve, et surtout de ce charme qui attire et relient. Je voudrais qu à m’entendre vous pussiez, en nous jugeant utiles et vrais . nous sentir bons , tendres , religieux, ü vous qui venez mdillerens, je voudrais inspirer la curiosité; à vous qui vous empressez curieux, la bienveillance; à vous, qui déjà vous témoignez bien veillons, l'enthousiasme de notre croyance. Je ne parle pas de ceux qui nous méprisent ou

nous haïssent ; car ceux- là seulement nourrissent contre nous de la haine ou du mépris, qui ne cherchent pas encore à nous connaître; Oui , te! serait mon vœu le plus cher,... Oh ! vous ne savez pas ce qu’il y a de tristesse pour l’apôtre qui voit tomber, sons être recueillie, effeuillée, salie et perdue sous les pieds des passans , sa parole qu’il a jetée au milieu des hommes > à la gloire de Dieu , sa parole à laquelle il a confié l’espoir d’adoucir les misères des infortunés, et dont le mauvais succès, en ajournant l’nccoinplîssement de ses désirs, accuse sa faiblesse à remplir un si haut devoir ! Ce n’est pas sans un sentiment profond de toutes ces choses que je m’apprête à. vous parler. Pour

moi ce n’est ni un ieu ni on. métier, c’est mn vie.,.. Et en kcnie , {mur accomplir la mission que je tue crois destinée,

il m’a fallu , il me faut encore affronter assez de douleurs pour que j’aie le droit de vous demander à tous de m’écouler sans défiance , car je parle selon mon cœur.

Oui, scion mon cœur, c’est-à-dire selon l’amour de Dieu et de l’humanité.... Je n’ai pas tout dit encore. Mats aujourd’hui que notre religion , livrée h l’insulte et à la calomnie , promise par les uns à l’ignominie des tribunaux correctionnels, attachée par d'autres à ce même pilori où 1 opinion publique poursuit encore de ses malédictions le fantôme du jésuitisme, dédaignée par les vieillards qui secouent contre elle leur tête blanchie; flagellée par Ibs petits enfans qui In harcèlent de leurs ignorantes railleries, envisagée par les philosophes comme une vaine utopie, et par les hommes positifs comme un hideux épouvantail, notée entre toutes ces choses contre lesquelles semblent autorisés le cynisme brutal ou la fraude mensongère de I agression, se vo.t enfin menacée, par la foule des prophètes illustres ou obscurs , d’une chute inévitable et pre-

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chaîné, en ne' laissant après elle, dans la mémoire des hommes, que la trace fugitive tTun rêve bizarre, monstrueux, coupable, évanoui sans retour aux rayons de ta lumière î aujourd'hui il me sied de déclarer hautement que je parle aussi selon Tamin lion de quelque gloire,,. Je sais qu’il faut Tacheter par la honte; je sais que la sincérité étrange de cet aveu peut fournir des traits plus piqua ns au ridicule; mais ni le ridicule ni la honte n’auronl puissance de ravir h ceux d’entre nous qui satisferont dignement à leur tâche la palme sublimé de l'apostolat. Et telle est ma foi inébranlable dans cet avenir, que dès long temps je më suis hâté h tout prix de prendre iriri part de P opprobre qui

appartient aux disciples de S.UffT-Snioy , aiin d’avoir aussi ifflîS l'honneur qm leur est nwn c — -

Maià q»ei que soit l'abandon avec lequel nous vous parlions , vous vous tenez en garde , et vous ne nous permettez de vous émouvoir qu’nprès avoir satisfait aux sévères exigences de voire raison hautaine. Aussi, quoique la phase dans laquelle nous sommes entrés nous mette au cœur un vif désir de trouver le langage digne de vous toucher et de vous disposer h entendre la révélation de la loi qui mettra entre V esprit et la vutüèrc, P intelligence et la chair, la pensée et Vncte , la théorie et la pratique , la science et Vm&striè , une harmonie qui n’a point encore existé entre ces expressions d’un dualisme éternel; avant de toucher à cette question grave , délicate , j’ai besoin de vous tracer un rapide tableau de leur lutté dans l’humanité entre les peuples qui en ont été les plus énergiques représentai», entre l'Orient et l'Occident, et de vous faire pressentir leur prochaine réconciliation.

Déjà l'annonce de ce caractère de notre révélation a excité contre nous de graves reproches. Nous sommes

accusée de consacrer par un culte déréglé toutes les passions mauvaises, d’offrir à une abominable adoration le serpent jadis précipité dans Te nier, d’exhumer des cadavres b. deuil rongés par les vers de la tombe et de leur mettre une couronne au front , de nous ériger nous -mêmes en idoles* en un mot, de réhabiliter tout ce qu’il y a d'abject, de sale et de fangeux dans le matérialisme.

El pourquoi, nous dit-on quelquefois, ne retournez-vous pas au christianisme primitif? Il ferait si beau vous voir, dominés par la noble ferveur d’un pur spiritualisme» et arrachant le monde à sa corruption I — Quoi! irions-nous au monde prêcher la pauvre Lë ? El qui donc aujourd’hui veut

être pauvre? L humilité? El qui doue aujourd'hui amln- ^ Ltü ctmieïé? El qui donc

(I but aspire b la continence du cloître? Ali ! c'est alors ipi on pourrait justement nous reprocher do méconnaître notre époque, d’ignorer les hommes et les choses, de pratiquer 1 intolérance, de prétendre tout bouleverser do nourrir follement l'espérance d’une chimérique réalisation et de n elalcr qu’une impuissante cl misérable paro- <Jic du christianisme î

Dieu a , dans les inépuisables trésors de sa sagesse et de sa puissance infinie, un mot toujours nouveau à enseigner aux hommes, et toujours à leur imprimer un mouvement nouveau; jamais l’humanité ne se répète , cl par les mêmes chemms die ne repasse jamais.

Toutefois, que )c christianisme, à la veille d’être dépossède de I empire affaibli dont il garde les restes, se suscite d énergiques champions; qu’il demande à la reli gion naissante un compte sévère de toutes ses règles de toutes ses pratiques , de toutes ses tendances ; qù’il réveille on matant, jusque chez les profanes, les échos de sa chaire

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éloquente réduite en débris, et qu’il aille même jusqu’à rallier un instant tous ceux qui, alarmés du triomphe de notre doctrine, afin de nous mieux attaquer, prendront son masque et formeront un chœur hypocrite et hurleur oii l’iusolencc criera à l’orgueil , la vénalité à la cupidité, et la dissolution à la débauche; cela est bon : le christianisme se doit à lui -même de s’assurer que tous ceux qui s’atlaclieut à lui avec un véritable amour le retrouveront, plus pur et plus grand lui-même , dans le culte qui lui succède, et nos adversaires, en signalant par leur véhémence la face nouvelle qui distingue de la révélation de Jésus la révélation de Saint-Simon, disposeront h sc réconcilier avec

nous tous ceiixqyii,saua,HflHÿ connaitir, d’avance blasohé- Itt4^rTTrrrnTous un mysticisme suratilH1. jihts -

tianisme , comme un fleuve immense près de se continuer dans l’Océan où viennent sc confondre tant de fleuves divers, semble craindre d’ensevelir dans le Sailli* Si monisme son cours long-temps salutaire et glorieux, et remonte avec ardeur vers source, il ne peut échapper à la loi divine qui l’enl raine par une pente invincible h ses destins nouveaux* Oui , le Saint-Simonisme, un jour, sera glorifié sur toute la terre 1 car il ne veut rien extirper, détruire, anéantir* mais tout développer, régulariser, féconder : d’un rapide essor il emporte l’esprit vers tous les mystères du mondeinlellectucl , et il rassasie la chair de tous les produits du monde matériel : il sourit aux feux de 1 Orient dont se dore la terre, et se plaît au spectacle plus doux du ciel empourpré de l’Occident; il sc concilie avec les éblouissantes clartés du Midi et avec les pâles nuccs dont s enveloppe le Nord. En un mot, il embrasse l'humanité dans toutes ses facultés, dans tous scs travaux, sous tous Ica climats , en associant tous scs efforts dans une heureuse

communion , parce qu’il la rattache tout entière en Dieu, adoré sous tous ses aspects !

Oh ! que tle grandeur et (le solennité dans le spectacle du matérialisme l»rutj pesant , colossal , et du spiritualisme subi!) , pénétrant, ardu , long temps en guerre, prêts h se pacifier, grâce à une religion qui les régénère; de 1 1 Orient et de l’Occident, qui jusqu’à ce jour se sont l’un 1 autre violemment heurtés, faute d’une main assez forte pour les balancer également, bientôt fraternisant sous I empire dune loi nouvelle !

Oui, fétffcfti avec ses hautes montagnes, ses plûmes -m-.^*** J&éàbdt partis de

loin, ses animaux gigantesques , sa végétation aromatique et luxuriante , son ciel inépuisable en rayons * en éclairs , en t orrons , domine d'abord l'humanité et ta sollicité h Fépanouisscnicnl de son existence matérielle; il est le berceau de la civilisation.

L'Europe, jeune encore, se laisse séduire à ses caresses monstrueuses : ta îs îa fable est une vérité; pour elle le dieu qnîtle îa forme de la brute, vevM celle de Fini immité et l'anime de plus nobles inspirations. Et tandis qu’au pied du Liban un petit peuple , ouvertement initié aux premières révélations que le Verbe, au sem du muet Orient* avait mystérieusement balbutiées, gardé opiniàtrément la loi de Moïse, la développe par ses prophètes dont le charbon ardent purifie déjà les lèvres, et par eux prédit un rédempteur; Socrate , au pied du mont Hymèté, p révoque Fenftmtement de l'esprit, enseigne à scs contemporains Fétude du monde intérieur, et prépare le culte du Dieu incotintty inaccessible aux sens, visible a la conscience! Gloire, gloire sans doute è l'Occident, qui par

£on cnïle et par sa philosophie s'affranchit de sa première servitude, et trouve un héros pour le doter de son indépendance !

Mais qii'Àlexnndre tranche dans les liens inextricables dont l’Asie enlace l'Europe le véritable nœud gordien , dont la rupture est le gage de ses victoires; que Rome, plus que Sparte, Athènes et la Macédoine, chargée de la fortune occidentale, fièrement caractérisée, pour ce rôle fâagmfiqtié, par son horreur des rois, son tribunal et l'orgueil de sa toge, apres avoir écrasé dans Carthage une colonie vivace de Tyr, s'approprie avec la Grèce tous ces royaumes rattachés h leur métropole dépi épuisée et vieil-

■tS~afeA'iii*iiiie ■

restaurer i wnem lu j transportant le Capitole; toutefois la G rixe et Rame n’ont pu , ni de leurs armes m de leur philosophie , éhlamerTAsie au-delà d'une borne fatale, impénétrable barrière qui en défend les mystérieuses profondeurs ! L’Iddus arrête la phalange , les Purthes repoussent In légion, et la sagesse des vaincus délie la sagesse des vainqueurs dans Alexandrie , où toutes les opinions s'acceptent , se mêlent et fermentent ensemble.

Rebutez ! une heure fatale a sonné. Malheur, malheur à l’Orient ! Du sein de sa pompe eide sa gloire sort une religion humble et pauvre , mais comme d’un fourreau fait d’or massif et étincelant de pierreries s’échappe un glaive d'une trempe obscure et invincible! L Occident s en empare, et entre les mains d’une milice nouvelle, bravant les dangers et résolue h porter partout la gloire de son dieu , ce glaive tranche impitoyablement tuus les liens matériels ! Malheur, malheur à I Orient !

Non ! c’ost en vain que 1a croix, triomphante avec Cons

lîe, cümjflo-dfl*1

“-pifeTamain d’Auguste cl U

tanlin, .s'élève comme la dominatrice de l’Orient qui l’avait ignominieusement dressée. Tandis que ce César chrétien, que l’instinct du pouvoir pousse vers cette terre, comme vers une hase plus solide du trône impérial , bâtit sa pieuse cité, Arius, qui tacitement conspire avec lui In prédominance de V autorité temporelle, marque la ville, naissante h peine, de sa puissante hérésie, cl en la vouant, par ce signe ineffaçable, h Une destinée matérielle, il affranchit Constantinople de Rome, et dejîî lui prédit le nom de Stamboul.

Arius, en effet , reparaît plus grand sous les traits de Mahomet. L’Orient , long-temps mortifié par l’Evangile,

* - i ^ - a* — y ***&*£&*•.}&* wi* besoins ,

exilant l'opiniâtreté de la foi chrétienne sur d'apres sommets qui la rapprochent du ciel , courbe ses riantes cfc molles contrées sous le cimeterre avec une rapide facilité; et les cotes de l’Afrique * la Sicile, l'Espagne-, que déjù ['arianisme avait soustraites, par les Vandales et par les Visigolhs , -J l'orthodoxie, accueillent dans le turban un nouveau signe de la domination orientale avec laquelle 1rs avait familiarisées Carthage. Grâce aux successeurs du prophète, qui, divisés entre eux par la lutte de l'esprit et de la matière , se partagent ou conservent les peuples suivant la conformité des vaincus avec leur génie, doux, tendre et même mystique dans Ali, farouche, dur et brûlai dans Omar, le mahométisme se propage dans les trois parties du monde; il presse, enserre et gagne l’Europe. Repoussé par îa France, il règne long-temps au-delh des Pyrénées; il y étale cette merveilleuse industrie qui fait Fenvie de la chrétienté; il y fonde ces écoles célèbres où elle vient puiser, dans 1 élude des sciences que! Péglise nomme profanes, une initiation qu'elle saura développer

avec supériorité, mais dont elle lui doit le bienfait. Enfin du haut de ses minarets et de ses dômes étincela ns qui s'élèvent au milieu de jasmins et d'orangers, il la lente par son éclat, sa richesse, son parfum , et même sous son souffle brûlant fait éclore le germe de la poésie profane que déjà réchauffe le souvenir du paganisme.

Cependant voici l'instant d'un grand combat! La chré tien té , animée de forces toujours croissantes que régula* rUe la papauté, pleine d'une aventureuse ardeur qui , à son insu, se confond avec son enthousiasme et sa compassion pour ses frères opprimés, s'élance au-devant des infidèles et réprime leur débordement : Dieu le veut ! Mais devant fonda mm» i’éteiiflurd dé Malloffifet aotftd , toujours firn'^ lîf, laisser à ses longs crins flotta ns balayer la poussière? DicUf Dtcu ne le viut pus ! La ville sacrée retombe au pouvoir des Sarrasins. Tous ces trônes, fondés par de victorieuses dynasties, en trois jours sont vides comme le sépulcre du Sauveur. Jésus, crucifié par les entons de Moïse, repoussé par les enfans de Mahomet, peut répéter *ur cette terre sa parole prophétique ; Mon royaume ?i'cst pas de ce momie . C'est peu : les croisés, de ce belliqueux pèlerinage, oh le dernier de leurs héros conquiert seulement une sainte auréole , rapportent avec de froides reliques et de pieux souvenirs une profane ardeur de jouta» sances matérielles. Que l'hérésie des Albigeois, enhardie à manifester les traditions de la chair, secrètement perpétuées dans l'ombre , soit violemment étouffée; qu’un ordre religieux armé pour la défense du temple expie parle bûcher la contagion asiatique qui avait altéré sa première rigidité;

1 Orient circule dans les Veines de l'Europe; sans pouvoir ta rassasier, il I alimente de ses précieuses productions. Venise suffit à peine h ce commerce; et cependant, assise

au sein de la nier, elle semble, grâce h ses floues agiles et multipliées , se prolonger encore jusqu’aux rivages du Levant; eL au nord même de cclLc Italie ou 1 humble vicaire du Christ unit par l’anneau du pêcheur la terre et le ciel, Venise insulte à ce mystique hymen par les orgueilleuses fiançailles de son doge avec la Méditerranée , qui , comme une épouse douce et fidèle , sert docilement son avare convoitise, C’est encore l'Orient qui initie 1 Europe aux relations commerciales par les fils déshérités de Jérusalem; missionnaires conspués de la matière , mois invincibles aux supplices et à l’injure, parce qu ils attendent un Messie temporel qui les enrichira de tous les biens de la terre; aussi intrépides dans 1 espoir de cet avènement, que les chrétiens dans l’espoir des palmes célestes , h endurer le martyre ; à tel point qu’on ne sait aujourd’hui ce qu i! laul admirer le plus de l’aveugle obstination des juifs il nier h venue d’un Messie spirituel, ou de 1 aveugle dédain des chrétiens pour une prophétie soutenue avec une si héroïque opiniâtreté! Enfin le quinzième siècle accomplit deux vastes événemens dont la coïncidence maintient le divin équilibre de l’Orient et de l’Occident. L’Espagne, infatigable dans sa longue croisade , achève de briser les chaîne* qu’avait autour d’elle tendues l’islamisme, rejette le croissant en débris sur les côtes de l’Afrique, où d'innonibra. blés fugitifs emportent leur génie industriel ; et la croix do mine l’Alhambral Les Turcs, don! la vigoureuse barbarie secourt la défaillance du mahométisme, prennent pied dans l’Europe, occupent Constantinople, chassent «te la terre natale de nombreux exilés emportant les écrits* de Plalon; et l’église de Sainte-Sophie s’humilie sons le croissant !

A peine affranchis , où s’élancent l’Espagne et le Porto-

gai ? Vers l’Apîe, C'e^t die que cherchait Colomb quand i) rencontra un nouveau monde, G’esi elle qu’au prix d’u n long trajet cherchait Vasco de Gania, Oui , l’Europe n’a pas rejeté une domination matérielle pour se prosterner dans une rêveuse contemplation h l'ombre de son autel victorieux; c’est pour courir, d’un pas libre et fier, vers rOrient lui-même, dont elle uc veut pas subir l'esclavage, maïs dont elle veut conquérir, par les armes ou par un pacifique échange, les délices et les résors. Avec quelle ardeur die s’épanche dons l'Amérique , oii s'unissent les climats de l’Europe et de F Asie, et fouille cette vaste région qui de loin reluit à ses yeux de mystérieuses richesses! Àhl que F Espagne d’une mnin dresse des ijfïc hem k l’hérésie, elle plonge dans les mines du Mexique l’autre main, toujours pjeine et toujours insatiable , et c’est avec une égaie barbarie qu’elle défend sa foi et son or ! Bientôt, sur les pas des Portugais, la Hollande et F Angleterre pénètrent au cœur même de la vieille civilisation asiatique f qui s’en- Ir ouvre h leur avide curiosité , avec ses immenses pagodes, ses divinités monstrueuses, ses miracles de fécondité et sa pro fu si on d 1 a rchipels aux fo ré t s aromatiques. L* Or ie nt !... tel est le rêve de toutes les imaginations, incessamment mêlé par la poésie à la peinture des mœurs cl des entreprises occidentales, chanté par FAriostc avec ses enchante mens, ses brillantes et passagères passions, ses innombrables merveilles, célébré par Cttmoëns dans sa prodigue fertilité et ses tics voluptueuses, personnifié par le Tasse, à ans A rm i d e , avec sa puissa nce fascin al ri ce , ses i rrés is t ibles séductions , son ardente et capricieuse mobilité; attirant sur son brillant théâtre toutes les ambitions ! Dn acte nouveau du grand drame des croisades a commencé ; mais au premier rang des chrétiens apparaissent à côté de

l’épée du soldat les ballots du marchand; la croix ne marche plus qu’à l’arrière-garde. -

En effet , l'Europe consomme une audacieuse révolution, L’église , qui, pour apaiser ou prévenir des inouvcmens d’insurrection flagrante, s’élail vue forcée d’ouvrir avec moins de réserve les portes du séjour céleste , versait les indulgences avec prodigalité. A la vue d un fils de Homme la marchande, trafiquant sur le trône pontifical de la divine rançon que le Sauveur avait de son propre sang payée pour tous, Luther jette un cri, il casse la papauté; mais, croyant ramener les jours de la primitive église eu livrant le pouvoir spirituel h la merci du libre examen, il seconde l’essor de l'activité matérielle. Calvin fait faire ni» protestantisme un nouveau pas hors du mysticisme. La réforme trouve sur le trône de l'industrielle Angleterre sou Constantin dam le fougueux Henri aux sanglons divorces. Lntre la société dévorée de désire qu’elle a peiuc h laisser réfréner, et l'austérité du dogme , intervient le jésuitisme ; peu content de la sanction qu’il donne par scs propres exemples aux travaux de la science profane et de l’industrie , il compose avec toutes les faiblesses, arrache secrètement quelques épines du chemin de l’âpre vertu et le sème frauduleusement de fleurs : désespérant d’élever la terre jusqu au ciel , par une dévotion douce, commode, aisée , il abaisse le ciel jusqu’à la terre. Force lui fut, prenant d’une main la croix, signe de mortification, de prendre de l’autre, pour sceptre, le roseau qui , pliant , se relevant , pliant encore au souille des passions mondaines , put seul rallier quelques î nsi a ns encore les générations impatientes d une tude discipline, jusqu’au moment où ce sceptre lut par elles , comme jadis par les Juifs , tourné eu dérision et brisé avec-la croix qui parut complice de son indigne sou

pïesse et de sa honteuse flexibilité. Rome, Rome elle-même porte à ses lèvres hi coupe impure où s'abreuvait le monde, boit le via de ëà furieuse prostitution, semble se réchauffer des feux de Rome païenne , quelle fait revivre par son luxe, scs arts et scs orgies , incruste la triste austérité du christianisme dans une éclatante magnificence , et implore l'appui de César contre tous les peuples qu’elle avait loug temps défendus de son oppression !

Entre Loules ecs nations qui désormais se disputent plus librement le monopole du commerce ci le sceptre des mers, faut-il nommer l'Angleterre, qui a appris son nom l\ tant de rivages divers, qui pousse ses missions industrielles lù même où n’avaiciil pas pénétré les nïfssions évangéliques , qui perce de ses audacieuses explorations les savanes du nouveau continent, [es populeuses contrées de la Chine et les déserts de l'Afrique, et étend surtout ses conquêtes sous le soleil de Elude » dont sa terre humide et brumeuse relié te les rayons resplendissons ? Dirai-je L Russie , où s'unissent dans la même main, eomimrun héritage du bas-* empire, le pouvoir spirituefrsl le pouvoir temporel, faisant déjïi servir son épée h creuser les ports et h frayer des relations commerciales, s'élançant au-delà du Caucase, se faisan L aux dépens de la Perse d*s marchés chez elle , et ouvrant avec la Chine des communications au pied de la grande muraille ? Dirai-je enfin la France qui, toujours fidèle h ce génie social dont l'inspiration la init h la Le te des croisades, s'allie dé lionne heure à la Turquie, ht fait entrer, à la laveur de ce traité dont s'alarme rAulriche * dans la balance des destinées de l'Occident , non pas seulement afin d'en maintenir l'équilibre en Fr jeta ni comme un poids, mais encore animée do col invincible besoin de

terni re la main à on peuple nouveau- venu dans la famille européenne ; qtù la première proteste contre cette pnlitîi[ue purement chrétienne aux yeux, de laquelle les Turcs,

1 arbores campés sur une terre sacrée , doivent être rejetés au-delà du Bosphore; qui, infatigable h sc propager sur tous les points du globe » mais imposant surtout en Europe sa houle intervention , ü Tissue de sa glorieuse révolution, ourl ters le Levant , remue eL fécufide en passant la vieille poussière de l'Egypte , Têt orme et l’instruit du spectacle de s i science, jadis partie des bords du Nil , et, après de long très viciai Indes, y retournant plus belle, plus richëçi sans voiles mystérieux; qui lui donne , dans son respect , sonates armes, pour ta loi de Mahomet , une initiation b lii tolénn c universelle , Lrïsc à Navarin, de concert avec l'Angleterre cl la Russie, l'Orient, brutal encore, sous la supériorité de la tactique de l'Occident , cl déjà dépose aux birds de I* Afrique les semences de sa civilisation !

Ah ! ne sont-ce pas là des signes manifestés de cette Lendjnee des deux mondes à se réconcilier? lit pourquoi inntc rroger iom-nû us pas les poètes, car ils sont doués du privilège de la prophétie. Demandons leur pourquoi leurs ytuiv s’ouvrent aujourd’hui avec tant de complaisance sur TOricnt, dont leurs vers font passer sous nos regards les brillante féeries, les nio mnr.r ns gigantesques , les enivrantes y* bip lés et toutes lus gloires splendides! D’ou vient que Futi d'eux , jeune encore et déjà célèbre , en évoque b Iravc rs les pales Tintâmes de 1 Occident le spectacle magnifiquement varié? D’ou vient que dans leur inquiète ardeur ils tournent vers lui leurs pas, ainsi que le fit Byroh , qui lu [aussi ïlilûit conquérir un monde nouveau pour b poésie moderne, et qui trouva TOricnt si beau qu’il le voulut

libre j lii^me an prix ée sa vie? Et lorsque avant lui Cha- Icmibmnd dirigeait vers les palmiers de la Terre-Sainte sa course d'abord errante sous les ombrages de P Amérique, croyant peut-être n'obéir quf& de pieux souvenirs , ns cédait-il pas b Pun de ces presse nllmen s dont la fraîche ardeur éclate souvent chez lui dans la langue du passé? Car tel est le miracle du génie , qu'alors même que , le front voîfé, îl jette derrière lui les pierres <Pun vieux monde, il prélude h la création d'un monde nouveau! Quoi! n'eslîî donc rien de prophétique dans ce concert de trois poètes, Byron , Hugo, Chateaubriand?

Ah ! lorsque PEumpc, répandue sur toute la surface de la terre, sans abjurer les dm* de Pesprit. et même sang négliger de les communiquer aux peuples, partout néanmoins demande avec avidité les largesses de la matière; lorsque chaque jour, plus incrédule à un spiritualisme exclusif, et ne pouvant nulle parien fonder le culte dans toute sa pureté, elle seme P Amérique des sectes pm lestantes dont la multiplication croissante accuse une flagrante anarchie, H3 Lente la conversion de grossières peuplades qtPcn leur Versant les sucs orientaux delà Bible , el, entre tousses fils, relègue au dernier rang l'Espagnol , le Portugais et nialicn du midi, flétris et mutilés qu'ils sont par le règne trop prolongé de la croix : cl lorsque POrient, moins confiant au mahométisme, cherche par la Turquie à se mettre en harmonie avec la civilisation qui Penloure , ou voit les antiques religions matérielles de Pin de et de hi Chine, atteintes do caducité , dès long-temps minées par la philosophie et par In conquête , menacées de rejoindre lu religion spirituelle dont elles avaient vu la naissance dans la poussière commune où tombent et s'écroulent églises, mosquées, pagodes et temples; le moment n’cstdl donc pas

arrivé, ô Dieu! où tous tesenfans doivent apprendra k le bénir 'Sous le même nom; oit lu te révéleras h eux dû ns la plénitude de la gloire , dont ils n’ont , les uns et les aie* 1res, encore aperçu qu’ime seule face; où enfin une religion nouvelle un ira par un mariage solennel Y esprit et la Ttt(iliêr$zg la science et l industrie , la theoi te et la pi (itttjwc f Y Orient et YÔcàidmt, voués jusqu'ici a la lutte et h l'antagonisme 1 Et quel spectacle louchant présentera rhums* nité, lorsqu’aux bonis de la Méditerranée, où la civilisation s’est développée par le clioc de tant dé flottes et la lutte de tant de cités rivales réfléchies dans ses ondes, 1 Europe, l'Afrique et l’Asie, comme aux bords d'une coupc immense et magnifique où elles n’ont communié qu en la rougissant tic leur sang, désormais se tendant des bras amis, communieront pacifiquement entre elles, et offriront dans cet accord sublime je symbole de l'association uni verselle que nous venons fonder !

Oui * le passé tout entier offre le lableau de la violence, parce que l'homme s’est développe isolément dans chacune de ses facultés oppressive envers l autre 3 Point de religion sans protestantisme, d orthodoxie sans hérésie, de légitimité sans usurpation , de pouvoir sans insurrection; mais dans le majestueux développement de 1 humanité, insurrection et pouvoir, usurpation et légitimité, hérésie et orthodoxie, protestantisme cl religion se sont nclruni* nés h. un pacifique avènement dans la religion nouvelle*

Ainsi sc réalisent par nous toutes les prophéties ! car foules les n i gîonx oui promis h leurs temples la durée du soleil, et tous leurs temples revivront, harmonieusement transformés, di ns te temple nouveau : et les juifs* longtemps bercés de l 'espoir d un Messie temporel , le salueront dans SAiAT-SaiOiX , plus giim&qu’ils ne 1 avaient es-

péré! Et les chrétiens, qui m fient h celle promesse de Jésus, que les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre l’église , la verront s’accomplir au-delà de leur attente; car Je monde viâtèrict que* sous le nom cVenfcr* des perles maudites et réprouvées séparaient de l’église, c'esldi-dire du monde spirituel) les a lui- même brisées; et, grâce au sacerdoce nouveau , dont le trône s’élève sur les débris de ces odieuses barrières , ces deux mondes oublieront l'anathème ci apprendront h vivre en paix* Et s’il est vrai que l'homme puisse lire sa destinée dans ces antiques Ira-» dit ion s où il a emprisonné ses pressenti mens et pétrifié son avenir, s’il sent aujotird hui que devant lui se trouve co paradis terrestre placé jusqu’à présent derrière lui, c’est par noU e religion seule qu’il pourra réaliser ce lieu de dé lices ou il ne sera plus condamné à se nourrir matètieUc menf des fruits de la terre sans oser toucher tmx fruits de l’arbre de la science , du à acheter par la perte de toutes les jouissances des sens la satisfaction de son avide inltiligencëtf mais où véritablement il cueillera les fruits de l’arbre de vie , parce que son besoin de connaître et son besoin d'agir, les appétits de son esprit et ceux de sa chair, seront conviés ensemble h un banquet nmx.

Maintenant que j’ai mis sous vos yeux ce tableau de la lutte et de b pacification de l' Orient et de l'Occident dans l'humanité* il me sera facile de vous révéler à vous-mêmes* dans chacun de vous, ces deux inondes, sous les noms £ esprit et de chair, de pensée è % d'acte, d'iule U igeticc et de matière * luttant entre eux et attendant une loi qui les harmonise. C’est vers ce sujet nouveau que je me propose de vous conduire , dans ma prédication prochaine; heureux de vous y guider, si vous consentez h m’y suivre I

a a janvier i63a.

La famille samt-stmonienne f réunie dans le foyer de la salie Tai tbout, attend Iferméc du Père Suprême et à' OUîide Rat trigues, po tr prendre place devant l1 auditoire qu'attira la prédication.

La famille s'étonne du retard du Père, que lui rendent plus sem i“ Lie de légers signes d'impatience de rassemblée.

Tou t-a -coup die est avertie que le Pere, au moment niui se disp isait à sortir de sa maison mu Monsigny, a trouvé a sA povte un toichemcnt de gardes municipaux , conduit par un commissaire de p* >lice , qui lui a interdit toute communication avec l'extérieur. Oient »t elle apprend qu'à ta porte mémo de la salle Taitbout stationne un piquet tic gardes municipaux et de troupes de ligne.

Le prédïcaleiir Barrault , suivi des membres présent de ]n hiérarchie „ se transporte dans la sa! le , et trouve sur l'estrade un ennimisfaire de pt dire, M, Dcsinoïliers procureur du roi, et M* Zangiacoroi, juge cfiustniclimu U s’adresse au public, et dit r

Nous vous devons réplication du retard que nous avons apporté u la prédication aujourd’hui; nous venons d’apprendre que 50TÜB riniE Enfant]?* est cerné dans sa maison par des troupes , et qu’il ne peut venir présider nolro réunion.

Eu ce moment M* Desmortiers l'interrompt, et dit ;

Au nom de la loi et de Particle 591 du Code pénal, je viens fermer cette salle ; et apposer les scellés sur toutes les issues*

A ce*» mots, rassemblée laissé éclater une violente agitation : les cris de l'indignation la plus véhémente retentissent de toutes parts* Presque lotis les auditeurs sc lèvent j les uns invoquent la liberté deseuhes, les autres vocifèrent des menaces contre le procureur sîu roi ; plusieurs profèrent rl 'énergiques témoignages de leur foi dans le saint-simonisme* Le bruit va toujours croissant ; les femmes sont effrayées.

Les saint - sim oui en s, debout, par leurs paroles et par leurs gestes , sollicitent rassemblée à la modération.

Bamudt domine enfin le tumulte ; il obtient le silence , et dit :

Voici que la persécution commence contre nous* Nous ne l’avons point provoquée; nous l’acceptons avec coura"é* Nous vous prions de conserver le calme dont nous vous donnons l’exemple et de vous rclirer tranquillement. Quelque part que vous soyez, comptez que partout et toujours vous nous trouverez siir voire chemin. Vous êtes accoutumés à notre parole et vousl’aimcz; mais noire parole est une parole de paix. Montrez- vous donc pacifiques.

La foule , s'apaisant à sa voix , s'écoule clans le plus grand ordre , mec un calme religieux*

Ba r ra al l lui - m Cm c sort, accom pn gné de l mifc les saint -si ni onî en s présens et d’une grande partie des auditeurs, pour se rendre auprès du Pèke*

Les ngens du pouvoir apposent les scellés à la salle Taiîbont, Ils sc rendent ensuite rue Monsigny , et commencent l'instruction d'un procès contre le Pêne.

Là se termine la première phase de la prédication saint-sim 0e* ni en ne.

OTHELLO. — DON JUAN (l).

J*aî retracé. dans la dernière prédication , do point de vue politique t le long combat que sc livrèrent r sans victoire décisive , rOrienl cl l'Occident, prêts à être réconciliés par le Saint-Simonisme; et je m’étais proposé, dans

(t) Ccitiorceau , entrait dit Globe 1 fati suite ^ la prédication *ur l Orient et L'Ocrideni, et semlilc un dernlrr retentissement de la prédication dom il garde l accent.

Il se c niplctc par lescleur articles également evra:tï du Globe , intitulé! li MoraL dn Monde t et de F IinmaradiLc suivant la loi chrétienne,

Ccit pourquoi nous a vous cru devoir les in titrer dans ce recueil.

la prochaine prédication , do signaler, cln point de vue irions, la lut le et la pacification deces deux mondes.

Tout h coup noire voix a été forcée nu silence » 1 assemblée de nos auditeurs dispersée, et notre temple fermé; mais notre lot, plus ferme cl plus active que jamais, nous rendra un temple, et communiquera à noire voix, au tnb lieu d’une assemblée revenue plus attentive , un caractère nouveau de grandeur et d émotion*

Cependant, jaloux de continuer la mission que Dieu il a confiée, ('épancherai dans ces figues, immobiles et froides, ma parole, naguère s’échappant ardente de mes lèvres; et, sans souffrir qu’uuc première tentative do persécution interrompe l’ordre de mes travaux , je concourrai, selon moyens qui me restent , à m nui Rider , dïms sa majcslé inouïe et dans sa sympathie sans bornes, noire religion, qui ne peut avorter dans le greffe d un tribunal , ou, connue son temple, être mise sous les scellés, parcs quelle porte en elle les destins de l'humanité, dont elle embrasse lous les besoins et favorise tous les progrès 1 Oui, j’ai proclamé raccord sublime de l’Orient et de FOccide.nl , cl j’ose attester qu*à cette heure meme oü je l'annonce h nolrè société, îles! , il esten Orient, des hommes qui , sous l’azur ardent de leur ciel ou h l ombre de leurs palmiers , sentent déjà courir en eux de vagues pressent iir.cns * dont la brise embaumée , douce à leur sang, n’égale point pour eux là délicieuse fraîcheur; cl qui déjà, fi-s yeux tournés vers l'Occident, croient entrevoir, audelà de l'horizon t une mystérieuse étoile venant vers eux , s'agrandissant dans son cours, cl soudain embrassant lous les mondes, nageant ensemble dans les finis d nue ébloui** sanie lumière ! Je l’ai leste ; car partout a pénétré un désir immense d'harmonie ; toute terre , en ce jour, a des très-

saillemem d'amour et desprnphétîos de paix, Enfin l’Orient * qui contemple avec un© religieuse ail min tien la large empreinte du pied de Bonaparte, et en redît, même b ira vcnifis déserts , mêlé ii mille récits , le grand nom* est préparé , par la mile glorieuse de ce précurseur armé , h quelque chose de plus grand encore , parti de l'Occident, aujourd’hui fécond en prodiges, El n’est-il pas jusqu’aux signes, frivoles en apparence, qui ne soient h des yeux allonlits des présages de cette union? Les vins spiritueux de FOceident, malgré la loî de Mahomet , stimulent de leur sève pétillante la pensée dn lT Orient * assou pie au milieu des merveilles du monde matériel i ou épuisé© en rêves stériles par l’ivresse fantastique de Vmnum , ci délient sa grave Lac illimité : les parfums voluptueux de FOricnl éveillent les sens de l’Occident h dn riantes images* Ainsi se noue en Lee eux cel échange d’initiations, qui retrempera incessamment FaüUvUé ütr time de l’Asie, et sollicitera la nia infesta lion de la vie ex* tèr lettre de l’Europe , en s’accroissant sous F influence de’ notre religion , qui imprime une égale sanction a l'esprit et à la chair, à la pensée et à la inaltéré, h la smrtçe eïkV hir du strie.

Mais si l’Orient et l'Occident doivent êlro polUiq tmnçn$ harefao nisés par elle , par elle ils doivent Fêlre encore moror tentent. Telle est la vaste question vers laquelle je me suis acheminé par ma dernière prédication , et que je vais aborder : et de celle question dépend aussi lu paix du monde 1

L’Orient , ainsi que je Fai montré, a obstinément rejeté les voiles dont le christianisme, essaya d’envelopper sa chair; il les a rejetés comine un suaire lourd , intolérable, glacé,*. Loin de lui ccs cloîtres sacrés où les hommes el les femmes, voués séparément 6 un mystique amour, contemplent, soit des yeux de l'esprit, soit h travers de lointaines vapeurs*

la Vierge* sœur de s anges . et le divin Sauveur , fiancés h. leur inalléroblc fidélité* Loin de lui jusque un mariage dont P unité sévère, rigoureuse t indissoluble, répugneà sa nature ardente, exallée, mobile! II garde ses harems, et livre aux passions de l'homme des femmes condamnées h un seul époux; souvent contraintes, au sein meme du sérnil, il la continence des cloîtres, ou forcées du moins , par la captivité et par la terreur, h la constance que leur maître ne peut s’imposer. Enfin, dans les jardins enchantés où le croyant doit se survivre , pour récompense de ses vertus, il lui promet, entre les bras de séduisantes hou ris, des voluptés toujours nouvelles.

Cependant le christianisme , par sa rigidité même, sous laquelle sc courba P Occident , a doté P humanité de précieux bienfaits! Oui , pour que la société qui , gorgée de conquêtes et de rapines, s’acharnait à la débauche et à rorgîc,fùt arrachée aux saturnales do P activité matérielle; pour que la femme, prostituée a ses dominateurs > pût sc soustraire ïi Pavi lissante brutalité de leur despotisme, et conquérir sa dignité; il fallait que la chair, écrasée sous un terrible anathème * atteignît de scs flétrissures les jouissances des sens, écartât, comme une barrière impure, les deux sexes Pan de Pau Ire, cessât de retarder l’essor <1 un amour inspiré par les mérites de 1 esprit , et donnât à la faiblesse et à la force une dignité inattendue. La glorieuse sainteté du célibat attira à là fois dans de pieuses solitudes elPhoinme qui dans le monde aurait continué h dégrader les femmes par ses passions effrénées, et la femme qui aurail perpétué sa servitude par ses désordres. L ère de la virginité commença celle de I indépendance : la lemme de POccîdent est sortie libre des couvents; la femme de 1 rient est encore esclave dans les sérails. Enfui le mariage.

auquel ct-llc toi n’iiccorflmt qu’une simple tolérance et ne permettait que des plaisirs châtiés par la puissance «le ta pensée; marqué par elle de ta solennité fl’iih pacte indélébile r dont les caractères , inscrits , an ciel même , dans le livre de vie, ne pouvaient être légitimement eftacés ni par le divorce, ni meme par le veuvage; mil ! épouse hors de la merci de son époux et b l'abri d’une injurieuse répudiation, Gloire, gloire donc îi l’austérité long-temps salutaire du chrislîôriîsme !

Ainsi rOiidSl èt rOcddpni , quelles qu’sfïenî été les vîciJludes de leur lu U e et les influences réciproques tTim long contact pacifique ou belliqueux, n’ont j>n abjurer la loi fondamentale confonde «t leur génie f et, sous ! aspect rnorat aussi bien que sous l\isprct po!tl irjtie , oui conservé leur divin équilibre, dans l'allenLe d*ime loi assez vaste pour (es associer.

C’est ]>oti : impuissante h rallier l'Orient et l'Occident , la morale chrétienne n’a pas su pleinement satisfaire 1 Occident. Ab! sans doute, le mariage tel qu’elle Fa fuit, asile redoutable aux profanes, environné d 'un abîme iu* franchissable il qui en a passé le seuil, et glaçant d une sorte de terreur la joie mémo des époux qui so disposent à Ta border, devait suffire % cet amour grave et série me , qui se phu àcreoser ses émulions* se nourrît de ses ardeurs intimes , pousse, avec une ïtidomplablc énergie; ses racines jusque dans les profondeurs du cœur, vit sans épuisement d’une sève toujours In même , et s'affermissant par le temps, inébranlable ît Forage, grandit oii il est né î Mais cet amour, plein d’allégresse et de transports , impétueux dans son ivresse, qui ne se complaît; pas dans le recueillement et ne pénètre pas jusqu’au fond du cœur pour Fonvalur tout eu Lier , niais qui se renotiveHo à sa surface avec une

brûlante fécondité , et jamais ne renaît ù la place même où il s’est une fois épanoui et fané, ne devait-il pas , h la vue de l'étroite enceinte qui lui était assignée, reculer et se révolter? Entré ces deux natures diverses éclata une lui te irréconciliable. En vain le cliristianisme versa sur celle-là scs bénédictions ci sa rosée, et nVut pour celle-ci que sinistres présages et foudres vengeresses î il ne put défendre le caractère qui lui était cher contre celui qu’elle réprouvait; malgré sa loi rigoureuse, mais incomplète, l\in s abîma dans une a Hcc lion exclusive, égoïste et jalouse; 1 autre s'abandonna à des aüVetîous irrégulières et banales dans leur capricieuse fréquence; et tous deux, pour prix de leurs excès, ont reçu des noms aujourd’hui consacrés par une popularité tbéaLrnle; le premier, le nom d'Othello; le second , celui de don Juan; types encore sauvages des deux faces morales de rhumanrté , dont nous venons épurer et réconcilier les nobles dëveioppemens , et qui s’offrent à nos regards avec la marque d une monstrueuse grandeur I

Othello mot sa gloire et son bonheur dans la constance; il aspire à un amour durable, s’accroissant avec les ans, supérieur aux ravages de la maladie, plus fort que l absence , ranimé par la volupté meme, vainqueur delà tombe, immortel ! Et pour mériter ce bien qui doit remplir sa vie et |fe continuer, au -delà de cette terre, dans ae vagues régions dont il peut perdre la foi sans jamais abandonner l'espérance , il sait il de rudes épreuves et b une longue attente qu’abrège ta perspective de délices sans fin, se résigner avec fin élira niable palicneo du maityr. Mais c’est peu pour lui de ton foudre dans sa passion tout le cours do son existence; ii en découvre la source

mystérieuse sous les premiers ajouvemens fie sou emur; et dans la femme 5 pi réalise a ses yeux un idéal longtemps rêvé, il retrouve le fantôme charmant qui, à travers Tombée des nuits, planait sur sa couche solitaire, ou qui , au milieu, de la foule, à demi-voilé » lui était apparu et s'était évanoui; il reconnaît jusqu’à la fugitive mélodie de sa voix, et, dominé par ces miraculeuses réminiscences , il prononce entre elle et lui une éternelle prédestination. Àmsi parmi les vertus qu’il lui demande place-l-il au premier rang Tiunocencc : il veut que, vierge d'esprit aussi bien que de corps , par lui seul initiée à ce trouble inconnu d’une aine qui. Réveille et s iguore, elle nuit jamais d'une autre image que la sienne complu isa ni me ni retenu le souvenir ^ et qu elle trait livré qu'à lui seul ce parfum délicat d une fleur qui s épanouit aux rayons d\in soleil printanier; il la veut tout entière, et U réclame son passé avec autant d exi gencc que sou présent oL son avenir. Ravi de ce pur enthousiasme , il rf exulte en elle la beauté que pour on faire à ses vertus un magnifique hommage; ou dans ses traits il admire surtout, ainsi qu'en un miroir, Taine avec tous ses trésors cachés se réfléchissant radieuse, et ne se laissant qu’a lui seul , pour prix de sou amour, en» trevnir dans toute sa splendeur ; ïiieflàble contemplation à Laquelle il se livre avec cf autant pins de joie et de confiance que le luxe de la parure n’allère pas sa délicieuse vision par une ombre brillante à laquelle il préfère la simplicité et jusqu’à la négligence. Kl lui même , quels que soient scâ avantages extérieurs, il croirait s’abaisser de rien devoir a un prestige étranger à ses qualités intimes; curieux d’alUcher seulement parce qui! y a de solide et d ho no râble en lui, il porterait fièrement la laideur sur son iront.

Le simple récit de ce qu'il est , dégagé d’une fastueuse ostentation , voila pour plaire ses seuls artifices et ses uniques eue h an Ioniens !

Mois, ô sage Othello , entre ces femmes qui attendent ou défieu 1 votre jugement , sa urez- vu us , pnr un choix ferme et sur, trouver fit compagne qui réponde à vos vœux? Voyez ces femmes, idolâtres de leur beauté et s'embellissant encore de toutes les pompes d’un culte ingénieur; promptes à suivre .ou meme h devancer les inépuisables caprices de la modo; plus flattées de l'hommage que surprend leur grâce que de celui qu’obtient leur esprit; effrayées rie la solitude ou elles ne trouvent que les flétrissantes langueurs de Fennuî , et s’élançant au grand jour dés salons, des bals, des théâtres, où leur vie se déploie dans toute sa fraîcheur; appelant, par l’éclat involontaire dont s’animent leurs regards , une admiration qu’elles captivent par un charme de paroles aussi pénétrant que le parfum qu’elles exhalent; n’enviant pas les douceurs d’un attachement unique, inaltérable, éternel; mais légères, et marchant , glorieuses de leurs conquêtes , dam une atmosphère attrayante, au milieu des frois&éfilcns délicats (Fun brillant cortège dont elles savourent Fonçons avec ivresse; incapables de se donner tout entières , et offrant Fi mage d’un arbre qui , même en livrant à d’étroits et passagers enlacemens sa tige élégante et svelte , étend au loin ses flexibles rameaux , et les laisse, parés d’une riante verdure , Rabaisser avec un doux balancement, et rafraîchir d’un souille voluptueux, en se dérobant toujours à la main qui les veut retenir, tous ceux que convie son ombrage! Ab! saurez-vous, sans vous arrêter, les voir, ou braver les séductions qu'elles réservent à ceux-là surtout qui murmurent contre elles le reproche de coquetterie? Saurez-vous

résister vons-mcme au désir téméraire d attacher à un point invariable ces regards qui épuisent , dans leur ardente ra jddité, imo succession d’horizons variés , et de convertir h la constance la vive nature de l'une de ces femmes?

C’en est fait ! Othello a ravi à la société un de ses ornemens ; et , plein d’une joie farouche, ainsi qu’une proie, loin du séjour dont il redoute pour elle la contagieuse frivolité et les brillons scandales , il 1 emporte; il l’a sauvée! Oui, loin, bien loin de cc monde , où désor mais U la féliciloraiL de J* raideur et même de la gaucherie de ce maintien dont il aime la grâce , où îl défend à ses attraits de mériter d’autres tributs que ceux d’un froid respect cl d’une austère considération , il veut qu il lui soit doux de s'enfermer avec lui dans un cercle étroit qui limite se* regards , de boire avec lui dans la coupe d'une ivresse solitaire l’oubli de tout. 1« reste, et de s’ensevelir, comme en un linceul , dans son voiie nuptial , alin de ne plus vivre que pour lui , pour lui qui peut ne vivre que pour elle ! lin Ire elle et lui, il n’admet avec abandon que la nature, l’art inanimé, la science morte , dont il ne craint pas que Je spectacle eL 1 étude ta cl i | > 1 1 1 u 11 1 viclünousemeiil à cette absorption qu’il exerce sur elle; et souvent, dons son délire, il souhaiterait autour d’elle un désert, alin que sur lui ( sur lui seul, eussent à se reposer les rayons de ses yeux, il demande h celle orne, qui volait il toutes choses €r de ses ailes légères eÜleumt tout avec de joyeux frémissemens , un essor infatigable et soutenu vers les hautes régions d’un incorruptible amour; iî veut, tous de. l>rùl ans baisers, exprimer de ses yeux nageant dans le plaisir les lames d'une sérieuse volupté , contraindre ses lèvres ardentes et rieuses l\ de mélancoliques soupirs T et arracher dr son sein , quî palpite et ondoie îi de- passa-

gères émotions , les profonds tressaillemens d*un amour capable de la consumer avec lui-même plutôt rpie do s’éleindre jamais ! Enfin il prend à lâche , en blasphémant ses dons heureux , de lui imposer , par une lente torture, les perfections qu'il cherchait en elle; réduit, pour sa part, à l’affreux snpjdice d'exhausser chaque jour l’autel , et de ne pouvoir y placer son idole, qui se déroba, par une joie maligne ou même par une manifesté dégradation, h celle grave adoration qu'il lui avait vouée!

Et si , sous un front qui pâlit et retombe , viennent b languir les regards de celle qu’il aime! O douleur! il n’a pula façonner au modèle qu’il s’ôtait proposé , et il voit s’évanouir tous les charmes qu’il avait idolâtrés en elle..,. Alors, alors, ce qu’il avait proscrit, il le lui redemande avec l'impérieuse frénésie du malheureux menacé de tout perdre ; il lui rend h) permission d’être elle, pourvuqu’eile lui rende, au prix même de coupables enehmilemens, i’enivremcnl furieux de sa passion. Insensé! loin de In lumière qui en lait éclore les nuances variées, !a ileur, transplantée à l’innbre , peut-elle vous é-laler encore sas resplendissantes couleurs / Celte lyre qui s'éveillait, séiîs une succession d’impressions légères , en sonores <mdululions , réduite b une seule corde, peut-elle, sous la main qui , rude , la comprime et la froisse , ne pas vibrer triste et monotone? Redemanderez - vous h la voix naguère encouragée par de nombreux échos au déploiement de ses riantes modulations, aujourd'hui solitaire et enfermée dans un rhythme égal et solennel, les noies vagabondes de ses capricieux concerts? Ab ! vous avez enlevé à In fée ce monde dont elle enrichissait sa fantaisie; ne lui redemandez plus les jeux éblouissons de son prisme, terne et sans. ,„a O' ! (lit!. H voilà vaincue dans ;■« obture, niai- non pas

püfe à la tfôlré , la voilà flétrie, épuisée, décolorée, presque inanimée sous la dévorante ardeur de votre passion; perdue pour tous $ perdue pour vous, perdue par vous-même, sage Olhcllo, vous qui , dans votre étrange orgueil, avez prétendu refaire FcBuvre'dfe Dieu » et remettre sur voire enclume, d’une main violente et tenace, sa gracieuse et brillante création ! \ous enfin qui , après Pavoir indignement touillée, ne savez encore , dans votre impitoyable désespoir, qu’accuser voire victime.., et voilà comme vous l’avez sauvée !

Mais que cette femme, moins faible, échappe à tant de tyrannie, résiste h Pacbarnèmenl dune constance persécutrice, et prétende , parla fraucîe et par l'astuce, ië dé rober Ix cet anéantissement de sa nature; agité d’affreux soupçons, livré aux incertitudes d'une surveillance qu'il exerce toujours sans souvent se [avouer à lui -même* ne trahissant sa rage concentrée que par de sourds nigissemëiis , versant des lorrens de plthir» , ou envisageant d*uti œil sec et brûlant la société qu il liait , Ct la nature qu'il duleSlë; s'il sait * que diS^jé? s'il croit enfin que la destinée qti il avait si élroitemenl liée h la sienne a faillir - * - Malédiction!,..* Oh! comment cet Le perle qu’il avait rêvée si pure a-t-elle été souillée ? Comment s’ estelle éclipsée , ou est-elle tombée jusqu'à terre cette étoile propice qu'il voyait attachée, par une loi immuable* à la voûte du cicd ! Malédiction !... Il recouvre le calme eflroÿab!e d’une joie féroce; il pourra encore Taîmer après s être vengé; car il ta veut, toujours, toujours à lui; il consomme enfin le sacrifice qu'il avait dès long 'temps Commencé Mtr elle, et, sans pitié comme sans rô» îOrd-s. il tiré! IVI e>l t Hkdfff*

Kl h . - |M v i r - 1 1 1 V - M'rf 'b - du IL .

Don Juan » qui trouve sa gloire et son bonheur dans uae ardente mobilité! Anathème de lu religion, flétrissures de V opinion , foudres du ciel, vengeance des hommes, et jusqu'à ses propres supers! iiinns , pour satisfaire à sa fougueuse inconstance, il affronte tout avec Pautkcc d\m géant , et il porte lïSrmsme dans In galanterie î Plutôt que d'abjurer dans les chaînes indissolubles de l'hymen son iavincible besoin de liberté, il préfère les brûlantes étreintes de la maîn de Satan 1 Non, ce nest pas aux tnaltdmblos contenlemms d une affection consacrée par un engage* meut irrévocable qu’il aspire; il ne recherche pas dans une femme, unique entré toutes, un type qu’il se soit créé, et qu'il contemple religieusement avec une croissante adoration; mais clans chacune des femmes qu’il aime tour h tour, ü convoite et poursuit la révélation d’une grâce imprévue, et II n’en achète pas la jouissance par une ferme résignation aux tournons d'une inclination traversée on par les soupirs prolongés d’une tendres e platonique : la patience ne sied qu’à celui qui rêve l'éternité. Fier de signaler sa puissance par des succès toujours nouveaux, il s’enivre surtout des premiers transports d’une passion naissante, et, irrité par l'obstacle, se plaît à disputer un cœur qui lui résiste avec de vifs emporlemcns. Orgueilleux dosa beauté, qui] rehausse avec un art merveilleux , intrépide, adroit , brûlant dans tous les exercices, ingénieux à mon' trer sans affecta Lion sa supériorité en toutes ces choses, et ne séparant pas de Ini-mcme le mérite de son exquise élégance, il subjugue par F ascendant de tous ces dons réunis, et enlace dans les séductions d’un langage passionné, piquant, tendre, frivole , au milieu des fêtes éUnr élan Les dont il ordonne avec goût la magnificence et veut être le: centre glorieux, ou à travers les courses lointaines son

aven lu relise ardeur* Il a Fanibîlion du conquérant , qui no temporise pas, accumule victoires sur victoires, ne peut limiter dans une paisible possession ses insatiables désirs , et plein de loi dans sa fortune, après avoir vaincu par son génie , veut vaincre par la gloire de son nom !

Entre les femmes dont il admire , avec une secrète complaisance pour lui- même , I essaim gracieux , il salue du regard d'un complice celles dont il devine aisément le caractère exalté et mobile, et passe; maïs si une femme, dont l'œil d’uæur, voilé sous de longs cils , se dérobe à de curieux empressemens , s’embellit d'une naïve candeur, conserve dans le tourbillon du monde une douce sérénité, et répond avec une délicate réserve aux hommages qu’e!le n’a point cherchés et dont peut-être elle s’étonne i c'est pour cette femme, qui souvent a rêvé avec une louchante ferveur la paisible uniformité d'une vie coulant toujours entre les mêmes rives sans altérer sa tranquille limpidité, qui d’avance s’csl tracé une route où , appuyée au bras d’un époux, elle marche sans détourner les yeux de leur but commun; c’est pour elle, dont la sagesse, qu’il accuse en secret de doucereuse pruderie , ne lui épargne pas à lui- même une discrète réprobation , et ne sait pas s’interdire l’ambition de réformer un audacieux corrupteur , c’est pour elle qu’il sent son cœur s’embraser* Par combien de détours, par quels secrets ralliiiemens de passion * de vanité , do vengeance , il cherche h abaisser sous sa nature réprouvée cette nature élue, et l\ entraîner dans Plmruilîalion de sa chute cet ange de pureté qui , même en T écoutant, a contre lui des paroles amères! Vainqueur, quel cri d’orgueil et de joie! Mais bien Lot il se lasse de la musique ravissante de ses paroles, et dédaigne tous les trésors de sa sagesse cl de son

éloquence. En vain cherché- fc-elle h le retenir eu lui promenant l'éternité de sa flamme. Et comment se condamnerait - il b rpdorntion d'une seule femme , lui qui, moins épouvanté de l'enfer que de t’ennui , a renié le ciel dans les délices uni formes d'une immuable béatitude et dans la monotonie des éLernels conCOüIs î En vain invoquê-t-elle le souvenir de ses sermons 1 11 manque de mémoire ut de reconnaissance î il est brûlant, d'espérance et de désir. En vain abaisse-t-elle jusqu’à ses pieds sa douleur el ses larmes î il a bientôt épuisé jusqu'aux attraits nouveaux qu’a pu lui prêter ce mélange de tendresse et d'affliction , d'imprécations et de prières. Il la délaisse, abandonna ni avec indifférence celle dont il avait envié l'amour au prix même de sa vie, comme si tout ce qui s’est donné a lui devenait indigne de lui plaire; In livrant à une solitude empoisonnée do remords , dont il ne comprend même pas l'épouvantable deuil, et ü une passion dont il voit avec une ingratitude iin olon taire 1 invincible fidélité ; il la délaisse el cherche de 110 u voilés pries , se jo liant sans scrupule de tous lus droits du mariage, se on lui, oppressive et tYivoïe convention ! il fié prétend le libérateur de toutes les femmes qu'il pousse à en violer les devoirs el h s’affranchir de la tyrannie de leurs époux. Ebfin/jalou* de multiplier ses conquêtes et d'ajouter chaque jour à ses trophées, jugeant les femmes destinées a orner son char de triomphe, pour assouvir les caprices désordonnés de ses désirs et de son orgueil, il détruit, écrase et flétrit im4 pitoyablement! Tel est don Juan !

Othello et don Juaol Tolhi dans fini inanité les deux grandes figures mondes en guerre jusqu-h ce jour.

Othello se sem du fond dit crau* vciîh^dsrjee sur W kws fut rtéhtu df rk* $âéyn*U pat «h dtf'ur qui o

pas, comme le sien, nourrie une passion proronde, vivre et mourir avec elle; il se croît plus digne d’être aimé, lui dont l’amour, sans portage et sans lin, s'offre, impérissable comme le- ciel même ; il ravale et traîne jusque dans la poussière les avantages précieux de flou Juan, si toutefois il ne pousse pas l’aveuglement jusqu’à les nier! Don Juan ! avec quel insolent persiflage il nie la possibilité de la constance, qu’il abandonne, comme un triste privilège de' la médiocrité pédante et disgracieuse , à la ridicule impuissance de plaire; et lui qui sait déployer la magic de mille séductions variées et se montrer sous une merveilleuse diversité de couleurs, il no conçoit même pas qu'une femme puisse hésiter entre Othello et lui! Femmes, Othello vous déifie; mais sur l'autel qu’il vous élève, il peut sacrifier l’une de vous. Femmes, don Juan n a pas de foi dans ce qu’on nomme votre vertu , et ne peut associer avec votre mobilité les traditions de l'enthousiasme chrétien ; mais, plus indulgent pour vos faiblesses , il vous punit de ne pas savoir imiter son inconstance. Othello «spire aux joies de la possession; don Juan prétend à la jouissance. Othello est I inflexible champion de la vertu, dou Juan rend un culte brillant ii l'honneur. Othello s’asscrvit lui-même à la loi du devoir; don Juan ne veut d autre règle que le plaisir. Fn face l’un de l’autre , Othello arme son front d’une réserve dédaigneuse, cl laisse échapper de ses regards , immobiles et sombres , la lueur menaçante de l’éclair; à celte altitude provocatrice , don Juan ne répond que par un sourire railleur et pnr scs regards errans , pleins de feu ci d’audace; il cherche des yeux la femme qu’OthèlIo couve des siens; c’est en elle qu'il I attaque . afin de se venger plus sûrement de ses mépris. I.n vvift Othello rtquM s#f le sèup<- n e«mr.v* no ont.- «v* :.-n-

vers lui -meme, comme une faiblesse envers ôôû mol; en yaïn il sc déliai avec bailleur cou Ire le» loches et perfides étreintes d'un lago , qui toujours, comme un secret émissaire de don Jumi , vient siffler sur ses pas et l'enlacer de ses infâmes replis. Malgré sa fierté , il ne peut se garantir des atteintes chaque jour plus poignantes de la défiance , qtfïl relie ni , malgré d'affreux dcdurenicns, dans le fond de son cœur, ainsi que le fer dams la plaie. El cependant don Juan s’efforce de se glisser dans le mystérieux Edcn où une feminc vit uniquement pour un époux qui if une épée flamboyante en interdît Taccés. Tenté par la défense, c’est par elle qu’il tente à son tour. Pour défendre Y innocente chaste Lé , trésor sans prix dont il s'est déchiré le gardien avare; pour retenir h jamais celle joie suave et pure, douce comme la sérénité apres la Leni pète, et d int la porte laisserait dans son aille désenchantée un vide horrible comme ta solitude d’un temple souillé, qu Othello a dans son cœur de rage et de fureur, dans ses bras de vigueur et r d’énergie 1 Et s’il ose avouer le terrible secret qu'il recèle dans les profondeurs de son sein, s'il ose enfin paraître jaloux, soudain le fer brille ï

— Doit Juan ! défends-Loi : ma vîe ou la tienne î

— En tienne m'appartient : je t'ai ravi ['honneur.

— Sois donc puni de ton crime l

— J'ai puni les mépris!

— Ton sang, et que je sois vengé /

~ Va ! le tien ne vaut pas le coeur que je t ai dérobé !

— Le ciel . par mon bras, punira Ion audace!

— L’enfer, grâce k moi , a déjii vaincu le ciel !

Eh bien J entre ces deux colosses qui smis cesse se coin-

battent et u’bnt pu Fun VcMre se terrasser, qui donc se présentera pour arrêter leurs coups, les sauver du crime et les rendre à la psûx ?

Voici venir encore, ombre pâle, le prêtre chrétien .

* Anathème 1 s’écrie-t-il d une voix d abord affaiblie et soudain retentissante; an al hem oi et mesurant a l éternité F amour d’Othello et celui de don Juan , tandis que dans le premier il glorifie un lien qui aspire h sc confondre avec la chaîne infinie des temps , i! réprouve dans le second ce* lîens multipliés et fragiles qui semblent, fils rompus cl (lottans , dépurer In perfection d'i.ne trame uniformément ourdie. Prêtre , condamnez ces désordres, vous le devez r mais ne voyez-vous pas qu’en lui faisan I , h lui , amoureux du mouvement et do la lumière, un véritable sépulcre d un monde terne, froid, immobile , vous le provoquez vous* même à ces excès de fraude et do violence contre lesquels vous armez ensuite Feufer? Aujourd hui que prétendezvous? Voulez-vous donc refouler cc génie rebelle dans b cloître ainsi qtfen un pieux lazaret , afin de préserver cc monde de sa contagion el de b purifier pour Failli e ? Vuu* bz-vous attacher son front à la poussière et ses Urnes au ci lice, le gnroller de chapelets qui îe soulèvent d’une terre brûlante, et 1 emportent vers la fraîcheur des nuées, lui imposer Pexordsmo assidu do la pénitence, peser sur sa mobilité de tout b poids du ciel? Enfin voulez -vous promettre à son essor F auréole, la palme impérissable, I espace semé d’innombrables sphères , et à sa chute ouvrir un abîme, oh d heure en heure, de pas en pas , la flamme Fenvi * renne sans relâche?,,** Déjà, déjà vous l’avez fait, et don Juau est fibre! Libre et victorieux, ira-t-il tendre les mains

b des fers usés ? cl vous, quel joug plus fort et plus sûr qud celui qu'il brisa lui pourriez- vous forger?

À l'exemple de ce prêtre, déclarer vicieuse, inférieure et honteuse enellc*même la nature de don Juan, c'est per* péluer le dogme des élus et des réprouvés ; c'est faire acte de foi dans le mauvais principe; c'est, autant qu’il est eu soi, restaurer Satan; en un mot c'est recommencer le christianisme dans h impuissance de sa malédiction. Or, toujours réprouver et maudire, est-ce le langage religieux; propre h concilier ces deux indomptables rivaux?

D’ail leurs qu’ Othello appuie sa cause h un auguste patronage, don Juan manque-t-il de défenseurs associés à sa rébellion ?

Grande, imposante, salutaire, fut sans doute la hiérarchie qui , par la voix des Jérome , des Âugusun, des Basile c t des G h v y s os l o me , long- temps c o n I i n u es d a n s ses m ngs illustres , confessa tes imperfeclious de la chair, prescrivit l'imitation de Jésus, et contempla ou révéla la nature sacréé de l'homme; mais h l’ obscur# cellule du moine, où la méditation, entre la croix et un crâne décharné, noue de la terre au ciel une mystérieuse échelle que parcourt incessamment la sainte milice des envoyés du Seigneur , ne voyez- vous pas succéder la lumineuse cellule de l'écrivain, ouverte à tous les rayons de ce monde réprouvé par le christianisme, qu'en curieux explorateur, î! affronte de ses regards et raconte dans le roman ? À coté du temple où d’austères cantiques s'entremêlent d’une austère prédh cation, qui tombant d une chaire étroite en accens monotones sur les fidèles recueillis, les sépare des pompes sataniques et des attachement matériels, déjà n’entendez- vous pas bruire en applaudissemeiis ces théâtres ou , devant la

feule agitée , des acteurs, interprètes ardcns de l'inspira* lion du poète , font revivre ce monde personnifié dans le drame? Oui, une Eglise nouvelle surgit, opposant aux. noms, de Fégliso antique délai U auto des noms fameux, et comme elle se divisant en clergé régulier et en clergé séculier; qui, par ses observations et par scs peintures, s empare do la nature prof hue de 1 homme , la caractérise et la lait palpiter de joie et de douleur, de ruse et d'audace, de pitié et de terreur , dans sa lutte contre tous les penchons revêtus de sanction; attire vers «lie, comme 5 une source plus large, plus féconde, plus enivrante, la société, prompte h se sevrer de lu parole évangélique, et chaque jour resserre dans des bornes plus étroites le règne absolu de la morale chrétienne 1

En vain la lyre se monte d’abord à F unisson de la harpe sainte, À peine le Dante a-t-il bâti F invisible cité, animé à sa triple édification par le souille harmonieux d’une apparition virginale, Boccacc, infidèle dans ses propres créations au poète dont il est le premier commentateur , raconte /honore, exalte les transports brûlons, les joies furtives et les passions licencieuses que rarclnLecîc de Fen fer avait impitoyablement enfermés dans ses cercles ténébreux* En I re la grave comédie du chaste amant de Béatrix et lu mélodieuse constance de F amant de Laure, sur un mode piquant et léger, il récite les traits multipliés d'une capricieuse mobilité; et, sans enviera chacun d’eux l’adoru Lion mystérieuse d’un astre unique , à travers les ombres solennelles d’une mut que perce h peine de sa pudique clarté la lune k demi voilée de nuages, il se plaît h faire étinceler en mille jeux folâtres le spectacle de vives et passagères lueurs*

Délire d’une fièvre jalouse et dévorante , sombres et

plaintives fureurs de Tamour trnlii, qui naguèiieaUendmsW les cœurs d’une respectueuse pitié , Ariosle n a pour vous , même dans Roland, que fine et plaisa nie moquerie I Et toutefois il mole, croise, entrelace, dans un vaste labyrinthe aux détours innombrables* l'héroïque [idéliLéet la volage leudresse» l'affection impétueuse jusqu’à la folie et Vélfettion badine et rieuse, la noble réserve de la décence et le gracieux abandon de la volupté; semant partout, avec une profusion qui surpasse l’ ingénieuse fécondité du chantre des Métamorphoses } les couleurs , l'éclat cl les parfums; mariant à ccLtc inépuisable diversité de caractères, d humeurs ci d’aven litres , les magnifiques oppositions de la croix et du croissant, du casque et du turban , des miracles et de la féerie ; résumant enliu son époque, où ? déjà moins ennemis, ferment en I ensemble I Occident et I Orient , dans ses deux héroïnes, Rradainaulc et Angélique, dont le merveilleux contraste se continue, chez le Tasse, sous les noms de Glonndo et d’Àriuide !

Mais quel est ce drame dont Léon X se réserve, à lut et à sa cour, la représentation clandestine, se dévouant avec elle au poison de celle œuvré pernicieuse pour les faibles P Rome, bénis la sagesse pontificale I l'adultère,. justifié par I imbécile- crédulité de répoux, l'inventive hardiesse de I anumteilo complicité du confesseur, voilà ce que le Pape a voulu voir et n’a pas voulu te montrer 1 Et quel écrivain » rival du cynisme de lAréfin , se joue sî étrangement de la morale chrétienne dans les rapports indimdmU? celui- là même qui, dans les rapports sociaux, ouvertement la renie, en fondant sur La s tu ce et la violence 1 odieux système de politique désigné par son nom; Machiavel ! Ouï , celle însuflisance de la loi sainte à régler dans toute son étendue chacune de ces sphères, il la proclame par IVidsce inouïe

avec laquelle il dan ne des leçons de corruption publique et de corruption privée ; et si, dans le Pr'uice, il dévoile, comme moyens sûrs de I art de gouverner, les ressorts frauduleux et sanglans d'une fatale tragédie, il semble, dans sa comédie, vouloir favoriser, par un modèle de machination habile et vigoureuse, les succès de la séduction I L’Espagne elle -même , aux noms de ces pères d’une église prefane, ajoute quelques grands noms, Là Cervantes offre h la fois la satire de la chevalerie et celle de l’amour gravement contemplatif: avec sa figure amaigrie, son austère héroïsme et sa chaste passion , ce chevalier, sur une monture cJHanquée, cheminant triste et rêveur, c’est la personnification de l esprit, de t esprit que suit encore humblement, dans cet écuyer vif, alègre, sensuel , la personnificalion de la chair; toujours se gourmandant et tou jour» se réconciliant, ne pouvant se quitter et ne pouvant s’accorder, mailreelservileur, changeant souvent de rôle, s’en vont animant de leurs déliais le poétique récit de leurs courses hasardeuses où s’épanche une intarissable gaieté , et perce une décente ironie. Là, pour la première fois, apparaît, sous le uoui de don Juan, le type moderne de la mobilité d’affections. Saint, fils brillant de la molle et brulante Espagne , toi qui portes aussi dans tes veines le sang de ces Arabes dont la domination a laissé dans ta patrie tant de souvenirs de galanLerie I Va, de contrée en contrée, d aventures en avciiLures, Intrépide pèlerin de joie et de plaisir, propage les voluptueuses traditions qui vivent dans ton sein, et que trahit le feu de tes yeux noirs et ardens; trompe la surveillance de l’époux , déjoue la vigilance du père, dispute à l’amant son amante , et au dol même lu vierge consacrée ; élude ou brise tous les obstacles, et, toujours l’épés à la main, toujours le blasphème à

( 4oa )

|, bouche, toujours écl.lrimt du «•«*•■" nupli.l le. iuselenles amours» 6, Mie . par la mort œiiiieplcuseniout exemplaire . la soeiélô , oh lu u’écb.ppos à Œille CNlra.e. que pour semer b Ircubio, le désordre ol la douleur . .

Ëufiu Rebehiis donne en France lu signal de iiposts » de II loi morale. Eu présence du moyen âge au boni pale, b [a relie noire, ou moiaUea suslfere, il re ‘ourse >' us me eue le clm.li.ni.mo nvuil loug-icmps humiliée , Mloiiuéc niorlitiéc, en colosses MW une Gu» liixurianle de bacbreue. couleurs, revêtu. de cenlsines d «rprns de suie, de velours, de brocards cl d'aiguillelle. , .«alan dan. 1er, ,nsaliuble gloutonnerie le. prodoclion. de deux ou Ira royaumes, escalada, U les églises. |.iir..dianl lu e vœux monastiques par lu eonslruelion <1 une abbaye su. auire régie qu'une joyeuse liberté . el se gaudissont en scèrnlsleux dhcrlisscuiBns: el b leur tète. Il heurte,

Sî|il toutes choses long-temps vénérables et p»«* •; *

lanl ses graves adversaires dnn rire large, épXiom éclatant, inextinguible; grand loi -même comme t f

de celle IWille nombreuse de satiristes Mm pomsinui l’ouvre de proleslnnlismc moral, audacieusement culn-

niée parce Luther bouiîbn 1 ,

Plus familier avec Rabelais qu’avec Barueh o « ai gusltn, bon Lafontaine, lu exposes, dons une amp- e »«£ die d cent actes divers , les fortunes variées des époux et d,.a amans , dont 1rs siècles passés t’ont transmis U memmre, dont le palais drs grands et le loil des pe i s

1rs exemples conlemporains; el la naïve J, .

à la Ibis que lu ne veux ni calomnier ce monde dont la peinture, ni .paraître meilleur que lui.

dépend anl Molière règne en maître sur la sce . *

voix * évaporent consumés, ainsi qu aux approc e

flamme des idoles vieillies» ia superstition de Fammir platonique, la subi île affectai ion d'une mystique tendresse* dégénératton mensongère des passions épurées du vieil aga, les raffine me ns dtfne scientifique galanterie, et le pédantes q r ïc dé d a i n de I a be a u lé * Pu i n t de gra c e pour u ne tyrannique jalousie ! Il immole au ridicule le fana Usine de l'honneur con jugil que la bourgeoisie avait, comme une armure demi-roai liée, grotesquement hérité de la chevalerie ; et , aux applaudissement de tous ceux que ne peut attirer ou captiver le lien indissoluble et sévère du mariage # il le livre; désarmé de sa farouche austérité* h la licence d'attaques et d’écarts impunis ; il le promet déjà au scandale éblouissant de l'agression de Beaumarchais* Puis, c'est don Juan qu’il déploie dans l'orgueil de sa brillante sensualité; et soudain* par un trait de profonde satire, à son visage, enflammé de superbe et de convoitise* il ajuste un masque de contrite dévotion* dernière ressource de ce liardi prolée pour assouvir avec sécurité Fm domptable penchant qu’une morale incomplète ne peut régler, eL condamne à une infâme effronterie ou h une détestable hypocrisie ! Vienne alors , avec son appareil de vengeance, le convié de pierre ; c’est pur sa robe d'imposteur qiFiî entraîne don Juan, puni Surtout de son faux semblant de conversion, et dès lors à moitié absous de ses fougueux égiremcus. Enfin* sous les traits du Misant rope, qui prétend à Fat ta chôment exclusif d Une femme ambitieuse d hoinmnges multipliés , le poète a le courage de faire aux rires publics les honneurs de ses souffrances intimes, et la moral i lé de ne point se sacrifier, meme d<ms an dénouement fictif, cette future vive, gracieuse et volage , qu’il sent inhabile à se plier sous un inflexible niveau, LVétuit-cc pas lui qui , pressé de punir les infidélités de sa femme , répondait tristement , avec un ad-

mirai, le mélange de bonté et de pénétration ? « Ah I quand je , considère combien il m’est impossible de vaincre ce que tc .sens | our elle et de n’eu être point jaloux, je me dis en «même temps qu’elle a peut-être la même difficulté a détruire le penchant qu'elle a d’être coquette, et je me trouve .plus de disposition b In plaindre qu’il la blâmer. «

Et maintenant que l’œuvre de la destruction avance, parais, Voltaire; au nom de la philosophie, excommunie toutes les croyances arriérées , et lance au milieu de la foule éblouie de la verve caustique tes bulles d’incrédulité. Laisse, laisse nu théâtre, oii tu combats le fanatisme et a superstition en langage pathétique et noble , la dignité u cothurne, cl prends le fouet delà satire. Euripide nouveau, sois un autre Aristophane, et contracte en un r.re sardonique tes lèvres grimaçantes. Oppose un tableau des giossîères jouissances du paradis les délices raÇ inées u mondes cl pour frapper te christianisme, déjà ébranlé dans son dogme et dans son autorité, d’un dernier coup

dans sa morale , ose, ose enfin , poussé par 1 ivresse d une licencieuse dissolution , porter la main sur la vierge mtjfi réc qui sauva la France et mourut pour elle !. .. Poêle, n astu point frémi en recueillant au pied d’mi bûcher les. cendres d’une héroïne infortunée , pour, après l’avoir ranimée, la prostituer à d« cyniques dérisions? Siècle qui décernas l’apothéose au poète profanateur, as-tu donc applaudi sans pudeur et sans remords ù celle téméraire violation ? Ah i l’instant approche où tout ce qui fut saint sera désigne l’eut rage, croix, sceptre, tombe! et toi aussi, noble Jeanne, marlvre une seconde fois, et livrée aux insultes de a chair révoltée , lu expieras sous les coups du ridicule ta

gloire de ta mystique virginité !

Au milieu de ce débordement d’une société en orgie ,

Rousseau érige l'amour en vertu , cl fait apparaître , Wnde la ville de Loue et de famée, sur les lords d’un lac paisible, au sommet de rochers devenus fameux , comme de pures visions pour des yeux éhontés. Saint- Preux et Julie !*«•* Quel enthousiasme excitent leurs mélodieuses paroles ! Montagnes , n’avez- vous point gardé de leurs plaintes et de leurs sermens un retentissement extrême-* Air qu'ils ont respiré, n’èlca - vous pas tiède encore de leurs brûlantes haleines? Sites visites par eux, n avepvous point retenu la trace de leurs pas ? car plusieurs vous ont voué de pieux pélérînages; le livre en maîn , plusieurs ont parcouru vos sentiers, vos chalets, vos ombrages, et ont mouillé de pleurs les lieux mêmes que ces amans inondèrent de leurs larmes*.,. Ainsi Rousseau , qui prétendit vérifier te pacte primordial des états, et renversa, par P audacieuse fiction du Contrat social le fondement d\m ordre politique qui n était plus lui - meme que mensonge , vérifia avec une égale solennité la lé^ gilîmité du Contrat prive , et par sa célèbre fiction do la Nouvelle Héloïse , attaqua la buse d’un ordre moral qui u était plus qu'une convention poudreuse et vermoulue* Et loi, Diderot, détourne -loi aussi de la R a bel encyclopédique que tu élèves contre une société vieillie , et porte les regards dans les nombreux détours du cccur, do celle nuire Babel d’où s'échappent tant de cris coulas, tant de voix incohérentes, dont lu sais noter les secrets flccens et les larges intonations 1 Mais , pins hardi , Rousseau brise le sourd cl étroit confessloual du prêtre chrétien. Debout, la tête haute, il jette h grand bruil , b la face du monde étonné, tout ce qu'il trouve et ramasse dans son cœur , en fouillant jusque dans scs derniers replis, et il délie ses contemporains u ce concours de

vertu et d'innocence. C’est l’heure en effet d’un jugement donner! Par la voix de Rousseau , dépouillant le mensonge et incitant sa conscience à nu, la société, à la veille dVlre condamnée dans ses institutions spirituelles et tempo* relies, confesse , avant d’être violemment exécutée, ce que peut être L’homme sous l’empire d’une loi qui livre la prfe sée cl la chair h une lutte flétrissante; et, par la voix da Rousseau , elle s’absout cependant avec un orgueilleux pressentiment de l’avenir , où, glorieuse et régénérée, elle n’ obéira qu’à une morale assez vaste pour concilier tous ses besoins !

Sans doute, à travers ces expressions variées d’ affections mondaines, înLcrvient la morale chrétienne, mais terne , et sc faisant, en un coin du tableau, petite et honteuse; mais coupant la rapidité de la pente d’un étroit fossé que fra*Lchit une entraînante ardeur; mais incarnée dans des personnages secondaires, feuillets vivons que saute ou ridiculise une impatience inattentive ; mais souvent condamnée elle-même parles larmes qui elTaCcnt l’arrêt qu’elle a porté , présidât-elle à la distribution du châtiment et de la récompense. Ah ! l'église l’avait compris ! montrer au grand jour ce qu’elle nomme vice, c’est déjà conspirer contre ce qu’elle nomme vertu : pour le vaincre, il laul l’ensevelir dans l’ombre ; le punir, c’est le rendre plus attrayant encore de tout l'intérêt du malheur, v Poètes, «écria-l-elle, vous prétendez régler, d’une main ferme, votre course d’après l’étoile sacrée; mais poussée par les vents que vous avez vous-mêmes déchaînés de l’outre fatale, voire nef aborde à des rivages que vous n'aviez pas cherchés. Pour signaler l’écueil, hélas ! vous l’illuminez; et le phare , projetant au loin ses reflets éblouissa ns, attire et perd les misérables que vous aviez cru sauver. » El elle refusa, dans le drame

et dam In roman , de perfides auxiliaires. Qui , en effet, n * g?eSl pas surpris incarnant en lu'Miiëiïie les passions LuhïuI tueuses dont hii était offerte ta peinture , palpitant de leur espoir, dévoré de leur poisons, consumé de leurs feux, tour :i tour séflucieur, adultère, infidèle, et étouffant jusqu’aux remords dont fauteur fait h la lui qu il viole un poétique hom mage? Quelle que soit donc la part de la vieille morale dans f inspiration qui dicte toutes ces compositions:- poèmes , ro drniwcs, odes, chansons, coules, élégies, où 1 Clivent» sous mille couleurs , les traits épars et discordons des dent grandes physionomies que nous avons caractérisées, voilh , * côté de faustère Évangile du Christ , les pages innombrables d’un profane Eiiïfcgàe, &ixq4ettes la société demanda avec une insatiable avidité une tfünnc nouvelle d’amour, cb joie et de volupté: tètes, concerts, bals , théâtres, voilà les sofnimVés, Voilà les temples oh elle s abandonne au cli arm * d’une ravissante communion ! Romanciers, poètes, acteurs, voilâtes apôtres, voilà les piètres dont elle savoure les paro* les, reçoit avec cou fiance les leçons, partage avec transport les délicieuses émotions ! Et celle religion a aussi ses mur * ïyrs dans ces personnages qu elle dispute avec une crois* sanie énergie h la loi qui les persécute de sa vengeance et de ses damna lions.

Voyez don Juan ! tant rie fois foudroyé , est 41 enfin ter rassé I1 Sous un nom nouveau, toujours grand, mais d ilû y grandeur moins brutale et moins terrible, parce qtfil nest pins en luUe ouverte avec le ciel cl la terre ; déjà prenant faveur auprès du monde, et plus souple, plus fécond en ingénieux artifices, plus gracieux dans ses séductions î il remplit des alternatives d’une audacieuse cl perfide agrès * si on, balancées par une opiniâtre et prudente résistance , un vaste roman que le magnifique déphnement des deux na

turcs, inférieures flans m'm Ilowe et son amant, mais belles, fortes , poissantes dons Lovcloce et Clarisse , élève au premier rang des épopées delà vie i n cl ïvidi telle , Iliade sublime du foyer domestique,*.' Love lace et Clarisse! Ouï , dans ces deux personnages FhunuiniLé est vivante , et leur histoire est sol en nette comme celle du choc de l'Asie cl de 1 "Europe, À ce récit s'émeuvent les libres de Ions les cœurs: eL tous prennent parti pour l'un ou pour Fautre , livrés par leur passion b une réciprocité de dédain et d’aversion, de mépris et de haine. Oh ! je le demande , n’avez-vous pas gémi de la déplorable fatalité qui tous deux les pousse h se chercher et b expier, par une mort prématurée , la démérité de leur lutte irréconciliable? Ornés de dims si précieux, ils semblaient si dignes de vivre d'une vîe satisfaite, glorieuse, paisible, pleine d’allégresse, pure, brillante, chacun selon son génie; et b la fleur de leur âge, lorsque leurs jours semblaient marqués d'un heureux avenir, pour s Vire rencontrés, ils périssent !... Ah ï si vous avez adoré dans Clarisse les trésors de sagesse, de douceur, de délicatesse , qui s'épanchent de son ame, si vous avez amèrement pleuré lorsqu’elle rentre dans la maison paternelle, profanée ei morte; si pour la venger vous vous seriez senti le cœur et le bras du colonel; si quelquefois encore, au souvcnlrde son trépas, vous avez des larmes dans les yeux, comme si elle vous avait été connue, que voire pitié vous éclaire ! CVsl toujours h une Clarisse que s’at laque un Lovelnce, ainsi que Forage, avec ses sillons enflammés et son souffle impétueux, s’en prend à un arbre d’une cime inflexible et hautaine, et épargne le frêle ton de rase; cessez donc, eu lo flétrissant dans sa brillante mobilité, tic le provoquer à un combat funeste,,. Quel est, en effet , ce Lovclace qui , loin U'Oirc subjugué par l a$-

cenrîant d'une femme vertueuse et belle en Ire tontes les femmes, exerce sur lange, dont le secret orgueil s 'était proposé sa conversion, un pouvoir fascinateur, l'égare, et ne pouvant [’cn traîner dans l'abîme, la lue du moins par Pou l rage el par la douleur! Quoi ! elle 11'a su ni le corriger, ni meme trouver grâce b ses yeux? AhI que la grandeur d'une si noble victime vous révèle la puissance du sacrificateur qu'on ne peut impunément méconnaître! Un miracle du ciel n'a pu convertir don Juan : Une femme, miracle de la terre, s’est brisée contre Lovclacc en prétendant le réformer. Qu’il meure donc, afin que son crime ne soit pas impuni; mais lorsque l'épée est la dernière raison qui resle contre lui, même sous le fer vengeur, aussi bien que Clarisse sur son clinr funèbre, il triomphe dans son invincible nature !

El Richardson a-t-il fermé b don Juan la carrière poétique? Grâce à un barde de l'Angleterre même, don Juan reparaît, dans une aventureuse Odyssée , avec lu glorieuse insolence de son 110m. Quoi ! du théâtre au roman -, et du roman au théâtre, si long temps errant, el livré par tant de poétiques accords a une célébrité vulgaire, le choisir pour héros l'adopter pour amî , o Ryron ' n'est -ce que débauche de génie ou vaine bravade de l'opinion qui le flétrit encore ? Qu'importe? Souvent , avec ses feuilles légères , le poète abandonne aux vents un oracle , et souvent le nom que dons ses jeux il laisse de sa voix émue s'échapper plus sonore, va droit frapper un Goliath au front! Mais lorsque complaisamment il arrête ses regards sur uue physionomie, s'empare d’un personnage, l’anime de ses fécondes caresses , eL s’épuise de sa v.c, la vie d'un poète csl-ce si peu de chose, pour la faire, brulanie et Colorée, passer dans le coeur, circuler dans les artères, cU’épaaoqir à la face dû celte créa-

tîon à laquelle, par une merveilleuse incarnation, il se voue loul entier; aveugle, aveugle alors qui ne sait pus , dans celle transfigura lion solennelle, découvrir la révélation du génie! Ü Ilyron! nVs-lu pas ce noble (ils de l Occident que l'Orient toujours attira, fier justement d’appartenir par la naissance à l’ Écosse et b l’Angleterre, puisqu’il la fois tu sus reproduire le cliarmo mélancolique de la muse voilée qui inspira Ossian , et les splendeurs de la lumière qu’invoqua Millon ? Touché des gloires de l’esprit et de, l'admiration décernée i» les vers, mais épris des grâces du corps, et déliant les zoïles à une injure aussi onlrngense pour toi que la difformité notoire , n’ os as-tu pas encourir le reproche d’une fatuité sublime , en rendant chez toi-mème un culte à la beauté? Patient ù descendre cl à remonter les graves spirales de la pensée, mais ardent aux transports de riantes voluptés, si Lu rêvas toujours une alleclioit prolunde, constante , inaltérable , ne cédas-l.i point h lu fougueuse vivacité de les penchait»? Époux d’un jour, auquel le divorce rendit sa liberté, ne vis-lu pas se liguer contre loi la sagesse de la Grande-Bretagne, nouvel Orphée que déchira de ses accusations la pruderie en fureur? Va, ton cœur, ton génie, ton essor ne peuvent sc borner au cercle limité par lu croix ! va donc, et afin de résumer dans une figure colossale tout ce qui le manqua, ressuscite, en lace de l’autel b demi brisé du Christ , don Juan affranchi désormais des terreurs d’une impuissante damnation ! Mais tandis que lu contes ses vagabondes ardeurs, d où vient, n poète, qu cuire tes récits éVmcelaus de grâce et de séduction passe et repasse incessamment, ainsi qu'un fantôme railleur, Ion ironie amère, réduisant au néant les joies que lu fais envier loimême lu effeuilles les roses dont lu le couronnes, et d nne main remplissant sa coupe de délicieux etiivremeus, del au-

tre tu h vides avec dégoût, comme si b sa surface, au lieu d'une mousse pétillante ei parfumée, IcnueuLiït une lie impure ! {le happé b rpp pression de ta toi chrétienne, don Juan semble éprouver un nouveau supplice. Au bizarre accouplement de ses liber Lés folles cl do ses sarcasmes désola ns, on dirait qu’il ne peut trouver dans Ja satisfaction de sa glorieuse mobilité , encore privée de sanction et de régie, ce bonheur qu’il a poursuivi, qu’il cherche, qu’il appelle.,,.. Poète, qui le célébras de tes derniers accens, cl laissas h Fa* venir le soin de dénouer Ion poème inachevé, ahl ne Faf7 tu point légué, libre aujourd’hui de la réprobation du révélateur antique, niais accablé de son propre désenchantement, à la féconde sympathie d'un révélateur nouveau?

Ainsi , aux cris solennels du l’anathème religieux, aux chants énergiques d’une glorification poétique , Othello et don Juan , soutenus chacun par de hautes autorités, se heurtent, mènent b la mêlée la foule qui se range sous eux, et font retentir Fair d’injurieuses clameurs et d^ réciproques malédictions.

ü Bénie soit h jamais , s’écrie Othello, la toi que la sanction des siècles rend digne de nos hommages ! Malheur, malheur au monde , qui chaque jour plus corrompu, nous offre peut-être, dans le désordre immense de sa vie irrégulière, les convulsions d’une prochaine agonie! Àh ! pour lui point de salut sans un prompt retour h l'antique morale! elle est la colonne qui soutient l’édifice social ; sans elle, tout périrait , et périrait dans la fange! seule elle est %«tim< *, seule, émanée de lot , o mon Dieu ! et si Satan existe^ c’est dans cc don Juan que je le vois, que je Fc n tends, que je veux l’écraser! »

« Loin, loin de nous, s’écrie don Juan, tout frein qui gène le déploiement de nos désirs ! Est-elle donc légitime la

loi qui étouffe nos pencha ns? Arborons l’étendard de Vindef pétulance! Et que vient -oh nous parler de Satan? Si je hais Satan j c’est dans l'hypocrite austérité d'une tyrannique sagesse! Non, Satan n’est plus un serpent monstrueux, enlaçant et broyant scs victimes de ses replis, tuant de ses noirs venins , et rampant dans la houe fétide et sa® plante des antiques bacchanales ! il est détrôné de l'infamie; niais H tient encore le sceptre des plaisirs, C c4 lui «pii inspire à la vierge le secret espoir de faire partager sa naïve admiration pour sa beauté; au jeune homme, là soif «les jouissances qu’il paierait de sa vie. C’est lui qui allège pour les époux le poids de leurs chaînes, et qui préside! ces innombrables unions dont les nœuds flexibles et vagabonds, parés d'une verdure éphémère, enlacent sans étreindre et n’ont qu'une saison. Il est Taine de ers spectacles enchanteurs dont nous faisons nos délices, de ces chants passionnés qui agitent nos cœurs de vifs tressa il le me ns , et de ces danses voluptueuses dont la chaîne vivante se replie en gracieuses sinuosités, Satan ne porte plus un diadème brûlant de feux sinistres, mais une couronne de fleurs; c’est à lui sent que je rends un culte, et ce culte est celui de la libertêl »

Types impérissables de Thumanité , tous deux offrent en eux, sous l’aspect moral , le génie de la stabilité et celui du mouvement. L'un veut conserver f l’autre innover. Othello est Va&solutiUç de la morale; don Juan en est l'anarchiste*

Or entre eux se balance une masse flottante , sc teignant à la fois de leurs couleurs opposées, et sc livrant aux deux influences qui souillent sur elle et la partagent en courons contraires ; masse formant le fonds de Thuiiumité , et facilitant raecooiplîssenient «lu progrès par sa disposition h se prêter, au prix même de Tincohérçnce , aux néces-

sliès t3 il mouvement et de la conservation ; éminemment gouvernable , mais éminemment impropre à gouverner, c’est à-dire h concilier cl à diriger; ne réglant jamais la société que dans Tin 1er règne de deux ordres religieux, politiques, moraux; pondérant par une sorte de mouvement mécanique les élémens du progrès, jusqu’à ce qu’un moteur plus puissant leur imprime une harmonieuse impulsion ; en un moi, dénuée du caractère auguste de médiatetuy , n’ayant que celui de juste-milieu, et toutefois sc vantant avec une jactance à demi contenue de sa modération , de sa raison, de sa sagesse ! Écoutez , écoutez ! car entre les deux types extrêmes que vous avez entendus, si celui-ci pouvait s’exprimer avec sincérité, voici cc qu’il dirait ;

* La loi morale chrétienne est la base de In société; respectons la morale; mais il faut être de son temps, gardons* nous de rompre avec le train du siècle. Je professe donc pour les principes une vénération extrême; mais tour à tour je corrige la rigidité de !a (Morte par un relâchement convenu dans la pratique, et le relâchement de la pratique par un immuable respect de la théorie. J’ai risqué peutêtre d être un don Juan ÿ niais j’avorte en débonnaire OLhello, comme il m arriva de m’essayer h l'adoration de la monarchie constitutionnelle par un lunule jacobinisme. Et tnoi aussi j ai été en morale républicain; mats depuis que In fougue de ma jeunesse s’est apaisée, je déteste l 'anarchie, j’invoque la toi , et j’ai au cœur une secrète terreur des in* vasïons de la république > car je sais tout ce qu’a de contagieux sa brillante exaltation. Je veux donc les mœurs, je prêche les mœurs, j’nffiche les mœurs. Pourtant entre le juge inflexible de la loi chrétienne, et le monde avec scs usages impérieux , je m’érige en juré* je tempère ,

f fif de faciles dérogeances, Fapplfrnliofi rigoureuse dn texte encré; et moi-méme soutant en moi deux consciences empiétant Ttine sut I’miIhï par de perpétuels combats, j*cn règle la perpétuelle capitulation. — 0 sagesse ! ô pudeur! dit Fune, soyez à jamais vénérables et sacrées l ^Peintures voluptueuses de la beauté, poèmes oh respirent de èédulsarfles amours enveloppées de voiles diaphanes, spectacles délicieux de ravissante magie, dit l'autre, je veux vous savourer èncore — Nœuds sacrés de l'hymen, touchante fidélité, dit la première, puissiez-vous triompher des injurieuses ôt* toques qui vous sont prodiguées l — Charmes piqunns de finconstance, dit la seconde, le mariage n est que la plu&sfaieme Ues chose a bouffonnes ; et pourvu que le crime, si c'est de ce nom qu’on appelle l’adultère, soit, sur ses bords, doré de convenances, il cesse d'en être un ! Aussi pour mettre ordre à celle contradiction incessante de mes deux consciences, je parle hautement d'après l’une , et j’agis en secret d'après P attiré. Faut-il m'expliquer enfin sur un sujet dont le nom seul effarouché les oreilles délicates, sur la pTostitutiüù, je déplore celle plaie épouvantable de la société; mais je la déclare nécessaire, fatale, éternelle. Et ne vaut-il pas mieux abandonner une vile pâture aux appétits charnels et désordonnés , pour m cl Ire à l’abri des atteintes de la luxure la précieuse chasteté de nos épouses et de nos filles;1 Entre V ordre antique dont je veux le maintien cl la liberté que réclament les profanes exigences de la société , je cherche ün commode équilibre , dont prudemment j accepte les molles oscillations, partisan timoré A une ifitasi-léguinuté morale. Ah! sachons courageusement accepter mi breuvage qui soulève nos répugnances; fart est de le délayer et de FêSlitcoivr par un habile amalgame, au point de s'en dissimuler l'amertume. Malheur, malheur k tous ceu# qui tou**

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cHeraietit à FàÉchë êainte î II est si facile de la voiler ! Oui, je préféré contre clic l'agression des actes à celle des théories' les actes laissent encore debout Fcpau vantail sacré qui peut seul prévenir les désordres dont noire sécurité serait altérée? mais les théories menacent de le réduire en poussière; et puisqu'il est permis , en se haussant à un fastueux éloge de la vertu t do calculer le bon coté du vice, je veux, j’exige qui* tout jamais elle demeure officiellement adorable, la vierge pure que nous offre l'Evangile* sîmfà la farder ità Faflfabhif1 de quelques oripeaux. Enfin, je le dis bien bas, mais c'est vérilé pure, le jésuitisme serait aujourd'hui de trop parmi nous; car sur nous , en disparaissant, il a laissé tomber sou manteau ! et voifS la modération, voila ta sagesse dont je possède F admirable secret : je vote donc de toutes mes forces pour le sialu (jtto en morale ! *

Je le demande, est-ce sous I empire d’une règle assouplie h de continuelles violations, est-ce au seîn d une anarchie morale, tempérée seulement par le mensonge et par F h) pocrîsîe, que la société, sans aulrë saticlion de lani de joîcs aujourd’hui dé s or données qu une molle tolérance ou que l'impuissance de la répression * peut se reposer avec sécurité, et s’applaudir de sa sagesse comme du dernier root de l’ëlemel le raison ? Que chacun s’interroge et regarde ! Visages gonflés de pleurs, cœurs saignons de tortures , devoirs rudes à porter, désirs familiarisés avec le grand jour, exaltai! où# ardentes» jusqu’au délire , ou refroidies jusqu’à Fin différence , tendresses jalouses jusqu’à la cruauté , aversions réciproques face a face enchaînées, affections vénales h l'enchère ou à prix fixe, scandales (lagrans dont la nudité est sans insolence, douleurs émoussées jusqu’à Fimemibüilé» bassesses blasées sur la boute, voilà

ce qu’il verra autour de lui, en lui, à côté de lui, et quelquefois jusque sur sa couche, au ses yeux, avant de se fermer, roulent des larmes solitaires que nul baiser ne peut tarir ! et après avoir envisagé lout ce qu’une effroyable notoriété constate do désordres eide souffrances , qu’il frémisse en songeant à tant d'angoisses , de crimes , de pas siens , de vertiges, qui frappent des coups secrets , sucent le sang dans l'ombre, brûlent sans jeter de flamme, consument sans explosion , et passent à ses côtés enveloppés d’une morne impassibilité ou sous un masque de sérénité cl d’honneur; qu’il songe b ce drame immense, épouvantable, ténébreux , qui n’nppar&U pas sur la scène sous des noms d’acteurs connus, mais qui , sans relâche, accompli à l’écart, traverse le monde en échappant à ses regards et h sa justice ! et qu i! ose, qu’il ose alors déclarer que pour mettre un terme h tant de vices, d’excès et de maux, en donnant une satisfaction ouverte, sainte, légitime, à tous les penchons qu’il ne faut pas écraser et mutiler, mais développer et régler , Tintant n’esl pas venu oit doive apparaître le PRÊTRE *\OÜVEAU !

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