AFFRANCHISSEMENT DES FEMMES
Dans ma dernière prédication * je me suis attaché h vous faire sentir la nature do notre moralité.^ cl quelle sera dans l'avenir* quelle est dès aujourd’hui* parmi nom, l'action du prêtre pour moraliser le fidèle. Ces questions dominaient toutes les autres; j'ai dû les éclaircir et les développer devant vous avant de vous parler de raffranchissement
de la femme et de sa condition dans la société de l’avenir* Aujourd'hui j’entrerai dans celle voie nouvelle ouverte b notre apostolat. Je viens prendre ma part de celte tâche glorieuse proposée par notre P1:ivk Enfantin au dévouement, à l*a mbi Lion , à l’amour de tous scs fils. J’ai hâte de faire entendre aussi ma voix dans une cause aussi sacrée; j'ai hâte de montrer tout cc que la condition actuelle de la femme produit dans la sociéLê de douleur et de désordre, de tyrannie et de mensonge; j’ai luUe de vous faire pressentir comment la noblesse, la loyauté , la pure Lé, le bonheur reparaîtront dans toutes les relations des deux sexes, aussitôt que la loi du mariage établie par le Christ et se^ successeurs aura été modifiée dans ce qu’elle a de contraire à la nature humaine, et remplacée par une loi nouvelle, basée à la fois sur l’égalité sociale de l’homme et de la femme, et sur la réhabilitation des besoins cl des jouis* sances de la chair.
Je sais qu’eu accomplissant cette œuvré nous verrons notre but méconnu et nos intentions calomniées. — Une voix qnï nous fut bien chère a déjà promis à nos fronts une couronne de botte en récompense à nos travaux. Ah! je sais que les chrétiens, après avoir répandu par le monde une première parole de paix et d’amour, se firent un jour les accusateurs intrépides delà société païenne , les accusateurs de ses vices , de scs vertus , de scs pinux I Je sais qu’ alors une horrible clameur s’éleva de toutes parts; et je sais aussi qu’à ces cris insensés le courage des chrétiens s’éleva jusqu’au plus sublime héroïsme. — C’est pourquoi, lorsque nous venons remuer lu base delà société chrétienne, quand nous venons de la même parole attaquer à la fois ses vices et ses vertus ; car, si nous ne voulons plus que dans Hiu-
inanité la chair d'aucun homme, d’ancune femme soit asservie, souillée, profanée , nous entendons aussi que Hjumaiitïé désormais ne soit plus fié trie, crucifiée» mortifiée
dans sa chair . ; lorsque» dis -je ,nous venons condamner
de la société chrétienne tout le pçu cjui lui reste de sa morale eX de son dieu, je m’attends Lien qirauLqur de nous aussi va surgir une horrible clameur* Je m y attend#* 11 fauLà notre voix, pour la renforcer, un large accompagne* ment* Mais enfin nous, qui venons donner à la femme ce qu’il lui fa ut de puissance et de liberté pour travailler direclememi» Pallranchisseuienl, à l'amélioration du peuple, pourquoi noire voîx manquer ait-elle d’une sainte assurance, et pourquoi nos fronts, en ul tendant la souillure qui leur est promise, ne se couronneraient-ils pas d'une. noble impudeur ? . depuis surtout, depuis que nous avons en¬
tendu quelqu’un de vos législateurs , (fit etifuim de vos représentons f messieurs , du haut de la tribune nationale annoncer au monde qu’aux horribles souffrances de la classe la plus nombreuse il n’ avait pas , il ne savait pas de plus puissant remède que b luxe immodéré et les vices des riches 1 — Pour moi , les entendant parler un lel langage » je ne veux pas profiter de Fa van Loge qu’ils nous font pour renvoyer h ces hommes leur accusation d’immoralité, Àhï je leur tiens trop de compte de leur profonde ignorance des misères et des vertus du peuple*
Le principe fondamental de la morale chrétienne, en tant qu’elle règle les rapports des sexes * c’est l’amour exclusif La loi du mariage chrétien, c’esi l’union & tout jamais indissoluble des époux* Selon b christianisme compris et pratiqué à la rigueur, l’homme vierge et la femme vierge» vierges tous deux de corps et de pensée , doivent trouver
de prime al or cl , h travers loulc l'humanité, celui ou celle qui devra faire le bonheur de toute leur vie*
Je nie hautement tout ce que ces principes et celte morale oui d'absolu. En d’au 1res termes je nie que Ciimowt exclusif d’un seul homme pour une seule femme et pour toute leur vie soit une loi ou meme une tendance univehselle clans Piiumaflilé,; je me que ce précepte soit coqforme cL applicable h. la nature de tout homme et de toute femme sans exception.
Je le dénia n de à tout homme de bonne foi , je le demande à toute femme qui a profondément compati aux souflVances de son sexe, je le demande h. tous : si nous étions en présence du christianisme dans sa vigueur et sa pureté primitive » ne suffirait-il pas pour le combattre et pour le renverser de rappeler ici que le christianisme a proclamé te célibat comme la condition sociale la plus élevée et la plus agréable h Dieu Pl'ïe disputons pas ici entre protestons et catholiques : pour tout préire chrétien, de quelque communion qu'il soit, la vie de Jésus est ïeplus beau modèle que Thu ma ni lé puisse se proposer? Or, selon la foi chrétienne, Jésus, né tPuneiucrg^ est.Iui- même demeuré vierge. Je dis donc qu i! nous suffirait, pour combattre et pour renverser le principe de l amour chrétien , de constater qu’une religion qui a vu dans le célibat la condition la plus favorable au saint et la plus voisine de là perfection „ était trop ignorants de la nature humaine pour avoir pu donner au mariage une base complète et définitive.
Mais notre tache est plus facile encore que je ne Vai supposée ! Grâce a Dieu , nous n’avons pas grand1 chose h coim battre el h renverser, et ce serait bien à tort qu’on voudrait voir dans IVuvre que nous accomplissons, par rapport h
la momie, quelque chose d’analogue à ce que les révolutionnaires des trois derniers siècles ont fait en politique et en religion. Si les premiers nous osons constater hautement l’impuissance de la morale chrétienne h faire le bonheur de l'humanité, est-ce h dire que nous poussions l'humanité dans une orgie , et que nous donnions le signal de l'anarchie cl de la terreur morales? Mais croit-on sérieusement que l’ordre social et l’ordre religieux auraient pu être impunément renversés , sans que la loi morale eût reçu dans les cœurs de profondes atteintes ? Parce que nous avonsHous aujourd’hui moins de franchise que nos pères , pense-t-on qu’il ne soit rien resté dans nos mœurs des exemples qu’ils nous oui laissés? Parce que celle brillants noblesse a disparu , qui , dans son superbe dédain pour le reste de la nation , étalait au grand jour ses vices aussi bien que ses vertus , croit-on qu’après la bonne et joyeuse vie qu’a menée le bon noi , qu’après les faiblesses du grand Roi, qu’nprès les saletés incestueuses du Régent , qu’après les interminables orgies de ce roi bicn-aimc qui , sans respect pour les privilèges de sa cour, alla chercher les hiles du peuple jusque dans des lieux de débauche, pour leur protituer sa personne royale à la face de l'Europe ébahie; croiton qu’après tant et de si éclatans exemples, quelqu’un au monde puisse prétendre encore à donner le signal de la dissolution morale ? — Je le répète , l’œuvre critique , l’œuvre de démolition aveugle a été faite et poussée aussi avant dans l’ordre moral que dans l’ordre politique et religieux. Sous ce triple rapport , notre situation en présence du monde est la même, et notre rôle est identique.
Par rapport à la religion, les classes supérieures avaient applaudi pendant long-teius au dévergondage de la philoso phic voltairicnne; mais h la fin elles s’aperçurent que la
religion était bonne m moins pour le peuple, elles comprirent que dans une société oh le peuple, dépourvu d'éducation et de (onction sociale. Ira vaille au jour le jour, assiégé par la faim et la misère, il était très-bon, trèsutile , très -convenable que le peuple eut foi dans une religion qui apprerid h l’homme h souffrir et è se résigner. Et alors elles concoururent de tous leurs efforts h la restauration de la religion chrétienne en France. C’est pourquoi nous sommes venus dire aux classes supérieures : «Ln religion chrétienne doit disparaître pour faire place îi une religion plu* grande et plus belle. Le sentiment religieux chrétien , le sentiment de la résignation au mal est épuisé. Le défendre encore, c’est mentir à Dieu et h l'humanité; car le temps est venu où tous les hommes vont se sentir unis, liés dans une destinée commune, une destinée de progrès sur In terre , une destinée de joie, de richesse et de bonbeur. w
En politique la bourgeoisie, après avoir marché longtemps h la tète du mouvement libéral . après avoir proclamé avec ferveur l'égalité sociale aussi long-temps qu’elle a vu quelque inégalité au-dessus d’elle; la bourgeoisie « sent avec terreur pressée par les conséquences des principes qu’elle a posés. C’est elle qui porta les premiers coups à l’ordre social; c’est elle qui la première a réclamé la destruction des privilèges; mais voici qu’ayant méconnu l'hérédité de la couronne , ayant aboli l’hérédité de la patrie, ayant, dans sa joie imprévoyante, arraché une il une les vieilles pierres qui soutenaient l’édifice; voici que la bourgeoisie consternée découvre enfin la dernière , et que sur celle base suprême elle contemple avec effroi ces mots: Privilège de la naissance, hérédité delà propriété. Ah! alors h bourgeoisie s’arrête en son œuvre de destruction; «•
crie avec douleur qu’il ne s’agit plus désormais d’une questîon de ministère ou de dynastie. qu’il y va de la vie de IsP société tout entière. El la bourgeoisie de se ralliera un système de restauration ou de quasi-restauration politique* se croyant déjà menacée, tant la peur peut fausser les esprits les plus sages ! $e croyant menacée d'une autre invasion de barbares. C’est pourquoi nous venons dire aux bourgeois : a Voire halte, est légitime et vos craintes ont leur excuse, puisque vous, ignorez encore sur quelle base s’élèvera l’édifice de l’avenir* Mais n'espérez pas sauver la société en étendant h tout le peuple des droits politiques dont il se soucie peu , on meme en lui procurant de P ouvrage. Pour que la société soit sauvée il faut qu’en fin le peuple ne demeure plus votre salarié, mais qu’il soit votre associé. Puisque le sou venir des barbares est venu troubler votre quiétude, souvenez-vous donc aussi que P empire ma pas pu sc sauver en oflrant aux barbares ce droit de citoyens romains que les barbares n’enviaient guère depuis qu’ils avaient planté leur étendard vainqueur au haut du Capitule; souvenez-vous que l’empire no fut pas sauvé non plus pour avoir procuré de fotmtvtge aux barbares en les prenant è sa soldé , mais que la civilisation n’échappa d’un complet naufrage que par l’apparition d’une vérité nouvelle, par la prédication de l’Evangile, qui, devenant tm gage d alliance entre les vainqueurs et les vaincus , permit è un ordre nouveau de s’élever sur les débris de l*ordre ancien* »
En religion comme en politique , si nous condamnons ce que nous a légué le passé , cVst que nous annonçons, c’est que nous apportons quelque chose de mieux pour Pavenîr. Il en est ainsi en morale.
On a essayé aussi , cl non pas !*flns raison , d’arrêter les
progrès de la dissolution que le dernier siècle avait opérée •dans les mœurs. En mou à le aussi il y a eu de la part des bourgeois une quasi- restauration. A la vérité les hommes n’en sont pas revenus «prendre pour règles de leur propre conduite les préceptes moraux de l’Evangile: la chasteté, ta constance , lu fidélité; mais ils continuent de les prendre pour hase de tous les jugeœens qu’ils portent sur les femmes. Comme les seigneurs de l’ancien régime , tous nos fils de bourgeois se glorifient de leurs conquêtes et se vantent de leurs bonnes fortunes ; mois pour l’honneur et le maintien de la morale publique , ils trouvent très-utile que la pauvre fille qui n'a pas pu résister è la séduction soit notée d’infamie. Pas un d’eux ne voudrait pour beaucoup prendre femme avant d’avoir largement pratiqué ta vie; mais quand ils songent à so reposer dans le mariage de leur liberté folle, ils sont au moins aussi scrupuleux sur la conduite passée de leur future épouse que sur le montant de sa dot. Ah 1 c’est pour cela que nous prêchons l’affranchissemenl de la femme; c’est pour cela qu’en vue de l’œuvre religieuse à laquelle toute femme peut désormais consacrer sa vie, je viens solennellement proclamer libre, libre de son amour et de son corps, toute femme qui a été livrée ou vendue , achetée ou prise. Et ne me dites pas qu’ignorant encore le code de la pudeur et des convenances , puisque la femme u’est pas encore h nos côtés; ne me dites pas que je suis sans morale, et que je n’ai pas le droit de faire ici fe procès a la vôtre; car, je vous le dis du fond de I aine , j ai reçu du chef de la doctrine , et Ions nous avons è l'égard de la femme uno moralité supérieure u celle de tous les hommes qui nous ont précédés; car nul avant nous n’ayant été comme nous pénétré de la foi à l’égalité sociale de l’homme et de }n femme, nui n’a pu sentir dans la femme et
respecter cil elle la dignité humaine aussi profondément que nous* Les hommes animés d'un pareil sentiment ne se conduiront jamais en maîtres h l'égard de la femme: toujours ils réprouveront de toute leur puissance, flétriront d'un juste anathème tout ce qui pourrait le moins du monde ressembler à la séduction ou bien à la violence; et aussi ils n'accepteront jamais d aucune femme un amour iV esclave* un amour qu'on ne puisse montrer et dévoiler avec gloire au grand jour.
À la vérité nous ne prête o don s pas régler définitivement, les rapports de l'homme et de la femme, aussi long-temps que la femme n'aura pas uni son inspiration h ht noire. La loi chrétienne laissait la femme sous la dépendance de l’homme , et c'est là précisément la raison profonde pourquoi Christ a pu produire sa loi morale sans le secours de la femme. Mais nous qui appelons la femme ii l'égalité, nous mentirions h Dieu et k nous- mêmes si nous prétendions instituer une morale complète et définitive avant que la femme ait été mise en état de parler sa7is crainte et d'accepter librement la loi morale.
Tout le Lut de nos efforts est donc en ce moment de donner la femme conscience de sa force et de sa dignité , afin qu'elle dise sans honte toutes ses souffrances et tous ses désirs. Comme Jésus apportait aux femmes un premier degré d'émancipation , il se sentit ému d’une tendre pi lié pour la femme qui avait péché contre la loi de l'oppression antique, et il porta défi an monde de lui jeter la première pierre. Nous ferons quelque chose d'un peu plus grand. Comme nous venons accomplir l'émancipation de la lemmc, nous donnerons h toute femme la puissance de parler, afin qu'elle même porte défi non pas seulement b ses bourreaux, mais b ses juges. Oh l quand In femme aura la force de par-
1er, surtout la fille du peuple, celle que sa pauvreté tient en service cher, le bourgeois, chez le propriétaire , chez le le magistrat! alors, nous connaîtrons lu moralité do ce* hommes qui sont sans pitié pour la femme, et qui lui font des devoirs au-dessus de ses forces. El nous saurons aussi ce que coûte 5 l'humanité celle morale publique dont vos lois sont si jalouses , quand les fim.es pcbliqoes viendront raconter comment elles ont été perdues, quand elles viendront nommer qui les a séduites et qui les a délais-
Oui, les filles publiques ! et pourquoi craindrais- je d’en parler devant vous? Ah ! mesdames, les filles publiques ce sont aussi des femmes. Hélas ! je me trompe : celles qui ne seront jamais épouses chéries cl mères respectées, ce ne son! pas (les femmes ! ce ne sont que des filet ! Mais enfin ce sont les filles du peuple. Oh ! qui donc a cru, dans je ne sais quelle brochure publiée il a six mois contre les prétendus disciples de Suint Simon , qui donc espérait nous écraser en jetant au monde, sous un style d ' Apocalypse , cette prévision, que nous plongerions jusqu’il la septième boue pour y chercher in chair banale des carrt fours. Cette chair nVst-ce donc pas h. chair du peuple 1 Oh ! oh! le peuple ! le pauvre peuple ! ils disent quelquefois qu’il est exempt des contributions directes. En effet il n’a pas de fermiers, lui, ni do local aires , de terres ni de maisons douL vous puissiez imposer les revenus. Mais le peuple exempt de contributions directes : et n’est -ce donc pas sur ses fils que vous comptez pour remplace les vôtres sur les champs des batailles? N'est-cc pas, ô dernier degré de honte cl de misère, n est ce pas sur les filles du peuple . sur la rnosTiTtmo» de ses filles, q-,.e souvent vous comptez pour garantir d’uu danger trop pressant V honneur de vos filles et de vos femmes? U peuple
exempt de contributions directes) Mais il contribue de son sang, de sa chair, de sa vie* là ou vous ne contribuez que de voire argent*
Vienne donc la femme qui aura la force de parler ! eûtelle emprisonné sa vie dans la chasteté chrétienne ou bien eût-elle dans la boue roule sa liberté * pour sa voix affranchie, siESsiEURS I ^obtiendrai le silence.
Cette prédication est souvent interrompue par les applaudissemeiis de rassemblée. Le prédicateur donne ensuite lecture de quelques passages de l’un des écrits de M. Charles Tourte r, renfermant des vues avancées sur les femmes.
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