Religion Saint-Simonienne enseignement central
Col ensenrnement esl fait par MM. Carnol et Lechevalicr, membres du Collège ; il a lieu une • fois par semaine, dans deux endroits différons : le jeudi, h une heure et demie, place de la Sorbonne; le samedi, h huit heures cl"dcmie du soir, rue de Grenclle- Sainl-Honoré, n° 45 -
Nous donnons ici l’introduction et la première le çon, telles <|u’elle.î ont été prononcées îi la Sorbonne par 51 . Lechevalier, le jeudi 20 janvier, en présence
d'une nombreuse réunion, composée en grande partie d’éiudians de toutes les écoles.
IXTitOBL’CTIOS.
Situation actuelle de la France.—Position de la religion Saint- Simmilcnno dans le inmivcment général des peuples. — Fondation et propagation de la religion Saint-Simoniennc.— Caractère nouveau de Renseignement qui commence. — Mission de ceux à qui il est confié.
Messieurs ,
La famille entière des hommes , l'humanité , souveraine du globe qu'elle habile, parcourt à travers les siècles une carrière de développement et de progrès. Dans cette épopée immense, chaque rare, chaque peuple , chaque humilie, vient remplir à sort tour le rôle qui lui est assigné selon sa propre nature: et, jusqu'au moment de l’association universelle, DIEU, le Dieu VIVANT qui toujours crée cl jamais ne icpnse, noue et dénoué incessamment celle action pleine d’inicrèl et de mystère, qui est la vie de J’humanilc.
Cette vue de l’humanité et de sa destination est notre
point de départ comme elle sera notre point (l’arrivée ; c'esl là l’étoile polaire selon laquelle il faut s’orienter pour comprendre les événemens du monde et y choisir un rôle.
Placés ainsi au sommet de la pyramide où nous élève le génie de SAINT-SIMON, regardons autour de nous’, et nous serons frappés du plus grand spectacle qui jamais se soit déroulé à la face des hommes. Partout où l’œil peut s’étendre , au midi comme au nord, au levant comme au couchant, partout où vivent des hommes, partout où il y a des oppresseurs et des opprimés , des races privilégiées et des races proscrites, des peuples conquérons et des peuples conquis, des hommes qui naissent rois et des hommes qui naissent sujets, des seigneurs et des serfs, des maîtres et des esclaves, des bourgeois et des prolétaires , partout les populations s’agitent comme les Ilots d’une vaste mer, et s’avancent au milieu de la guerre et du sang, sur une roule incertaine et vers un but qu’elles ignorent.
Dans ce mouvementée tous les peuples, quelques points centraux se distinguent où l’irritation est plus forte, où l’orage qui gronde partout a déjà éclaté. C’est la Belgique , c’est l’Angleterre, l’Allemagne, l’Italie , la malheureuse Pologne ! Mais toutes ces nations marchent sous la bannière d’un autre peuple, et suivent une impulsion déjà donnée. Cette bannière , c’est celle de la France ; là se trouve le foyer central de la vie de l’humanité; et, depuis le 18 e siècle, Paris est devenu ce que l\omc fut deux fois , et sous les Césars et sous les pontifes, la ville capitale du globe.
Messieurs , lorsque nous parlons ainsi des destinées de la France et de son rôle dans l’histoire du monde, vous
n attribuez jeu», j'e^juti r, les scniimens qui nous animale :i lorgueil étroit tin patriotisme. La vraie patriede l'homme c’est r humanité; et l'humanité est toujours là où sont les sympathies générales , les vastes pensées , les hommes il’aclinn et cle dévoùmcnl, la où gémissent le moins d'opprimés, là où règne le travail, et où l’on obéit librement, parce que la capacité gouverne. Nous ne sommes pas de ceux qui disent que la patrie est le lieu où l’on vit bien. La patrie, pour nous, c’est le lieu où s’accomplit le progrès le plus général, à quelque prix qu’il le faille acheter ; et les hommes qui ont proclamé cette triviale maxime : "CHACUN! SOIS mtOIT, CHACUN CHEZ SOI, Il ll'oilt prouvé qu’une seule chose, c’est qu’ils sauraient se contenter d’un domicile étroit et d’un droit bien mesquin. Le chezsoi de l'homme , Messieurs, c’est la terre tout entière , domaine héréditaire de la famille humaine ; et le droit de chacun , c’est d’être associé à tous.
De pareils sentimens doivent trouver de l’écho dans vos aines; car si les destinées humaines vous paraissaient closes et fixées définitivement, soit aux minces résultats de la révolution dernière, soit à toute autre constitution politique réalisée ou rèvee par les publicistes, vous ne viendriez pas ici nous entendre.
Vous le savez, en t effet. quoique nous prétendions justifier tous les systèmes religieux et politiques, parce que le nôtre les embrasse dans sa vaste unité, ctles absorbe par v /r g r i nous ne sommes pourtant ni avec les catholiques ni avec les philosophes, ni avec les monarchistes ni avec les démocrates, ni avec les constitutionnels ni avec les républicains.
Nous ne sommes pas avec l’Angleterre , pays de féodalité, rétréci par le protestantisme égoïste, nation qui a
besoin peut-cire <l’im 8g pour être libre , et <pii est plus arriérée que nous d’un siècle, parce qu’elle a fait sa révo-
iSous ne sommes pas avec la jeune Amérique , enfant gâté des publicistes libéraux; enfant plein d’avenir, mais dont on veut trop brusquement faire un homme; agglomération de petits étals, qui ne sont des états unis que lorsqu’il s’agit de se défendre contre l’étranger, et qui intérieurement sont partagés en cités, en castes, en petites aristocraties de bourgeoisie et de négoce ; terre de liberté, sur laquelle une partie de la population vil eu esclavage! Là nous chercherions vainement ce qui fait un peuple, ce qui constitue une individualité nationale dans la grande famille humaine, je veux dire : une religion imhghie , un Gouvernement unitaire , une législation commune , des mœurs, une littérature , des institutions originales.
N ous avons de plus vastes desseins.
Messieurs, vous venez, sans doute dans cette enceinte pour chercher avec bonne foi la vérité , pour l’adopter après libre examen si nous l’avons trouvée, pour vous éloigner avec respect si vous n’êtes pas convaincus ; vous êtes donc disposés à nous écouler avec attention. El cependant il m’a semblé qu’avant de commencer l’exposition des dogmes de la religion nouvelle, je devais, par une vue large de la situation actuelle , vous enlever un moment (lu terrain vulgaire ou les meilleurs esprits sont enchaînes aujourd’hui par force, par habitude, par préjugé, par routine. La routine ! divinité ancienne dont nous venons briser l’autel, mais que nous respectons toujours, parce qu’elle a été jusqu’ici, parce qu’elle est encore, même ilans les obstacles iju’elle nous oppose , une sage patronne de l’humanité.
(Je n’est, en effet, qu’en sortant du cercle de la vie individuelle et domestique qu’il est possible de saisir le lien immédiat qui rattache ce qu’on appelle nos rêves aux besoins posiljs du moment. Or c’est à la seule condition que nous répondrons aux besoins positifs du moment que nous voulons obtenir l’intérêt; mais notre parole ne peut avoir un sens que si d’avance’, par un vif besoin de progrès, on est déjà entré en sympathie avec nous; car tant que le cœur ne veut ni écouler ni regarder « on a des yeux pour ne point voir, des oreilles pour ne rien entendre »; et l’antique parabole de JESUS est vraie pour nous, comme elle l’était pour lui il y a dix-huit siècles !
Ce vif désir du progrès, un amour religieux du beau, du bon et du vrai, une amc généreuse jusqu’à l’audace , une soif ardente d’innovation pondérée par un jugement sévère , le doute méthodique de la saine raison, qui cherche avec espérance, cl se change en foi quand on a trouvé ; telles sont, Messieurs, les conditions que vous devez apporter devant nous.
Toujours nous en avons eu besoin ; mais aujourd’hui plus que jamais nous les attendons de vous, puisque l’en-
„ c t va revêtir une forme toute différente de celle que nous lui avons donnée jusqu’ici.
Disons, en quelques mots, par quelles transformations notre doctrine en est venue au point où elle se trouve actuellement.
La première inspiration , la première pensée de la réorganisation européenne fut produite par SAINT-SI¬ MON , dans un ouvrage intitulé : Introduction aux travaux, scientifiques du irp siècle , et imprimé en 1807. Ce livre , offert aux plus illustres savans et académiciens de
l'Europe, ne ilcvail ei lie pouvait dire compris avec tonies scs conséquences que vingt ans plus tard, par lin seul luuniiiel cl t el homme-la ne pmivail et ne devait dire, lui, ni un académicien, ni un savant à réputation. Avec celte année 1807 commença pour SAINT-SIMON l’apostolat, plein de dégoût et de malheur qui le conduisit, de chute en chute, chez les industriels, chez les savans, chez les artistes, au palais de l'empereur et à la cour des rois, sur le hanc des assises et presque sur un grabat. Tant de zèle et de courage 11e lui valurent même que des amis ingrats et quelques rares élèves , incapables de le comprendre tout entier; jusqu’au moment où DIEU, sanctifiant l’œuvre du génie qu’il avait inspiré , réunit dans I’unité keliuif.ijsë les branches diverses de la conception Saint-Simonicnnc, et cimenta un ciment océanique que Dieu seul peut donner, l’édilice de la société nouvelle. Alors SAINT- SIMON eut une religion, c’est-à-dire un ensemble complet de tout ce que l'homme a besoin d 'aimer, de comprendre et de pruliipicr, et lorsqu’il eut une religion , il eut un disciple, c’est-à-ilirc un homme saisi Loulenlier de son idée, et vivant de sa vie. Quelque temps après, SA1NT-S1 MON mourut, ayant donné au inonde la religion du progrès et la parole de l'association universelle.
Le sort que le maître éprouva toute sa vie , les disciples devaient et doivent l’éprouver encore.
En 1826 ils fondèrent un journal, le Producteur, et, malgré tous les efforts qu’ils firent, la masse des penseurs vulgaires ne voulut pas les lire, et les penseurs constates ou illustrés ne purent les comprendre. Quelques jeunes hommes obscurs, mûris avant l’âge par de profondes éludes sur la philosophie et la politique; quelques esprits d’élite, que n’avaient point empoisonné les succès ar-
ranges de la littérature et du bel esprit, que les salons u'avaient point affadis, que les convenances du monde
tète sous l'inflexible niveau de la médiocrité , voilà tous cens qui les écoulèrent et qui les suivirent! et ils furent coulens, car ceux qu’ils avaient trouvés étaient des exceptions dans l'humanité; ils étaient digues de l’APOSTOLAT.
C’est avec ce faible noyau, et sous la direction de ceux à qui nous obéissons aujourd’hui que s’accomplirent . pendant quatre ans, les travaux d’élaboration, d’enseignement et de propagation.
Ce temps n’est plus où nos pères' et nos maîtres , les premiers disciples de SAINT-SIMON , employaient à convaincre quelques froids auditeurs tout l’appareil de ce qu’on appelle aujourd’hui la méthode positive , et tous les argumens de la logique banale, qui s’imagine être sévère lorsqu’elle n’est qu’aveugle, et qui croit marcher droit et ferme lorsqu’elle rampe terre à terre. Avec l’inexorable patience du génie et de la foi, ils parlaient, et s’ingéniant à revêtir leur pensée des formes usitées , ils appelaient doctrine ce qui était leur vie tout entière; philosophie ce qui était leur religion; ils nommaient la FOI un axiome; DIEU une hypothèse, cl ['ÉDUCATION PROVIDENTIELLE DE L’HUMANITÉ la loi physiologique de l’espèce humaine.
<Irace à ce langage, un plus grand nombre d’auditeurs .s'approchèrent d’eux ; ils venaient combattre avec des syllogismes , ils furent vaincus par la foi et par celle logique pleine de vie qui s’appuie sur tout ce qu’il y a de plus généreux dans le cœur de l’homme.
Alors la doctrine fit des progrès que les plus ardens eussent à peine osé espérer ; et nous, les premiers fils
île la lainillc universelle , nous commençâmes à partager avec nos pères une partie du fardeau que jusque là ils avaient, porté tout seuls.
Les prédications s’ouvrirent ; et aujourd’hui la France et l'Europe connaissent la puissance de la parole Saint— Simonienne.
En même temps renseignement fut repris et continué par plusieurs d’entre nous.
Les dispositions de nos auditeurs n’étaient pas changées; il fallut encore se plier à leurs habitudes, à leurs préjugés; et notre Lut étant, avant tout, d’annoncer la doctrine, d’exciter l’attention, nous qui avions eu aussi les habitudes et les préjugés de la science moderne, parce que nous l’avions étudiée dans toutes ses branches , nous continuâmes à faire de longs détours pour préparer les hommes positifs au langage religieux.
Presque toujours fixés à la critique du présent, nous nous bornantes aux préliminaires de l’avenir, et nous démontrâmes longuement, là où nous pouvions affirmer. Chacun fut appelé à examiner, à discuter publiquement la doctrine qui révèle à l’humanité une destinée jusque là inconnue.
Quelques-uns d’entre vous, sans doute, ont assisté aux épreuves par où il nous fallut passer, et dont nous sortîmes toujours pleins de foi et d’ardeur; mais non pas sans être atteints parfois d’une profonde mélancolie en présence du spectacle qui s’offrait à nos yeux.
Alors, il est vrai, nous n’en étions plus réduits à aller quêter partout des auditeurs, et a supplier vainement nos plus proches de prêter l’oreille à la parole qui nous avait donné la vie ; heureux encore quand ceux qui, la veille, nous croyaient savans et sages, ne jetaient pas sur nous
(les regards de commisération, appelant à notre bon sens d'autrefois de notre folie d'aujourd'hui!
Au contraire , loin que nos auditoires fussent déserts, nous voyions les hommes accourir en foule à nos réunions; mais combien peu encore savaient ce qu’ils venaient y faire, cl ce que nous voulions leurdirc! Presque tous néanmoins nous jugeaient en un jour, tranchaient d’un mol toutes les difficultés; et, venus pour la première fois, ils condamnaient sans examen et discutaient avant d’avoir compris. Ouelques-uns, pleins de bonne foi, ont cherché à s’éclairer, et ceux-là sont venus à nous.
Au milieu de nos travaux, qui souvent étaient des luttes pénibles, jamais le courage ne nous abandonna, parce que, connaissant la loi du développement de l’humanité, et le rude exercice que Dieu fait faire aux novateurs, nous avions prévu de grands obstacles. Nous acceptâmes, comme des conditions de notre position exceptionnelle dans le monde, comme des occasions de progrès et de perfectionnement, les attaques lancées contre nous; et chaque effort, tenté pour renverser nos dogmes nous montra dans la plus grande évidence un fait qui est aussi dans la loi de l’Iiumanilé : c’est qu’en présence d’une réoMctiun (Yiwaiir toutes les armes do la science passée sont vaines, lorsqu’on ne veut pas en faire des justifications de la promesse du prophète , et que les hommes les plus forts s’anéantissent et disparaissent devant la face du génie qui a créé cl découvert le monde nouveau.
iNosenseignemens ont continué sans interruption jusqu’à ce jour ; d’autres vont s'ouvrir encore, parlant aux mêmes hommes le même langage, annonçant partout l'èrc nouvelle qui va luire pour ious, et s’efforçant de dissiper les préventions que jusqu’ici noire constance n’a pu parvenir
a effacer. Cependant, comme je vous l’ai dit, nous avons aussi mi autre dessein , eL il s’agit aujoiu'irimi de prendre le clicmin qui doit nous v conduire le ]dus direelemenl.
La religion Saiul-Simonieinie est destinée à réunir tons les 'nommes dans une même loi religieuse et poli— tique., à fonder l’ordre social dans lequel l’iiumanilé, affranchie des chaînes du privilège, jouira de la liberté qui assurie , par l 'obéissance vu/uiilttirc a un pouvoir reconnu capable. C'est là nuire espoir et notre croyance; notre vie tout entière est vouée à l'accomplissement de relie grande œuvre.
La parole nouvelle sera donc portée à lotis sans exception ; mais avant de parler aux masses qui «ut tant hesoiu de muraille, de science et de richesse , avant de parler à celle classe la plus nombreuse et la plus pauvre, qui nous prêtera si avidement l’oreille, et dont nous saurons bien trouver la langue quand il sera iemps, il faut rassurer les privilègiés et les cœurs étroits que toute innovation épouvante. Habitués à tout sacrifier à l’égoïsme, ils ne peuvent croire que des hommes dont l'égoismc est IV muur de tous aient reçu le don d’améliorer le sort de ceux qui souffrent, sans nuire à ceux qui jouissent et possèdent: aveugles, qui ne voient que massacres et pillages, lorsqu’on leur parle d’association laborieuse et pacifique , et qui croient qu’on les provoque au sacrifice ou à l’abnégation , lorsqu'il ne s’agit que de leur donner des joies nouvelles et des richesses plus grandes, acquises sans honte, parce qu’elles seront le fruit du travail.
El d’ailleurs, n’est-ce pas aussi pour ces hommes que nous sommes venus? L’ opulence oisive n’apparlieul-elie pas, à plus d’un litre, a cette classe la plus nombreuse et la plus pami/cqucSAlNT-SlàlOiN appelle au progrès ?
Oui, Messieurs, quand nous vouions abolir tous les privilèges de la naissance, c’csl, aux privilègiés eux-mêmes que nous devons d’abord parler, parce qu’eux seuls peuvent nous comprendre et nous aider. Ce n’est pas pour rien que DIEU a permis naguère une exception en leur faveur, et les a places par cela même a la tête de la civilisation. Ne désespérons pas qu’ils comprennent leur rôle, aujourd’hui si grand et si hean; car, jusqu’à présent, c’est toujours la classe supérieure qui, bon gré, mal gré , a été l’ initiatrice de la classe inférieure.
C’csl donc à dessein que nous adressons aux classes privilégiées nos prédications, nos cnscigncmcns; mais, nous le savons, tous ne sont pas appelés à devenir acteurs dans le mouvement qui se prépare. Les uns ont simplement besoin d’être avertis et rassurés; d’autres ne nous appartiendront qu 'indirectement, eu modifiant peu à peu scion notre parole, leurs sentimens, leurs idées, leurs habitudes; la plupart enfin ne pourront ni approfondir, ni saisir dans son ensemble, la conception Sainl- Simonicnnc à la fois religieuse et politique ; embrassant en un même cercle DIEU, le inonde extérieur, Yhumanifé dans tous les modes de son développement : les arts, Y industrie , la science.
Aussi n'avons-nous pas cherché, jusqu’à ce jour, à donner tous les dévcloppemens scienldioues uont la doctrine est susceptible. Disons-Ie même, jamais le langage de la théologie nouvelle ne s’est fait entendre dans sa religieuse autorité, et dégagé des formes de la critique. Et pourtant c’est ce langage-là qu’il faut parler aux hommes forts qui doivent venir à nous et nous aider dans nos lravaux !
Au dehors nous avons des amis et des défenseurs ; nous
el si* dévouer Nous les r.in.'rclioo.s, nous les appelons de [nul nnlrc amour; mais pour entreprendre !c glorieux apostolat de l’association universelle, il faul de longues méditations et une élude approfondie de tous les dogmes de notre religion; c’csl là le but du nouvel enseignement ipie nous commençons aujourd’hui.
Générations du iÿ siècle! c’est à vous d’accomplir l’oeuvre de SAINT-SIMON; c’est vous sur qui repose l'avenir; répondez, par une sainte acclamation , à l’appel qui vous est fait! Naguère vous combattiez pour la liberté: maintenant le temps d’autres exploits est arrive, cl ceuxlà ne demandent plus le courage destructeur du guerrier, mais la constance pleine d’amour et de calme de Plumune <jui VEUT et qui PEUT accomplir l’emancipalmp. definitive de ses semblables.
Messieurs, ne (cm cz poinl les yeux à la lumière que DIEU vous envoie, cl souffrez que celui qui vous porto celte lumière nouvelle se fasse un peu connaître de vous.
Un homme de lettres s’inlerdil habituellement de parler de sa personne, et il a raison ; mais dans ma position si différente, ce que d'autres évitent avec soin devient un devoir cl une obligation. Vous tous, à qui je viens faire un appel, vous avez droit de demander qui je suis; et moi, je vous réponds avec joie : A quelque faculté que vous apparteniez, voyez en moi un ancien condisciple, un ancien compagnon de travaux et d’études. La vérité fut toujours le but de ma vie; je l’ai cherchée pendant huit années, à la faculté de Droit, à la faculté des Lettres et des Sciences, à l’école de Médecine, dans Ions les systèmes de la philosophie ancienne et moderne. Les idées de SAINT-SIMON me frappèrent de bonne
heure cl dès l’année 1826; néanmoins, disirait par d'autres éludes, je les négligeai (juelque temps. ïaligué de marcher sans but el de frapper vainement à tonies les portes, je me décidai à parcourir l’Allemagne. J’ai visite presque toutes les universités de ce pays, allant demander aux grandes renommées contemporaines la roule el le but de la vie. J’ai trouvé beaucoup de science el d’érudition; mais je cherchais nue doctrine , el ne pouvais me contenter des ruines du christianisme. J’ai vu beaucoup d’illustres savans, de poètes immortels; mais au milieu de cela pas un uom.m;-. ! pas un homme pour me dire : « Enfant, » voici le but; piends mon bras et marchons; l’humanité « suivra. « Tant de travaux sans fruit commencèrent à me peser, un instant je perdis l’espoir; mais je me retournai encore surmoi-méme, cherchant toujours Vavenir et dédaignantamèremeui les hommes elles choses démon temps.
Alors j’entendis de nouveau la parole Saint-Simonienne devenue religieuse. Toutes les âmes vulgaires qui 111’cn parlaient la ridiculisaient; elle me sembla pour cela mériter une grande attention. Elle m’étonna d’abord, puis elle me parut au-dessous de ce que je cherchais ; néanmoins j’étais frappé et me sentis chaque jour entraîné plus irrésistiblement ; vainement j’hésitai, vainement je combattis, vainement je voulus , par égoïsme, apostasier l’avenir : un jour, jour de bonheur et de gloire, je sentis dans tout mon être la (lamine ardente de la vie nouvelle. Ce jour-là je trouvai un but., une action , un père, une famille ; ce jour- là j’oubliai tous les projets d’ambition bourgeoise; je dénouai les liens étroits de la vie passée , el je nie vouai tout entier à l’œuvre de l’avenir ; et me voici maintenant brûlant de vous donner à tous ce que j’ai reçu !
demies hommes , j'ai parlagé vos travaux , vos «Imites cruels, vos erreurs , vos passions ; comme vous j’ai traverse les orages d’une vie sans but cl d’une jeunesse sans frein; maintenant apprenez, de moi à bénir toutes ces douleurs qui engendrent à la vie nouvelle; venez prendre part à l’ccnvre qui doit rendre aux hommes mûrs le rôle que de notre temps ils ont trahi, et la confiance qu’ils ont si légitimement perdue. Venez préparer à la génération qui va nous suivre , une carrière où elle trouvera les tuteurs dont elle a besoin et des guides quelle écoutera avec amour, parce qu’ils la conduiront au progrès.
Mon frère Carnot et moi, nous essaierons de remplir dignement auprqs,de vous la mission qui nous a été donnée par nos pères. En prononçant ce nom en votre présence, nous ne craignons pas de profaner un litre sacré, qui seul peut exprimer les senlimens dont nous sommes pénétrés envers les chefs de la hiérarchie Saint-Simonienne. Nous croyons même vous donner par là un enscmnemenl que Lien peu savent comprendre aujourd’hui. Que ceux qui seraient tentés de blâmer ce qu’on appelle notre mysticisme, veuillentbien y songer; et, s’ils portent dans le cœur le vrai sentiment de la dignité humaine, ils comprendront les premiers que I’autohité pateuhei.iæ est la seule que puissent admettre des hommes vraiment libres , parce qu’elle seule est londée sur l’amour et non sur la force brutale.
Désormais, mon frère Carnot et moi nous nous consacrerons tout entiers à la fonction qui nous est déléguée. Voicj|cominenl nous entendons celte fonction.
Jéït répète, nous ne sommes pas des hommes th lettres venant solliciter les suifrages et le succès; et nous l'a-
vouons, dans la crise au milieu de laquelle nous nous trouvons, la gloire littéraire, telle qu’on la |)oursuiL aujourd'hui, nous semble bien mince et bien Irivole.
A I non plus des professeurs, faisant
leur métier, composant des livres pour le plaisir d’en composer , commentant des textes, distribuant la science à tout venant, et peu inquiets, une lois le livre ferme, de ceux qui les écoulent cl du profit qu’on lire de leurs leçons.
Nous sommes les propagateurs d'une fui nouille, et nous parlons avec autorité, parce que Dieu nous donnera la force de nous faire entendre. iSous venons pour lier et tissocier les hommes ; c’est de la vie et de l’énergie que nous voulons sentir autour de nous. Au temps où nous vivons, il faut que les savans sortent de leur cabinet, ne fùt-ce que pour briser leurs propres chaînes et se faire reconnaître pour ce qu’ils sont.
Messieurs, nous sommes des PRETRES; nous ne voulons pas vous faire un cours : nous voulons vous enseigner, vous convenir. Vous sommes donc, tout entiers et à toute heure, à vous tous et à chacun de vous en particulier.
Voila dans quels scnlnncns nous venons ; voilà comment vous devez nous comprendre! Désormais cette enceinte, quelle que soit sa destinalion'habitucllc, devient un temple où va se préparer et s’accomplir la plus sainte
Oui , Messieurs,nousCOMMUiSlERONS ensemble lorsque la pensée Saint Simonicnne s’identifiera avec la vôtre, et que noire conviction passera tout entière en vous; et alors Dieu sera réellement présent parmi nous, car Dieu est prrsen/Ah où se trouvent des hommes qui s’entendent et
s'accordent. Tant que nous discuterons ensemble , nous ne i'crmis qu’isvoQUEit Dieu, il ne sera point avec nous ; et moi qui porte sa parole , et vous qui refuserez de la croire, nous ne différerons à ses yeux que parce que j’aurai reçu le don et la force de vous faire trouver ce que sans moi vous n’auriez peut-être pas le courage de chercher.
Actuellement que nous avons pris position devant vous, il s’agit de vous montrer comment Saint-Simon a pris position dans le monde, et comment notre doctrine se lie à la vie présente de l’humanité. Ce sera vous donner en même temps le lien de la tradition et la promesse d’avenir !