PREMIÈRE LEÇON
Iprolcgomcncs gcncvmu-.
Entendons-nous d’abord sur quelques principes.
L’humanité est un être multiple et collectif , vivant au sein de la vie universelle, d’une vie qui lui est propre ;
C’est une association d’ individus qui se développent en une série continue de générations.
L’humanité, comme tout être vivant, à sa loi : Vico, Montesquieu, Kant ,Lcssing, Herder, Condorcet, Turgol, Hegel l’ont cherchée, SAINT-SIMON l’a trouvée.
La destination de l’humanité, liée, en Dieu, à celle du
globe qu’elle habile, x’,uconqdil/.uq™ress/ivw«/. L’associa lion humaine s’avance incessamment, et par des voies certaines vois le Lui déterminé oii tendent tousses DESIRS.
L’évolnlion de l’hunianilé se /lusse dans le icrn/is, selon un ordre fixe ; elle a lieu dans Vespun dans une sphère
La chronologie qui compte le temps nous instruit de i.a sagesse de DIEU, la géographie qui mesure l’espace nous drrril le théâtre où la FORCE de DI LU se déploie, et Puistoirk, maguilîque biographie, racontant la vie progressive de Vhumanité et du monde, chante incessamment le cantique de I’amour divin, l’hymne de l’ÉTER.- NEI.1.E CRÉATION.
Le but de l’homme, c’est le bonheur, qu’il ne peut obtenir que par son UNION religieuse avec ses semblables, et avec le inonde qui l’entoure.
Le désir le plus vaste que l’humanité puisse former pour son bonheur social cl individuel, c’est :
L’association religieuse et politique de tous les I peuples ente eux, de toutes les familles du meme peuple, de tous les individus de la même famille; l’uARMONIE entre les deux moitiés de l’ÈTllE HUMAIN , 1 homme et la femme, dont I’union, par l’institution définitive du MARI AGE, forme le TYPE cl te noyau de toutes les autres associations.
L’association, c’est l’accord et la réunion des hommes pour TRAVAILLER, et pour JOUIR en paix des fruits du travail.
La valeur sociale de l’homme se mesure d’après le tra-
vail spècial qu’il peut accomplir personnellement dans l'œuvre commune. C’est là sa capacité, sa personnalité ,
sa liberté : tonies expressions synonymes.
Les hommes ntiissc.nl avec des capacités inégales cl y DIFFÉRENTES. C’esl la loi de DIEU ; cl l’homme AIME celle loi saillie <pii est la condition de son progrès.
Tonie association suppose donc une hiérarchie, c’est-à-dire la DIVISION des différais travaux selon les différentes vocations ou aptitudes, et la combinaison des efforts, par la subordination des capacités inférieures aux capacités supérieures.
Ainsi la loi ou le reglement de l’associalion repose tout entière :
x 1 Sur la nature du travail à accomplir.
a 0 Sur la répartition du travail aux iiifféhens membres de l’association , et sur le CLASSEMENT hiérarchique des travailleurs.
3" Sur la répartition des FRUITS du travail, c'est-à-dire la rétribution des travailleurs.
Le développement de l’humanité n’est (pic le perfectionnement SUCCESSIF de la lui ou du réglement de l’associalion. Cependant bien que, en se plaçant au point de vue le plus élevé de l’abstraction, le règlement social ait toujours le même objet ., il présente dans son progrès deux états généraux radicalement opposés et correspondant à ces deux termes BIEN cl MAL, amour et haine , vérité et erreur, richesse et misère. Remarquons toutefois que l’opposition entre le bien cl le mal, ne peut jamais résulter que
de la comparaison établie par l’Iioramc entre son passé et son avenir, puisque selon le dogme Sainl-Simonien, le mal n’a plus d’existence absolue, comme dans les religions
Voici ccs doux états opposés de la loi :
£’2lntiquitf. T "
La plus ,mauvaise loi, la condition la plus imparfaite de l’humanité, c’est celle où la naissance, qui aujourd’hui n’exprime pour nous que le règne du busard et de la force brutale, détermine la nature du travail, sert de base au classement des travailleurs, et de mesure à la distribution des bénéfices.
C’est là ('ORDRE selon la NAISSANCE!
C’est là toute 1’ antiquité jusqu’à JÉSUS, et toute la société temporelle jusqu’à SAINT-SIMON.
Ce système social comprend, dans ses diverses phases, les castes, Vesclavage, le servage, l’héritage, formes diverses et décroissantes de ('EXPLOITATION DE l’iiomme pau l'homme, de la SERVITUDE de la classe la plus nombreuse.
Sous l’influence de celle loi, et en vue de l’avenir qui
U’élal moral de l’humanité, c’est la HAINE dont la r.uEUUE est i’expressiott. .— Antagonisme de peuple à
peuple, de cité , ; i cité, de famille a famille, de sexe il sexe, iVlioiiime à homme. Antagonisme (le l'homme avec le monde extérieur. — La guerre et la haine, sous toutes les formes, vont toujours eu ntximissANT; et c’est là Vamélioration MORALE de l’humanité, c’est-à-dire le progrès de la RELIGION s'exprimant par les beaux,-arts.
L’état INTELLECTUEL, c'est PlJiPKÉVOrANCECli’EltttEün, soit par rapport aux lois du monde, soit par rapport aux lois de l'humanité; d’où les prodiges, les miracles. — L'imprévoyance cl l’erreur vont toujours en recroissant; et c’est là Vamélioration intellectuelle de l'humanité , c’est-à-dire le progrès de la science.
L’état physique, c’est la misère el la maladie, l'imperfection des produits, le défaut d’harmonie entre la production et la consommation, le vice des moyens d’ali— «tentation, de velemenl, d’hahitalion. — La misère et la maladie, sous toutes les formes, vont toujours eu dé— croissant ; et c’est là Vamélioration PHYSIQUE de l’humanité, c’est-à-dire le progrès de l’iNnusTUlE.
Ownir.
La meilleure loi, la condition la plus parlailc de l’association humaine, c’est celle où la CAPAC1TE, gui exprime pour noue le règne de l’amour et de la prévoyance , détermine la nature du travail, sert de hase au classement des travailleurs, et de mesure à la distribution des bénéfices.
C’est ih l’URDRE scion la CAPACITÉ:
C’est là le SYSTÈME SaIST-SMOHIE».
Ce système social, par l’abolition de tous les privilèges de la naissance, accomplit l’ÉMANCIPATlON DÉFINITIVE ik lu dusse la plus nombreuse, et institue ('ASSOCIATION UNIVERSELLE.
Sous l’influence de celle loi :
L’état moral de l’humanité, c’est la paix et I’amour. — Association de peuple à peuple , de cité à cité , de famille à famille, de sexe à sexe, d’homme à homme. Harmonie avec le monde extérieur.—La paix" et l’amour, sous toutes les formes, vont toujours en croissant, et Vamélioration MORALE de l’humanité s’accomplit par le progrès continu de la RELIGION s’exprimant par les beaux-arts.
L’état INTELLECTUEL, c’est la PRÉVOYANCE Ct la VÉRITÉ, soit par rapport aux lois de l’humanité, soit par rapport, aux lois du monde, la coordination des phénomènes, la confiance dans la raison humaine. — La prévoyance cl la vérité, sous toutes les formes, vont toujours eu CROISSANT; ct Y amélioration INTELLECTUELLE de l’humanité s’accomplit par le progrès continu de la SCIENCE.
L’état physique , c’est la richesse et. la santé ; la honte des produits, l'abondance, l’harmonie entrela production et la consommation, etc., etc. —La richesse et la santé, sous toutes les formes, vont toujours en croissant; et l'amélioration PHYSIQUE de l'humanité s’accomplit par le progrès continu de ['industrie.
Ce nunjeu ài)i\
Entre l’ordre selon la naissance, règne d a force et de hasard , et l’ordre scion la capacité, règne d 'amour cl de prévoyance , se trouve le système catholique ou la société spirituelle du MOYEN AGE, Ce système, qui s’est donné lui-mèmc comme le médiateur entre deux mondes, tient à l’ordre de hasard et d a farce, par I’auto- 111TÉ ABSOLUE du supérieur et I’abnégation (l'humilité) de l’inférieur ; à l’ordre d’amour et de prévoyance par le caractère PATERNEL donné à Y autorité absolue (le pape, le père) et la RÉslGNATfOK , ou l’obéissance volontairement passive de l'inférieur. Ainsi le catholicisme est une TRANSITION entre le monde ancien et le monde nouveau, cuire la servitude et ('association. Il s’est posé comme pouvoir pacifique à côté de César: il s’est fait anachorète au milieu delà société guerrière, qu’il a nommée la société TEMPORELLE, et qui représente iout-ài’ait le monde ancien.
Sous ce rapport, les ordres monastiques forment la véritable société chrétienne.
Pendant le règne de la loi catholique,
L’état moral de l’humanité se rapporte à la fois à la GUERRE et à la HAINE, caractères du monde ancien, par la lutte des affections spirituelles et des affections temporelles; à la paix cl à I’amour , caractères du monde nou-
veau, par la résignation et la patience dans les suafjranus mondaines en vue des joies <etestes .
L'étal mt:t.u:< rn:i. se rapporte A la fois à h ni tnt cyoyamcl et à I'erreur , caractères du monde ancien, pai le mépris profond de l 'Eglise pour les lumières de la raison humaine, et par sa négligence presque absolue de l’élude des faits de l’ordre physique; à la sciesce et à la vérité, caractères du monde nouveau, par la prétendue unité du dogme chrétien et par les laborieuses investigations du clergé dans les faits de l 'ordre spirituel.
L'état physique représente à la fois la MISÈRE et la maladie du monde ancien, par \' abstinence , le mépris des biens de. la terre , la subalternisalion des besoins du corps ; la RICHESSE et la sakté du monde nouveau, par l’acceptation de la pauvreté temporelle en vue des richesses célestes , par la PRIÈRE « nourriture spirituelle » qui donne « la santé de l’aine. »
A ce point de vue, et en lace de toute l’histoire, nous pouvons dirc quc le EUT de l’humanité, c’est :
L’ASSOCIATION volontaire et pacifique de tous les hommes pour un même travail social, qui aura pour base les désirs et les besoins de tous, et qui sera ordonné de manière que chacun y prenne part selon son mérite personnel, c’est-à-dire sa capacité,’cl en partage les fruits selon
Alors le ijul unique du travail social devient : L’amélioration morale, intellectuelle et physique de tous les hommes.
Ce qui correspond au développement des trois sériesde faits comprises aujourd'hui sous le nom de :
BE\t)X-AliTS, science et industrie , et qui constituent dans l’ordre Sainl-Simonien :
La religion , le dogme et le culte.
Et alors l’association sera composée exclusivement : D’artistes, de savons et <Yindustriels , ou plutôt :
De PRÊTRES, de théologiens et de thèurgir.ns.
Elle aura pour objet matériel : I’embellissement et
('EXPLOITATION du GLOBE TERRESTRE.
Chaque pas de l’humanité dans la carrière qu’elle parcourt est un progrès.
Le progrès est le passage d’un ordre social ancien à un ordre social nouveau , après la destruction radicale de l’ordre ancien.
Le progrès a eu lieu, jusqu’ici, par deux mouveincns alternatifs le mouvement de construction et d 'association, ou l’époque organique et religieuse; le mouvement de destruction et de désassociation, ou l’époque critique et irréligieuse. C’est ainsi que l’humanité, partie d’un ordre primitif incomplet, s’est avancée pas à pas, c’est-à-dirc de progrès en progrès, vers l’ordre définitif et complet.
L’ordre DÉFINITIF et complet a été donné au monde par la conception Saint-Simonienne.
Celle conception pnrie donc en clic le résume de Ions les élémeiis de bonheur que l'humanité l'iioc.iiKssiVK a développés, dans le passé, et le germe de toutes ses espérances pour l'avenir.
Nous étudierons successivement, et plus en détail, tous les divers progrès de l'humanité. Aujourd'hui je voudrais vous montrer, dans sa plus haute portée scientifique, la loi de l'histoire; et rattacher ainsi la conception Saint- Simonicunc au dogme des J)EUXPiiI!.'ciPE.s, sur lequel l'humanité roule depuis tant de siècles.
Cette manière pour ainsi dire algébrique peut avoir de grands résultats ; mais à celle condition que, saisissant la formule abstraite de la science, vous saurez la transporter dans la sphère vivante de la politique : autrement nous ne ferions ici qu’une spéculation stérile; car, ne l'oublions pas! en dehors de la vue sociale et religieuse il n’y a rien de positif: la religion et la POLITIQUE doivent être la source cl la fin de toute science.
Crs tour principes.
hm nous plaçant sur le terrain de la théologie Saint- Smiuiiifcime, nous disons que tous les progrès sociaux accomplis par l'homme se trouvent résumés dans les diverses conceptions qu’il a eues à chaque époque, sur la
ME dans. ['humanité cl dans le momie extérieur , c'csl-.v dirc sur 1)1 LU.
Selon noire dogme, la vie a deux aspects distincts et unis à la fois, l’aspect matériel et l’aspect s/iirilue! : la destinée de riiumanité est de développer les deux faces de sa vie ; d’abord l’une après l’autre, puis l’une et l’autre ensemble ; d’abord en les opposant , puis en les unissant ; d’abord par I'antagonisme , puis par I’haumonie.
Tant que le développement de la vie a lieu partiellement et par opposition , l’humanité s’essaie et prélude à son travail social; elle fait son éducation primaire; tous ses résultats sont provisoires ; ce sont les pierres d’allente de i’édifiep.
Lorsque le développement de la vie a lieu complètement et d’une manière harmonique, l’humanité a trouvé sa loi, elle a terminé sa première éducation, clic accomplit sa fonction et s’organise définitivement pour marcher à son hui.
Un développement unique en deux phases : la phase des constitutions provisoires ou la GUERRE , et la phase de la constitution définitive ou 1’ association universelle ; telle est, dans sa plus haute généralité, la formule du progrès de l'humanité.
La phase des constitutions provisoires se divise en DEUX momens : chacun de ces deux momens suppose un principe organique qui fait époque , et un principe critique qui fait transition.
Dans le PREMIER moment de la phuse des constitutions
itère est alors
provisoires, l’aspect materiel domine. La mati le principe organique ; le principe d'autorité. L’ esprit an contraire est le principe cri/itjue qui doit renverser; le principe (le liberté.
C’est l’état de toute l'humanité jusqu'à JKSUS.
Le principe organique est représenté par Orphée , Nunia, par Moïse principalement; le principe critique par les philosophes (le Home et <le la Grèce.
Dans le SECOND moment de la phase îles constitutions provisoires, c’est tout le contraire. L’aspccls/nnWDOMlNE : alors Vesprit est le principe organique, le principe d’auloritc ; et la matière est le principe critique qui le renverse , le principe de liberté.
C’est l’état de l’humanité depuis JÉSUS jusqu’à
Jésus, les apôtres, les pères de l’Église, Grégoire VII, tous les papes qui ont développé ou maintenu l’influence du pouvoir spirituel dans le moyen atre. représentent le principe organique; Luther, Descartes, Voltaire elles chefs de la révolution française, représentent le principe
De tout ce que nous venons de dire il résulte que, dans le développement de l’humanité, le matérialisme ne peut pas être regardé comme l’expression naturelle et nécessaire du principe critique. C’est là une erreur aujourd’hui trèsgénéralement répandue, qui tient aux habitudes chrétiennes, et que nos vues sur l’histoire doivent faire disparaître. Evidemment, avant .1iàSlJS, le matérialisme était leprin-
cipe organique, tandis que le principe critique correspondait , l’oun CE MOMENT, an spiritualisme.
SAINT-SIMON a trouvé les principes posés d'une manière imersc dans la lutte.
La révélation de SAINT-SIMON a été et devait être la conciliation et la transformation des deux principes en UN SEUL, destiné à les comprendre tous les deux.
SAINT-SIMON, pour opérer la transformation , a pris Yopposition là où elle était de son temps.
Au moment de sa venue , la société était partagée en deux camps ; les CATHOLIQUES et les ABSOLU¬ TISTES , d’une part; les PHILOSOPHES et les LIBÉRAUX, de l’autre : l’histoire tout entière était représentée parles devises des deux partis. SAINT-SIMON sentit l’inspiration progressive et dit : « Toute l’huma- » nité est là; lorsque j’aurai réconcilié le catholicisme « cl le libéralisme, et que j’aurai fait disparaître ces » deux formes exclusives; j’aurai réconcilié l’humanité «avecDIEU, c’est-à-dire avec elle-même et avec le » monde. J’aurai trouvé la vraie religion. »
SAINT-SIMON se mit à l’œuvre, et l’œuvre est accomplie.
C’est pourquoi, Messieurs, afin que vous compreniez la promesse d’avenir faite par SAINT-SIMON, et qu’elle vous paraisse venue en son temps, il faut que vous connaissiez bien la valeur de ces deux systèmes, dont l’un (le catholicisme) est une religion , parce qu’il représente le
principe à 1 ordre et à'autorité; et l’autre (le libéralisme) une philosophie, parce qu’il représente le PRINCIPE < Vopposition et de liberté.
11 est bien entendu que l’opposition entre la religion et la philosophie n’est ici que l’expression de la manière dont le progrès s’est accompli jusqu’à Saint-Suion. Le résultat le plus général delà conception Saint-Simonienne sera précisément de faire disparaître cette opposition. Comme rien ne se trouve en dehors de Dieu , la politique devient la religion ; la science tout entière devient le dogme ; l’industrie, le culte : cl la philosophie , par conséquent , sous quelque rapport qu’on veuille l’envisager, rentre dans le domaine, de la religion. Nous l’avons déjà dit, au moment où le progrès est aitné ,çompris.cl .réalisé en tout et par tous, il n’a plus lieu par 1’antagonisme , mais par I’iiakmoNIE; et dès lors disparaît la lutte qui a toujours existé entre la religion et la philosophie , entre I’e«torité et la liberté.
C’esll’opposiliori du principe de l’autorité et du principe de la liberté que nous avons principalement en vue, en rapportant la lutte du catholicisme et du libéralisme au dogme des oeux principes, qui se trouve dans toutes les religions du passé, et dont le christianisme conserve encore une trace si profonde, l’ar là nous saisirons le lien qui rattache entre elles toutes les oppositions, toutes les luttes, et qui fait du dogme des deux principes l’expression fondamentale et synthétique de I’antacünisme sous toutes les formes. Nous obtiendrons, j’espère, decerapprochementun résultat profitable ; mais, Messieurs, prenez l’analogie indi-
quée ici pour ce qu’elle vaut , et n’allez pas croire que j’aie voulu établir que le dogme des deux principes exprimait seulement l’opposition entre l’esprit et la matière. Ce serait là une grave méprise. Le bon et le mauvais principes sont materiels dans les religions matérialistes : Arimanc et Oromase, chez les Perses ; üsiris et Typhon, chez les Egyptiens ; Jupiter etPluton, dans le paganisme. Ils sont spirituels dans les religions spiritualistes. Dans le christianisme Dtr.u est I’esi'MT infiniment bon-, Satan est Ptisrim du mal.
Arrivons maintenant aux catholiques etauxptm.oso- IMiES, aux absolutistes et aux libéraux. Lorsque nous posons ainsi ces deux partis en face l’un de l’autre , nous n’ignorons pas que très-peu d’hommes sont assez tranchés dans leur opposition pour se rallier d’une manière absolue à l’un des deux camps. Les hommes à grandes sympathies, les logiciens inflexibles, les hommes d’action qui réalisent et appliquent les principes qu’ils proclament, et savent en tirer toutes les conséquences, ces hommes-là, sont des exceptions dausrhumanité; or ce sont les seuls qui aujourd’hui, soient vraiment catholiques ou vraiment philosophes, vraiment absolutistes ou vraiment ù'ùt-ra«æ, daus l’acception rigoureuse de ces dénominations. Néanmoins, quoiqu’ils se trouvent en minorité , ils constituent les deux partis; car pour juger la valeur d’un système, il faut toujours le prendre là où il est développé dans toutes ses conséquences, là où il est formulé de la manière la plus large et la plus nette.
Aussi nous ne dirons rien du système CONSTITUTIONNEL,
si ce n’est pour l'aire voir comment il copie el parodie rinslilulion calhoüejue.
Les hommes attachés au parti constitutionnel ne vculenlni l’un ni l’autre des deux principes opposés; ils vont toujours clierclianl à établir ¥équilibre par une combinaison dont la réalisation serait l 'immobilité ; comme si l’humanité pouvait s’arrêter dans sa carrière progressive! comme si un pareil équilibre ne se trouvait pas sans cesse rompu! comme si la tulle pouvait finir autrement que par le triomphe de l’un des combaltans! A ce point de vue , les chartes, les constitutions octroyées et arrachées, données el enlevées, conquises et perdues , ne sont que les formes diverses ffnuclransac/ion entre deux ennemis irréconciliables ; elles n’ont de valeur que comme transition d’un système social à un autre. Entre deux ennemis qui ne veulent ni 11e peuvent céder, toute transaction n’esl qu’un armistice, el cet armistice lui-mêine n’esl qu’une fiction; car on ne dépose le glaive (pie pour combattre par la parole et par la presse. La paix ne peut se conclure qu’au moment où le pacificateur véritable, J’homme nu progrès, vient s’élever au-dessus des combattons, et, les dominant de toute la puissance de son inspiration, leur révèle le prin-
Nous n’avons doncipas à tenir compte des chartes et des constitutions. Alliances bâtardes ci forcées entre l 'autorité absolue el la souveraineté du peuple, elles se rattachent à ces deux principes à la fois, et n’en sont que des lambeaux, détachés par l’inconséquence et cousus par la faiblesse.
Acceptant ['absolutisme et le libéralisme , le principe du droit divin et ie principe de la souveraineté du peuple, dans tontes leurs conséquences, nous voulons vous montrer l'almuc où se perd l'humanité, quand elle s’arrête à l’un de ces deux systèmes; nous voulons vous indiquer la voie de salut ci de progrès que SAINT-SIMON nous a ouverte.— Suive/.-nous donc avec une sévère attention dans l'examen que nous allons faire.
Cf Cutijolirisnif et tu jJl)tloâtipl)if, l'absolutisme et le libéralisme.
Qu’esl-cequcle catholicisme, Messieurs? L’institution la plus colossale, el, nous osons le dire, la moins oppressive qui ait encore été fondée parmi les hommes. Nous consacrerons plusieurs séances à examiner à fond la morale, le dogme et le culte de celle religion : pour le moment, contentons-nous d’indiquer ses bases principales.
Avant tout, arrêtons-nous sur ce point fondamental, qui est le préliminaire indispensable de tout ce, que nous avons à vous enseigner sur le catholicisme, considéré comme système social.
Jésus a dit : Mon royaume n est pas de ce monde. — Mon père est au ciel. — Dieu est un pur esprit. — Rendez à César ce qui est à César.
Au moment de la venue de Jesus-Ciiiust , l’humanité
ne pouvait ni aimer, ni comprendre , ni réaliser d’autres préceptes plus généraux: c'est la un lait bien certain. La vie individuelle et collective de l'homme n’était pas sanctifiée et réglée tout entière par celle conception, autre fait non moins évident. A ces litres, le catholicisme n’était pas un système soda/ complet ; il s’est posé comme société pacifique au milieu de la société guerrière; il a fondé le pouvoir spirituel à coté du pouvoir temporel ; il a DIVISE le momie en DEUX ltOYAUMES. ■— rendant toute la durée du moyeu âge, l'histoire est donc partagée en deux ordres de faits Lien distincts : le catholicisme ou \c jima'uir spirituel -, la EÉoiui.n'E on le jtouvoir temporel. De là une difficulté qui pourrait embarrasser au premier abord, eu égard à la méthode que nous avons adoptée pour l’exposition des deux systèmes opposés, le catholicisme cl le lihcrulisme.
Pourquoi donc , nous dira-l-on , négligez-vous le pouvoir temporel /' A cela nous répondrons : (pie le caractère vraiment progressif Au moyen tige, c’est l’envahissement graduel, jusqu’à domination complète, du pouvoir temporel des unis par le pouvoir spirituel des l'Al’ES; que les rois, chefs de la féodalité, ont toujours fondé sur le droit divin la I.Ér.lTnm'É de leur dynastie; que celle légitimité était acquise par la grâce de Dieu cl du souverain pontife , vicaire de Lieu sur la terre. Le catholicisme, qui sacrait les rois et leur donnait l’investiture, était donc le seul pouvoir vraiment légitime , vraiment progressif, quelques moyens qu’il ail employés pour arriver à ce but , cl quels que fussent les motifs qui déterminaient les rois h se soumettre à l’autorité de Y iïglisc. v\ du Pape. D’ailleurs,
la féodalité, dans le moyen âge, représente siutonl la société guerrière du monde ancien; et Ions les principes politiques de l'institution féodale, en ce qu'ils ont en de profitable à rimmanité, ne sont pusés, d-'or/appr. s et enseignes (jue par l'inlltience du pouvoir spirituel. C’est dans les conciles que se sont débattus tous les grands intérêts de l’iiumanilé ; c’est le clergé catholique qui, avec le catéchisme de l'Eglise, a fait l'éducation puliliijuc de toutes les nations de l’Europe. C’est au catholicisme enfin que se rattache la chevalerie, alliance, autrefois progressive , aujourd’hui rétrograde, de l'esprit militaire et de la charité évangélique. — Ainsi, dans l’examen qui va suivre, nous négligerons le système l'éo-
remcnl.
Reprenons.—Le catholicisme a réalisé dans la société politique tout ce que l'cmugilc contenait île réalisable.
Il a été, pendant quinze siècles, la condition du progrès de l'humanité.
Le catholicisme a fixé l'attention des hommes sur Dieu distinct du monde cl de rimmanité; il les a tenus en méditation sur le verbe, qu’il regardait comme le principe de toutes choses. Et cela a été progressif, parce que les hommes avaient besoin d’être initiés à la méditation spirituelle , après les désordres matériels de la société païenne expirante; parce qu’il fallait, pour le moment, adoucir les mœurs guerrières, chasser les marchands du temple, et sanctilier. dans la science seulement, les travaux pacifiques.
En politique, le catholicisme a fondé, par l’Eglise,
il s’est attaché au priiicipc de I’u.mti.. — Lnilé de Dieu, unité de pouvoir, unité de doctrine, unité de race. Il a prêché LA FRATERNITÉ UNIVERSELLE il ES lîOJIJIES, et il est venu bien à propos pour réagir contre le polythéisme, contre les castes, contre l’esprit de famille et de cité, contre l’antagonisme national (pii existait chez les anciens.
Le catholicisme a développé les principes d’OROttE, d'iMMOMLITÉ, (I’aUTOIUTÉ ABSOLUE, d’iNFAJLLIBILITÉ du pouvoir. Il a cela de commun avec toutes les époques organiques du passé; mais remarquons, à cet égard, la diUercnce radicale qui séparé le christianisme des religions antérieures. Les sociétés qui avaient précédé le christianisme étaient toutes .MILITAIRES ; dans leur sein, L’ordre, l 'immobilité, Y autorité absolue, V infaillibilité eurent pour sanction la crainte, la violence, et pour objet, le maintien de l’esclavage. Dans le catholicisme, au contraire, tous ces principes se développant pour la première l'ois au sein d’une société pacifique, prirent un caractère nouveau, et servirent merveilleusement à faire l’éducation de l'humanité.
L’ordre spirituel fondé par Yurnour et par Vhumilité, lut un immense progrès, h côté de l’ordre militaire appuyé sur la Jurée cl sur Vesclavage.
L'immobilité de la loi de fraternité universelle vint rem-
L’autoiute absolue de l’Église fut civilisatrice, parce quelle lit obéir, parla fui et par la résignation , les hommes ijui jusque là n’avaient obéi que par crainte vl par ignorance; parce que. les esclaves appelés à la liberté avaient besoin que le principe <le leur émancipation fût posé par une main ferme, appuyée sur la volonté divine, supérieure au bon plaisir de César.
Le DOGJIE DE l’iN FAILLIBILITÉ lut saint, parce qu’une société pacifique était, en tous cas, et dans toutes ses décisions, supérieure h la société militaire; parce que Jésus, pour le temps où il est venu, avait trouvé le seul moyen infaillible de gouverner les hommes vers ['association universelle , et de faire disparaître l’esclavage ; parce que la capacité pacifique des prêtres du Christ ne pouvait être soumise au contrôle des populations abruties du monde ancien et des sauvages habitans du Nord.
Le plus grand bienfait POLITIQUE du catholicisme a été la division opérée entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel, et la communion spirituelle établie entre tous les peuples de la chrétienté.
En morale, le catholicisme a posé comme vertus la CHARITÉ, l’ilUMILITÉ , l’ABNÉGATION , le SACRIFICE de l’individu à la société; et tout cela fut beau, vrai et utile :
Car sans la CUARITÉ jamais le riche n’aurait soulagé le pauvre, l’homme valide soigné l’homme malade, le savant éclairé l’ignorant ;
Et sans I’uumimté, jamais le maître n’eût voulu
communier avec son esclave, le seigneur avec son scrl, le despote domestique avec ses femmes prostituées;
Et sans ('abnégation, personne n’aurait donné son Lien pour le soulagement d’autrui, personne n’eût été chaste, sobre, discret, détaché des affections mondaines , comme devaient l’être les serviteurs du Dieu pur esprit;
El sans le SACRIFICE, ou le devoir en opposition avec Vintérêt, jamais César n’aurait courbé son front devant les évêques du Christ; jamais César ne serait venu baiser l’anneau d’un pécheur, image vivante de la classe pauvre émancipée; jamais César n’aurait consenti à répudier ses concubines pour maintenir le droit de l'épouse, pauvre et. faible; jamais les hommes n’auraient pu résister à la TENTATION du démon , dont Jésus n’avait pas délivré le monde.
Le résultat, le plus général du catholicisme, pour la destinée individuelle de l’homme, a été le sacrifice de hivic l’JiÉSENTF, à une vie rvrvtŒ spirituelle, le détachement des choses de la terre, pour les joies du ciel. El ce fut là encore une condition nécessaire du progrès, car, au temps de Jésus, la vie présente était malheureuse ; la terre était une vallée de misère ; et Jésus venant porter un dogme pacifiipie au milieu d’une société guerrière , ne pouvait faire qu’une imujmesse pour l’avenir, sans efficacité pour le présent.
Le catholicisme a enseigné aux hommes que Dieu était un pur esprit-, ils avaient besoin du spiritualisme, car ils avaient négligé cette fuce de Dieu. Le catholicisme leur a enseigné que Dieu était INFINI ; ils avaient, besoin
du s'abîmer dans l'infini, car l'homme, Cire fini, avait poussé l'orgueil jusqu'à se diviniser en la personne îles
Le catholicisme a porte les hommes a s occuper de sentimens generaux, d'idées générales, A’intérêts generaux.
La théologie catholique a favorisé principalement le développement des sciences qui correspondent à 1 'esprit ; elle a fait une diversion utile aux travaux humains qui, jusque là, s’étaient bornés à la guerre et à la satisfaction des besoins matériels.
Au moyen de ces principes, le catholicisme a régné quinze siècles et couvre encore le inonde; mais il n’a obtenu que bien imparfaitement ce qu'il avait demandé, et tenu bien mal à ce qn’il avait promis ; il n'a jamais pu se réaliser et devenir la religion universelle, la religion catholique.
A ce point de vue, le christianisme ou la doctrine évangélique , dont le catholicisme est la réalisation politique la plus complète possible, n’est cependant qu'une gigantesque UTOPIE, à jamais insuffisante, et par conséquent toute provisoire.
Et cela étant, l’humanité devaitbriser l’unité catholique etpasser graduellement de h foi absolue au doute et à Yincrédulité', d’abord en protestant contre I’application de la LOI, par la critique de l’JÀr.l.lSE ; puis en NIANT, en critiquant , Cil DÉTRUISANT il la fois la LOI ELLE-MÊME. aussi bien que I’Eglise.
De là la réforme et la révolution française.
La réforme , qui représente la protestation contre I’<■//<-
pliaitiuii de la loi ,'a été précliée par Luther, Calvin, Zuingle, Jîossuet; et réalisée par les schismes anglican , gallican , etc., et par l’innombrahle série (le sectes engendrées depuis le (5 e siècle.
La révolution française, qui représente la négation de ht loi et la destruction de P Église , a été prêchée par Voltaire, Didcrol, les encyclopédistes, et réalisée par rassemblée constituante, l’assemblée législative, et surtout par la C05VEKTI0K.
La révolution a absorbé la réforme , comme la philosophie du i8' : siècle a absorbé le protestantisme, parce que les philosophes et les révolutionnaires , conscquens aux lois delà raison humaine, ont proclamé qu’une théorie
devait être changée.
La réforme, au contraire, qui avait pris naissance au milieu des antipathies développées par les abus du pouvoir papal, s’eslplacéc loittd’abord sur un mauvais terrain. On a dit: " Une bonne théorie peut être mal appliquée. » L’Evangile est la loi définitive de l’humanité; mais le >’ pouvoir papal n’a pas bien interprété celle loi. » El là-dessus, on s’est mis à critiquer la constitution del 'Église et à commenter les textes. Qu’en est-il résulté ? Le protestantisme, en contradiction perpétuelle avec iui-même, n’a produit que sectes, disputes, oppression de l’Eglise par César, subtilités métaphysiques, érudition servile et mesquine , et enfin le plus inextricable mysticisme.
Le protestantisme n’est donc pas un système social opposé au catholicisme ; c’est une rivalité de clergé à clergé.
1,1 révolte <1 un in lcriour contre son supérieur ; c’est, an point do vue optimiste, une plainte vague, et le témoignage du besoin d'amélioration.
Le système opposé au catholicisme, c’est le principe prêché par V oltaire, Diderot, etc., réalisé par la révolution française ; c'est le libéralisme , en un mot. Ici tout est uct et décidé.
Faisons pour ce système ce que nous venons de faire pour le catholicisme, et nous allons trouver partout Feu»— position absolue.
Le libéralisme exprime hréaclionic l’humanité contre le catholicisme et le système féodal ; il a trouvé la société telle que le catholicisme cl le système féodal l’avalent faite, divisée en deux pouvoirs, en deux royaumes. La mission du libéralisme a dît s’accomplir par un double mouvement. il a lutté contre César et contre l’Eglise, contre le trône de Louis XIV et contre la chaire de saint Pierre.
La lutte contre V Eglise a été engagée , suivie et achevée par la philosophie, depuis Descartes, qui la commença sourdement, cl dans les abstractions de la science générale, jusqu’à Voltaire et à Rousseau. Ces grands hommes, les génies de la critique, aidés de Diderotel des encyclopédistes, transportèrent la lutte sur le terrain vivant de la politique et des sentimens sociaux; ils prirent corps à corps le clergé et toutes les institutions du catholicisme, laissant à leurs contemporains, placés à un point de vue plus étroit, à leurs disciples, à leurs successeurs, le soin de critiquer la théologie chrétienne, et d’arriver, par un matérialisme plus ou moins avoué, mais inévitable, à ruiner la croyance au Di EU PUR ESPRIT. Telle fut la mission des d’Holbach,
Saint-Lambert, Volncy, Cabanis, Destutl (le Tracy. Ces (rois derniers philosophes surtout peuvent être considères; sous le rapport de la science, connue l’expression la plus avancée (le la doctrine critique. Séparés de nous par l’intervalle immense cl insondable que DIEU a mis entre la destruction et VInspiration rcori t 1 urs disciples cependant nous touchent de bien près dans la marche progressive de la France et de l’humanité. Comme l’a dit SAINT-SIMON, ils
marchent vers l’avenir ù reculons; et, l’œil fixé sur un passé qu’ils abhorrent parce qu’ils n’y voient qu’oppression et tyrannie, ils se retirent et s’abîment dans l’iNDtviouai.isme ; mais le jour n’est pas loin où , frappés soudainement de la lumière nouvelle, ils feront, si j’ose dire, volte-face vers ('ASSOCIATION UNIVERSELLE.
La latte contre César , eut pour premier résultat l’affranchissement des communes; poursuivie avec ardeur par le tiers étal, elle s’est terminée par la révolution française. La ruine du pouvoir temporel et de lofcudalitc, telle fut la mission des Mirabeau, Railly, Lafayette, Condorcet, Acrgniaud, Guadet, Robespierre, Sainl- Just. Depuis le directoire, a commencé cette série de transactions entre les deux systèmes opposés, dont les phases diverses sont marquées par l’empire , la restauration, la révolution de i83o. Nous avons déjà dit pourquoi, dans l’examen qui nous occupe actuellement, nous ne tenions pas compte de toutes ces transactions ; néanmoins, tout en les négligeant, nous reconnaissons cl nous constatons qu’elles ont préparé et amené
Sc progrès. Hès aujourd'hui, et en présence de la rêvé!;,lion de SAINT-SMOX, nous pouvons procla-
htulmiis destinées à maintenir prarisuirenient quelques ruines de 1 ancien ordre de clioses, jusqu'à ce que fiât fondé I édifice à l'abri duquel l'humanité devra grandir cl se développer en paix, sous l’inlluenced’un pmn'oirnoumm.
il nous rcslo maintenant à expliquer pourquoi, dans l'examen de la miction critiipie , nous nous arrêterons de préférence sur le libéralisme et les institutions politiques, tandis qu’au contraire nous avons montré, comme personnifiée Aans lcsyslèmcr»</to/if»c, l'institution arganii/ue renversée parcelle réaction. La raison nous en semble bien facile à saisir. La France a été le véritable champ de bataille entre le principe organique du moyen âge et le principe critique. La philosophie, il est vrai, a d’abord fait particulièrement opposition au catholicisme; mais la philosophie française a eu un caractère tellement sont ai., ou, pour parler un moment le langage reçu, tellement pmtù/Ke, que tous ses résultats sc réfléchissaient immédiatement dans le mouvement des affaires et dans l'ordre politique. Par là, le libéralisme, qui n’est qu’une application des doctrines philosophiques du dernier siècle, se trouve comprendre à la fois dans ses attaques le catholicisme et la féodalité, qui d'ailleurs se confondent aujourd’hui dans une intime alliance.
Voici comment 1 apposition libérale s’csl formulée en face du catholicisme et du système féodal.
Au lieu de la foi qui maintient la religion , le libéra-
Irmande la
iisniu . iilIt i rpr<‘!u dr la philosophie enliipir. il iulrrtiwY c|iil conduit au scrplirisme.
! I nui Dieu , un ilu moins il allirmc que Dieu m; se mêle pas des affaires du monde el de I lumianilé.
Il di! (pie l'homme iloil traeniller el jouir de la i.MAlll , au lieu de nirili/n■ sur fESPRIT; faire de la peatii/ue el non des théories ; s'occuper des /ails el. non des systèmes. El cela 'levait dire, pnisip'C le clirisliaiiisnie avait arraché l'homme à la matière pour l’aliîmer dans la amlemp/atinn.
En politique , mêmes résullals.
Au lieu de I imité, le libéralisme réclame la séparation , Viiiilt : iirn<lnin:c , la euncarrenre ; el cela a été progressif, parce que l'homme avait été gêné , torturé , tronqué dans l’imité catholique ou monarchique.
Aux principes d'ordre, à immobilité , d ’autorité absolue , d'injaillihililè du pouvoir, le libéralisme a opposé la utiKIlTÉ, le MOUVEMENT , la SOUVERAINETÉ I)U PEUPLE , la AI EMANEE et les c.aiianttes contre i.es abus du pouvoir.- — Elle libéralisme avait raison ; car l'ordre catholique était devenu une hiérarchie privilégiée, l’immo- Lililéîle l’Eglise une résistance au progrès, son autorité un despotisme opprimant par l’ignorance cl la dégradation morale , son infaillibilité une vaine prétention, démentie par les découvertes de la raison humaine , par les événemens du monde extérieur, par les actes mêmes de l’autorité papale.
Le plus grand bienfait politique du libéralisme a été la destruction de la hiérarchie catholique el de la monarchie féodale, dont l’Eglise, dégradée par sa condcscen-
ilanci: pour le pouvoir temporel , était devenue le plu;,
i'.ii morale, le libéralisme a opposé à la charité qui lail l 'mimrinc, le s MAIRE (pie Yoisif paie au trnmilkur; à l’ilUMIIJTK, l’iNDÉPEXDANCE PERSONNELLE} au SACR1l'ICE, 1 INTERET; à l’AnNÉGATION, l'iNDIVIDUALlSME; et cela encore a élé progressif, parce que l 'aumône était tle- 'enuc une cause Ad paresse, et la mendicité um vertu; parce que Vhumitilc était devenue Y obéissance passive ; parce que le sacrifice, était devenu un prétexte iVoppression et d’uv- POC.ui.sie. D’ailleurs, l’abnégation n’était plus nécessaire, parce (pu: les temps étaient venus où tous, sans exception, devaient dire appelés au bonheur. L’abstinence était impossible et inutile, au milieu des richesses de l'industrie cl en présence de tous les biens de la terre Le résultat le plus général du libéralisme, pour la destinée INDIVIDUELLE de Phommc, a été la négation lie ta vin future, l’oubli de l’avenir pour le présent. Le libéralisme, en songeant au paradis de Jésus, a dit avec un sourire moqueur : « Un TIENS vaut mieux que deux tu » I’auras; ii et sa Divinité est devenue I’argent comptant. El tout cela fut bien encore ; carie paradis de Jésus était pour un petit nombre d’élus, sa promesse était bien peu certaine , et le bonheur de la contemplai ion mystique était bien vague au milieu de la pompe des arts, au milieu des douces joies de la famille et de l’amitié.
Le libéralisme s’occupe exclusivement de la matière ; pour lui il n’y a rien de réel que ce qui es! borné , positif, c’est-à-dire palpable; et en effet, la matière ,
damnée par le christianisme, méritait d’être relevée île l'anathème, puisque, loin d’opprimer l’homme, comme autrefois, elle servait alors à son progrès. L’humanité avaiL besoin d’être ramenée , par l’observation du fini, à elk-mcmc et au monde au milieu duquel elle vit, puisque le catholicisme avait couvert la terre de cloîtres et de couvais, et que l’individu, s 'abîmant en Dieu et. dans l’infini , avaiL osé se mutiler, se macérer au nom de VEspril , et proclamer que l'homme, être fini, n’était que poussière.
Le libéralisme a fixé l’attention des hommes sur les sentimens individuels, sur les idées particulières, sur les
Au lieu de favoriser la théorie générale , de s’élever dans les hautes régions de la synthèse, la philosophie critique s’est vouée à l’expérimentation, à l’analyse ; elle a renoncé de plein gré à la recherche des causes ; la science s’est mise au service de l’industrie. — El cela devait être ; car la science catholique était devenue une superstition, la synthèse catholique une stérile métaphysique, et l’industrie subalterniséc, livrée à la routine , ne pouvait donner, h tous les hommes, le pain i/uolidien terrestre qu’ils désiraient, et qu’ils croyaient pouvoir se procurer par leur travail.
A tous ces titres, cl pour toutes ces raisons, le libéralisme a ébranlé l’édifice du catholicisme, et miné profondément l’Eglise ; mais le libéralisme a-t-il obtenu tout ce qu’il avait demandé, et tenu à tout ce qu’il avait promis ?
Philosophes! vous ne vouliez pas seulement ébranler le catholicisme , vous vouliez le renverser. Yous en parlez avec mépris et le traitez en ennemi vaincu! Philosophes!
regardez autour de vous, le catholicisme vous enserre de loules parts ; il vous prend à la naissance, el vous conduit an tombeau. Il sanclilie voire liymen el donne à vos enlans l'éducation morale ; lonle la classe pauvre ne connaît de livres que la Bible , 1 'Evangile., le Catéchisme nilholiipic! El pondant vols ne choyez plus I Hommes libres , qui obéissez à un pouvoir que vous n'aimez pas , que voulez-vous donc dire avec votre indépendance et votre raison ? A ous illcs plus esclaves et plus aveugles qu'un pauvre d'esprit qui a la foi! Et votre système positif est encore une utopie !
Et vous , publicistes libéraux , qui nous promettiez le bonheur avec la liberté, cl par la liberté toute seule, avez-vous foi encore en vure puissance pour réorganiser: 1 Après quarante ans d’illusions, après la convention, après {'empire , après la restauration , après i83o, 11’êlesvous pas enfin désabusés? Ab! vous aussi, vous n’avez fail qu’UNE utopie!
Ainsi le libéralisme a voulu loul détruire, et tout subsiste encore ; la chaire de saint Pierre aussi bien que le trône de Louis XIV ! Il a voulu tout remplacer, et il n’a produit qu’une parodie, une contrefaçon du calliolicisine et de la féodalité.
Voyez vous-mêmes.
La fraternité chrétienne est devenue la fraternité rcpubli-
L’ égalité devant Dieu est devenue l 'égalité devant la loi.
La communion spirituelle des nations, établie par le ca-
vague désir de fétlé-
llmlicisme , s'est transformée en un ratim, des peuples.
I.’aulnrilé de la fui a été remplacée par la puissance de I ’ opinion publ'upie.
i.’imilé de doctrine est devenue l’unité de Colle civil.
Au Dieu pur-esprit on a substitué la loi , divinité tout aussi abstraite et tout aussi mystique.
A Vimmobilité de l'Eglise, la perpétuité de lu constitution.
A l 'autorité absolue d’un seul, l'autorité de la majo-
A Xinfaillibilité du Pape on a substitué X inviolabilité du roi. I.t celle maxime constitutionnelle: « Le roi ne peut mal faire , » qu'est-cc autre chose en effet que Xinfaillibilité ?
A la charité, qui donne ce dont clic se prive, a succédé la philanthropie., qui fait l’aumône en dansant.
Aux moines mendions, les dépc s de mendicité.
A Xhumilité, la modestie d’apparat.
A Vabnégation cl à Vabstinence, la tempérance et la prudente dans 1rs mariages, vertus tant recommandées par les économistes à ceux qui meurent de faim, et n’ont personne pour les aimer et les consoler.
lÀufiu, et pour achever celte élrangc contrefaçon, au paradis céleste de Jésus-Christ, on a substitué, quoi ? Lf.S Cu mu's-Li.ysées! C’est là que les artistes, ies peintres, les poêles du libéralisme oui placé les guanos citoyens après leur mort.