‹ Religion saint-simonienne: Politique européenneChapitre 16 sur 27 · A LA PRUSSE EN PARTICULIER · texte numérisé non relu

A LA PRUSSE EN PARTICULIER

(extrait du globe du i6 juin i83i.)

BASE NaUVBlJ.£ DE LA POLITIQUE GENëHALE.

Nou» avons déjà établi en plusieurs circonstances ( y^oy. pages 19 , A9 y 53 ) quelle devait être la politiqiu) nouvelle à substituer » entre les cabinets , à ces vieilles re~ lations de haine, de jalousie et d'ambition étroites qui ont enfanté le système de V équilibre européen^ Nous avons dit que l'humanité tendait à Vassociation universelle 0(1 tons seront unis et classés pour le plus rapide développement de leurs facultés, et pour la plus complète satisfaction de leurs

besoins dans l'ordre moral , intellectuel et physique , par le progrès toujours croissant de la morale , de la science et de Vindustrie ; et nous avons déterminé quels devaient être les premiers élémens dé cette association universelle.

II est aujourd'hui trois peuples^ avons-nous dit, représentant plus spécialement chacun l'une des faces du développement de l'humanité , morale , industrie , science : ce sont les Français , les Anglais , les Allemands.

La France représente plus particulièrement lessentimens généreux , les sympathies sociales; elle est pleine de dispositions bienveillantes pour tous , elle est destinée à former le lien de l'association , elle est la personnification de l'amour entre les peuples , de la morale générale.

La France » par son caractère liant , sympathique » et par ses travaux également poussés dans la direction delà science et de Vindustrie , est éminemment propre à rallier à elle Y Angleterre comme représentant avec une haute supériorité l'élément industriel, et l'Allemagne conmie représentant spécialement l'élément rationnel ou scientifique.

La 5a/»^e- alliance de ces trois nations exercerait sur toute la terre une prééminence incontestable ; elle travaillerait efficacement h l'éducation de tous les peuples, sous le rapport MORAL, scientifique et industriel; elle régénérerait graduellement le monde. La Russie serait en ses mains comme un poissant levier à Taide duquel serait transportée en Asie la civilisation européenne, ainsi que les czars l'ont déjà instinctivement entrepris. C'est vers cette alliance que doit tendre toute l'activité des hommes dévoués au progrès de l'espèce humaine.

Cette idée neuve, hàse d'une politique tonte féconde , sera bientôt appréciée en France par tous les hommes sympathiques, à idées larges et généreuses. Le gouvernement

lui-même , chez lequel il y a / quoi qu'on en puisse dire , bien plutôt absence de lumières que mauvais vouloir, ne saurait tarder à Fadopter ; car il doit être bien dégoûté des pitoyables expédiens auxquels chaque jour il se voit contraint de j^ecourir, faute de savoir mieux faire.

La Grande-Bretagne 9 qui plus que toute autre nation a sympathisé avec la France de juillet, est en ce moment absorbée par les soins de sa réforme intérieure. LNuristoeratie wigh , qui y domine aujourd'hui , ne parait pas sen tir encore tout ce qu'il y a de mesquin dans les rapports actuels des peuples, dans le système des rivalités nationales ; tout ce qu'il y a de petit , de misérable dans le ténébreux régime de la ^plomatie. Toutefois les Anglais sont un peuple éclairé; leur commerce immense a jeté un premier lien entre eux et les autres nations; et dès qu'ils se seront soustraits au joug d^ l'aristocratie féodale qui les exploite depuis si long-temps, il est impossible que la politique nouvelle, fondée sur la sympathie, et non plus sur la méfiance, sur l'avancement de tous , et non sur le bénéfice apparent de quelques-uns, ne soit point par eux embrassée avec transport.

SITUATION DE l' ALLEMAGNE. — UNITÉ GERMANIQUE*

Mais l'Allemagne , cette grande nation éminemment des> tinée à représenter l'élément rationfiel ou scientifojae , dont les égaremens mystiques et le phiiosophisme souvent vaporeux dénotent une haute altitude intelleetueUeh qui il ne manque qu'une direction ; l'Allemagne est niorcelée en 59 petites souverainetés; elle est dominée par l'influence funeste de la féodale Autriche et par les caprices de la

Russie, car celle-ci semble avoir oublié aujourd'hui , las plaas tracés par Pierre-le-Graiidvet Catherine.

Ces trente-neuf états ont actuellement une apparence de lien par la constitution de la confédération germanique; mais y à proprement parler , ce n'est qu'une convention militaire en cas d'agression d'une puissance extérieure et un règlement de police contre les idées anti-féodales. C'est un acte dont les principales dispositions consistent à régler le contingent en soldats que doit fournir chacun des confédérés , et à soumettre , en matière politique » tous les petits états à la surveillance inquisitoriale de l'Autriche. Du reste, malgré cette prétendre confédération , tous ces états sont en lutte continuelle ep^ce qui concerne leurs intérêts les plus précieux. La Bavière ferme ses portes aux produits industriels de Bade et du Wurtemberg ou leur. refuse ses ressources agricoles en cas de disette. Le Hanovre repousste ]e$ produits des pays du Rhin , et la Prusse soutient en permanence une guerre iiidustrielle contre la Saxe et la Bavière. Il n'y a pas de droit généi^al de cité; on est Prussien , Saxon ou Bavarois, on n'est pas Allemand; pas d'unité de lois, pas de système comniun de monnaies ou de mesures. Tout petit prince à ses douaniers , moins rigoureux toutefois , moins harpies, il faut le dire, que les douaniers de France et d'An^terre. La navigation sur les grands fleures qui traversent l'Allemagne est soumise à mille surveillances. L'unité allem^in^Q n'est qu'une, fiction; elle ressemble à l'unité grecque .iavant: Philippe et Alexandre. Actui^lement Tunité ost les vœux de tous les hommes éclairés, de taus les états de la confédération; jusqu'à ce qn'elle ait lieu^ la puissance de l'Allemagoe resterii^pplralys^.

C^EST A LA PRUSSE A ETRE LB CENTRE DE h^Vmrk

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