SITUATION DE L'AUTRICHE
(extait du globe du 8 JUIN i83i,)
L'Autriche joue en ce moment le rôle le plus odieux ; elle est le mauvais génie de la sainte-alliance; elle lui sert d'exécutrice des hautes œuvres , et ce fait n'a rien qui doive surprendre. Entre les gouvernemens aujourd'hui influens, le gouvernement' autrichien est le plus rétrograde; carie cabinet russe lui-même , dont l'intervention dans les affaires de l'Europe est justement repoussée comme un fléau » accomplit une œuvre de civilisation sur le peuplé moscovite et sur TAsie. L'Autriche représente en ce moment la féodalité; de tous les états « c'est celui où il reste le plus d'habitudes et de relations^ féodales , où les populations sont le plus enlacées dans les liens du moyen âge. C'est à tort qu^elle est comptée au Bombl*e des cinq grandes puissances qui exercent sur l'Europe une haute suprématie , car il n'est aucun peuple qui ait plus besoin qu'elle d'être mora-
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( 54 ) lise , conduit et enseigné. Le temps est proche où elle sera repoQSsée de Faréopage européen et placée sous la surydllance de la haute police des nations , police qui se proposera pour objet, non de dégrader les indiriduset les corps soumis à sa direction , mais de les élever en hobalb , en science et en industrie.
L'Autriche n'est pas une grande puissance; il n'y a de grandes puissances aujourd'hui que celles qui accomplissent un mandat de civilisation, qui poussent l'humanité dans la voie du progrès en préparant Vassociation uniçerselle, en étendant le domaine de la mobale , de Vindustrie et de la science. ^
C'est pourquoi , quelles que puissent être les gaucheries commises par leurs gouvernemens , la France , l'Angleterre et la Prusse» représentant toute l'Allemagne, sont trois grandes puissances au-dessus de toutes les autres.
La France est une grande puissance , car c'est chez elle que 1 on trouve le plus de sentimens généreux , le plus de dévouement aux intérêts généraux de l'humanité. C'est elle dont la politique a toujours été la plus désintéressée c'est elle qui a sauvé la patrie des Washington et des Franklin , qui a arraché la Grèce aux hordes d'Ihrahltu ; c'est elle qui a entrepris les guerres do la révolution , au nom de la fraternité des peuples; c'est elle qui, par l'expédition d'Alger, est allée porter la civilisation sur une terre de brigan* dage, respectée jusqu'ici comme une pièce indispensable de l'équilibre européen; c'est elle dont la voix réveillera l'Europe qui s'endort pendant qu'on égorge la Pologne; c'est elle chez qui les sentimens d'à j/Dctatû'nav^ les autres peuples sont les plus développés : la France a p^rticuKèrement fait avai^cer la morale générale.
L'Angleterre est la terre de l'industrie , du développa
( 55 ) metit malériei derhoinme; $^ ya&te puissance industrielle se manifeste pcir la création d'immenses capitaux , par le prodîgifMix dévieloppesnent de ses établissemens manufacturiers , de SA marine» de ses CQloni6s; l'Angleterre est une grande puissance', ^Ue. es.t. à la tête du perfectionne*ment indmtricL
L'Allemagne , considérée comdre une confédér^ition dont le centre serait la Prusse » et qui se composerait principalement de la Prusse ^ de la Saxe » de la Bavière^ de la Hessç^ de Bade et du Wurtemberg ; de la Suède , du Danemarok et de la Pologne comme annexes» se Uyre ayec unepersévé^ rance in&tigable aux investigations scientifiques ; elle a recueilli et mis dans uji ordre provisoire une énorme quantité de matériaux pour l'avancement de l'histoire » de la législation « de la métaphysiquie et de rhiçtçire nokturelle ;. l'Allemagne est une grande puissance, elle représente plus spécialement le développement de la QiviUsation sous I9 rapport rati&nhel ou scientifique.
Ce sont là trois grandespuissances^ui»^après s'être constituées toutes trms » doivent s* associer en uiie triple alliapce où les trois aspects de la . civilisation MoaAi*fi> science , in-, dusfrie , seront représentés^^ avec tout l'édiat ^lujourd'hui posmUe » et <pii nura la. haute admiaistration des aiSaires de l'homanité. . . , , ,,.
La Russie » av^c sa conitittflion*âe.tiieUe« ^ ^^çpre une grande puissance, car l'empereur est; dans ses é|(Us barbares la personnification du .^ircigrès. ( frayez pi^ge sg. J La Russie est < dvilisàlrice dsns ses rejatjygfnfs avec les peuples voisins V QOQ pas torsqu'elle se rue sur l'Occident» alors elle est uit fléau.» maisflQrsq^'i&lle s^'élance vers IJOrieAt et qu'eUé initîéqieti h peu» «en renvàhissant.» cette terre» premier beréeaurde lé ciViSfisatioli^ Cette Kussie ^> qui s'a-
chàrne à dévorer la Pok)«fùe ,'a'd'un autredôté «ne si noble •
tâcbe à accomplir! ËHe est déistinée à iratmillef à ravaivce-' ment des populations asîatiqaes et au'«iei| propi^; 8biE|&>la'f| direction dé la coalition' des trois grandes pnissanèes^ occi»'-. deWàtiès , là FranciB'; l'Angleterre' et TAHemagnel Qa'elleîj débouche en Asie par la Perse, par la Turquie, par la: Tai*tariè ,* qd'elîe se développe 'ellè-iàéme par ses efforts pour élever à elle toutes ces nfitlônsarriéréesf; qu'ieilepoxrsse ! vers le Sud-, ei qu'elle aille rejoindre' La- Civilisation euro*- ! péciïne *que les Anglais obt glorieusenneni élablie Tdâhsi lïndej et qu'ils fontimircher à grands pas ver> la Cliinè ; qii'^elle aille hiàrâiment dan» cette direction » et^i<hlle iverra ' léè peuplés européens, qui aujourd'hui laconsidènetil; avec . elfrôi^ empressés k Itii inoculer affectueusement lé .perfec-*' tronneiheAt' s60iâl , afînt|u'élle le transméite à/1^0cienl« ::
T^lles'^nt léÀ quatre grandes puissanœside sFEtiirope, j Hor^'d€ là ri n'est que des forces rétrogrades ou dissiéiat^ secondaires destinés à se grouper autour des trois centres; c;-: Pari#, Londres , Berlin. .^ '
'L'Autriche, afvons«&ocis dit , malgré rkoQpdrtance qi^'on e^ géiâiéraiemeht dispo^àim attribuer; ^ne peut plus 'être admise a(u nombre <Ies gr&ndes^ ]^a^axi,oes î:: elle pecupe nomiùaletnent'un vaéte teorritoÎTé^mais cq .so£^ des^piror vinces conquises qu'elle retient par la vioIeik;e r.toJiela'. Gàflîcië ;tét fe royaume Lombstrdo-Y^émtko.. ,
"L-A'ùtKche est particulièveaieni-la parsoiiiittfication dM.. retardement. Le coâsetl antique 'se considère comme l'en-, nemi nàrHurel de toute innoration^ die ^toute émancipation; sut^tout; comihe le protecteur diu^p^s6é> des' iôstitutions brutales. L'Autriche a été snr (é continent»,: non le plus redïdutable, mais lè plus entêté des antagonistes de là ré^ volution française; elle- aété4'iilliée faonteuiede Mahmoud r
( 57 ) contre les Grecs , et pendant que dans la baie de Navarin étaient réunieâ les escadres de toutes celles des quatre véritables grandes puissances qui ont une marine , c*est-à-dire de la France, de l'Angleterre el de la Russie, un amiral autrichien était au large, témoin désespéré de la ruine de la flotté turco-égyptienne. Actuellenient elle tient sous sou égide tous les tyranneaux qui désolent oueffrayenf l'Europe, le Modénais , la duchesse de Parme ; le pape Grégoire XVI et Miguel; Miguel dont M. deMetternich a voulu lui-même êtt^ le gouverneur.
'Le premier acte des gouvernemeus des trois grandes puissances de l'Europe occidentale , dès qu'ils renonceront à Ja politique' du passé, politique étroite et jalouse que démentent les sympathies des peuples , et qu'ils se seront associés pour le perfectionnement de la société v devra être de signifier h rAntriche qu'elle est incompétente à délibérer sur les affaires des autres peuples, et qu'il liii importe au contraire qu'on se mêle des siennes pour la soustraire peu U peu au joag féodal qu'elle porte encore.
Alors- rAuiriche sera njise au rang des notions subalternes, dont les trois grandes puissanceis occidentales auront à soigner l'éâucation uotla^le, sctentijfîqaeet îndustrielle.
Elle sèf'à'pbur f Allemagne confédérée autour de Berlin ce que sera pour la France la péninsule espagnole , cé^c(a*el9t pour l'An gl'é terre Pifîai/dë, de que devraient être pour la haute Italie ISfapfes eïld'Sîéiîé , un peuplé arrréré dont la cërifédératidn gei^nâatiiqué atirà à surveiller 'lés' mfouvemens, à développer les facultés, et qui sera à ses côtés comme rènfaint près d'où instituteur bienfaisant, ^d'nti
père tëndi^J ' ^ •
Alors fltîflie cessera d'elle soîis ta 'ffilmmàtidn dé' sa' majesté apohotitjuè; elle sera près de îa' France, 'du peàpte
( 58) qui ^ par ses sympathies pour tous » est le plus propre à relier tous les autres, à faire le centre de l'association universelle , ce qu'étaient à côté des prêtres , liens des peuples de l'antiquité , les musiciens , les poètes , tous les artistes échauffant les hommes de leurs inspirations ; ce qu'étaient près des pontifes chrétiens , liens de la société spirituelle du moyen âge , les prédicateurs destinés à répandre la parole de paix et de fraternité.
Alors la Gallicie cessera d'être occupée militairement par les troupes italiennes que la soupçonneux cabiiiet de Vienne exile loin des hommes qu'elles sentent et quelles comprennent : elle fera partie de la Pologne , qui sera libre alors» parce que le czar aura mieux aimé enfin être civili* sateur sur le Bosphore que d'être exterminateur sur la Yistule , et la Pologne elle-même , se rattachant à Berlin ^ sera comme le dernier anneau de la chaîne électrique qui transmettra le progrès de la triple alliance occidentale à l'empire des czars.
Alors seulement FAutricbe sera classée selori sa capacité ^ tandis qu'aujourd'hui , placée momentanément au premier rang 9 pour ainsi dire, dans la politique des cabinets^ elle est pour l'Europe ce que serait pour la France un ministère composé de MM. PoUgnac» Syrieys de Marinhac et autres^ un prodige d'incapacité*
Et si nous nous exprimons, ainsi » ce n'est point qu^npus nourrissions contre elle des senttmens de hajne ou de ¥enr geance; ceii'est point que nous nous complaisions dans l'idée de l'humilier. Loin de là , nous pensons qu'elle n'a qu'à gagner à être miae à la place que npus lui avons assi-. gnée; car elle sera alors dans les circonstances les plus favorables à son progrès Au lieu de s'épuiser eo stériles efforts pour tirer l'humanité en arrière , efforts qui ne lui
(59) valent que l'exécration générale , elle pourra consacrer toute son actinté , sous la direction bienveillante des trois grandies puissances , à se gnérir elle-même de la lèpre féodale.
Telle esl la destinée de F Autriche. Elle doit déchoir, elle doit céder son rang» et la déchéance définitive que nous lui annonçons a été présagée par tontes les chutes successives qu'elle a éprouvées depuis Chari«s-Qutnt. Il semble même qu'il y ait chez tous les peuples un pressenti*ment vague de la prochaine décadence qui T attend ; car partout l'Autriche est un symbole populaire de simplicité grossière 9 d'infériorité passive; et partout elle est frappé de ridicule et de dédain.
L'Autriche » patrimoine des Césars, centre de la féodalité , à dû être abaissée quand est venue la décroissance des institutions féodales, et c'est ce qui a eu lieu; il est même remarquable que ce soit principalement la France qui l'ait fait reculer d'étage en étage.
Depuis l'avènement au trône de Henri IV, la politique du cabinet françi^s a été constamment d'affaiblir la maison d'Autriche : c'est là l'histoire de la plupart des guerres soutenues par la France sous Louis XIII , Louis XIV et Louis XY^ et les guerres de la république et de Tempirc ont en partie tendu au même but. S. M. apostolique a ainsi peu à peu perdu du terrain , et surtout on est parvenu par là à rendre indépendans d'elle les princes allemands jusqu'à ce qu'enfin Napoléon les ait formellement a£franchi$, qu'il ait enlevé à la maison d'Autriche jusqu'au titre d'empereur d'Allemagne.
Et pendant que l'Autriche descendait , une autre grande puissance a surgi, qui toujours a été en grandissant, même sous les coups de foudre dont ses ennemis croyaient l'avoir
écrasée. Cette puissance c*est la Prusse , composée d'une population éclairée, qui &'est placée h la tête du mouveitient scimttifuiue de T Allemagne» et qui est destinée à reconstituer une unité germanique toute paciflque, toute civilisante, au lieu de Tunité féodale mal jointe et mal assise dont rAutricfaê avait été le chef. La haute influence dont jouit aujourd'hui la Prusse annonce que son tour esl définitivemenlvenil , et que la prééminence de rAutriche touche à son terme.