‹ Religion saint-simonienne: Politique européenneChapitre 18 sur 27 · RAPPORTS ANTERIEURS DE LA FRANGE ET DE LA PRUSSE · texte numérisé non relu

RAPPORTS ANTERIEURS DE LA FRANGE ET DE LA PRUSSE

L'importance de la Prusse est toute récente; elle n'a surgi qu'après la réforme^ et depuis lors elle s'est rapidement agrandie. La plupart de ses acquisitions, elle les a dues à l'assistance de la France , qui travaillait sans relâche à affaiblir la maison d'Autriche^ personnification- de la féo> dalitéet du retardement.

En 1648, lors du traité de Westphalie, conçu sous les auspices de la France, le margrave de Brandebourg , Frérdéric Guillaume, fut affranchi de la suzeraineté de la Pologne, et olbtini le» évéches ;de Magdeboui^, Halberstadt

(66) et Minden. £n 1701 son fils fut reconnu en qualité de roi. Ce fut par son alliance avec la France contre la maison d'Autriche qu'elle obtint en 1 692 Clèves, la Marche de Brandebourg , Ravensberg, une partie des états de Télécteur Palatin, Juliers et Berg; possessions garanties par la France lors des traités d*Aix4a*Gbapelle, d'tJtreicht et de Radstadt en 1699, 1715 et 1714*

Ce fut encore par suite de son alliance avec la France que Frédérîe-le*Grand parvint à s'assurer la conquête de la Silésie.

U est vrai qué dans la guerre de sept ans on vit la France essayer» par un funeste accord avec l'Autriche» de déprimer la monarchie prussienne; mais l'inutilité des efforts de ces deux grandes puissances contre la Prusse , si faible encore ^attesta qu'il n'était au pouvoir de personne de clore les destinées du nouveau royaume; et» par la paix de Paris en 1 764» la France garantit à là Prusse toutes ses acquisitions.

Après la mort du grand Frédéric la Prusse continua son opposition contre l'Autriche. Avide de se donner de l'im-^ portance » elle se laissa aller à attaquer seule la France en 1792; mais, éclairée par la défaite de Brunswick à Valmy, elle se hâta de suspendre les hostilités, et elle fiit une des premières puissances qui se retirèrent de la coalition antifrançaise.

En ] 806 , trompée par des intrigues d^lomatîques , elle . se hasarda de nouveau à déclarer la guerre à la France. Cette imprudence lui coûta cher. En une enjambée Napoléon fut à léna; l'armée prussienne fut détruite, et la Prusse réduite à l'état de pays conqiais.

Snlin Napoléon ayant accompli sa nÀsion de promener par toute l'Europe et d'implanter partout tes principes de

(67 ) la révdlutioQ française» régularisés par ses codes, se mit à ](>eser d'un poids insupportable sur TEurope entière. Il dut alorf être renversé; et dans le gr«ind drame où il succomba la Prusse a joyéle rôle d'une puissance du premier ordre.

LA. VBVSSE DEPUIS l8l5.

Of que la Prusse voie comment elle s'y est prise paur gagoer 9on si^e dans le haut Aréopage européen; comment elle est parvenue à grouper autour d'elle toute l'Allemagne» à exciter en sa faveur un enthousiasme qui depuis s'est bi^i refreîdî i ^^ que le passé lui serve d'enseignement pour l'avepir.

Elle l'appela pas l'Allemagne aux armes en se disant la subordonnée de P Autriche et de la Russie ; elle proclama L'unité^ germanique; elle fit retentir des paroles d'émancipation.

Elle organisa par toute l'Allemagne deux sociétés secrètes, le Deutsche Bund (association allemande) et le Tugendr-Bund (association de la vertu ) , qui furent sous la direction de deui^ ministres prussien^ , le baron de Stein et M. Hardenberg. Le but de ces sociétés était lia délivrance de la Germanie et l'o^^nisation de V unité alLemande sous l'influence dis la Prusse.

Et d'abord ces deux sociétés se constituèrent militairenaient» en abolissent le privilège qui conférait à la noblesse tous les grades ji'oS^ciers; elles se joairent à répandre Igs lumières parmi les classes iniëri<eures , et prpp^èrent avec ardeur l'idée de Vanité allenuinde par des écrits animés » tels que le Discours de Fie ht à la nation allemande (i), la

(i) Fichtes Reden an die Deusche nation.

Nationalité allemande de Jahn (2), la Cloche du temps de Ardnt (3).

Enfin y le 18 janyier 181 s, le général York, devant le masque , passa avec ses troupes du côté des Russes contre les Français; et le 3 février de la même année ^ le roi de Prusse y dans sa mémorable proclamation à ses milices , s'érigea formeltement en champion de C unité allemande.

Mais toutes ces promesses furent oubliées dès que Napoléon fut abattu. Les belles paroles adressées au Tugend- Bund et répandues par lui, les engagemens contractés par le baron de Stein, par les généraux prussiens et parle roi lui-même , furent méconnus ; bientôt même le baron de Stein fut disgracié, Ardnt et Jahn éprouvèrent te même sort. Ce fut un crime que d'avoir été membre delà Tugend- Bund; la Prusse en un mot se traîna à la suite de la saintealliance , et le gouvernement prussien <)béit fidèlement aux inspirations de Castlereagh , de Wellington et de Metternich. Le Tugend-Bund fut dissout, et il ne resta plus trace de Vanité alletnande que dans l'association universi-^ taire de là Burschenschaft ^ qui, bientôt disloquée ellemême , fit place , il y a sept ans , au Jugend-Band ( association de la jeunesse ). '

Avouons toutefois que nous avons peu de regrets que V unité allemande n'ait pas été constituée en 181 5, car alors elle n'aurait pu être établie qu'en haine de la France. Son organisation eût été profondément empreinte de ce sentiment d'hostilité ; et , conçue dans cette vue émihem* tnent rétrograde , elle eût porté en elle un germe de disso lution; elle eût inévitablement péri.

(1) Jahns deutsches p^olksûium.

(2) Ardnts Glocke der zeit.

(69) Mais aujourd'hui qu'est e£facée l'antipathie contre la France y qui avait dû résulter de l'occupation napoléonienne, te temps est venu d'asseoir enfin cette unité glorieuse. Que ia Prusse reprenne donc l'œuvre qu'elle a abandonnée depuis quinze ans.

DISPOSITIONS A l'Égard de la Prusse.^ — position du

CABINET prussien.

Il faut le dire , il règne aujourd'hui en Allemagne de la méfiance contre la Prusse , et cette méfiance résulte de l'oblique conduite du gouvernement prussien , de son manque de foi en 181 5. Les peuples du midi de l'Allemagne surtout y Bade , le Wurtemberg > la Bavière » et avec eux la Saxe , lé Hanovre , regardent la Prusse du même œil que les Romabs envisageaient la Grèce. Ils recpnn^issent la supériorité intellectuelle , l'activité des Prussiens , la^is ils sont peu disposés à se fier à eux , redoutant d^être encore une fois pris pour dupes.

Mais si la Prusse prononçait franchement le nom de Yunité allemande f%\ pour gag3 de sa sincérité le gouvernement prussien recherchait l'alliance des pays de liberté , de la France et ^e l'Angleterre , et qu'il accordât à se^ peuples ces francbfses constitutionnelles dont il est bon qup l'Allemagne fasse transitoirement l'expérience; s'il se déclarait opposé aux privilèges féodaux, si lourds aux classes laborieuses dans toute la Germanie , et aux douanes vexatoires, il n'est pas douteux qu'il ne parvînt k détruire loUs les soupçons conçus contre lui ; et la Prusse verrait se grouper autour d'elle toute la population des états secondaires, la Bavière , la Saxe, le Wurtemberg , Bade, la Hesse et le Tyrol.

G'eit précisément parce que nous voudrions que la Prusse comprit dans toute son étendue la haute mission qui lui est réservée à la tête de Vanité germanique, et dans la triple alliance aux soins de laquelle sera confiée l'éducation MORÀ.LE f scientifique et industrielle de Thuaianité, que nous déplorons sincèrement la funeste* direction qu'elle parait donner à sa politique.

C'est l'alliance de la France qu'il lui faut : sans cette alliance et sans celle de l'Angleterre , avec qui la France lui servira de tien ^ elle deseendrAil infailliblement au rang de puissance subalterne : comment se peut-il donc qu'elle cherche à remuer les imaginations allemandes en les excitant à Une croisade contre la France ?

Pendant qtie l'ambassadeur prussien proteste à Paris des sentimens pacifiques du cabinet de Berlin , pourquoi celui-ci lâche-t-il M. Ardnt, professeur à Bonn, l'un des çhefsidu Tugend-Runi^vtVkVtk en grâce depuis juillet? Pourquoi tenter de ressusciter ainsi une haine que quinze ans de p^ix ayalent assoupie > que la révolotionde juillet et les souvenirs de la ^bire de Napoléon ont changée en admiration vive? Que signifient ces prétentions ridicules à retrancher, de l^unité française l'Alsace » Lille et Metz ? En per^stant dans cette voie le gouvernement prussien se perdrait , et il compromettrait plus que sa propre exist;ence; car tout retërd apporté à la conclusion dé la triple alliance entré la France » l'Angleterre et l'Allemagne confédérée autour de Berlin^ serait un malheur pour l'humanité tout entière.

Nous reviendrons prochainement sur la brochure de M. Ardnt.

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