‹ Religion saint-simonienne: Politique européenneChapitre 19 sur 27 · ROLE DE LA PRUSSE · texte numérisé non relu

ROLE DE LA PRUSSE

DBQKlkME ARTICLE.

(sarrEAiT du globb du a6 jom i8Si.)

£XAM£1« DB LA BROGHUR£ DE If. ARDlfT.

Die frage uher . die Niederlande ànd die Bheinlande (Question des Pays-Bas et des proyinces Rhénanes] » avec cette épigraphe :

Lieber den wolf der reisst j41s denJUchi der gUisst.

( Mieax vaut le loup qui déchire que le rentrd qui diMimule. )

Dans notre premier article sur la Prusse , nous ayons montré le heau rôle qui est réservé k cette puissance » rôle qu'aujourd'hui son gouvernement méconnaît aveugler ment. Noua avons promis à nos lecteurs de los entretenir de la brochure commandée par le gouvernement prussien

( 7« ) au professeur Ardnt ( de Bonn ). Nous allons tenir notre promesse.

M. ARDNT.

M. Ardnt est très-connu en Allemagne par le rôle énergique qu'il remplit lors de Torganisation de Tassociation secrète du Tugend-Bund , qui contribua puissamment à délivrer l'Allemagne delà pesante domination napoléonienne : il fit preuve alors de dévouement et de courage. Ce fut lui qui écrivit la brochure pour laquelle Timprimeur Palm fut fusillé. II conçut alors contre les Français une haine violente que presque tous les Allemands partagèrent momentanément , et dont ils sont bien revenus aujourd'hui. Malheureusement M. Ardnt n'a point fait un pas depuis vingt ans. Il est toujours dominé par un sentiment de nationalité haineuse. La France , à ses yeux , c'est toujours l'armée victorieuse à léna , enlevant la colonne de Rosbach / dépouillant Postdam dé l'épée du grand Frédéric » occupant militairement toutes les forteresses prussiennes , frappant des contributions sur Berlin et réduisant Guillaume à l'état de monarque honoraire. En 1 85 1 , après les événemens de juillet , M. Ardnt déteste cordialement la France , dont le nom est devenu cependant si populaire en Allemagne , et surtout dans les provinces Rhénanes^ au centre desquelles il habite aujourd'hui.

Au reste si M. Ardnt est arriéré , s'il a la vue bornée , s'il ne comprend pas que la politique de rivalité a fini son temps , que la seule politique qui ait de l'avenir est celle qui tend à abaisser les barrières qui séparent les nations ; si le gouvernement prussien , qur le fait écrire , dénote par là son peu de lumières , il faut convenir que les autres gouver-

( 73 ) nemens de l'Europe ue sont pas beaucoup plus ayancés* N'avôDS-nous pas vu , il y a quelques jours, le Moniteur ( i ) parler des peuples voisins tout comBie Ton peut faire eu Chine quand il s'agit des Tartares ? Ne voit-on pas les diplomates < c'est-à-dire les fortes têtes des cabinets, pratiquer.entre eux la ruse, le mensonge, la méfiance, la haine, avec une impudence de bon ton consacrée par l'usage dans le monde des cours? Les protestations d'amitié entre toutes les puissances sans exception ne sentent^lles pas la foi punique ? Y eut-il jamais conférence d'ambassadeurs du Bas-Empire avec des envoyés bulgares, goths ou vandales, où il ait été ourdi plus d'intrigues que dans la conférence de Londres?

« Il y a seize ans , dit M. Ardnl , nous tenions le renard » dans le filet. Il y était enfermé de manière à ne pou- » voir s'échapper; mais il se montra si doux, si gracieux, » que nous lui donnâmes la liberté. Il est donc sorti sans j> grand dommage à sa fourrure : à présent le voilà de non* » veau en scène, mettant en œuvre toutes ses ruses pour i> nous tromper encore une fois. C'est pour ce motif qi» » je crois nécessaire de montrer les dangers qui nous me- 9 nacent. Aujourd'hui je ne parlerai pas d'autre chose, car 9 tout ce qui est Anemand ne doit plus avoir d'autre y pensée que de se dérober aux artifices de ces étrangers D trompeurs. »

C'est ainsi que M. Ardnt prélude en signalant la France à la haine et à la vengeance de l'Allemagne , comme si la France pouvait songer à réduire l'Allemagne à l'état de pays conquis , comme si elle ne sentait pas' qu'elle doit

(1 ) Voir /e Moniteur du 22 jui».

(74) établir ta prééminence sur les autres peuples» non en K leur imposant par la force > mais bien en la leur disant aimer* en les dégageant des entrayes féodales qui les gé> nent , en leur enseignant le progrès el en les aidant à Tacpompier.

Après ce début , M. Ardnt discute deux questions pripcipales , celle des limites de la France et celle de la supériorité de la nation française , et il donne à chacune upe solution que son antipathie contre la France rend facile à prévoir.

LIMITES PE Lk FRANCE. — THÉORIES DE DÉLIMITÂT lOI^.

Il ne pardonne pas au congrès de Vienne d'avoir rompu les liens qui, avant la révolution s unissaient la Belgique à l'Allemagne; il ne cbjQçoit pas qu'on ait laissé à la France Metz , Lille et l'Alsace, l'Alsace surtout. C'est le développement d^une théorie asse? ancienne» exposée derechef, H f a six mois environ » dans la Gazette dCÉtat de Prusse, et d'après laquelle les fleuves ne sauraient être des limites naturelles, les chaînes de montagnes seules pouvant constituer des séparations réelles. La conclusion qu'en tirent les hommes d'état de Berlin , c'est que la France ne devrait s'étendre que jusqu'aux Vosges , dont eUe occuperait seulement le versant occidental. Ces profonds politiques ont publié que de l'autre côté du Rhin , sur la rive droite , il <^xiste une chaîne de montagnes parallèles et semblable aux Vosges, la Forêt-Noire. Si bien que , leur théorie eu main, le gouvernement français serait aussi bien fondé à réclamer la partie droite de la vallée du Rhin , Rastadt , Garlsruhe, Fribourg , les vallées de la Kii^iz , de l'Eltz , de la Trei-

(75) ssm, el tout le versant oocideaial |[e la Forét-l^oire, que TÂK iema^ne pourrait Fêtre à reyendiquer Strasbourg» Golmar, Mulhouse et le cours de l'IIL D'un autre cdté, nous ne savons pas cominent , en tertu dé cette théorie , on prétendrait sépi^rer Metz et Lille de la France , ni quelle chaîne de monts^nes si escarpées s'élève entre Condé et Mons , Lille et Tournay , la France et la Belgique , qu6 Ton doive proclamer impossible l'assoGiation des deux peuples français, et belge ?

M. Ardnt a amendé la théorie des diplomates prussiens sur la délimitation des États. Tous les pays où Ton parle la même langue devraient , suivant lui , être réunis sous une même loi. Il est certain , en effet , que l'identité de langue suppose une telle conformité de mœurs et d'habitudes ^ qu'elle pourrait très-bien servir de base h une circonscription des divers États de l'Europe de beaucoup supérieure à celle qui subsiste aujourd'hui. Mais nous ne pensons pas. qu'à Lille et à Met2 on parle allemand ; et du point de vue de M. Ardnt, la Belgique , qui parle français , serait française et non hollandaise ou prussienne. Bien plus, par tous pays , à Londres « à Pétersbourg, à Varsovie, à Berlin , la langue française e&t usitée , souvent même de préférence à toute autre, parmi les gens éclairés. M.. Ardnt comprendra-t-il que la conséi]uenoe de sa théorie serait de reconnaître à la France une dictature non pas seulemenl européenne , mais universelle ; de faire de Munich , de Vienne, de Saint-Pétersbourg et de Berlin des chefs -lieux de préfecture, et de mettre un sous-préfet à Postdam , un juge de paix à Tzarko-Zélo ?

Notre théorie, à nous, sur les frontières , c'est qu'elles diMvent disparaître , c'est que les fortifications qui les hé-, rissent seront bientôt démolies , c'est que les douanes, plus.

( 76) difficiles à traverser au voyageur le plus pacifique que deux fleuves et deux chaînes de montagnes, sont proches d'être abolies^ c'esf qu'une grande unité européenne est proche de se constituer, qui fera l'éducation du reste du monde; et cette unité , nous l'avons souvent dit , elle s'opérera sous les auspices de trois grandes puissances, la France, l'Angleterre et la Prusse , considérée comme résumé de l'Allemagne , qui réprésentent chacune l'un des trois^ grands aspects de la civilisation , morale , industrie, science»

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