L'INTERVENTION
(extrait du globe du 17 DÉCEMBRE l83o. )
Depuis les événemçns de juillet tout le monde a compris que les jj^térets dont ils ont assuré le triomphe. sont peu ea faveur atipnèsi des souverains de l'Europe ; tout le mondé ft senti que les principes delégitimité tels que les ayait promu!** gués la sainte-ailliance, tels que les interprétait, en Allemagne M. de Mettemîchy en An^tfivre Wd^ingtcm, tels que les répétaient sur. les autres trônes de l'Europe les fidèles échos de ces deux maîtres, venaient de recevoir un solennel démenti. On s'est rappelé la réponse faite a des démentis sinon pareils, au moins analogues, interjetés par lescortèsespagncds, par les constitutionnels de Naples et de Turin. Pour écarter une attaqué semblable a celle qui avait noyé dans le sang et enseVeli sous des cadavres la constitution espagnole au sein de trois royaiunes; attaque qu'on ne redoutait pas, car la
France a le' sentiment de sa puissance, mais qu*on aurait voulu éviter parce que la guerre, considérée en soi, n'apparaît plus que comme un fléau; pour continuer paisiblement F œuvre de régénération intérieure, un cri s'éleva unanime sur toute la France : on proclama le principe de non-intervention, on le posa comme ûn« barrière a l'antipathie des rois contre les idées d'affranchissement.
Parmi les publicistes qui poussèrent avec eux la France entière a embrasser étroitement le principe de non-intervention, a lui vouer un culte, le plus grand nombre furent guidés par des sentimens d'ordre et de paix certainement dignes d'éloges , mais mal éclairés ; quelques-uns cédèrent purement et simplement aux inspirations d'un patriotisme égoïste et barbare. Ceux-ci eus^sent volontiers entouré la France d'un enceinte de murailles pareille a celle de la Chine, et a l'abri derrière leurs remparts, isolés de tous les peuples de la terre, ils eussent, a leur compte, discuté leurs affaires, formulé une Charte et organisé leurs cilés et leurs bureaux sans s'enquérir de ce qui se serait passé de l'autre côté de la murailk, sans s'inquiéter si au dehors on avait pour la France amour ou haine, sans écouter les menaces ou les cris plaintif qtii auraient traversé leuts lignes de circonvallation .
Les uns et les autres ont méconnu lé rôle que là France est appelée a jouer dans les ûfkires du monde civilisé ; ils se sbnt mépris sur le caractère et la gravité des événemens qui ont renversé le trôfte de Charles X.
L'histoire entière de l'humanité n'est autre chose qu'une série d'interventions d'homme a homme, ou de peuple a peuple. En se plaçant k une grande hauteur pour étudier la vie de l'espèce humaine, elle apparaît comme un être collectif ise développant dans son ensemble et dans ses membres par le rapprochement et le contact continuel des diverses sociétés qui la
(5) composent y par leur action et leur réaction les unes sur les autres , et dans cliaque société par Faction et la réaction des castes y des classes et des individus.
Pendant les premiers âges de Thumanité , où les peuples étaient plus habiles a détruire et k dévaster qu a créer et a embellir, Y inteivention a eu un caractère violent. Quelquefois des hommes ont compris qu'ils avaient mission d'accomplir,^ par leurs natious et par^ux-mémes, sur leurs compatriotes et sur les peuples voisins, une œuvre civilisatrice , une œuvre d'amélioration. Ceux-K^i sont en petit nombre : ce ne sont guère que les révélateurs , ceux qui ont apporté a leurs semblables une religion nouvelle ou qui se sont chargés de la répandre. Ils ont fait sanctionner leur mandat par la foi religieuse. Mais presque toujours ils ont été obligés d'opérer par des moyens barbares sur des êtres barbares ; ils sont intervenus le glaive a la main dans les affaires des peuples qu'ils avaient mission d'initier a des progrès nouveaux ; ils ont fait écouter leur enseignement en imposant silence autour d'eux parle fer et par le feu.
Et cela a été convenable et légitime, car c'était la condition du progrès de l'humanité.
Tel a été le caractère général des guerres et des actes du gouvernement, quelquefois sanglant, de Moïse, de Charlemagne et de Mahomet.
Souvent encore des hommes et des peuples ont surgi^ in- Strumens aveugles d'une loi de perfectibilité , chérissant la guerre, idolâtrant la conquête et s'y adonnant avec passion. Tantôt ce sont les Grecs et les Romains épanchant leur civilisation supérieure sur des peuples moins avancés, et superpo-^ sant une nationalité plus large k une foule de nationalités étroites; tantôt ce sont les barbares qu'un vague instinct fait déborder de leurs forêts, et qui viennent providentiellement çt
(6) sans en avoir la conscience, briser des institutions vieillies, pour faire place a des institutions progressives.
Ainsi dans le passé, la guerre, malgré toutes ses horreurs, malgré toutes les cruautés dont furent souillés les lauriers des consuls romains et des stratréarques grecs , des César et des Alexandre; malgré les profanations hideusesetles dévastations qui signalèrent les pas des Attila et des Clovis ; la guerre, alors si meurtrière , si spoliatrice , si étrangère a tout sentiment de générosité et de clémence, la guerre, c'est-à-dire r/nferv^/ifib/i armée, apparaît comme un moyen puissant d'éducation du genre humain, comme un instrument de progrès et d'amélio-» ration^ comme un lien qui a enlacé les peuples, les a mêlés les uns aux autres et les a préparés a une association générale où la violence ne trouverait plus de place.
Plus près de nous, les sociétés intenderment encore très fréquemment les unes chez les autres ; mais comme elles sont alors singulièrement adoucies, parce que Jésus-Christ, et après lui quelques pêcheurs de Judée, jugèrent a propos, il y a dix* huit cents ans, 3! intervenir dans les affaires du monde entier ; ce n'est plus toujours les armes a la main et la menace a la bouche qu'un peuple se présente a un autre peuple. Lçs mis^ sionnaires ne sont pas exclusivement des guerriers. Les armées ne sont que les escortes de commerçans, ou de prêtres, ou de philosophes. Souvent même ceux-ci se présentent tels que Penn dans les cpntrées éloignées, seuls, inofTensifs, sans autre mousqueterie que leurs marcharidisés, sans ,autre artillerie que la parole de rÉvangilë ou que la science et leS artsi
Dans la situation présente des peuplies européens, leurs relations ordinaires né sont qu'une intervention contiiluelle. Bien plus : il y a déjà entré eux de nbmti^éux élémens d'une association vigoureuse. Sous le point de vue commercial, il y a association par la solidarité des affaires de banque auxqueUe$i
se rattachent toutes les autres , soiîSarité sî bien constituée , qu'une hausse ou une baisse a Paris se répercute imtnédiatementa Londres/aPétersbourg, a Francfint, a Ainsterdam , partout enfin où Ton négocie et où Von cote des valeurs. Sdus lé point de vue scientifique ^ il y a a^ociation. pat te fait des rapports constanis d'académie a académie, ou de savant k ^vant. Sous le point de vue moral, le lien d'association se lesserre de jbifreirjaùt parlacomiiiuuauté de vues et dTalfectîons , par la disparition des haines nationale^ , par les sympathies vives qui de claque centré viennent converger vers Paris. Dans un pareil état de choses, il y a échange continuel de sentiniens, d'idées et de produits matériels entre le^ peuples ; et de cette circulation constante, de ce triple courant qui toujours va et revient, s'alimentant et se disfpersant sans cesse, résulte une intervention perpétuelle d'homme à homme, de cité a cité, de nation a nation, de continent a continent.
Dans ce majestueux ensemble des peuples- gravitant avec dignité vers une unité glorieuse de bonheur , de science et de richesse, nous le disons avec une conviction tout-k-fait pure des inspirations d'un patriotisme égoïste , k France apparaît comme le coryphée qui précède et conduit la foule, comme le foyer de toutes les sympathies, de tous les efforts généreux; c'est elle qui continue avec éclat la mission des peuples civilisateurs ; c'est elle qui a mandat de grandir sans cesse en élevant avec elle les autres peuples, c'est elle vers laquelle tous tournent les yeux, pour qu'elle leur indique d*un signe ce qu'ils doivent aimer, ce qu'ils doivent penser, ce qu'ils doivent faire; c'est elle qui a le superbe privilège de répandre k pleines mains l'enthousiasme dans l'univers , de faire partager k toutes les nations s^es joies et ses douleurs; c'est elle aussi dont les bras sont animés d'une vigueur irrésistible ; c'est en elle que tous les peuples ont placé leur confiance et leur espoir.
De toutes les contrées la France fut celle où la féodalité fut le plus tôt attaijuée ; il y a quarante ans, nos pères assaillirent les derniers retranchemens de la vieille forteresse édifiée par Charlemagne ; ils Tenyahirent en foule, la saccagèrent, la minèrent par mille points , et la firent sauter avec fracas. L'explosion fut épouvantable ; les trônes d*£urope furent ébranlés^ les peuples secouèrent leurs chaînes, et la France, inondant TEurope entière de ses soldats et de ses missionnaires républicains, propagea chez tous renseignement anti-féodal, brisa les couronnes, détacha ca et là des chaînes, et. momentanément épuisée par tant d*eflorts , se reploya sur elle-même, pareille au Nil qui rentre dans son lit lorsqu il a déposé sur le sol de FÉgypte le limon salutaire qui la fertilise.
Les quinze années qui viennent de s'écouler ont été comme un long entr*acte dans le grand drame de VaiTranchissement et de la régénération des peuples. Voici qu'un nouvel acte vient de s'ouvrir..,...
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