‹ Religion saint-simonienne: Politique européenneChapitre 6 sur 27 · LA RUSSIE ET LA POLOGNE · texte numérisé non relu

LA RUSSIE ET LA POLOGNE

(extrait du OtOBK DU 4 ^^^ 4834.)

L'acharnement de la Rusue contre la Pologne est un fait douloureux , non-seulement |»aree qu'il est \ difficile de croire que le colosse du Nord ne finisse pas par écraser de son poids cette Po)(^e si indignement délaissée, mais jparce qu'il révèle dans les conseils du czar une tendance politique qui serdt funeste à la Russie. et funeste à la cause de la milisation; cause à laquelle la Russie» toute barbare qu'elle est, a rondu et peut rendre encore d'immenses services. *

Les Russes sont un peuple de soldats tout prêts à mar^ cher .u i^remier coup de t«Bbo«r. L'orgamàatioD de l« Russie est purement militaire : UnAj est ehr^imenté et gradé; tout y obéit militairement à la première injonction du maître. Les fonctionnaires qui composent ce qu'aillenra 0n irppelle rafdministratioa civile sont revêtus de grades

( 3o) militaires et agissent ea conséquence. Toutes les places de la cour et autres sont remplies par des personnages ayant titres de majors^ de colonels, de généraux. Les dames d'honneur elles-mêmes sont gradées et hiérarchisées comme des officiers d'état-major. II n'y a là d'autre loi que la volonté du czar , qui règne lui-même par sa propre grâce , c'est-à-dire par la grâce de son épée , de ses canons et des automa^^ de sa garde iqapériale. La Russie , qp un mot , oRre l'image d'un vaste camp au centre duquel est la tente du chef y tente à laquelle tout aboutit , et qui est entourée de licteurs prêts à etécuter sur un clin d'oeil les ordres de sa majesté impériale.

Le gouvernement russe est , en un mot , le type de ce qu'on appelle despotisme. Toutefois , en le désignant ainsi , nous ne prétendons pas le flétrir , le vouer à l'animadversion de tous les peuples. Cette immense autorité a sa justification dans l'état arriéré des populations soumises au sceptre du czar. Il est iildispensable que toîite celte puiss^ance soit exclusivement confiée à l'empereur , qui la départit à son gré à quelques familiers , instromens «dociles qu'il plie ou brise dès qu'ails ne lui coinYiennent j^lus ^ parce qu'il n'est en Russie aucune dasse assez éclairée ; assez dominée par- des sentimens civilisateurs / pour pouvoir porter une partie dur fiirdeau de la direction de ces peuples. Il y a peu de lumières , encore moins de larges sympathies parmi les classes élevées , Tort peu nombreuses il est vrai , qui résidant dans quelques grandes villes ; et cela est %f vrai que la plupart Ae% hauts- fonctionnaires de l'empire sont étrangers , Français » Italiens et surtout allemands.

Il ty' eut autrefois en Russie une aristocratie puissante^ celle des boyards; mais Pierre-le- Grand la trouva ignorante et grossière , antipathique à toute innovation ;

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MoscoYsitès à Ja Ja^inbme , ji fiii|conti)aiiil ût^ FiiMéaiittr. • ^Jus^u^^ pissent lès ozati witufaiV de ^ëat omûïpoieme BDT uBi^ .ti*è»4oiHibie>à iiotérïeur , ^iMt'kbéJH^ ô^)i»iii6ë'{ oarLnbtiftJliê'firétendQiiS'pa divel ^qip'ils 'q^y-^Ui^pas* eU'de détftik éàièiix. ><£'eit par; euso^edls. qaUh&miJb éeééetléPi des routes, des usines; ils se soat constamment appli<{ués<lf

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Bien pl^s ri» Ruâsie apwnpKy i li^rlitKisi.l'AsJe.diatbâre , un pèlfs d'expi^nsidn , feiftafrtfi*éfljie« vers ces^p^opoktions ar> rièréos la luini^rë.ouropéefarie , et<^ teit^éa, Keiw^bissant

^t s<>l'iQcorporaat |>ièce par pièce; t'earrapprochanl par la. Crimée» pids piquant un jour :1a fiéiÉ^et Je€ka<»né; um autre fois empiélant àut la Perse et sïmtaUànâf dansjes tDeîlleure& pnorinoes, et^âenlièrea]eÉll suiiOtttis'araoçMil jusqu'à Andrinople» préludant ainsi è la aatiifactniniie ^QA^va^u fe plus dber , ]» conquélct ^ I^ ^^ ^ Cotais-

La politique des bzars a, donc été <Mnistamnient , depuis Pieore^P' justqu'à ce jaiir^ de civiliser hardimeni la Russie^ et d'iaftiei^Jeâ. nations asiatiques à la ci?ilisatiOB de l'Europe* C'est pourquoi , malgré ses formes yiôlentes , le gouvernement jrusae, tel qu'ii est ^ a plus d'avenir que Ipreaqiietbus lea»gou^farnemens de l'Europe occidentale. IL est en eifiët progressif sUr son terrain , tandis que les autres* Sont plus ou moins nettement rétrogrades.

AetuellemeBt Nicolas semble avoir momentanément perdu de vue cette politique qui est dans son intérêt et dans celui du progrès. On dirait qu'il n'a plus les yeux fixés sur l'Orient , ni même sur le développement intérieur de son empire; c'est vers l'Occident qu'il est aujourd'hui disposé' à porter U masse de ses forces.

Au congrès de Vienne » où ne présida aucune vue gêné*

raie sur la division qui convenait à l'Europe , où l'on se

décida d'après des vues étroites d'ambition personnelle^ de

vengeance contre les uns , de méfiance contre^ les autres»

< la Russie obtint , du prétendu consentement de tous ,

c'est*à-dire d'accord avec quatre ou cinq diplomates , l'ad* jonctiond'im soi-disant royaume dé Pologne , sorte de tête de pont fortifiée sur l'Europe occidenkle.

Comme la domination russe ne oonvieni pas à la Pologne» qui est plus avancée que la Moscovie et la Sibérie ; comme d'ailleurs l'écoulement naturel de la Russie est vers l'Orient

C 33 ) et non vers l'Occident , ce ne pouvait être là qu'une possession précaire ; et en effet est survenue la formidable in surrection du 5o novembre.

Voici que 9 par oi^ueil et par un sentiment exagéré de son importance» l'empereur veut à tout prix remettre la Pologne sous le joug; il veut plus» il prétend , comme disent quelques écervelés du Nord , mettre à la raison les révolutionnaires de tous les pays.

L'empereur Nicolas s'égare : la Pologne ne peut pas rester russe; il peut la conquérir aujourd'hui , demain elle lui échappera de nouveau. D'un autre côté l'Europe n'a rien à recevoir de lui; c'est lui qui doit recevoir d'elle. Ge n'est point à lui à la rappelei* à l'çrdre; c'est à elle à lui donner des leçons. Il faut qu'il comprenne encore une fois que la pente de la Russie est uniquement vers l'Orient.

Il faut aussi que les puissances parviennent à sentir cette tendance orientale du géant du Nord. Par là il leur est facile de sauver la Pologne. L'empereur, quoique absorbé momentanément par sa colère contre les Polonais et contre la France , ressent toujours secrètement un faible pour la Romélie , la Macédoine et Gonstantinople ; qu'on rachète la Pologne à ce prix. Dans l'intérêt de tous, mieux vaut cent fois l'aigle russe à Stamboul qu'à Varsovie : à Varsovie il est oppressif, il est rétrograde; aux Dardanelles , en place du croissant, il est civilisateur.

C'est là qu'est le salut de la Pologne; c'est là qu'est l'avantage de la Russie; c'est là qu'est le progrès de la civilisation. Faudra-t-ilque des considérations d'un mesquin ^oïsme , que de misérables rivalités nationales, empé* chent la mise en pratique de cette féconde combinaison?

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