‹ Religion saint-simonienne: Politique européenneChapitre 8 sur 27 · T£NDANC£ DB LA. RUSSIE · texte numérisé non relu

T£NDANC£ DB LA. RUSSIE

La tendance de la Russie est manifeste. Son histoire entière , depuis Pierre-le-Grand , la révèle aux yeux les moins clairvoyans : c'est un torrent dont Técoulement est vers l'Asie. Depuis cent ans, le point de mire des czars est Constantinople; leur ambition d'étreindre ainsi le détroit des Dardanelles pour s'élancer de là sur l'Orient est légitime ; elle doit être satisfaite , car la Russie est organisée pour la conquête; et c'est l'Orient qu'il faut lui donner à conquérir, puisque , par son origine semi-asiatique , par sa supériorité sur lui , par son administration vigoureuse et convenable à des populations arriérées , elle est dans les conditions les plus favorables pour le civiliser.

Toute grande puissance qui vient à surgir sur la terre y

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(3? ) arrive avec une haute mission : on ne saurait le nier sans nier aussi la Providence.

Rome eut pour mandat d'établir entre les peuples une première communion , yiolenie il est vrai; de les dressera Vanité, de leur enseigner un commun langage, de leur imposer de communes lois , et de les préparer ainsi à Vanité religieuse du catholicisme.

Les Césars eurent le mandat terrible d'abattre l'aristocratie patricienne , de la noyer dans la fange et dans le sang.

Avant eux , Alexandre avait eu mission de faire déborder la Grèce sur l'Asie , et d'initier celle-ci à la civilisation heljém'que.

. Le pouvoir immense des papes» qui s'appuyait sur la foi et non sur la force des armes , et qui est le plus gigantesque que la terre ait encore vu , fut confié aux successeurs de saint Pierre, afin qu'ils renversassent les obstacles qui s'opposaient à la propagation des sentimens de charité et de fraternit4flpirituelle» h l'émancipation des classes inférieures et des femmes.

Le colossal Napoléon parut pour labourer de longs sillons , l'Europe entière , et pour semer partout sur ce sol fécond les principes de la révolution française.

La Russie a grandi entre les mains de Pierre-le-Grand et de ses successeurs, parce que c'est à elle de faire refluer vers l'Asie la civilisation qu'elle reçoit à flots de l'Europe occidentale.

La diplomatie , dans son entêtement aveugle, n'a jamais voulu comprendre que la Russie était destinée à cette haute fonction. Elle a élevé à grands frais , entre les czars et l'Orient , une digue épaisse. Les masses russes ébranlées sont venues se heurter contre cette digue , et du contre -

( 38 ) coup elles ont élé refoulées sur l'Occident : de là ces menaces continuelles d'intervention de la Russie dans les affaires de l'Europe occidentale; de là cette guerre acharnée contre la Pologne; de là ces projets contre la Grèce et l'Archipel. *

Sans doute Nicolas n'a rien à voir dans le r^lement des affaires de l'Europe ; sans doute son influence , qui serait civilisatrice à Andrinople^ à Stamboul et à Erzeroum, est rétrograde à Varsovie , et serait monstrueuse, atroce à Paris, à Berlin ou à Londres. Mais son empire est organisé pour l'action , il faut qu'il agisse. Si on ne veut pas qu'il soit oppresseur sur la Vistule , sur le Rhin ou à Athènes , qu'on le laisse passer , qu'on lui ouvre le chemin de Byzance, et vous le verrez aussitôt, abandonnant tous ses funestes projets sur l'Occident , se retourner comme un lion dont la chaîne est rompue, franchir le Balkan une dernière fois , et en quelques mois faire retentir de son Te Deum grec le dôme de Sainte-Sophie. C'est là ce qu'il faut, à moins qu'il ne se trouve un Hercule qui se sente le courage d'aller affronter ce géant dans ses glaces , pour l'enlever de terre et l'étouffer dans ses bras , et qui veuille mettre ainsi un désert entre l'Asie et l'Europe.

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