‹ Religion Saint-Simonienne: Politique industrielle et Système de la MéditerranéeChapitre 1 sur 26 · RUE MONSIGNY, N · texte numérisé non relu

RUE MONSIGNY, N

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ORGANlSATIOI^r IPTDUSTRIELLE

DE L'^JUMBE

8 ma» 4H32 {i).

Le gouyeraemenL nouveau» héritier collalcral d'une royaulé féodale, est imbu de préjugés inséparables de son origine. Les intérêts militaires de la France sont ceux dont il se préoccupe le plus. Il y a un ministre de Ja guerre auquel on &it Mn^e part de trois cent millions : il n'y a pa3 de ministre de l'ip^n^lrie. On ne discote pas sérieusemiînt les dépensas miJijUire3i $aps conspltjçr personne, le ministère envoie, coûte que coûte, we exp^.dit|9n à Lisbonne , une autre à Ancône ; qu'on juge

(I) Date de Tiiiseriioii dau« le Globe. . .\ «

(8) nécessaire un mouvement de troupes sur Lyon ou Bruxelles , la somme nécessaire est aussitôt ordonnancée liésitation; les millions affluent; et nous ne prétendons qu'en cela on ait tout-à-fait tort. Mais qu'une crise in< trielle vienne ruiner les travailleurs de Lyon ou de Mulho qu'un ouragan de banqueroutes, plus di'vastateur qu'un ragan des Antilles, menace les existences de loute une c trée , le pouvoir se croise les bras , il laisse faire au ten il n'a^rien à y voir ; et si une fois il s^avise de vouloir in venir, il trouve sur son chemin des raisonneurs , et des libéraux , qui , au nom de la liberté , se mettent en trav( car il est reconnu par l'universalité des économistes qu gouvernement n'a rien à démêler dans les affaires de Fine trie; si bien qu'il est de son devoir, la voyant se noyer, d laisser périr sans lui tendre la main !

Et cependant on ne fait aucune difficulté de reconnaître l'industrie est la nourricière des empires. Il est même ad en principe par les fortes (êtes de tous les partis que la gu( est une effroyable calamité; le gouvernement actuel a pour (ievise Conservation des intérêts matériels; et la n veauté politique de l'ordre le plus élevé qu'on puisse sign. dr.'puis juillet, c'est l'avènement successif à la direction affaires des deux industriels M. Laffîtte et M. Périer.

Il y a donc contradiction manifeste entre la pratique gouvernement et sdi pensée intime. Cette contradiction p< dans chaque trait de sa conduite , et la yie que mène le l^ouis-Philippe en est le plus éclatant symbole. Ce prim les goûts qui distinguent aujourd'hui la classe des gros in( triels, et on lui a imposé une attitude quasi-féodale. Son pb est de vaquer pacifiquement à ses affaires , sans suite et i fracas, en habit bourgeois et en chapeau gris; et dans les rénrmnies publiques il ne paraît jamais autrement qu'en te de général, Tépée au côté, entouré de troupes de toutes an Le prince qui a sagement tenu à conserver la paix pen<

(9) qu^autoar de lui il notait bniii qae de guerre, donl la paix est l'élément , ne sait et ne pcat se montrer aux peuples qae métamorphosé en soldat.

Dans^son voyage en Alsace , le roi Loais-Philippe a dit un mot qui peint parfaitement la situation du gouvernement visà-vis de l'industrie. Les magistrats de Mulhouse lui avaient énuméré les désastres de leur ville et les douleurs de la classe industrielle ; nos ateliers , disaient-ils , sont déserts et nos ou- Qriers sans pain; à ce tableau le roi fut profondément touché, mais sa réponse fut : Je ne puis que gémir. Et il disait très- vrai : les habitudes gouvernementales, telles qu'on les comprend généralement» ne lui permettaient guère de témoigner sa sympathie poor les travailleurs ruinés du Haut-Rhin autrement que par des vœux stériles.

Supposons qu'au moment où le roi Louis-Philippe venait de faire cette réponse aux magistrats alsaciens, \m courrier arrivé en toute liâte fût entré clans la même salle, et lui eût dit : « Sire , les troupes françaises se gardaient mal dans leurs » cantonnemens ; les colonels ne s'entendaient polut, le dé- M sordre était parmi les soldats; quatre-vingt mille Austro- » Sardes ont débouché à l'improviste par Montmclian. Gre- . M noble est pris, Lyon est bloqué, l'armée est à la deban- M dade. » Supposons qu'à cette funeste nouvelle, le roi eût répondu par ces mots : Je ne puis çue gémir, qu'en eût-oa pensé? qu'en eût-il pensé lui-même? Et lorsque les industriels ne s'entendent pas, lorsque le désordre est dans l'organisation industrielle, lorsqu'une grande catastrophe vient les atteindre à V improviste y lorsqu'ils sont bloqués ipds la faillite, n'a-t-on rien à leur dire que ces mots désespérans ? n'a-t-on rien à faire pour les sauver de leur perte? Si les intérêts industriels sont reconnus supérieurs aux intérêts guerriers, conçoit-on tant desèie pour la guerre^ une si maigre sollicitude pour le traomii* Et, encore un coup, ce n'est pas au roi que nous adressons un reproche : il n'a pu dire que ce que Ton ()cnsait dans le mi-

fique du bonheur dont Us jouiront , du jour où les gouy( auront nettement conscience des destinées pacifiques du humain. Ainsi le gouvernement français tient maintena régimentés, casernes ou cantonnés, quatre cent mille ho pris dans la partie la plus robuste et la plus alerte de '. pulatîon. Supposez qii^au lieu de harasser ainsi la fleui jeunesse , pour lui apprendre des manœuvres qui ne pr ront jamais rien à la société , on profite de sa réunion se drapeaux , pour lui donner une éducation professionnelle; posez que les régimens deviennent des écoles d'arts et tiers , et mesurez la vitesse de perfectionnement qui ei nerait alors Tindustrie française.

On a souvent tenté d'appliquer l'armée aux travaux pul et l'on n'y a jamais réussi. C'est que, dans toutes ces tentai on imposait aux soldats des travaux sans nul attrait; le souvent c'étaient des dessèchemens de marais , ou des ji semens de canaux; travaux mécaniques dont la partie la rude devra désormais être faite par machines. Le travail était présenté non comme service^ mais comme contée, comme un fait glorieux, mais comme un fait pénible; il voyaient rien qui pût satisfaire les sentimens élevés , prc tous réfugiés aujourd'hui encore à l'ombre des drapeaux^ qui pût contribuer à l'amélioration de leur sort moral , i lectuel et physique. Mais s'il était reconnu que le fait { cipal du service des corps militaires c'est l'industrie les manœuvres guerrières n'occupaient plus, dans la vie soldats , qu'une place secondaire > comnie dans les travai l'Ecole polytechnique , par exemple ; si l'avancement étai bordonné à l'aptitude industrielle ; si aux actes industriel apportait tout l'éclat qu'on prodigue dans les exercices r taires; si tout soldat savait, en entrant sous le drapeau, va d'abord apprendre une profession selon sa vocation , des chefs habiles ^ et vivre ensuite honorablement de son

( >5 ) rail, ce qui est fui maintenant serait recherché. Les cadres de rarmée ne tarderaient pas à être remplis par la seule voie des engaigemens volontaires. 11 n'est pas un jeune homme de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre , qui ne voulût passer au service quatre ans de sa vie ; on s'empresserait d^ venir recueillir un excellent apprentissage , des habitudes d'ordre et de régularité qui manquent absolument à l'industrie. Il y aurait alors un point d honneur industriel , source de jouissances pour le travailleur et d'avantages pour la société.

Et cette institution bienfaisante ne coûterait pas un centime à l'état, sauf les premiers frais d'établissement; car les travailleurs enrégimentés créeraient une masse de produits qui , joints à l'allocation actuelle du ministère de la guerre , suffiraient et au-delà à leur distribuer une haute paie , et à couvrir la. dépense courante des écoles industrielles.

Cette féconde pensée de se servir de l'organisation de l'armée, pour donner aux masses Véàacaiiion professionnelle , sera longuement développée dans le Globe; nous y attachons une grande importance, car du jour où l'armée elle-même sera transformée en corps industriel, de ce jour le règne de la paix sera assuré. Je me contente aujourd'hui de l'indiquer comme une des œuvres dont le gouvernement doit s'occuper leplus activement dans le plus bref délai. L'énoncé du problème est fort net , et une question bien posée est à demi résolue.

Indépendamment d'une organisation de travailleurs il faut aussi avoir un plan de travaux. Or nous avons indiqué pour l'Europe entière un ensemble d'opérations industrielles que nous avons désigné sous le nom de système de la Méditerranée , dont le premier élément est un réseau de chemins de fer. Parmiles parties de ce travail qui sont particulières à la France, nous avons distingué surtout le chemin de fer du Havre à Marseille , et déjà l'attention des capitalistes est dirigée sur cette belle ligne de communications.

Quand nous donnerons des conseils au gouvernement fran-

çiis en particulièry ee sera poar le poosaef rets cette do organisation de IraodiUeurs et de tra9(mak Dès lors nos rôles n'auront rien de vague ; et comme après tout cVsl moyen éminenuiient pratique d'inspirer à tous le goàt c paix en France d'abord , dans tous tes pays ensinte ; con Ce moyen est noti-senlement précis , mais encore qu'il vraiment k la convenance de tous , et qu'il ne souffre d'objection sérieuse , il faudra bien qu'on procède à son i cution.

Puisque au bout de quelques années tous les hommes av ces en sont veno^ à partager nos doctrines financières , stirtout nos idées sur Tamortusement ^ aujourd'hui qu'il s'j d^améliorations incomparablement plus larges , bien plus ciïes à saisir et qui ne blessent aucun intérêt, nous devi avoir cent fois raison en beaucoup moins de temps.

Michel Chevalier.

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