PARIS
a avril 4^39.
TRAVAUX PVBUGS. — FÊTCS.
Certes c^est pour noos une manière vivante d'étaler nos promesses, notre programme, que de nous porter en nn temps et en nn lien où ces promesses seront une réalité. C'est une occasion d'attacher à nous la vue du monde , et de lui montrer qui nous sonm^es, que de hî parler comme s'il eût remis aux mains de kotre père le gouvernement de sa vie , et promenant ses regards sur les illusions que dans son déclin i) embrasse et rejette tour à tour, lui faire ainsi juger tonte^ choses et toutes personnes à la mesure des bienfaits qu'il ei^ peut attendre.
Eh bien! que ce soit aussi une occasion féconde pour le pouvoir qui peut tant de choses pour la masse d'agofflsans qui s'abandonnent à lui , et dont le plus grand tort est de ne {>as oser; que les inspirations de i^<^a£ père , qui se sont fait jour à travers la presse pt ont paru à la tribune quoique voi-
( fis )
lëeSf pénètrent au cabinet des ministres, dans le conseil da roi. Qu'elles soient pour tous les fonctionnaires de l'administration , des finances , de Tarmée et de la justice , dont la pa> tience ne peut tenir à ce continuel roulis entre les deux écueils du mécontentement populaire et ministériel , de Pémeule et de la destitution ; qu'elles soient pour eux comme une nouvelle lunïîère qui les éclaire , qui les guide , leur rende le courage et la dignité , et leur fasse envoyer des étincelles de vie au foyer de ce grand corps administratif chargé de la prévoyance et des prospérités publiques, qui croise les bras , oublie sa tâche et ne sait pas seulement qid il est
Que le monde comprenne donc ce que deviendrait la France si un pouvoir vraiment saint , ayant la clé des sympathies prêtes à surgir du fond de tous les cœurs , initié à la puissance d'énergie pacifique des peuples européens et de la France en particulier, mettait la main au trésor des découvertes et des procédés de la science et de l'industrie, et donnait de sa vie l'impulsion à ce peuple rongé de malaise et de maladie , et qui succombe épuisé sous mille fléaux, parce que nul ne. Tentraine à l'œuvre qvie Dieu lui a donné missioa d'ap* complir!
Yoici quel serait le premier acte d'un semblable pouvoir:
PftOCLAllATIOÏt.
« France , réveille-toit Reprends courage , lève les bras en » signe de force! Yoici la bannière de l'alliance des peuples f » Tu es élue , et tu vas verser sur le monde les fêtés et s » travaux d'un patriotisme universel !»
« Paris va s'organiser comme métropole du globe. »
% Paris va revêtir la forme la plus convenable pour Paccomy> plissement de la haute mission que le passé lui a attribuée , » et que l'état présent des populations d'Europe, d'Asie, d' A-
3» friqu€ et d'Amérique , virant sous la loi de l'Evangile etàl » Coran , lui assure de nos jours. »
«Paris va se constituer centre d'apostolat et de propagation » pacifique de tous les seàtimens d'association et dt aociimitél » il va se constituer foyer de vie pour le inonde^ et rattadiérè » aeê voies principales dansun bref délai l'appareil kploi pef^<* » fectionné de circulation intérieure et èxtétienrt poar fecUiter i> la centralisation de tous les progrès bumailis , leur difibsiott » et leur application chez tous les peuples. La population pan- » sienne €t celle des départemeic^ sont appelées dirfctedietità » constituer les premiers travaux de cette colossîde éntrtprftséf » et à prendre part aux fêtes qui leur imprifuerdiit le caritctère » religieux, afin de donner l'éveil aux partis^ s'aigrissent da >» plus en plus dans leurs vaines querellea,t.ct au^ naCioM » voisines , qui souffrent , soupirent et regardent bFrMce* ».
PREMIBES TRàVAUX.
» L'armée se forme sur un pied de paix et de ovation industrielle. Les cadres des régimens de ligne serviront à l'organisation des compagnies de pontiers, tenrassieiVi maçons ^ charpentiers, forgerons*
» Un congé illimité et la solde d'une année sant aecordéa à tous les militaires des divers grades qui ne voudront poinl faire partie de la nouvelle organisation^ Appel. ^ fiât à tous les praticiens des diverses industries à titre d'çiKvliersi» canirei maîtres, directeurs ou chefs des travau]i(, du venir s'eorôleti sous le nouvel étendard de l'association anivenieile.
» Les enrôlemens, exercices et évolutions relatifii i l'^gar nisation de l'armée pacifique des travailleurs commenceront sur quatre emplacemens principaux qui serviront de points da. départ aux quatre grandes voies qui de Paria conduiront an Havre , à Nantes , Strasbourg et Marseille.
» Le premier camp se formera sur les flancs de labutte Cbau-
■umtékle loDg da canal , et les travailleurs qni s^y réoniroor auront sans cesse sons les yeux la présence de TEliirope orîentaie et seront exaltés par la joie et la gloire immortelle d'être les pNmiers messagers de paix et de porter enfin onemain amie à l'Allemagne centrale qui nous tend les bras , à cette Prusse et à 4ette blanche Russie contre lesquelles nous arons si long-tenq^ croisé le fer, et qui vinrent nous demander compte du sang dont nous avions rougi leurs plaines , jusque sous les canons de cette même butte d'où descendront désormais les trésors de Findustr^, des arts, et les épafkchemens d*ime firatemelle association.
« Le second camp sera planté dans la plaine de Montronge; et tous ceux d<mt le cœur se dilate le plus au nom sacré de liberté, ceux qui ont sympathisé fortement avec la grande oeuvre de îios pères ;, ceux qm ont si impatiemment snqpporté l'hypocrisie et le jésuitisme forcé de la rcstauratittBf seront enflanwiés par la pensée de consacrer au travail et au développement de toutes les sympathies généreuses du peuple, celte place ^i fut si long-temps un foyer de terreur pour les libéraux; ib auront sans cesse sous les yeux Nantes, Bordeaux, et cette Amérique révolutionnée et pantelante d'anarchie, dont les populations d^ébène et de cuivre appellent à grands cribles secours de notre expérience , de nos bras et de notre etitbousiasme.
Le troisième camp s'établira sons les murs de Yillejuif; et tous cieuK qui sont brûlans de charité et de philantropie vienflponi s'inspirer de la vue et du contact de Bicétre, geôle de toutes les douleurs et de toutes les souillures, où l'on n'entend dans ie silence des nuits qu'un bruit de fers et de longs gémissemens ; et de la présence de Toulon , qui lui répond à l'autre extrémité de l'empîre , comme un écho de misère , ils s'en flammeront de la sublime pensée qu'ils vont par le travail de leurs mains percer an cœur cette Afrique et cette Asie qui s'é ? talent au sein des itlcrs comme tine large plaie de servitude ei
(6i ) âe barbarie, cl détruire enfin resclavage clans son dernîerre-
pairc.
Le quatrième camp s'appuiera au bois de Boulogne, stir leil rives de Neuilly, sur les hauteurs de Passy; ayant ao centre Tare de l'Etoile, laissant à sa gauche Versailles^ h sa droite Saint-Grermain , ayant en arrière les Champs-Elysées , les Tuileries , le Louyrc , et au-devant Rouen , le Havre et TAngleterre populeuse , atelier central de toutes les colonisations et des gigantesques établissemens terrestres ; l'Angleterre qui n'attend qu'un Bonaparte pacifique pour se lever dans son faste et sa majesté. Là viendront ceux qu'enflamma toujours l'apparition des ccdossales entreprises , qui ont l'instinct de la puissance et de la noblesse du génie, en qui vit le souvenir des Colomb , des Louis XIY et des it^apoléon , et qui poussent l'enthousiasme et le culte des grands hommes jusqu'à l'adoration. Ils chanteront à l'avance Ja nouvelle croisade pacifique qui ira porter la fécondité et la beauté sur toutes tes ties ef tous les continensi et ils s'élanceront, reine des mers, vers tes navires.
En même temps que l'organisation , les enrôleméns et évo^ lutions préparatoires auront lieu aux quatre barrières de l'ouest, de l'est, du nord et du midi , deux corps d'ingénieurs prendront position à la Madeleine et au Patithéon , qui leut seront livrés pour le tracé et l'exposition des plans.
Au fur et à mesure de l'enrôlement des travailleurs et de la transformation des bataillons en compagnies industrielles , et dans l'attente du tracé des plans des premières têtes de routes conduisant à Saint-Germain , Meaux, Fontainebleau, Orléans , il sera procédé directement à la démolition et à la re-* construction de toute la partie centrale de Paris , composatit la Cité, les quartien^ Saint-Jacques, Saint-Marceau, le pâté compris entre la rue Poissonnière et la vieille rneduTemplé> et les parties les plus encombrées du quartier Saint-An-* toine.
•K liCft premiers bataillons industriels seront employés i (^përeravec ordre le déplacement de la population nécessîtenst 4« cfHç pQFtioo boueuse et malsaine de la capitale ; elle éditera aux flancfli de Paris les kabîtations qn'fl faudra ajouter à CfUef d^ constroites et encore désertes ; elle y effectuera le transpeirl 4ea marchandises et ameublemens; elle coBstroka if; Befg^ ^ Cbarenton et de Passy à Sèvres les ports, qui seront fwqpUcés dans l'intérieur de Paris par de yastes cours «mlirageaQt U Seine de leurs plantations et sillonnés d'une XQ0à eh fer qui suivra le cours de l'eau de Bercy à Passy, yoiats d'appui de deux nouvelles routes en demi-cercle qà Si|rvirmt de lien à toutes les barrières en remplaçant les ri-* diçules çkurailles d'enceinte'par 'une voie large et rapide de çcmupwûcatioo.
V Sur l'emplacement du terrain déblayé des quartiers étonf- SUf bumideSi infects , seront érigés de vastes bâtinens aérés f présentant ans deux rives de la Seine des fronts oè rayonne b )oiç des nouvelles destinées de la France et de l'Europe L'tle de Notre-Dame tout entière sera convertie en une riante promenade, oà les populations centrales de ta métropole de Tassociation pacifique puissent venir sans £aitigue respirer la firaicbeur, à chaque retour du soleil de juillet. Un bois sombre CQu^rira Içs meurtrissures que fit en s'écrasadt le palais de l'archevêque sikr les murailles de bt cathédrale. »
f£t£s pubuques.
Toys les artistes de France sont appelés à célébrer par lettf culhoosiasme la royale entrée du peuple élu dans la nouvelle oanière de gloire et de richesse qui s'ouvre pour le monde. Que tous les théâtres se réunissent , que tous les génies aimés du peuple s'inspirent Béranger, chante! Cbarlet prend tes cnayonal Que la danse , la poésie, la musique et le drame , Itf' marbre et les couleurs , que tous les prestiges et toutes les sé^
ductlons exaltent à Tavance les joies qui vont $tirglr de ce prç* mier camp des travailleurs , dont le bruit et Féclat feront lever la tête à toutes les nations endolorie^ , leur mettront im sourire de bonté sur le visage > et seront un signal de communion pour FEurope.
« AuChamp-de-Mars, le mouvement des cbevaux, Franconiet sa troupe, le cri des fanfares, les longues évoliitio^s des cohortes des travailleuri^ repliant et faisant défiler leurs lignes enluminées d'éclatantes couleurs sur lesquelle3 flotte le nouvel étendard; ici les jeux d'adresse et de force : Amoros, madame Saqui, Gamerin et ses ballons, qui nagent majestueusement entre le ciel et la terre : là sur des rainures iFacler^ de lourds chariots volant comme des flèches et donnant en spectacle au peuple l'avenir que son bras va créer. Âh! donnes^ lui le spec- ' tacle de peuples barbares et misérables , vainqueurs et vaincus , Russes et Polonais ; figurez sous ses yeux leurs guerres 2^charnées , et qu'au milieu de feux croisés , sifflant, fouettant l'air, se brisant en éclats et tombant en une rosée d'étoiles ; qu'au milieu de flammes , jaunes et bleues , allongeant leur^ langues en spirales à travers un nuage de noire fumée , on voie plus rapide qu'un oiseau s'avancer la caravane des travailleurs , ambassade de paix avec ses chœurs nombreux et ses danseuses parées; que l'on voie les vaincus reprendre espoir, les hordes de houlans immobiles, muettes, séduites, laisser tomber leurs armes ; et tous , vainqueurs et vaincus , entonner l'hymne de confédération universelle , et du milieu des tourbillons de danses et de valses, consacrer à l'œuvre commune leurs mains pacifiées.
« Au Louvre les magnificences de la danse,'des diécors et dd chant ; qu'une tente bariolée soit suspendue aux plates-formes et change la vaste cour en une salle où régnei^ont les Meyer- Beer, les Rossîni , les Scribe , les Duppnchel , . les Taglionl. Que le peuple vienne dans ces nouveaux carrousels se pacifier à la délicatesse touchante de ce que les arts ont de plus rafibéi
iIu^jI ouvre ses sens encore endurcis comme k une douce rosde de jouissances inconnues; qu'il devienne polî, élégant, doux; qu'il s'inilie aux plaisirs ennoblis du grand monde que son travail va lui donner I
« O femmesivous avez chanté pour la Grèce et tous avez chanté pour la Pologne : ne paraîtrez-vous pas sur le théâlre de la résurrection et de Tennoblissement du peuple , de ce peuple de France qui créa les plaisirs et la richesse de vos ancêtres , qui crée les vôtres et n'en jouit pas?
« O femmes! le peuple attend ^ hâve , nu , ignorant , misé^ rahle, sans tendresse , sans grâce et sans volupté. Il souffre la faim^ il souffre le froid; il est frappé en lui et en sesenfiins de toutes les contagions humaines et terrestres , de tous les fléaux de la chair et de Tesprit ; il se meurt lentement de fièvre et de souillures. Mais il vous appelle; il vous aimera. D se réjouit tant quand vous venez à lui avec vos visages frais et vos belles parures! Oh! prenez pitîé de l'esprit et de la chair du peuple; inspirez-le d'enthousiasme ; xcndez-Ic fieri robuste et bon ; ouvrez h son ame béante ces torrensde joie qneXHèa lui réserve. Debout ^ debout, le peuple attend!
Yoilà notre espoir et notre résolution pour le peuple à qui . sans doute les secours des médecins sont nécessaires , mais pour qui il faut plus que des drogues de pharmacien aux jpors du choléra.
Il faut au peuple, dès ce jour, des fêtes splendides qui dé* tournent sa pensée du nouveau fléau dont il est frappé , qui l'exaltent et l'attachent de passion à l'accomplissement d'immenses travaux qui lui fassent adopter Tordre d'une discipline industrielle, et qui, le précipitant avec l'ensemble d'une ar-^ mée partout où les villes et les campagnes languissent de stéxilité , de saleté et de laideur, les lui fassent embellir et féconder* Il faut au peuple une impulsion morale si puissante^
qaMl se prenne à prodalre la richesse et à la jeter sut le sol à flots si pressés qa'il poisse dire ; «Moi , people , j'y aurai part, » et que nul bourgeois ne s'en épouvante.
C'est là l'espoir qui nourrit et enflamme notre existence d'apôtre , an milieu des embâches de la chicane, du bourdon* nement d'injures et d'accusations atroces , en face d'un avenir où sont des chances de pauvreté i et sous la loi provisoire et triste du célibat.
Et maintenant , an moment de livrer à la presse le dépôt d'améliorations politiques et économiques que nous avons ac* cumulées dans le Globe depuis dix-huit mois , au moment où nous sentons que c'est par nos personnes], plus que par nos écrits que nous avons k aiguillonner le monde , k le vivifier , à le féconder des sentimens d'union , de paix et de travail; an moment où nous nous apprêtons à entourer NOTRE PERE d'un eorlége et d'un culte qui soient un témoignage'éclatant de la sagesse et de la solidité de notre foi en sa personne , et le montre à la France et à l'Europe comme un espoir définitif et inattendu; nous demandons à tous les hommes courageux, enthousiastes , passionnés pour là gloir/e , vers quel soleil levant Ils tournent leurs regards , et d'où vient aujourd'hui la lamière ; nous leur demandons, de nommer l'homme qui a su balayer de cœurs tels que la société les forme aujourd'hui, toutes vanités étroites, toutes passions égoïstes, et attirer nos hommages et nos services; nous leur demandons, au sein do crouiement général de toutes les institutions et de toutes les idoles éphémères dos partis , alors que chacun en est venu à rester muet , et que l'on n'entend plus que le bruit des ruines, de regarder face à face celui qui , debout , calme , fait tracer à ses apôtres et à ses ambassadeurs le programme- des travaux et des fêles du jpeuple , de le regarder face à face et de lui don-* ner son nom,
ChaRLBS DUVETEIER.