‹ Religion Saint-Simonienne: Politique industrielle et Système de la MéditerranéeChapitre 10 sur 26 · LE CHOLERA · texte numérisé non relu

LE CHOLERA

A8SAIHIS8BIIBKT DE PAEIS.

S avrU 483â.

Voici donc le choléra dans la capitale de France! Dépmil deux à^s, à travers deux parties da inonde, il a fait sa roattf d^une remarquable manière*

Les Indes sont le bercean do choléra , pour ces belles et tristes contrées , le choléra n'est pas nn fléau passager, re« naissant à distance de siècles* Hôte aassi vieux que toutes les traditions des misérables cultivateurs des rivières du Gange^ de Plndus, du Brahmapouter, le choléra, comme le tigre, prend parmi eux ses victimes sans résistance , incessamment engendré par les vastes débordemens de ces fleuves , les plus beaux du monde peut-être, fleuves que Tlndien adore même en leurs écarts , ne sachant pas contenir dans leur lit ces eaux vagabondes qui lui apportent la mort. C'est de là que le choléra nous est venu ; c'est de ce pays d'esclavage et de fétichisme qu'il s'est levé, afin d'apprendre en son temps aux peuples qui ne savent de l'Inde que ses ridiesses, sa fécondité.

80X1 riz et ses cachemires , ce que c'est que ce fléau compa* gnon du fétichisme et de Tesclavage*

Et c'est le long des fleuves qu'il a voyagé d'abord , le long des fleuves habîté§ par des populations qui ne veulent plus les adorer et ne savent pas encore les contenir. Le Volga , le Dnieper, puis la Yislule , Font conduit au sein de ces nations sur lesquelles pèse le servage et le christianisme le plus arriéré.j Mais déjà parmi ces peuples , parce que la classe la plus nombreuse y possède de Dieu et de l'homme une notion plus élevée , plus large que sur les bords des fleuves indiens» et qu'elle y est moins misérable ^ le choléra emporte moins de victimes et se manifeste par des symptômes moins effrayans, par des douleurs moins énergiques. En vain , et comme pour le défier, des armées luttent au sein du fléau ; les médecins de France et d'Allemagne s'attaquent au monstre corps à corps ^ et dans les hôpitaux encombrés d'Ostrolenka et de Varsovie , mélafit le sang des cholériques à leur sang , ils apprennent à ces populations guerrières, qui n'avaient d'admiration que pour k courage du sabre et de la lance , ce que c'est que le courage cahne et pacifique , le courage de l'avenir. Ces en** seignemens ne seront pas perdus. . ^

Piib sur les terres d'Allemagne bondit çà et là le fléau ^ ragabpnd à travers ces nations qui en sont au libre examen ts^ matière de croyances religieuses, et à la liberté individuelle es matière politique. Là plus de fleuves à débordemens , plusf 0e ces vastes champs abandonnés de la main de l'homme. 1^ choléra ne voyage plus le long des marais et des inondations 4 il suit le commerce 9 les navires, et touche presque du même coup Dantzick , Hambourg et Sunderland. Mais , ainsi çom doit par l'homme , le choléra semble comme reculer devant son maître ; an lieu de ces populations d'Asie qui devant lui courbent la tête , de plus en plus il se voit bravé ^ combattu ea Europe, et de plus enjplus sa marche devient incertâin^> et sa ftuêeur moins redoutable» Cependant f. par ^a dernier jb^

imprévu, inouï, il vient de passer de Londres à Paris ^ de I9 capitale du pays qui peut encore supporter la taxe des pan* vres 9 sur la capitaine où les prolétaires de juiUet combattirent et refusèrent le prix de leur sang,

LE CaOLÉBA A PAEIS.

Cette apparition si rapide ^ si inattendue du fléau 9 e9t de nature à frapper vivement l'imagination du peuple de Paris, Qu'on n'oublie pas que Thygiène de cette ville est très4nfé^ rieure à celle de Londres y et que les ravages du choléra j doivent être certainement plus grands que dans cette dernière cité , ou d'ailleurs il a été presque inofFensifl Londres n'offirç /rien d'aussi malsain , d'aussi misérable qu'une partie des quartiers qui avoisinent la Seine.

Toutefois , s'il est vrai que l'état hygiénique de Paris soit une cause de progrès pour le mal, il faut se rappeler aussi qiM nul peuple n'est plus susceptible d'enthousiasme, de gaité^ de courage , que le peuple de Paris lorsqu'une haute pensée l'anime. Qu'un grand but soit assigné à son activité, qu'il soit appelé à de vastes travaux ; qu'U sente chez ceux qui le gou-^ vernent de la fermeté , de l'énergie , une volonté inébranlaile d'améliorer son sort ; qu'un vaste progranmie d'entrqfiri'ses utiles, fécondes, lui soit déroulé, et on ne le verra plua sur les places , morne, silencieux , se d^nander d'où vient ht choléra , quelle main lui envoie ce fléau si imprévu, et queUa» main sera assez puissante pour l'arrêter. Ce peuple cpd s'enir. v vrait à l'odeur de la poudre, que le s^jG^ement des balles soc^^ levait il y a dix-huit mois tout frémissant 4'^^deiir, et qui aum jourd'hui tremble même devant un danger dont il ignore Itb nature et la cause ; ce peuple qui aime les grandes choses, ei^ peuple si artiste et si brave,, donnez- loi, donnez -li|i une grande œuvre à faire , et vous le verrez devant la choléra ce qu'il fut devant les balles des Suisses , ce qve la légion^arir)

tteime , cette légion des petits hommes pales et maigres , fut là premenadè de l'Atlas et de Belidah ; vous k verrez héroï qœ et dévoué, bravant le péril gaiement et de sang-froid, a< complissant la tâche qui lui aura été donnée avec une in croyable activité ^ et une indifférence non moins incroyabl de ce fléau que grossissent à ses yeux les moyens mêmes qui l'on emploie pour le combattre.

De tant d'instructions médicales qui lui sont répandues , fifichées de toutes parts , sur les inoyens de se préserver da cKoléra , que peut conclure le peuple en effet , si ce n'est que les riches seuls' peuvent employer ces moyens que la misère lui interdit? De cet ordre du jour du ministre de la guerre faisant distribuer aux troupes en garnison à Paris des rations plus abondantes et des Vétemens plus chauds , que peut conclure le peuple, si ce n'est qu'une nourriture ^lus saihé et de meilleurs vétemens sont nécessaires contre le fléau qui pèse sur lui? et quels moyens lui offre-t-on de s'acheter des vétemens et de se procurer plus de nourriture?

Et ce n'eçt pas l^umône qu'ici je demande pour le peuple.

Je le répète , ce qu'il faut aujourd'hui au peuple ce sont de grands travaux qui puissent à la fois fortement agir sur son imagination, satisfaire son amour du grand, son désirMo beau , et calmer en même temps sa misère. La France et Paris doivent aujourd'hui un grand exemple au monde et une magnifique réponse à l'Asie. Que l'Inde apprenne de nous comment se combat le fléau qui pèse sur elle si impitoyable, et qu'elle nous a envoyé ; qu'elle apprenne que pour en préserver fe peuple de la jpremîère ville de l'Europe , on l'a appelé à réaliser dc'superbes travaux; et le jour où l'Inde saura editfmcnt a- fait là France ne sera pas loin du jour où l'Inde voudra l'imiter,

' Or ces projets, d'une incontestable utilité , dont l'exécution ihéme est une puissante garantie contre le fléau , et dont la nalore est telle qu'ils pourraient fortement agir sur l'esprit do

|[>ébplc àe Paris ; ces projets existent depuis long-temps ^ ils ont été l'objet de longues études ; pour les exécuter aujour-r d^hui il ne s^agit plus que de vouloir.

EAUX DE PâEIS.

!En première ligne est ce projet d^une distribution générale d'eau dans Paris »• sur lequel nous avons déjà donné dans le Giobe des renseignemens étendus (i).

De l'eau pour le peuple de Paris! de l'eau sur les places , dans les rues , les maisons , à tous les étages ; des fontaines jaillissant de tous côtés , et répandant dans l'atmosphère une salutaire fraîcheur ! De tastes bains non-seulement pour les riches, 'mais pour le peuple! des bains gratuits où il puisse venir se reposer de son travail , et retremper ses membres alourdis par la fatigue , inondéâ par la sueur! Yoilà le meilleur, le plus beau , le plus sûr de tous les préservatifs contre une épidémie, fût-elle dix fois plus active , plus redoutable , que ne peut l'être le choléra.

L'exécution de ce projet permettrait aussi de doter la ville d'un système général d'égouts. La pose des tuyaux conducteurs de l'eau à distril^uer nécessite Sans toutes les rues des travaux de terrassement qu'il est tout naturel et très-économique de combiner avec les travaux et les terrassemens nécessaires pour l'établissement des égouts. Cette seconde entrer prise est d'ailleurs la conséquence iounédiate de la première. Jeter à la surface de la ville une grande abondance d'eau fraîche et pure pour tous les besoins de l'hygiène et de là consommation , et , Immédiatement après l'usage , absorber cette eau dans des voies souterraines qui l'entraînent hors de rinfluence si rapidement désorganisatrice de la chaleur et de l'atmosphère ; tel doit être , pour être complet , le système de distribution d'eau dans une ville.

(1) Voir le Globe du 30 mars.

OÙ nous leur ferons entendre un autre appel, car le temps es proche où nous réclamerons leur concours actif pour la réalisation da plan de Tœuyre française et de l'œuvre médîterra néenne.

capitaux nécessaires. ^-^ mouvel emploi de

l'amortissement.

Quant aux capitaux qui seraient nécessaires pour accompli Tceuvre industrielle dont nous poursuivons la réalisation j'ai déjà dit (i) qu'en ce moment les gouvernemens eura péens dépensaient annuellement quinze cent millions pou tenir sur pied, dans mie oisiveté dégradante, les trois million d'hommes les plus vigoureux , les plus alertes de la population; j'ai dit que la guerre avait fait souscrire à la France depuis trente ans » quatre milliards cinq cent millions d'emjprunts , et à l'Angleterre , depuis soixante ans , près de dix Jiuit milliards. D'où il résulte clairement que le jour où il ; aura des gouvernans persuada que l'industrie doit être le bu >de l'activité matérielle des peuples, et résolus, par conséquen il faire pour l'industrie tout ce que les gouvefoemens passé •ou actuels ont fait ou font pour la guerre ds conquête ou di «défense , rien ne sera plus aisé que de subvenir à tous les frai «des entreprises les plus colossales. Sous un régime indus ttriel le crédit en masse acquerrait vite un développemen prodigieux , et comme le gouvernement se trouverait alors 1< ^iwcipal instigateur de la civilisation , le crédit de l'état sur tout serait hors de toute proportion avec le crédit des gou .'verne'mens actuels.

11 j) a beaucoup de sources d'ailleurs auxquelles il ser possibl e de puiser pour couvrir toutes les dépenses qu'enti nerait Ja régénération industrielle de la société ; et ici n prendrions un exemple important qui sera de nature à prc

ly) Sy^jtème de la Méditerranée, quatrième article.

(57) ^er la di»tâiice qui sépéitû notre poiitlqfae actuelle à^organisa-^ iion et SLOssociaUon de notre politique passée de déplace^ ment. L'an dernier nous proposions de consacrer la dotation de l'amortissement à l'abolition des impôts des boissons , de la loterie et du sel ; et sur ce texte Emile Pereire publia alors dans le Glohe des travaux d'un grand intérêt. Voici l'usage que de notre point de vue actuel nous destinerions à cette dotation considérable :

Le plus grand obstacle à la formation de compagnies in-^ dustrielles dans le but d'exécuter de grands travaux de commu-* nication ou d'exploitation , ou de fonder des banques provinciales ou spéciales, c'est que de telles entreprises , très-utiles au pays qui en est doté , ne sont pendant un laps de temps que d'un très-faible produit pour les bailleurs de fonds. Nous Youdrionis donc que la dotation de l'amortissement fât distribuée y à titre de primes annuelles de a à 3 pour loo tlu capital engagé , pendant dix , quinze ou vingt ans , aux associations qui se seraient chargées de quelque grand établissement d'utilité publique , route > canal , mine , usine , etc. , et la portée de cette mesure serait considérable , car la dotation de l'amortissement va s'élever à quatre-vingt-dix millions qui y à raison de 2 i/a p, loo, représentent un capital de trois milliards six cent millions.

Ainsi la dotation de l'amortissement entre les mains d'un gouvernement capable qui resterait sourd aux vaines terreurs de l'agiotage , et qui sentirait le rôle que l'industrie est appelée à jouer chez les peuples modernes , suffirait .à mettre en train dans un intervalle de quelques mois une masse de grands travaux distribués sur tout le territoire delà France, et montant à TROIS MILLIARDS SIX CENT MILLIONS.

Il y a bien des évènemens qu'on a qualifiés de révolution , et qui ont exercé une influence beaucoup moindre sur la condition de toutes les classes que celle qui suivrait cette pacifique levée dé boucliers.

l'intérieur de la ville pour aller habiter la bàûlicue , où elle trourerait pour le même prix que celui qu'elle paie anjoord^hni des logemens plas sains et mieux aérés. Celte détermination prise par l'autorité municipale permettrait d'ailleurs .d*enceindre entièrement la rivière de quais , et de supprimer les ports qui sont tous aussi malsains qu'incommodes. La rivière alors, dans l'intérieur de Paris, serait complètement dégagée de tout encombrement de bateaux ; on pourrait songer enfin à embellir les bords , ainsi que les essais faits autour des bains Vigier attestent qu'on peut le^Êtire, et les quais deviendraient la promenade la plus saine et la plus agréable de Paris.

Je montrerai très-prochainement d'ailleurs comment h ville pourrait, avec une dépense peu importante, abattre tous les quartiers avoisinant la rivière et les remplacer par des constructions aussi saines qu'agréables, en même temps qu'elles seraient d'un rapport supérieur h ce qui existe aujourd'hui.

Mais lors même que cette entreprise devrait être l'objet d'un sacrifice important, certes l'utilité ep est assez démontrée aujourd'hui. Le choléra va rendre populaire la statistique de mortalité de tous les quartiers de Paris, et bientôt tous jauront , par suite de l'attention qu'excite l'ép«3émie , ce qur l'aut(K'ité savait depuis long-temps , et ce que son incurie < son impuissance ont laissé dans l'oubli : savoir, une énom disproportion dans la mortalité des quartiers avoisinant l rivière, par rapport aux quartiers dont les rues sont pic larges , et les appartemens plus aérés. Quand ce fait sera bie connu de tous , la ville où l'étit sans doute alors ne reculer pas devant les sacrifices à faire pour faire disparaître r quartiers , véritables foyers d'une épidémie permane Mais, je le répète, des combinaisons peuvent être adop qui réduisent de beaucoup l'importance du sacrifice.

Et maintenant qu'on suppose que tout ou partie des trav dont nous venons 4® parler fUlA arrêté par l'autorité, et q»

( 49 ) nouTelle en (&t portée au peuple ; qu'on lui fît comprendre non seulement l'utilité immédiate qu'il en recueillerait, mais encore l'enseignement qui doit en résulter pour toutes les nations, pour celles même qui, bien que les plus éloignées, ont déjà admiré la France pour sa gloire militaire, et ne tarderaient pas à la bénir pour avoir la première compris la gloire pacifique ! De quel enthousiasme ne pourrait-on pas animer ce peuple si bon , si généreux ! Avec quelle ardeur ne le verraiton pas courir à ces travaux , alors qu'on aurait su y attacher pour lui utilité et gloire !

M'est-ce pas pitié qu'à ce peuple sur qui vient tomber un fléau inattendu , nul encore n'ait eu puissance de faire entendre une voix qui le console , l'élève , l'inspire. De prescrip-^ tions médicales , de lavages de ces rues où jamais ne pénétra le soleil , de visites des toits sous lesquels il couche , il en a déjà bien assez, grand Dieu! Mais de travail , mais de gloire, il en a besoin : que lui en promet-on ? Mab d'avenir, mais de morale y mais de religion , il en a soif? Que peuvent lui en dire les hommes qui le gouvernent ? Quels temples lui ont donc été ouverts afin qu'il pAt y entendre ses chcÇs parlant à DI£U du choléra? Que sait- il de cette communion de tant de peuples par tant de douleurs? Qui sait lui montrer là le doigt de Dieu, la volonté de la Providence ? Ah ! quelle est cette société qui , lorsque l'épidémie lève la tête , n'a à lui opposer que desréglemens médicaux, et ne sait plus qu'effleu* rer à peine la chair alors qu'il iiaaidrait si puissamment agir anr Fesprit et sur & cœur

Stephake Flachat«

LE GHOLERA-MORBUS.

9Êm

9 avril <832.

Un horrible fléan est descendu sur Paris. Issu de la misère, il menace Topidenoe d'une horrible mort. Dans les classes élevées les uns fiaient;, comme si partout il n'y avait pas la misère hideuse , et que la misère n'engendrât pas le choléra ; d'autres plus nombreux restent pour conjurer le mal, et parmi ceux-ci^ an disliogne au jpremier rang le roi Louis-Philippe et les siens. Taridis que tons les autres rois ont déserté leurs capitales à l'approche db iléau, il n'a pas hésité , lui , à demeurer à son poste , et il a envoyé son fils aine consoler par s^ présence les infortunés que le fléan avait atteints* C'est un fait qui n'a^pas été assez signalé par la presse. 11 ne s^agissait certainement pas des pestiférés de Jafia ; mais après Texemple qu'ont donné les têtes couronnées du reste de TËurope , il y avait dans ce fait notable courage. U faut être juste envers tout le monde, même envers les princes et fils aînés de rois du juste-milieu. Si Henri V à Londres et IjC^oléon II à Vienne eussent £Ul ce que vicpt de faire à ]f^\^ le 4uc

d^Orléans > il y a des journaux, il y en a plusieurs , qui cos-^ sent crié merveille à tue-tôle.

A part ce qu41 y a de digne d'éloges dans la conduite personnelle de Louis-Philippe et de sa famille, le gouyememeot français n'a pas mieux compris que les autres gouvernemens européens le rôle h jouer en face du choléra ; et il est plus repréhensible que les autres, parce qu^il avait à profiter de Texpérience multiple qu'il avait eue sous les yeux.

II n^a rien fait pour prévenir le mal qui s'avançait imperturbablement ; il n'a songé qu'à le réprimer quand il a en envahi la France. Yâinementle choléra a fait une halte en Angleterre avant de mettre le pied sur le sol français , afin de convier le gouvernement à chasser la misère dont il fait sa pâture. On n'est pas sorti de la vieille politique constitutionnelle ; on a rabâché la restauration.

Le choléra à Londres, cela voulait dire : «r La population » française est misérable ; elle manque de taavail ; là faille lite poursuit les maîtres, la £aim harctie les ouvriers. Les » ans sont dévorés d'inquiétude ; la privation démoralise les » seconds. Mettez-y un terme , et à cette fisr. provoquez à » l'intérieur un grand mouvement indostrieL C'est d'ailleurs » la meilleure garantie de paix universelle qui puisse sobsis- «» ter. Hâtez-vous donc; convoquez les capitalistes, faites w un appel aux banquiers de tous pays. Vous les déciderez M certainement à mettre en circulation telle masse de capilau » que vous voudrez si vous leur promettez une prime de deu » à trois pour cent d'intérêt pendant dix ^ quinze ou vio§ » ans. La dotation de la caisse d'amorlissemcnt appliquée » cet usage vous donnerait le moyen de lancer ainsi dansl'in '^ dustrie près de QUATRE MILLIARDS. Gett^ somm< » consacrée immédiatement à l'établissement d'un système » de chemins de fer, d'un système de canaux et d'un systèm< ■p de banques , par exemplft, prodiiiriii;eiâ.Fna[ice onQ cxçi-

» tation morale de confiance et d'espoir, qnl serait le AaeiP. » leur de tons les prësenratifs contre le choléra. Ce serait la 1» fin de la misère qai entretient le choléra , ce serait la sob- 1» stitution de l'ordre à an désordre indiQtriel plus meortrier » que le choléra. »

Le choléra k Londres cela yoolait dire pour legouvcme-* ment français : « L'hygiène publique estdétestable. L'espèce » humaine dépérît /s'atrophie. Le temps est venu où les peu^ » pies doivent, sous peine d'une mort hideuse , soigner leur »» corps h Végal de leur esprii ; oà la sollicitude des gourern nans doit embraàser aussi bien le dércloppement matériel 1» de la race humaine que son développement rationel^ et s'oc- » cuper autant du Tétement des gonremés , de leur nourri- » tare, de leur gymnastique, de leur chair enfin sous toutes » les formes , qu^il s'occupe on qu'il est censé s'occuper de » leur inteiligânce» »

Le choléra à Londres, cela roulait dire encore pour le gouvernement français : « La France se perd dans le dédale » de la légalité; les projets les plus sages avortent, vu les exi- » gences de Tordre légaL AParis des travaux d'assainissement » et d'embellissement de la plus haute dimension, tels que » rétablissement d'une' distribution d'eaux abondantes, la » construction d'un système d'égoûts, le percement d'une rue » du Louvre à la Bastille , tout cela est im^aticable sous » l'empire de la législation existante. Tout grand travail de » communications à travers la France est par la même raison » impossible; car, grâce à l'ordre légal, le premier venu a j» le droitd'ensuspendrel'exécQtion pendant quatre ans. Il faut » modifier les lois Ou sauter par-dessus. Quelques cervelles » étroites crieront: Au cûup d'Hut! Mais il n'y a de coup d'état » dangereux que celui qui est contre le progrès. L'homme qui » relèvera l'industrie de sa détresse sera un grand homme eàt-« 3> il agi par coUp d'état A l'œuvre donc ^ malgré les formalités » de l'expropriation. Indemnisez largement les propriétaires»

» mais expiropriéz-Ies largement sanâ ëgard pour la chicaee. M Qu'immédiatement en cent endroits de Paris les travail- 39 leurs commencent ; qu'aux barrières les chemins de fer sorjj tent de terre. Que ce soit comme au Ghamp-de-Mars en » 8g, que tous prennent à honneur de manier la pelle ou la » pioche, la truelle ôo lie marteau. Que le roi et les hauts 3t fonctionnaires donnent l'exemple. Que des fêtes publiques » signalent cet essor créateur j que la musique et tous les arts » excitent les travaiHeurs et leur inspirent un saint enthou- » siasme , et la population ne donnera pas prise an mal. d

Mais le gouyemément ni se» adversaires de toute oj^inion n'ont rien compris h l'approche du fléau. On.a continué à bavarder sans rien conclure, sur le budget, surAncône, sur Grucnobloy et on a établi ta lazaret à Calais, comnoe si l'on ignorait qne jamais ces sal^ demeures n'ont arrêté aucun fléau.

Le choléra est arrivé à Paris. £n peu de jours il est devenu effrayant. Tout Paris s'est émn ; mais on n'a rêvé, que médicàmens, que panseniens, qu'hôpitaux, que postes de secours. On s'est donné un mouvement infini pour les malades , et F on a bien fait; mais quant à ceux qui se portent encore bien , c'est-à-dire quant à l'inmiense majorité , on n'er a nul souci, ou du moins on n'a su que leur distribuer i très-faibles aftnônes très -temporaires y sans songer que< qu'il importait c'était de les mettre en position de n'avoir pi besoin d'aumônes! On leur a distribué, comme infaillible rc mède , du camphre , du chlorure de chaux ; comme si le chk mre de chaux guérissait de» souffrances mortelles et des pri vations qui suivent la banqueroute et la concurrence comme si le camphre était un spécifique pour obtenir d travail!

Les corps savans ont été consultés , chacun a apporté s recette pour guérir les malades. Un nuage de mémoires crevé sur l'Académie des sciences et l'a inondée« Pendant, c

(«fi)

Mnpg lés nldades ne moiihdeiit pas moiaf ^ et lis bien-por^ um» tombaieiit maUdes, Tont-à-coop «a célèbre doeiedr w pcoposé qu'oa analjcsit Tair de Paris. Pour qdconqae est au courant des opérations chimiques, c'est une iiiystlfieatio8r«

Les femmes des classes élerées ont pris à tâche de né pas faire rougir leurs maris de Tétroitesse de leurs vues. Elles se sont mises k fabriquer des gilets de flanelle et des chaussons de laine. Les journaux annoncent fastueusement que ¥ atelier de madame la baronne de... , composé de mesdames les marquises de..., de mesdames les duchesses de... et mesdemoiselles de..., a envoyé à la mairie de son arrondissement plusieurs douzaines de paires de bas, de gilets, de chaussons et de ceintures. C'est pitoyable. Si ces dames allaient voir ce qu'est un atelier véritable , ce que sont les malheureux et les malheureuses qui y sont entassés, qui s'y épuisent, qui s'y corrompent , il leur viendrait probablement à l'esprit qu'il y a mieux à faire poir les femmes privilégiées que de jouer au tra^ çaiL C'est insulter aux trapailleursque d'appeler atelier un boudoir doré où l'on vient consamer à coudre avec distraction et afféterie une activité qu'on devrait et qu'on pourrait employer à une large amélioration ddsort des hommes et des femmesdes classes inférieures. La femme des classes élevées porte un joug qui lui pèse, elle est lasse d'être la propriété de Thomme, d'être, comme dit le Gode, en puissance de mari ; mais elle ne s'émancipera qu'à la condition d'émanciper elle-même le fils et la fille du peuple. — Qui croient- elles donc émanciper par ce jeu d'esclave qui consiste à découper des gilets de flanelle et à tricoter des chaussons ?

Ainsi il y a eu dans la société tout entière qui nous entoure une effrayante unité d'impéritie et d'aveuglement. Que leur faut-il donc, grand Dieu! pour qu'ils comprennent que ta volonté sainte est le PROQjaÈs nu peuple ? Tu leur as donné le terrible enseignement de Lyon , il a passé sans qu'ils y aient rien compris; tu leur as donné celui deGro^oble^et ils

Vont k ptine signale comme an pâle mëtëore k llioricon. Si le choléra ne suffisait pas k lear rëvcler la loi, au milieu de quels éclairs et de quels tonnerres faudrait-il donc que tu te Diontrâsscs à ces obstinés?

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