‹ Religion Saint-Simonienne: Politique industrielle et Système de la MéditerranéeChapitre 26 sur 26 · FRAIS DE RÉALISATION · texte numérisé non relu

FRAIS DE RÉALISATION

Or tous les chemins de fer que je viens d'esquisser^ en y comprenant une foule d'embranchemens que je n'ai pas indiqués, formeraient un développement d'environ 6,000 myriamètres (i5,ooo lieues de poste); et à raison de 760,000 fr. le myriamètre k double voie , ils coûteraient en somme quatre milliards cinq cent millions de francs (i).

(4) On peut évaluer la dépense d^an chemin de fer, construit avecgi-ande solidité et à double voie , à 800,000 ir. on i ,000,000 de fr. le myriamètn. Je n^ai compté ici que 750,000 fr. , parce que sur beaucoup de poiata il y aurait avantage a commencer par une construction. provisoire, parce qu'une partie des chemins pourrait d'abord n^exister qu^à une voie , et parce que dans beaucoup de pays (notamment dans l'Allemagne et dans le Nord) , on pourrait , en faisant en^er le bois dans la construction , obtenir une économie conJsidérable.

Une partie des dépenses des travaux publics, chemins de fer , canaiflL et amélioration des fleuves , provient de la difficulté des percemens et aplanissemens. La science ne peut tarder a perfectionner les procédés dont on se sert aujourd^ui pour cet objet. Cesf par la poudre ^ base de salpêtre qu^àu-

C'est à peaprès ce qu'a emprantéla France depuis le commencement de sa révolution pour faire la guerre.

Or si on allouait pareille somme à Tamélioration du régime des eaux navigables et à l'établissement de canaux d'irrigation ou de dessèchement dans toutes les contrées méditerranéennes ;

Pareille somme à l'établissement d'un système unitaire de ^ banques qui fécondât l'industrie dans toutes cçs contrées ;

jourd'hui Ton fait sauter les rochers qui hérissent les fleuves; c^est par elle qu^on s^avance dans les flancs des montagnes. Or la poudre est ce qu'elle était il y a cinq cents ans , quoique depuis lors la chimie se soit enrichie d'innomhrahles découvertes. Il existe déjà des mélanges détonans qui lui sont bien supérieurs : tels sont ceux à base de chlorate de potasse ; tels sont surtout les fulminates. Pendant la révolution, le gouvernement français fit faire des essais en grand avec la poudre de chlorate j on y renonça parce qu'elle était d'un maniement difficile , surtout dans les armées, où l'on opère précipitamment et sans précaution. Les fulminates, dont la force de détonation est plus que centuple de celle de la poudre à base de salpêtre, ne peuvent être approchés sans danger que par des doigts extrêmement habiles. Mais le progrès de la civilisation, sous le rapport industriel, consiste en ce que l'homme s'approprie les instrumens qu'il n'avait pas su maîtriser d'abord , et dont la puissance est précisément en raison de l'adresse qu'ils exigent. C'est ainsi qu'il a fait des merveilles avec la poudre à canon qui avait tué son inventeur, c'est ainsi que la vapeur et le gaz sous sa main sont devenus des leviers admirables. La science est actuellement dominée par des préjugés chrétiens. Ses théories , ses découvertes de détail ont été conçues sous l'empire de la croyance au mal absolu y k Satan ^ sous l'inspiration du libéra nos à //?a/o. Habituellement les savans n'ont cherché qu'à prdserwtr l'homme d'agens supposés essentiellement mauvais, tandis qu'il faudrait plutôt chercher à utiliser ces agcns et à les rendre bons. C'est ainsi qu'on a eu des paratonnerres , et que rien n'a été fait pour tirer parti de l'immense force que recèle l'atmosphère dans les momens d'orage. La doctrine de la réprobation absolue, ou. en d'autres termes, du dualisme dieu et diable ^ est donc ,' à i'insu des savans , dans la science , et c'est là ce qui l'arrête. Lorsr qu'au contraire la science sera fondée sur la doctrine de Ve'Uction universelle , sur' la révélation Dieu est tout ce qui est , elle rencontrera de magnifiques occasions de progrès là où jusqu'à présent elle n'a pu voir que des obstacles.

Pareille soimme enfin à la fondation d'an ensemble d^ëcolcs* de gymnases i de musées , où toute la jeunesse recevrait ^ sans distinction de naissance / une éducation morale et professionnelle; ^

La dépense totale s'élèverait a dix-huit milliards.

C'est à peu près ce que l'Angleterre a emprunté depuis ' soixante ans pour faire la guerre.

Les puissances européennes ont en ce moment sons les armes trois millions d'hommes, dont l'entretien , avec celui des places fortes et du matériel de guerre , peut être évalué à i,5oo millions de francs (i). Si pendant douze ans cette somme était appliquée à la réalisation du plan que nous venons d'esquisser (et certes il ne faudrait pas un moins long j intervalle pour l'amener à complète réalisation ) , le monde anrart changé de face sans que les peuples eussent augmenté . d'un centime leurs budgets. i

Et si l'on tenait compte de la masse de produits que pour- \ raient créer ces soldats , qui forment la partie la plus robuste et la plus alerte de la population , et qui retourneraient aux travaux industriels, si les gouvernemens abandonnaient le système d'observation armée dans lequel ils épuisent les nations f pour s'associer en confédération méditerranéenne; si l'on ^ tenait compte de l'immense développement que prendrait l'industrie le jour même où un congrès aurait posé les hases de cette -confédération ; de la sécurité qui , renaissant aussitôt > ranimerait le crédit éteint depuis juillet , et le porterait en peu d'instans à une hauteur inouïe ^ on concevrait sans peine qu'en supposant indispensable de demander à l'impôt, pour les appliquer à l'œuVre pacifique , les i ,5oo millions que dépense . annuellement l'Europe pour entretenir ces 3 millions d'hommes dans une oisiveté fort active , la charge serait légère aux * populations. Mais il est évident que , pour une destination

(1) L^entretien d'un fantassin coûte 500 fr. ; celui d*un cavalier, 750.

(^9) aas^i morale, aussi «tile^ anssi glorieuse qoe raftermisseineiit d^uue paix étemelle et rayéûement politique de l'industrie rehaussée de ceot coudées , les gouvernemens associés troii*veraient à emprunter annuellement y aax conditions les plus . avantageuses, une somme égale à ces i,5oo millions, et une somme double s4I le fallait.

Je suis convaincu que si on évaluait la dépréciation qu'a subie la richesse du monde depuis les événemens de juillet , le cliiflfre de cette dépréciation s'élèverait ati moins aux deux tiers de la somme totale de i8 milliards qu'exigerait l'exécution entière de notre plan.

Tel est le système politique que nous proposons à tous les hommes qui sont préoccupés de la crise européenne, aux méditations des diplomates et des gouvemans . Quelle que soit la bannière qu'ils aient suivie jusqu'à ce jour , quel que soit le principe qu'ils aient représenté dans les divisions du monde , ils trouveront satisfaction à leurs vœux dans la mise en pratique de nôtre plan. Tous y trouveront là fin de leurs tâlonncmens -et des incertitudes qui depuis dix-huit mois tiennent un congrès assemblé pour lie rien conclure. Dans une œuvre pareille il y a place pour tous les hommes de capacité^ que leur chimère ait été le républicanisme ou l'absolutisme ou le jtiste-milieu; pour M. de Metternich comme pour lord Grey , pour M, Périer comme pour M, Nesselrode, pour M. de Chateaubriand comme pour lord Wellington. £t voilà précisément pourquoi l'adoption de ce système sera la consécration de la paix du monde.

Il y a place dans celte œuvre pour les savans dont les lumières ont à éclairer le plan , et dont les méditations en prépareront la réalisation et la rendront plus facile. Il y « place pour les hommes d'art de tous les pays, pour les ingénieurs qui, en Angleterre et sur le continent, ont recueilli et fait fructifier l'héritage des Riquet et des Walt. Il y a place pour les industriels aux mains desquels la nature verse ses produits^

et qui les métamorphosent en cent façons pour PembelHssement de l'humanité «t du globe qn^elle . habite. Il y a place pour les commerçans infatigables qui^ d'un pôle à Tautre, vont chercher ses produits ; place de plus en plus large , de plus en plus commode pour le pauvre peuple des ateliers et des campagnes; place ^ et sur les premiers rangs, pour les banquiers dispensateurs du crédit , dépositaires de la richesse des individus et des états.

Il y a place en vue de tous , place entourée d'or et de pourpre; place ornée de guirlandes de fleurs pour les poètes, pour les hommes d'inspiration qui jusqu'ici , ne trouvant de grand dans la société que la guerre, ont chanté la guerre et ses scènes de deuil , et qui maintenant ont à chanter i'épithalame de l'Orient et de l'Occident. A leurs voix , que l'Italie et l'Espagne secouent leur léthargie; que les villes de la Grèce et de l'Asie sortent de leur sépulcre. Nouveaux Amphions , qu'ils donnent naissance à de riches cités ^ là où tant de grandes nations sont ensevelies pêle-mêle. Tyrtliées pacifiques , qu'ils prêchent de pacifiques levées qui reportent le dépôt de la civilisation aux terres d'où l'Europe l'avait reçue ; qu'ils aillent à la tê(e des peuples, enrégimentés en travailleurs , sur les bords du Tâgc ou de rilissus , aux ruines de Paimyre ou dans la plaine d€;s Pyramides , faire un de ces pèlerinages dont l'idée est si souvent venue, dans leurs rêveries, caresser mollement leujr imagination vagabonde , alors qu ils aimaient à égarer leur pensée , afin de Ja délasser du prosaïque spéciale des société;^ modernes, pourries d'égoïsme, abîmées de décrépitude.

Tel est noire plan politique.

Combiné avec l'œuvre morale conçue par notre pèr£ SUPRÊME, dont il est la traduction matérielle ,l il doit assurer un jour le triomphe de notre foi.

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