‹ Religion, Superstition et CriminalitéChapitre 2 sur 12 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

Nous avons toujours été frappé douloureusement, depuis notre plus tendre enfance (et sans doute cette souffrance durera-t-elle jusqu’à notre mort), de ce qu'il y à de cruauté dans le monde. Le spectacle nous en poursuivait partout odieusement, jusque dans les sphères de l’activité où la vie nous paraissait devoir être pure et sacrée, jusque dans les institutions, dans les croyances et dans les pratiques que nous respections profondément et où voulaient se réfugier notre foi dans l’idéal d’une humanité bonne, notre besoin d'amour et de paix, notre illusion de liberté dans un règne de fraternité. À mesure que, les années s’écoulant, notre expérience s'’approfondissait, que devenaient plus sensibles et significatives les leçons de l’histoire et des événements contemporains, nous interrogions ces faits tellement blessants pour notre conscience d’autant plus avidement que nous avions le parti pris d’y voir une anomalie, les effets d’un désordre, quelque chose comme une négation, et non pas une réalité positive. C’est ainsi que peu à peu germait l’idée dans notre esprit d'une distinction nécessaire entre la vie universelle, créatrice de lespèce humaine née pour la sociabilité et la vie sociale renfermée dans des limites où elle se développe circulairement, entre la superstition et la religion, entre les vérités fixées, pétrifiées dans la lettre. et celles qui jaillissent de l'esprit, entre l’âme close et l'âme ouverte, pour parler comme M. Bergson. Le problème n’en subsistait pas moins : celui du mal qui s'impose comme un fait, et qui reste inintelligible. Les plus grands penseurs s’en sont inquiétés.

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