‹ Religions de la GrèceChapitre 4 sur 24 · PROPAGATION DU CULTE DE JUPITER DA3NS LA GRÈCE · texte numérisé non relu

PROPAGATION DU CULTE DE JUPITER DA3NS LA GRÈCE

Culte de Jupiter en Arcadie.

Jupiter étant le premier Dieu clés religions helléniques , toutes les contrées de la Grèce prétendaient à l'honneur de lui avoir donné naissance , c'est-à-dire d'avoir les premiers reconnu ce dieu et établi son cuite. Mais, dans l'opinion des Grecs, l' Arcadie seule pouvait le disputer à la Crète, à Olympie et à Dodone.

Chaque pays de la Grèce a inventé sur Jupiter une légende, et accommodé les faits généraux à sa propre histoire. Les Arcadiens disaient avoir vu naître deux Jupiters, l'un fils del'Ether, et l'autre fils du Ciel et père de Minerve. Le plus ancien des deux polit les Arcadiens qui menaient une vie sauvage, vivant dans leurs forêts, uniquement occupés de la chasse. Il leur donna des lois, régla l'état du mariage, leur apprit à honorer

(58) les dieux, et établit les ministres du culte (a). Les Romains surtout étaient dans l'opinion que les Arcadiens avaient les premiers établi un culte et élevé des temples à Jupiter (10). Ce qu'il y a de certain, c'est que dans les temps les plus reculés , et avant même l'introduction des dieux de l'Orient dans la Grèce, l'être suprême a été adoré en Arcadie sous le nom de Dieu bon par excellence , agathos Theos. Proche de l'Hélisson, à gauche du chemin qui conduisait de Mégalopolis à Ménale , on vovait un temple dédié à agathos Theos. ce Si les hommes, dit à cette occasion Pausanias, doivent tous les biens dont ils jouissent aux dieux, et si Jupiter est le souverain des dieux, il est clair que c'est à lui que ce surnom doit être appliqué (h). »

D'après la légende des Arcadiens, Jupiter avait été nourri sur le mont Lycéen, dans la partie de ce mont appelée Cretea. C'est dans cette Crète, et non pas dans l'Ile de ce nom, disaient les Arcadiens , que fut nourri Jupiter par trois nymphes , Théisoa, Néda et Acjno. Néda est une rivière dont la source est au mont Cérausius

(a) Gicer. De iiatuTacleor. — Banier. tom. m, pag. 257.

(ô)Pausan. lib. 1, cap. xxvi. — lib. vin, cap. xn,-36. — lib. ix. cap. vin. -- lib. x, c;\p. xxxvn. Éaque fut le premier, dit-on, qui éleva un temple à Jupiter à Olympie.

(59) qui forme une portion du mont Lycée. Elle passait très-près de Phigalie, et les enfants des Phigaliens allaient en cet endroit couper leur che- ^v elurequ'ils consacraient au fleuve; la Nédarecevait de petits vaisseaux vers son embouchure dans la mer («). Agno était une fontaine de la même montagne, qui fut célèbre parmi les Arcadiens ; ils prétendaient que Jupiter avait accordé à cette fontaine la vertu de faire cesser la sécheresse, lorsque le pays en était désolé (/>). Le prêtre de Jupiter-Lycéen, après avoir adressé des prières à cette fontaine , et lui avoir sacrifié suivant les rites établis, en touchait la superficie avec unebranche de chêne, sansl'y enfoncer;l'eau ainsi agitée produisait un nuage, qui attirait les autres nuages et donnait de la pluie à FArcadie. Théisoa était une petite ville qui, dans la suite, fit partie du territoire de Mégalopolis (c). A Mégalopolis, sur la table qui était* dans l'enceinte consacrée aux grandes déesses, on avait représenté Néda, portant Jupiter encore enfant; Anthracia, autre nymphe de FArcadie, portant un flambeau; Agno, tenant une urne d'une main et une coupe de l'autre; Archiroë et Myrtoessa

(a) Pausan. Arcad, cap. xli.

(Z>) Pausan. Arcad. cap. xxxvin. — Natal. Com. pag. 83.

(c) Pausan. Messen. pag. i43.

(.fi?)

tenaient aussi une urne d'où l'eau sortait (a). Au nord du mont Lycée , était le pays de Théisoa , dont les habitants rendaient un culte particulier à la nymphe de ce nom (b).

Il y a diverses opinions sur l'origine du culte de Jupiter en Arcadie : Pausanias prétend (c) que Lycaon fonda sur le mont Lycée la ville de Lycosure, donna à Jupiter le surnom de Lycéen, et institua les jeux lycéens. Lycaon, suivant Pausanias, régnait sur les Arcadiens en même temps que Cécrops sur les Athéniens. Lycaon porta sur l'autel de Jupiter un enfant nouveauné, le sacrifia et arrosa l'autel de son sang. Porphyre remarque que la coutume d'immoler des hommes dans F Arcadie , pendant la fête des Lupercales, subsistait encore de son temps; on sait que les jeux lycéens des Arcadiens étaient a peu près les mêmes que les lupercales des Romains. Ce qu'il y a de certain, c'est que Lycosure était la ville la plus ancienne delà Grèce. Le scholiaste d'Euripide (d) dit que Lycaon éleva un temple de Jupiter à Parrhasie, et institua en son honneur des jeux que l'on appela lycéens. Il

(«) Pausan. Arcad. cap. xxsi.

(b) Pausan. Id.

(c) Pausan. Arcad. a.

(d) Euripid. In Orest. vers. 1646.

( 6i ) n'était permis à personne d'entrer dans ce temple (</): celui qui violait cette défense était lapidé.

Il y avait sur la partie la plus élevée du mont Lycée un tertre de terre, qui formait l'autel de Jupiter-Lycéen 5 de là, on découvrait la plus grande partie du Péloponnèse. Devant cet autel, presque au soleil levant, étaient deux colonnes sur lesquelles il y avait très-anciennement des aigles dorés; c'est sur cet autel qu'on offrait tous les ans des sacrifices secrets à Jupiter-Lycéen. Mégalopolis était partagée en deux parties par l'Hélisson. La place publique était dans la partie septentrionale de la ville, et à droite, en remontant le fleuve; il y avait dans cette place une enceinte entourée de pierres et un temple de Jupiter-Lycéen. Ce temple n'avait point d'entrée; ce qui était dans l'intérieur pouvait être vu du dehors : on y remarquait deux autels dédiés à Jupiter, deux tables, un petit nombre d'aigles et une statue de marbre du dieu Pan (il)»

D'après mie autre tradition, les jeux lycéens appartenaient au culte du dieu Pan en Arcadie, il est certain du moins qu'il y avait sur le mont Lycée un temple de Pan, qui était entouré d'un

(a) Plular. Quœst. grœc. pag. 3oo.

Tom. 1. o

bois et d'un hippodrome devant lequel était un stade. Suivant une tradition rapportée par Pausanias, l'on célébrait là anciennement les jeux' lycéens; mais cette tradition n'est-elle pas en contradiction avec l'assertion positive d'Hérodote : ce Pan, ce dieu si ancien dans l'Egypte , ne fut connu dans la Grèce qu'après la guerre de Troie; et, si on compare ses attributs avec ceux d'autres dieux naturalisés avant lui , on verra qu'on ne peut l'admettre qu'à leur préjudice {a) )). Quoiqu'il en soit de cette antériorité du culte de Pan sur celui de Jupiter , l'un de ces cultes avait -il succédé à l'autre , ou bien ces deux divinités avaient-elles en Arcadie un culte commun? L'histoire ne présente à cet égard aucun fait précis. Cependant, sur le chemin de Tégée dans la Laconie , on trouvait à gauche du chemin l'autel de Pan et celui de Jupiter-Lycéen , ainsi que les ruines de leurs temples ; ces autels étaient à deux stades des murs de Tégée (h). Ce fait, et celui de la statue de marbre du dieu Pan dans le temple de Jupiter à Mégalopolis, semblent indiquer que les deux cultes avaient été réunis. Il faut remarquer d'ailleurs que, comme dieux lycéens, Jupiter

(a) Hérod. lib. n, cap. cxlv.

(b) Pausan. Arcad. cap. lui.

( «3 ) et Pan cloi vont être regardés comme la même divinité. Dans la religion des Grecs, les dieux lycéens étaient Jupiter, Apollon, Pan, Mars et Diane ou la Lune ; leur nom de Lycéen tirait son origine de lycê^ lumière. Ils étaient considérés commepèresde la lumière. A l'article de chacune des divinités que nous venons dénommer, nous ferons connaître leurs attributs et leur culte comme dieux lycéens. Pour ce qui regarde particulièrement Jupiter, nous remarquerons que les Grecs ont attaché, à l'établissement de ce culte chez les Arcadiens , la légende de la métamorphose en loup du prince qu'ils donnent comme fondateur de ce culte (12). Chez tous les peuples de l'antiquité, les loups ont toujours été l'objet de trèsgrandes superstitions. Dans une cérémonie religieuse des Egyptiens , décrite par Hérodote , on voit que les Egyptiens prétendaient que le prêtre était conduit les yeux bouchés , par deux loups , jusqu'au temple de Cérès, distant de la ville de vingt stades, et qu'après les cérémonies religieuses il était reconduit, par ces mêmes loups, du temple à la ville (a). Le mythe sacerdotal représente ces animaux comme les ministres des enfers et les génies psyclioponipes^ on en voit peints sur pressa) Hérod. lib. u, ^. cxmi.

que toutes les momies et sur la plupart des tombeaux, armés du fouet protecteur, averrwico , pour chasser les mauvais génies des âmes qu'ils tourmentent. Cet animal rapace qui erre la nuit, qui au lever du soleil se réfugie dans les bois et les déserts, parut être, aux Egyp tiens et à la plupart des autres peuples , un parent d'Orcus. Il fut dans le principe consacré aux ténèbres et à Orcus; mais dans la suite, chez les Grecs, il fut consacré au père de lumière. L'équivoque des mots, qui joue un si grand rôle dans toutes les fables grecques, paraît ici dans son entier. Les mots grecs , lycos , loup , et lycè, lumière , sont matériellement à peu près les mêmes, et cela a suffi pour donner naissance à une foule d'histoires de loups qu'on a appliquées à Apollon, et dont nous parlerons à son article. Il faut remarquer d'ailleurs que l'esprit de la religion païenne et les faits mythologiques rendent très-bien raison de ce changement qui parait si extraordinaire au premier coup d'oeil. L'oracle de Delphesfut d'abord celui de la Terre, ou ce qui est la même chose, celui des dieux infernaux; et les loups, d'après les anciens rites, furent sacrés à Delphes (a). Dans la suite, cet

■a £Lian. De anim. his. lib, xïi, cap. xl.

oracle fui appelé celui d'Apollon, qui au commencement n'était pas le Soleil, mais le génie qui présidait aux devins et aux prêtres, ou plutôt à la divination , à la musique, à la médecine, à la mort improvisas, choses que les peuples barbares attribuent à cette classe d'hommes : les devins et les prêtres. Les plus anciens devins, chez les Grecs et chez les autres peuples, furent des prestigiateurs qui prétendaient interroger les morts, et par leurs chants évoquer des enfers les ombres qui venaient à eux en changeant de forme (a). Le loup jouait un grand rôle dans cet art (i3), non-seulement pour les prestiges sagarum , mais encore pour ceux des anciens nécyomanciens , comme l'indiquent un grand nombre de faits de l'antiquité (i4)* Les loups étaient pareillement mis sous la tutelle d'Apollon comme présidant aux devins et à la divination. Les Hirpini Sorani ad Soractem étaient ordinairement regardés comme des prêtres d'Apollon, mais leur nom dans leur langue naturelle (b) signifiait les loups de Pluton, patris Ditis. Telle est l'origine de

(«) Comme cette Saga dans Pro perce :

Audax cantatœ leges imponere lunœ

Et sua nocturnoj'allere terga lupo. Eleg. v, vers. i3, lib. iv. (b) Comme nous rapprend Servius ( AdJEneid. lib. n. - v. 785. ConJ'cr. Strabon. lib. v, pag. 383.

(66) Lycéen donné à Apollon; c'est ainsi qu'ils appelèrent Diane, ou la Lune, Lycéenne, et l'on sait que les devineresses commencent par l'invoquer. La mère Latoïdum qui est la déesse des ténèbres fut, suivant la fable , convertie en louve, et vint des pays hyperboréens , accompagnée par des loups (a). Enfin, lorsqu' Apollon commença à être confondu avec le Soleil, et que son culte, au lieu d'être restreint à la divination, devint celui de la providence, il conserva le nom de Lycos, à cause de la ressemblance du nom avec celui de la lumière (i5). C'est aussi comme Dieu suprême, père et maître de la lumière , que Jupiter a été surnommé Lycéen. Dans la langue latine, il était appelé Diespiter, c'est-à-dire père du jour et de la lumière (h). Saint Augustin nous apprend que Jupiter recevait le nom de Diespiter comme dieu producteur , parce qu'il produisait les êtres au jour ou à la lumière (c). C'est sous ce rapport que"Varron considère Jupiter, que les Romains appelaient Dialis, Dijovis et Diespiter ^ c'est-àdire le père du jour et de l'air, cet air qui est uni

(a) Aristot. Hist. animal, lib. vi, cap. xsxv. -./Elian. Hîst. animal. lib. iv, cap. iv. —lib. ix. cap. xxvi. — Eustath. Inlliad. !\. v. 44§-

(b) Diespiter appellatus est, ici cst^diei et lucis pater. ( Aul. Gel. lib. v. cap. xn. )

(c) Diespiter qui partitm perducil addiem. (St. Augustin).

(«7) à la terre d'où sortent tous les êtres (16). Vairon ajoute : Quorum quod finis ortus, Orcus dictus est. Sous ce rapport, Jupiter-Lycéen ou Diespiter était considéré comme le dieu des enfers, et cette théologie était la môme que celle d'Apollon- Lycéen ; elle est confirmée par ce fragment d'Ennius.

Pluto latine est Diespiter, alii Orcum dicunt (a).

Et par un passage du liv. 11 cle la Nature des dieux qui est en harmonie avec celui de Vairon (/>). Cette théologie est entièrement conforme à l'esprit de la religion païenne, qui adorait comme divinité infernale cette force intérieure dont la terre est imprégnée, et tout ce qui contribuait à son développement (17). Ainsi l'air, considéré comme étant attaché à la terre, était adoré par les anciens comme divinité infernale (18). Les poètes eux-mêmes ne Font pas ignoré, puisqu'ils donnent à l'air le nom d'Adés (19). Cette dénomination est bien dans l'esprit de la religion des anciens suivant laquelle rien ne s'était fait de rien, et rien ne pouvait

(rt)Ennii Fragment pag. 3i8.

(b) Terrena autem vis omnis , atque natura Dili patri dedicata est, qui, Dis, ut apud Grœcos, Pluto, quia et recidant omnia in tétras et orianturè leiris. ( Cicer. De nat. deor. lib. n. )

(68) être anéanti. La naissance, d'après ce système, n'était pas le passage du non-être à l'être , mais le passage de l'Adés, c'est-à-dire d'un état invisible et nullement soumis aux sens , à un état visible et sensible; c'est pourquoi le casque de Pluton était l'emblème des principes de la génération cachés ou non développés dans le sein de la terre (20). Les anciens ne distinguaient pas plus, dans leur culte, qu'ils ne distinguaient , dans leur théorie religieuse, la force qui pénètre les entrailles de la terre et qui y reste cachée de celle qui lui donne son développement; et le soleil lui-même était mis au rang des divinités chtoniennes ou infernales , lorsqu'il était considéré dans les rapports de son action avec la terre, mettant en mouvement, par sa chaleur vivifiante, cette force qui la pénètre, et donnant les productions diverses. Dans le système du paganisme, cette force étant la même ne devait pas être distinguée ; c'était l'àme universelle du monde qui pénètre toutes ses parties, qui, dans le premier cas, conserve dans son sein, les germes de tous les êtres, et dans le second, les produit au grand jour. Jupiter- Lycéen ou Diespiter, c'est- à-ciire père de la lumière, était en même -temps le dieu des enfers ou des ténèbres, comme prœsul terrarum. C'est d'après les

mêmes idées mystiques, qu'il était encore adoré sous le nom de Lucétius (21)5 les Saliens dans leurs chants lui donnaient ce nom (a). Les habitants de Léprée adoraient Jupiter-Lycœus, et ils avaient chez eux un temple de cette divinité (b).

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