‹ Religions et religion. L'âneChapitre 14 sur 21 · LA NUIT AUTOUR DE L'HOMME · texte numérisé non relu

LA NUIT AUTOUR DE L'HOMME

Il ne sait que passer de l'excès à Texcès,

De Tabus au défaut, de l'alcôve à la haine,

D'Eve au cloître, et que fuir don Juan dans Origène.

Voletant vaguement de la Trappe à Paphos, Mouche heurtant de l'aile au soupirail du faux, Bourdon de tous les dieux et de toutes les vitres. Donnant pour moule aux fronts les casques et les mitres, Forgeron d'imposture, ouvrier de fureurs. Fabricant au mensonge une armure d'erreurs, 11 n'est pas d'épithète outrageuse, honnie, Vile, dont on ne puisse orner sa litanie.

Certe, on se tromperait de croire que l'azur, Les sphères, les levers d'étoiles, l'éther pur, Et le nimbe solaire et l'auréole astrale Filtrent dans l'âme humaine en lumière morale. Kant, c'est un malheur d'être une voûte à cachot. Une cave fermée au ciel splendide et chaud. Une maison de nuit. Hélas! l'homme en est une. Il a cette mauvaise et fatale fortune Que son obscui ité résiste obstinément Au lys, à la colombe, à l'aube, au firmament. Rien, ni l'Etna qui semble en braise se dissoudre, Ni le passage vaste et fuyant de la foudre, Ni la lune, ébauchant quelque sacré contour, Pas même l'évidence éclatante du jour, Pas même le feu noir qui dévore Sodome, Rien ne peut éclairer l'intérieur de l'homme.

0 Kant, l'homme est drapé de rêves mal tissus. Vêtu d'un haillon sombre, il porte par-dessus Une pourpre d'orgueil prise aux fausses sagesses. Il est fils des géants mariés aux singesses ; Il a plus de grimace encor que de grandeur; Son profil de beauté d'un profil de laideur

Se double, et son sublime adhère au ridicule De si près qu'on le croit fait pour le crépuscule. Aussi quelle ombre en lui! quelle ombre autour de lui ! 11 sent sous tous ses pas trembler le point d'appui, Ce qu'il espère étant presque ce qu'il redoute; Un flot de trouble passe après un flot de doute; Tout se résout en gouffre, en chute, en tremblement, Sur on ne sait quel v^gue et blôme escarpement, En ouverture sombre, en cécité muette, Tâtonnement au docte et vertige au poëte ; Et toujours, au-dessus du lugubre horizon, Et de votre savoir et de votre raison, L'idole, le cromlech, l'autel, dressent leur cime Que blanchit un rayon monstrueux de l'abîme.

Mais du moins faites-vous ce qu'il faudrait pour voir

Un peu plus de clarté dans votre cerveau noir?

Point. La routine au fond du néant vous isole.

Vous avez tout, parole, écriture, boussole.

Vapeur, imprimerie, et scalpel et compas ;

Faites-moi donc du jour avec cela, ^on pas.

Avez-vous des esprits, des plongeurs, des génies,

De grands cerveaux ouvrant des portes infinies, .

Des puisatiers géants creusant au ciel des trous,

Des penseurs, des trou veurs? •— Pardieu! — Qu'en faites vou

CONDUITE DE L'HOMME

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