‹ Reliques de Jehanne d'ArcChapitre 2 sur 8 · AOUT · texte numérisé non relu

AOUT

« Mes c hier s et bons a/nis, les bons et loi aulx Jranczois de la cité de Rains, Jeanne la piicelle vous fait assavoir de ses nouvelles et vous prie et vous requiert que vous ne faictes nulle double en la bonne querelle qu'elle niayne pour le sano- roial, et je vous proiuest et cej'tiffi que Je ne vous abandonnerai' point tant que je vivroy ; et est vroy que le Rov a fait trêves au duc de Bourgoigne quinze jours durant par ainsi qu' il li doit rendre la cité de Paris paisiblement au chieff de quinze jours. Pourtant ne vous donner nulle /nervoille (i) si je ne y entre si brieffveinent, combien que des trêves que ainsi sont faictes je ne suy point contente et ne scey si je les tend rov ; maiz, si je les tiens, ce sera seulement pour garder Tonneur du Roy, combien aussi que Hz ne cabuseront (2) point le sang roial : car je tendroy et maiutendroy ensemble l'armée du Roy pouj' estre toute p/'este au chieff des diz quinze jours si ils 7h' font la pai.x. Pour ce, iiws très chiers et pafaiz a/nis, fe vous prie que vous ne z'ous en donif) Ne soyez pas surpris si...

(2) Ne tromperont pas...

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Lettre de Jchanne aux habitants de Reims, 5 août 1429. (Arc/tires de M. le J/'" de Maleissye.)

nez malaise tant comme je vivroy, maiz vous requiers que vous faicfes bon guet et garder la bonne cité du Roy et me faictes savoir se il v a nulz triteurs (i) qui vous veillent grever (j), et, au pins brieff que Je porray , je les en osteray, et me faictes savoir de vos nouvelles. A Dieu vous commans (3) qui soit garde de vous . Escript ce vendredi v" jour d'aoust, enprès Provins, bien logey sur champs ou chemin de Paris.

(i) Traîtres.

(2) Etre hostiles.

(3) Je vous recommande à Dieu.

Traduction. — Mes chers et bons amis, les bons et loyaux Français de la cité de Reims, Jeanne la Pucelle vous fait savoir de ses nouvelles, et vous requiers que vous n'ayez nulle inquiétude sur la bonne querelle qu'elle soutient pour le sang royal et je vous promets et certifie que je ne vous abandonnerai pas tant que je vivrai. Il est vrai que le Roi a fait trêve avec le duc de Bourgogne, quinze jours durant, à la condition qu'il doit lui rendre la cité de Paris paisiblement au bout de quinze jours. Pourtant, ne soyez pas surpris si je n'y

entre aussi vite parce que je ne suis pas contente des trêves ainsi faites et je ne sais pas si je les tiendrai. Mais si je les observe, ce sera pour garder l'honneur du Roi. Comme aussi ils ne réussiront pas à abuser le sang royal, car je tiendrai et maintiendrai réunie l'armée du Roi pour être toute prête au bout de ces quinze jours, s'ils ne font la paix. Pour cette raison, mes très chers et parfaits amis, je vous prie de ne pas vous en donner de soucis aussi longtemps que je vivrai, mais vous requiers de faire bon guet et de garder la bonne Cité du Roi ; et faites-moi savoirs'ily a nuls oppresseurs qui vous veuillent faire tort et aussi vite que je le pourrai je vous en délivrerai ; et faites-moi savoir de vos nouvelles. Je vous recommande à Dieu pour qu'il vous garde.

Ecrit ce vendredi cinquième jour d'août, près d'un logis aux champs sur la route de Paris.

Ses Reliques.

Nous ne posséderions rien de la Pucelle, aucune relique, si Dieu n'avait permis que trois lettres portant sa signature ne nous fussent parvenues. D'une manière en quelque sorte merveilleuse, ces lettres ont pu être sauvées du naufrage général de tout ce qui se rapporte à la bienheureuse Jehanne d'Arc.

Les vêtements, les objets portés ou touchés par une Sainte sont assurément des reliques précieuses ; mais combien plus le corps qu'elle a animé ! . . .

Les flammes n'avaient pas consumé le cœur de

lO LES RELIQUES DE JEHANNE D ARC

Jehanne d'Arc (i), ce cœur, principe de tout son héroïsme, qui ne battit que pour son Dieu et sa Patrie, et s'exhala dans son unique amour : Jhésus ! Jhésus !

Tout a donc disparu ! ! Car les cendres du bûcher furent jetées dans la Seine, et aussi le cœur de la sainte héroïne.

Comme reliques il nous reste cependant ses lettres. Elle a touché ce papier, et de plus elle y a mis une empreinte de son àme, de son cœur ; elle y a apposé sa signature, c'est-à-dire l'expression de sa personnalité ; aussi, ses lettres, nous ne craignons pas de le dire, sont en quelque sorte une partie d'elle-même et les reliques les plus précieuses que l'on puisse désirer.

Une question se pose tout d'abord :

Jehanne d'Arc savait donc écrire ?. . .

A cette époque l'instruction était si peu répandue, que même les plus grands seigneurs ne savaient guère qu'apposer leur signature.

Or, nous voyons dans Siméon Luce, un des auteurs critiques qui a recherché avec le plus de

(i; Procès, t. HT, p. iSç, i6o et i85.

conscience les origines de la mission de laPucelle, que Jacques d'Arc, son père, était charg-é à Domremy ( i ) de la sauvegarde des intérêts communaux et de toutes les missions qui exigeaient une certaine instruction.

Page 40, Siméon Luce nous dit :

« Deux actes récemment découverts prouvent avec évidence que Jacques d'Arc figurait au premier rang des notables de Domremy.

« Dans le premier de ces actes, daté de Maxeysur-Meuse,le 7 octobre i42 3,il est qualifié doyen de ce village... « En général, dit M. Edouard Bonvalot (2) parlant des villages de la région de la Meuse régis par la fameuse charte de Beaumont-en- Argonne, « il n'y a qu'un doyen ou sergent dans « chaque village qui convoque les bourgeois aux as- « semblées électorales et aux plaids. . . » On voit par divers documents que les doyens étaient également

(i) Domremy se trouvait sur le bord d'une des routes les plus fréquentées au xv^ siècle, ancienne voie romaine de Langres à Verdun. Ce n'était donc pas un recoin perdu et isolé du reste du monde, comme l'ont cru quelques historiens. (LiÉNARD, Dictio)inaire topographique de la Meuse, p. x.)

(2 ) Le Tiers Etat d'après la charte de Beaiaiiont et ses filiales, I vol. in- 8, Paris, 1884, p. 412 et 415.

chargés de la collecte des tailles, rentes et redevances et qu'ils étaient préposés à la surveillance du pain, du vin et des autres denrées ainsi qu'à la vérification des poids et mesures.

« Dans le second acte, rédigé à Vaucouleurs, le 31 mars 1427, Jacques d'Arc figure comme le procureur fondé des habitants de Domremy dans un procès de grande importance qu'ils avaient alors à soutenir par devant Robert de Baudricourt, capitaine de Vaucouleurs. Ces deux pièces, la dernière surtout, offrent un intérêt sur lequel il serait superflu d'insister : elles n'établissent pas seulement la situation relativement élevée de la famille d'x-lrc à Domremy, elles montrent, en outre que le père de Jehanne, investi officiellement de la procuration des habitants de ce village, était entré, dès 1427, en relations directes et personnelles avec le capitaine de Vaucouleurs . »

Un homme (i) qui avait su acquérir ces connaissances devait, il n'y a pas à en douter, tenir à ce

Cl) Les biens appartenant à Jacques d'Arc rej^résentaient environ 20 hectares : douze en terres, quatre en prés et quatre en bois et parmi ces derniers le « Bois Chesnu ». — Leur revenu annuel était équivalent à 4 ou 5. 000 francs de notre monnaie. (vSiméon Luge.)

LES RELIQUES DE JEHANNE d'aRC I 3

que ses enfants reçussent au moins les premiers éléments que lui-même pouvait leur donner. Et comment admettre qu'une fille aussi heureusement douée que la petite Jeannette d'Arc n'ei^it pas appris au moins à former sa signature ?. . .

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