‹ Reliques de Jehanne d'ArcChapitre 4 sur 8 · HK · texte numérisé non relu

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Lettre de Jehanne aux habitants de Riom, 9 novembre 1429. (Arcliivcs de la ville de Riom.)

Traduction. — Chers et bons amis, vous savez comment la ville de Saint-Pierre-le-Moutier a été prise d'assaut. J'ai avec l'aide de Dieu l'intention de faire vider (aux Anglais) les autres places qui sont contraires au Roi. Mais comme une grande dépense de poudre, traits et autre matériel de guerre a été faite devant la dite ville, et que les seigneurs qui sont en cette ville et moi en sommes petitement pourvus pour aller mettre le siège devant la Charité, où nous allons prestement ; je vous prie, au nom de l'amour que vous avez pour le bien et honneur du Roi, ainsi que de tous les autres qui sont par ici, de bien vouloir sans retard nous envoyer pour aider audit siège de la poudre, du salpêtre, du soufre, des traits, de fortes arbalètes et autre matériel de guerre. Et en cela faites si bien que par manque desdites poudres et d'autre matériel, la chose ne traîne en longueur, et qu'on ne vous puisse reprocher sur ce point négligence ou refus. Chers et bons amis, que Notre- Seigneur vous garde.

Ecrit à Moulins le neuvième jour de novembre.

Jehaxne.

LES RELIQUES DE JEHANNE d'aRC I /

Sa signature.

A côté de ces probabilités, c'est aux pièces elles-mêmes, aux lettres de Jehanne d'Arc qu'il faut demander une réponse positive.

C'est ce qui était fait, il y a déjà six ans, à la demande de M. le Directeur de V Interiiiédiairc des Chercheurs et Curieux.

Il avait fixé mon attention sur de nombreuses questions posées dans sa revue et me demandait si je ne pourrais donner quelques éclaircissements.

Dans le numéro du 30 avril 1903, était publiée la lettre suivante :

Monsieur,

« La question faite dans Vlnfer/nédiaire du 20 mars : « Jehanne d'Arc savait-elle écrire ou signer ? » paraît s'adresser particulièrement à ceux qui possèdent les lettres de la Pucelle ; et puisque

LES KELinUES ]JE JEHANNE d'AKC 2

1 8 LES RELIQUES DE JEHANNE d'arC

votre correspondant veut bien citer notre nom, je tiens à répondre à cette invitation d'une manière aussi complète que possible.

« Les doutes, les hésitations de votre correspondant tomberaient immédiatement s'il voulait bien faire un petit voyag^e avec moi, et venir aux environs de Chartres, au château d'Houville, chez mon neveu.

« Il verrait les lettres, examinerait la signature et en même temps s'intéresserait à tous les documents réunis par Charles du Lys. Je faisais ce voyage il y a quelques jours, avec M. Bag-uenault de Puchesse, le si disting-ué président de la Société historique d'Orléans. Lui aussi avait des doutes et ces doutes ont été remplacés par une certitude. N'importe qui rapporterait la même impression.

« Le papier, l'écriture, les fragments de sceaux, tout atteste que l'on est bien en présence de lettres de Jehanne d'Arc.

« Voilà pour l'érudit qui peut apprécier ces détails, et il ne fera que suivre Quicherat.

« Dans les trois lettres de Jehanne d'Arc que nous possédons, deux sont signées, une ne l'est pas. Le corps des trois lettres est du même secrétaire et

pour les deux lettres signées (Jeliannc), l'œil le moins expérimenté reconnaîtra une main peu habile et qui n'a rien de commun avec celle qui a écrit le corps de la lettre. Dans les deux lettres, il ne peut y avoir de doute, c'est bien la même main qui a tracé le nom de Jchminc .

« Si nous possédons trois lettres delaPucelle, il en existe une quatrième que, depuis le jour où Jehanne d'Arc la lui envoyait, la ville de Riom a précieusement conservée dans ses archives (i). Une comparaison avec nos lettres s'imposait ; aussi ai-je tenu, avant de vous répondre, à m'en procurer le fac-similé.

« La lettre aux habitants de Riom est signée ; un enfant n'hésiterait pas à reconnaître la même signature que sur nos deux lettres. Il y a identité coin pi etc.

« Les mêmes formes de jambages, les mêmes tremblements, et la même hésitation qui, sur deux lettres (une des nôtres et celle de Riom) donne cinq jambages pour les deux n, puis tâche d'en

(i) Il ea existe une cinquième à Lille à laqucîlle il n'a pas été fait allusion clans cette réponse parce qu'elle n'est pas signée.

rattraper un. Chaque jambag'e est séparé et l'on reconnaît une main incapable de le lier avec celui qui suit.

« Il ne peut donc y avoir de doute : Jehanne d'Arc pouvait signer, mais cela ne veut pas dire qu'elle savait.

« Si sa main hésitait pour écviro. Jehanne au temps de ses triomphes, serez-vous étonné que pendant son procès et pour signer une cédule d'abjuration elle se rendit compte que l'émotion ne permettrait à sa main que de tracer des caractères informes ? On ne peut donc être surpris qu'elle n'ait voulu mettre qu'une croix.

« Je n'ose aller jusqu'à dire que j'y verrais, de sa part, un refus de signer et que la croix ne serait pas d'elle ! tant de mauvaise foi s'est montrée dans ce procès que cette supposition pourrait être la vérité ! !

« La première explication suffit, car l'existence d'une lettre non signée établit que cela devait être pour la Pucelle une chose très étudiée et difficile que de \.r-à.zçx Jehanne ( i ) .

(i) La lettre non signée de Lille ne fait que confirmer cette appréciation.

« Elle ne devait le faire que lorsqu'elle attachait à sa missive une plus grande importance.

« Dans la lettre de Riom, elle réclame des subsides, poudre, salpêtre, arbalètes, vivres et habillements. A Clermont les registres du temps attestent que la ville avait reçu une lettre de Jchanne ta Pucellc et messaige de Dieu faisant les mêmes demandes.

« Des nombreuses lettres que Jehanne d'Arc a envoyées, s'il n'en reste que quatre, leur histoire est aussi claire, aussi nette que possible et peu de documents peuvent être suivis d'une manière aussi précise.

« La lettre de Riom se trouve dans les archives de la ville depuis novembre 1429. Je n'ai pas à rappeler comment les trois autres sont venues en notre possession. Toutes trois ont été adressées à la ville de Reims, toutes trois sont restées dans les archives de Reims jusque vers 1630. Elles sont indiquées dans un inventaire des archives fait en 1625 par l'un des échevins, Jean Rogier ; or, en faisant son inventaire Jean Rogier parafait toutes les pièces. Quicherat a reconnu sur nos lettres la signature de Jean Rogier ; pour Qui-

cherat, il ne peut y avoir d'hésitation, nos lettres sont celles qui étaient à Reims en 1625.

« Comment ont-elles quitté Reims ? Charles du Lys avait un culte profond et éclairé pour sa grand'tante. Il était avocat général en la cour des aydes et avait par conséquent une grande situation dont il profitait pour réunir tous les souvenirs qui se rattachaient à la mémoire de sa grand'tante.

« Il est donc évident que Charles du Lys obtint que la ville de Reims se dessaisît en sa faveur des lettres de la Pucelle ; et la preuve est faite par une lettre de Peiresc qui établit qu'en 1630 les lettres deJehanned'Arcétaient en la possession de Charles du Lys ; il lui demande d'en prendre copie. Nous possédons cette lettre de Peiresc.

« Charles du Lys fut le dernier descendant mâle de la famille de Jehanne d'Arc, ses deux fils moururent avant lui, et il n'eut qu'une petite-fille ayant laissé postérité : Anne de Barentin qui épousa, en 1684, le marquis de Maleissye.

« En terminant, je ne peux que répéter : Si l'autorité de Quicherat ne vous suffit pas, venez, examinez par vous-même et vous ne douterez plus:

Jehanne ne savait ni lire, ni écrire, mais elle pouvait apposer sa signature.

« Je veux espérer ne pas avoir trop abusé de vos lecteurs et vous prie. Monsieur, de vouloir bien agréer l'expression de mes sentiments les plus distingués.

« Comte C. de Malk:lssye. »

En disant qu'on trouve les mêmes formes de jambages, les mêmes tremblements et la même hésitation, qui donne, sur deux lettres, une des nôtres et celle deRiom, cinq jambages pour les deux « n ^ puis tâche d'en rattraper un, il paraît évident que Jehanne hésitait sur le nombre de jambages et qu'après coup, elle faisait une surcharge pour les ramener à quatre. C'est ce qu'on voit d'une manière très distincte dans la signature de la lettre du 9 novembre 1429 qui se trouve à Riom.

Dans la lettre du 28 mars 1430 que nous possédons, on sent que le premier jambage de la lettre « n » a été supprimé et confondu avec 1' « a ».

Ces petits détails indiquent bien les hésitations d'une main peu expérimentée, mais non tenue.

24 LES re:liques de jehanne d arc

Dans la lettre du i6 mars 1430 (i), la signature est ferme, très nette, sans aucune surcharge. Il semble que la Pucelle y aurait apporté une application particulière, probablement à cause de son importance. C'est une lettre de combat : elle veut communiquer sa confiance aux habitants de Reims.

M. Anatole France s'est également livré à une étude approfondie sur les signatures.

Dans sa Vie de Jcarnic d' Arc , t. II, p. 121 et 122, après avoir cité la lettre du 16 mars 1430, il met en note les réflexions sui\antes :

« I. La minute originale, jadis aux archives municipales de Reims, ef maintenant en la possession de AI. le Comte de Maleissye, paraît avoir d^ abord porté le mot chyereux raturé. Faut-il y voir un mot populaire formé sur chiere, prononcé par Jeanne et coi'j'igé de suite par le scribe } Avait-il mal entendu ce qu'elle dictait}

« -?. Procès, /. V, p. 160, d'après une copie de Rosier, H. Jadart, Jeanne d'Arc à Reims, pièce justificative, XV — fac-similé dans Wallon, édit.

( i) Les ratures, les mots changés etc., que l'on pourra remarquer sur plusieurs lettres, montrent avec quel soin Jehanne se faisait répéter chaque mot de sa dictée, que c'est bien son style, sa pensée ; tout est d'elle.

/cV/i^, p. 200 . — On possède également l'original de la lettre adressée le g novembre 142g aux habitants de Riom. Ces deux lettres, écrites a cent vingt -six jours de distance, ne sont pas d'un même scritjc. Quant à la signât// re de l'//n co/n/ne de l'az/tre, elle ne saurait être attrib//ée à la main q/ii traça le corps de la lettre. Les sept caractères du no/n de Jehanne semblent avoir été tracés pénible/nent par //ne pe/'sonne dont on tenait les doigts, ce q//i ne pe//t r/o//s s//rprendre, p//isq//e la P/Lcelle ne savait pas écrire. Mais quand on compare ces de//x signat//res, on s'aperçoit q//' elles sont entièrement semblables F une a l'autre. La hampe d// « y^ » a même direction et même longueur ; lepremiei' « n » , par suite d'une sur charge ati'ois jaii/bages au lie// de dei/x ; le second jambage d// second « ;/ », visiblement tracé à de//x reprises descend trop bas ; enfin les de//x signât //res sont exactement si/perposables. Il fa//t croi/'e q//e, après avoir une fois obten// le seing de la P//celle en l//i conduisant la u/aii/, on en prit //n calq//e qui servit de /nodéle po///' to//tes les a//t/'es lett/'es. A juger par les de//x ii/issives d// p j/oveii/b/'e 142^ et du 16 mars 1430, ce calq//c était reproduit avec la pl/is scr//pule//se f/délité. » (Cf. p. i33, note S.)

26 LES RELIQUES DE JEHANNE d'aRC

La supposition qu'après avoir obtenu le seingde la Pucelle, on en prit un calque qui servit de modèle pour toutes les autres lettres, paraît une de ces hypothèses dont M. Anatole France a semé sa Vie de Jeanne d'Are et qui ne résistent pas à une examen sérieux .

Pour permettre à chacun de faire cet examen, voici, l'une à côté de l'autre, le fac-similé des deux signatures des lettres du 9 novembre 1429 et 16 mars 1430.

() Ni)\tiiihre 1429. 16 Mars 1430.

On verra que contrairement à ce que dit M. Anatole France, la hampe du « J » n'a ni la même direction, ni la même forme et la boucle est absolument différente. Sur la signature de la lettre de Riom, « le premier « n », par suite d'une surcharge a trois jambages au lieu de deux ; le

second jambage du second « n » , visiblement tracé à deux reprises descend trop bas ». Mais où voir ces mêmes détails dans la signature du i6 mars 1430?... Impossible!! Chacun en jugera... Les lettres sont plus petites et particulièrement 1' « h » de dimension absolument différente.

S'il pouvait y avoir un rapprochement, il existerait davantage entre les signatures de la lettre de Riom et celle du 28 mars 1430, mais encore, ne sont-elles pas superposables.

Dans les trois signatures, l'œil le moins expérimenté reconnaîtra une main peu habile, mais ne pourra douter que c'est la même main qui a tracé le nom de «. Je/ianiie ». Nulle part, on ne peut retrouver ce calque soi-disant « reproduit avec la plus scrupuleuse fidélité » .

En supposant que Jehanne aurait permis qu'on signât pour elle, M. Anatole France nous montre que s'il connaît la mentalité de M. Bergeret, il ne connaît pas l'âme paysanne, pour laquelle une signature est chose sacrée qui vous lie et qu'on ne délègue à personne ( i ) .

(i ) Cette mentalité terrienne se montre d'une manière très précise dans deux faits qu'il m'a été donné de constater aux assises.

28 LES RELIQUES DE JEHANNE d'aRC

Cette affirmation d'un « calque » (d'une sorte de g-riffe) qu'on eût apposé pour elle, trouve encore son démenti dans les deux lettres non signées.

C'est par des affirmations, sur des hypothèses que lui suggère un parti pris, que procède M. Ana tôle France. Il veut non seulement supprimer la mission divine de Jehanne d'Arc, mais encore diminuer son caractère, sa valeur, en un mot abaisser sa personnalité et pour cela rien ne l'arrête . — La vérité historique ne compte plus et tout est rem-

Dans l'Orne^ un notaire était poursuivi pour 120 cas de faux. J'étais chef du Jury et, par conséquent, chargé de diriger la discussion et de recueillir les votes dans la chambre du conseil. — Or, les jurés ne voulurent accepter comme faux que ce qui était imitation de signature. Ils refusaient dans des textes rapprochés ou simulation de lettres de voir le faux moral.

Dans une affaire identique, pour un huissier accusé de So faux, j'étais encore chef du Jury, et je retrouvais la même mentalité, les mêmes réponses.

Tout le monde connaît le cas du Colonel Henry qui se coupait la gorge lorsqu'on lui montrait qu'il avait moralement commis un faux en rapprochant des textes. Fils de paysan, il ne s'était pas rendu compte de la gravité de son acte.

D'autres recherches m'ont toujours montré le même esprit chez les terriens ; respect absolu de la signature, aussi ne la délègue-t-on à personne.

placé par des suppositions : « il est à supposer que... tout porte à croire que... » etc.,

M. Anatole France transporte partout son admirable style, mais il suffit d'un esprit critique un peu avisé pour retrouver sous le mirage des mots la vérité historique ; et pour tout lecteur sérieux, M. Anatole France se réfute par lui-même.

Dans le cas qui nous occupe, l'hypothèse émise d'une signature décalquée, suivie quelques lignes plus loin de l'affirmation erronée que les « signatures sont exactement superposables » donne occasion de saisir sur le vif la méthode de tout le livre, mais ici les yeux suffisent pour en démontrer l'inanité.

LETTRE DU i6 MARS 1430

A MES TRÈS CHIERS ET BONS AMIS, GENS d'église, BOURGEOIS ET AUTRES HABI- TANTS DE LA VILLE DE RaINS .

« Tj-cs ciiiers et bien aines et bien désir iés à veoir, Je henné la Pu ce lie ev reçue vous lefres f ai sent viancion que vous vous ciopfiés d'avoii' le scieoe. Vulhés savoir que vous n ares point, si je les puis rencontre]' bien bref : et si ainsi fut que je ne les j'encontrasse, ne eux venissent devant vous, si vous fermés vous pourtes, car je serey bien brie f vers vous : et ci eu.v y sont, je leur ferey cliausie/- teurs espérons si ci aste qu'ils ne saront pas ho les prand/'e, et lever, c il V est, si b]- le f que ce sera bien tost. Autre chouse que ne vous escri pour le pi'ésent, mes que soyez toutjours bons et loyal s. je pi'i it Dieu que vous ait en sa o'uarde. Escri t ci Sulli le xvi'' jour de mars.

« Je vous mandesse aiH]uoi-es auquues noireelles de quoy vous se/'iés bien joyeux ; mais je double que les letres ne f eussent prises eu chemin et que F on ne vit les dictes nouvelles.

Signé, Jehanne.

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Lettre de Jehanne aux habitants de Reims, i6 mars 1430. (Archives de M. le M" de Malelssye.)

Traduction. — Très chers et bien-aimés, que je désirerais bien voir, je, Jeanne la Pucelle, ai reçu vos lettres, faisant mention que vous craignez un siège. Veuillez être assurés que vous n'en aurez pas, si je puis sous peu rencontrer les ennemis. Et s'il arrivait que je ne les rencontrasse pas, et qu'ils vinssent au devant de vous, fermez-leur vos portes, car je serai bientôt près de vous, et s'ils y sont, je leur ferai chausser leurs éperons en telle hâte qu'ils ne sauront par où les prendre et cela leur arrivera si vite que ce sera bientôt, [e ne vous écris autre chose pour le présent sinon que vous so\'ez toujours bons et loyaux. Je prie Dieu qu'il vous ait en sa garde.

Ecrit à vSully, le seizième jour de mars.

Je vous annoncerais encore bien d'autres nouvelles dont vous seriez bien joyeux ; mais je craindrais que mes lettres ne fussent prises en route et que l'on ne vit lesdites nouvelles.

Jehannr.

J EH ANNE D'ARC

Ses Lettres. — Leur histoire.

Les lettres de Jehanne d'Arc ont été plusieurs fois présentées au public, en particulier dans la Jeanne d'Arc de M. Wallon.

Firmin-Didot , pour l'édition illustrée , nous avait demandé d'en reproduire les fac-similé ; et c'est là que M. Anatole France (t. II, note 2, p. 122) nous dit les avoir examinées.

Dès 1864, M. de Villemessant, directeur du Figaro, s'était adressé à nous pour les reproduire dans le journal FAtitographe. A cette occasion, il recevait une lettre de Quicherat, importante non seulement par l'autorité du nom, et non moins par les détails qu'elle fournit :

Ail Directeur de /'Autographe.

Paris, le 20 octobre 1864.

Monsieur,

Vous me demandez mon opinion sur la valeur d'une lettre du XV® siècle, qu'on vous assure être signée de la main de Jeanne d'Arc.

Ma réponse ne saurait se faire attendre.

Le texte de cette pièce figure dans mon recueil des documents relatifs à la Pucelle ; je l'ai donné comme authentique d'après une copie qu'en fit, du temps de Louis XIII, un fonctionnaire de l'échevinage de Reims, appelé Jean Rogier. L'original reposait alors dans les archives de la ville de Reims. Nul doute pour moi que votre autographe ne soit cet original lui-même. Je reconnais la main de Jean Rogier dans les mots Jehanne la Pucelle, ajoutés à la suscription, et la teneur fournit plusieurs corrections à la copie dont je fis usage. J'ajoute que la signature est conforme à celle d'une autre lettre, également publiée par moi, que la ville de Riora possède en original. Bien loin donc que j'aie à revenir sur mon premier jugement, je regarde comme tin complément d'authenticité pour la pièce en question, la production qui a lieu aujourd'hui par vos soins.

Agréez, Monsieur, l'assurance de ma considération la plus

distinguée.

Signé : J. Quicherat.

Il ressort de cette lettre et en particulier du mot « conforme » que Quicherat n'a jamais

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douté que Jehanne sût apposer sa signature ,

Comme l'indique Quicherat, il est facile de voir, ajoutés à la suscription, les mots « Jehanne la Pucelle » tracés de la main de Jean Rogier, échevin de Reims en 1625. On remarquera également le sceau et au milieu du sceau une petite ligne brisée. Une tradition de famille assure qu'un cheveu de Jehanne d'Arc traversait ce sceau et fermait la lettre. En enlevant le cheveu, serait tombée la petite ligne de cire dont on aperçoit clairement le vide sur la photographie. De cette tradition de famille, nous n'avons jamais parlé puisque le cheveu n'existait plus ; mais il est certain que, sans participation de notre part, cette tradition est généralement répandue, ce qui donne à supposer qu'elle s'appliquait aussi aux autres lettres (i).

La publication par Quicherat des pièces du procès de Jehanne d'Arc et de sa réhabilitation ( 1 84 1 - 1 849) avait ravivé en France le souvenir de la Pucelle et amené de nombreux auteurs à rechercher tout ce qui pouvait se rattacher à elle-même ou à sa famille.

(i) Voir chanoine Cochard : Existe-t-il des reliques de Jeanne d'Arc ?

36 LES RELIQUES DE JEHANNE d'aRC

C'est ainsi qu'en 1855, Vallet de Viriville découvrait à Carpentras dans les manuscrits Peiresc, le « Traité sommaire » de Charles du Lys sur la famille de la Pucelle.

Plus qu'étonné d'une publication de documents que notre famille, héritière de Charles du Lys, était seule à posséder, le comte de Maleissye se mit en rapport avec M. Vallet de \'iriville et ce fut lui qui le premier eut connaissance de nos lettres de Jehanne d'Arc.

Lorsque Vallet de Viriville vit ces lettres, il ne pouvait en croire ses yeux !... et en vieil érudit, détachait une parcelle de papier, la g-oûtait, et s'écriait : « Mais, c'est admirable ! . . . c'est inouï ! ... Ce sont bien les lettres de Jehanne d'Arc. » Rajoutait : « Laissez toujours avec soin ces lettres où elles sont : ne les exposez pas au jour ; qu'elles restent avec tous les papiers de Charles du Lys. »

Quicherat faisait les mêmes recommandations.

Plus tard, en 1867, examinant ces archives, je découvrais une petite feuille insignifiante, toujours passée inaperçue et qui donnait l'explication des copies trouvées à Carpentras : une lettre de Peiresc à Charles du Lys.

Fabri de Peiresc, conseiller au Parlement d'Aix, était un érudit célèbre et un collectionneur passionné.

Cette missive est du plus grand intérêt, puisqu'elle nous indique à quel moment (1630) les lettres de Jehanne d'Arc avaient quitté Reims pour se trouver en la possession de Charles du Lys. Aussi, croyons-nous devoir la reproduire :

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