‹ Reliques scientifiquesChapitre 133 sur 167 · LES ROSES DE SAADI · texte numérisé non relu

LES ROSES DE SAADI

J'ai voulu ce matin le rapporter dos roses, Mais j'en avais tant pris dans mes ceintures closes Que les nœuds trop sorrc's n'ont pu les contenir. Les nœuds ont éclate' : les roses envolées Dans le vcnl ù la mer s'en sont toutes allées ; Elles ont suivi l'eau pour ne plus revenir. La vague eu a paru rouge et comme enflammée : Ce soir ma robe encore en eU toute embaumée ; Uespirc-s-en sur moi l'odorant souvenir.

(M"'^ Desbdrdes-Valmore )

La strophe suivante, d'un rhythme léger et chantant, est une strophe de huit vers d'une forme originale, avec le huitième vers découpé en deu.x sections inégales :

0 ma locomotive '. Quand ton ;lme captive En vapeur fugitive Sort do les flancs de fer, Tu pars, belle d'audace, Tu dévores l'espace ; Et ta colonne passe Comme un c'elair Dans l'air ! [La Chanson du Chauffeur.)

En parlant des tercets, M. de Grammont fait allusion aux tercets de Brizeux dont les trois vers reposent sur une seule rime. En voici un exemple de date récente; c'est la première strophe d'une pièce intitulée les Vieux C/icits :

Comme ils sont tristes les matous,

Do n'être plus sur los genoux

Qui leur faisaient dos lils si doux I etc.

(R. GiNESTE.)

Cette tiiple cliutc d'une même rirao produit une liarmonie singuliùroment originale, monotone à la longue cependant.

Pour lo liuitain ancien qui présente une rime courant du deuxième au quatrième, au sixième et au septième vers, l'auteur en suitTliistoire du xvi° au xviii" siècle. S'il était remonté plus haut dans le moyen âge, il y aurait reconnu la strophe habituelle de Villon, laquelle d'ailleurs se rattache, par celle de Machault, de Charles d'Oi'loans. de Froissart, etc., à la strophe tripartitc des poètes lyriques do la langue d'oïl et do la langue d'oc.

La troisième partie également offre de l'intérêt. L'auteur donne des exemples de ces formes anciennes, souvent rajeunies avec talent par l'école romantique, le sonnet, le rondeau, la glose, la ballade, lo chant royal, le triolet, le lai, etc. M. de Grammont a raison de refuser à Joachim du Bellay Thonncur d'avoir acclimaté chez nous le sonnet. Il hc.^ite entre Marot et Saint-Gelai,^. On peut, croyons-nous, se décider pour ce dernier ; car Saint-Gclais a visité l'Italie avant Marot et les sonnets qu'on a de lui présentent dans le dernier tercet la v'iïùa florentine [e.d.e) propre aux sonnets italiens. Marot dispose lo dernier tercet en rf.o.e, groupement qui a été généralement adopté par nos poètes.

Notre époque n'a guère vu que rajeunir des formes anciennes. Les romantiques se sont en somme contentés de reprendre au xvi<= siècle celles qu'avait rejetécô la Pléiade, et à la Pléiade les strophes pap elles inventées que négligea le xvu" siècle. La seule création contemporaine est le pantoiim, forme bizarre qui n'a guère été maniée que par des versificateurs et qui pourrait produire des effets saisissants entre les mains d'un poète habile. Mais il n'est pas nécessaire, pour trouver des formes nouvelles, d'aller jusqu'en Océanie, interroger la littérature malaise. Autour de nous, dédaiL'née de nos poètes, fleurit une poésie pleine de sève, aux rhythmes souvent originaux, la poésie populaire. Que M. de Grammont aille étudier le chant de no; paysans dans les recueils de Puymaigre, de Bugeaud et autres et il reviendra de son excursion avec une récolte dont profitera la seconde et prochaine édition de son livre.

[lîcrue cvkiqtie, 1S7G, i.» 23.)

La philosophie de la science du langage étudiée dans la formation des mots, par A. Ed. Ciivionet, professeur à la Facullc des leHros de Poilicrs. Paris, Didier, 1875. Un vol. iQ-13, sj-3G0 piges.

La publication de c.q livre est de bon augure pour le progrès des études philologiques. Jusqu'ici dans la grammaire comparée, on voj;iit surtout la science qui, par Tétude dos sons, des formes, était arrivée à faire revivre dos idiomes disparus, à ressusciter des civilisations éteintes, à renouveler l'histoire des idées et des croyances préhistoriques. Ce n'est là que le côté historique de ces études ; on commence à soupçonner chez nous que, puisque le langage a pour but d'exprimer la pensée, on peut suivre dans le progrès des langues le progrès de l'esprit humain, et que la philosophie est directement intéressée aux recherches philologiques. On n'a pas tort do le croire. En fait, la grammaire comparée ouvre aux philosophes tout un domaine riche en découveites.

M. Chaignet est un mctaphj-sieien, philo'ogue à ses heures. On lui doit des travaux distingués sur Platon, Aristote et les Pythagoriciens, et une Tliéorie de la déclinaison dans \qi deux langues classiques. C'est un bon helléniste; il a quelque teinture du sanscrit et de l'hébreu ; il a lu Schleicher, Max Millier et Curlius. Persuadé qu'il y avait intérêt à porter dans les investigations philologiques la lumière des principes à priori, il s'est mis à étudier en philosophe la formation du nom et du verbe dans les langues indo-européennes ; et c'est le résultat de ces recherches qu'il a consigné dans le livre que nous annonçons. C'est l'œuvre d'un esprit curieux, ouvert, qui, jetant un regard éveillé sur un monde nouveau, retrouve avec plaisir ou croit retrouver dans des faits superficiellement observés les lois métaphysiques', les catégories aristotéliciennes de l'esprit, objet de ses méditations habituelles.

Si Tou parvient ù surnioiUer les diflicultcs triin stvlc acadéiiiiiiue, solennel, par suite diffus et vague, qui, par l'abus des synonjuics, des épithètes, des métaphores, se prête fort mal à l'expression d'une peu sée elle même souvent nuageuse ou raffinée; si on parvient à saisir l'ensemble d'un ouvrage où les divisions sont mal indiquées, sans titres de cliapitre, sans tables analytiques des matières qui viennent en aide au lecteur, on f.rrivera à une théorie que nous croyons résumer fidèlement comme il suit ' .

« La phrase est un organisme dont l'unité reproduit l'unilc de la pensée et qui a pour élément constitutif le mot Le mot lui-même n'est pas simple, mais c'est le signe d'un groupe d'idées siniplei, asiociées par un lien naturel et si intime que l'ensemble forme un tout nouveau : c'est en mémo temps un groupe de sons fondus dans une unité réelle, objective, qui répond à l'unité subjective des idées qu'il exprime. Comme son et comme expression d'idées, le mot, avec ses éléments multiples, doit avoir un noj-au, un centre autour duquel se groupent ces éléments ; c'est la racine. Il j a quatre sortes de racines, irréductililes les unes aux autres -, et qui sont les premiers eff'orts de l'esprit pour sortir du chaos de l'indétermination ; les racines interjectionncllcs ; les racines démonstratives^; les racines p'Oiwm'nalcs, et les racines nominales. Les racines pronominales doivent être séparées des racines démonstratives, avec lesquelles les confondent les philologues. La nature du pronom personnel n'est pas en effet la notion d'un rapport dans l'espace. Loin que la notion du moi suppose celle d'une relation dans l'espace ou le temps, c'est l'espace et le temps qui supposent le moi : 'Avjvitov sîvai yyitvi, '{/■j/i;; |iy; oû^r,:, Aristote l'a dit. La notion du pronom personnel est donc primitive. L'homme en prenant conscience do son Hio« reconnaît dans les autres hommes un moi identique au sien. L'activité humaine et le drame grammatical supposent donc deux acteurs, et n'en supposent que deux. De là le duel. La 3<^ personne, à proprement parler, n'existe pas ; ou elle se confond avec les démonstratifs de lieu, ou elle est étroitement unie à la seconde personne. Entre ces deux racines, si semblables qu'on peut douter qu'il y en ait réellement deux, il se fait un échange de signification qui a évidemment sa raison d'être dans ce fait que la distinction essentielle et primitive est de deux personnes, et de deux personnes seulement.

' Dans ce résumé succiucl, nous ne reproJuiîOn? nalur.llcmont quo les prands t rails Je l'ouvrage; autant que postiLle nous conservons les expressions mômes de l'auteur. Toutol'ois comme Taulcur souvent ne songe pas à donner à sa peuséc une expression précise et rigoureuse, il se peut qu'il nous arrive çà et là de lui prêter une ncllclé qu'elle n'a pas toujours. \'uir un exemple à la note suivante.

• • L'analyse nous mène à établir trois eu quatre genres de racines, irréductibles l'un à l'aulre > (p. '2ii).

• C'est ce que les jibilulogues appellent racines pronominale?.

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