‹ Reliques scientifiquesChapitre 134 sur 167 · I.A riIILOSOPIIIE Dli LA SCIENXE DU LANGAGE TJ · texte numérisé non relu

I.A riIILOSOPIIIE Dli LA SCIENXE DU LANGAGE TJ

» Le pronom a pour fonction d'cxprinior l'itléc de la personne. Joint à la racine nominale, il a auisi le pouvoir de la changer en verbe, et la notion du verbe est sinon renfermée explicitement dans le pronom, du moins introduite dans le discours, grâce à lui ; dadàmi « je donne » est donnant moi, le don de moi. Les racines sont dos sons articules ; l'articulation est le pliénoraône primitif du langage. Les voj-clles et les consonnes sont inséparables, et l'analyse seule peut les distinguer. Suit une analyse des consonnes et des voyelles et des changements auxquels elles sont soumises.

» D'où viennent les altérations phonétinues? De la loi du moindre effort, disent les philologues. Mais cette loi elle même? De l'instinct du beau, du besoin d'harmonie, de rhythme, de clarté. Un petit enfant essayait de prononcer sœur, et pour triompher de la difficulté que lui offrait ce mot, redoublait la syllabe : tcseitr ; e'e-t là le thème slave scser^ et, avec un léger changement danj le procédé, rallemand scliweslcr, l'anglais sistcr (page ?4).

» C'est une chimère de chercher les sons priniiiifs du langage ; il n'y en a pas. A l'origine, il existe des sons indistincts et confus, qui par le progrès du langage se précisent, et donnent naissance aux autres sons qu'ils contiennent en germe. C'est donc par l'identité primitive que doivent s'expliquer ces permutations, dont les philologues ont découvert les lois, mais non saisi les cause;. Le son français oi était à l'origine ouai; se différenciant dans le temps et l'espace, il devient ai par la chute de ou, oua par la chute de / (p. 89).

» Comment les racine; monosyllabiques deviennent-elles des mots ? On croit que la racine peut exister dépouillée de tout élément formel ; erreur. Ce qui se pense a forme et les notions primitives les plus simples ont un double élément, la matière et la forme, toutes deux nécessaires, simultanées, inséparables. La racine qui est monosyllabique, doit toujours, même dans les langues monosyllabiques, comme le chinois, si indéterminée qu'elle soit dans sa forme extérieure, correspondre à une catégorie précise de l'esprit humain, nom, adjectif, verbe, etc., eo qui ruine par la base les théories de M. Max Mtillcr sur le 2irocessus des langues, d'abord monosyllabiques, puis agglutinantes, et enfin flexionnoUes. Comment, en effet, concevoir à l'origine des racines nues, d'oii l'élément formel soit absent ? l'esprit crée la racine avec l'élément formel, c'est-à-dire le moi en entier. Le mot était à sa naissance ce qu'il devait être plus tard ; germe dos mots futurs, il doit être de même nature qu'eux : ii à^-y.'Âi cj-n'-n-tni. tô çjoei fiYvôiisvov.

» La nature du mot établie, comment entre-t-il dans les catégories do l'esprit ? Il n'y a dans la nature que des êtres et des manière; d'être ;

' Lire sestra.

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do là deux catégories primitives, pronoms cxpriniont la pcrîoiiiic, adjectifs ou participes exprimant les qualité 5. L'homme, portant dans la nature l'idée de substance qu'il trouve dans sa conscience, conçoit le substantif qui sort de l'adjectif. Qaan.l je dis Vor brille, comm3 or veut dire brillant, fais-je une tautologie : Le brillant {i;st] brillant ? Non, car le premier mot pose la substance individuelle, tandis que le second garde toute sa généralité. L'an est un sujet immobile, l'autre a l'action, la vie. L'article, ce pronom de la 3= personne, a précisément pour fonction d'individualiser, de substantialiser. Voilà pourquoi Vs, pronom do la 3^^ personne, est la caractéristique du nominatif (p. 153).

n Le verbe naît lorsque la fusion du pronom personnel et do l'adjectif s'est opérée de façon à rendre possible 1 expression de la modalité et des temps. L'affirmation n'est donc pas contenue explicitement dans le verbe, comme le croit Port-Rojal ; elle n'existe que dans la pensée de celui qui parle ; le verbe en somme est un prédicat dont la copule qui le rattache au sujet est le plus souvent sous-entendue par l'ellipse.

>3 Au vei'be viennent s'imposer les deux conditions de mode et de temps ; le temps qui exprime la situation du prédicat par rapport au sujet actuel, le mode qui exprime les rapports que le sujet conçoit entre lui et le prédicat. Il y a affinité naturelle entre les temps et les modes, parce que le mode indicatif, comme le temps présent, exprime la nécessité actuelle, et les modes subjonctifs et optatifs, comme le temps futur, expriment la contingence et la possibilité. De là la confusion fréquente entre ces deux modifications du verbe qu'on remarque dans certaines langues. L'hébreu a plus de modes que de temps ', le sanscrit plus de temps que de modes ^.

' M. Chaignct fait souvent des rapprochcmenls ovcc les langues fémiliqucs ou du moins avec Ihébreu dont il a quelque connaissance. P. 240-2'i2, il oppose la lixité des lapines Iri'itiTes Ecmiliques à la mo'jililé des racines monoçvUabiques indo-curopc5enne?, et en conclut que les races sémitiques aura'enl senti plus vivementridenlité de la substance persistant au milieu do tous ses accidents ; les races aryennes auraient vu surtout la mubdilé de l'être et ses transforma'ions. Cette vue est inj;énieuse ; est-elle vraie? Si les langues sémitiques conservent plus fidèlement la racine, c'est qu'elles sont moins soumises aux altérations plionéliqucs que les langues indo-européennes; mais les mots contenant des lettres l'acilement aliérables n'en sont pas moins délormés. Où retrouver les trois lettres racines dans l't, futur de nctôlh (penclur)? dans ff', impératif de ynço (sortir), etc. '? — Inversement l'allemand (jcbeii, fjah, gib ; schecUrii, scfiivoll, scliwill ; /prcchcn, s/>rack, spricli, rjcsprocheii, ne nous monlre-l-il pas quelque chose d'analogue au tiililéiisme sémUiipie? En faudrait-il conclure que les races germaniques ont t plus prol'ondément senti la persistance, lilentité de la ■ substance qui demeure au milieu de tous les changements de ses propriétés et do • ses accidents? ■ Cf. St. Giiyard, Nouvel essai snr la /hrinalion du pluriel b,-isif en arabe, p. 6 et 7.

' Vient ici une longue discussion, qui inlcrrompt qutlijue peu rencboincmcnt des idées, pour établir que les modalilés sont subies, non pas jiar le sujei, mais par le prédicat, sont objectives et non subjectives.

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