‹ Reliques scientifiquesChapitre 157 sur 167 · DU DIALECTE BLAISOIS · texte numérisé non relu

DU DIALECTE BLAISOIS

table des matières, sur un plan correct (I Voyelles ; II Diphtong^tes ; III Tiiphlongues ; IV Cunsonnes ; V Article, sulstanlif et verla ; VI Textes biaisais) l'ordre suivi dans le détail n'est rien moins que scientilique. D'abord, on chercherait vainement, soit une carte, soit une description géographique du dialecte dont l'autour entreprend l'étude. Les quelques mots qu'il dit dans V Avant-propos ne sont pas suffisants. En dehors de Blois, quels sont les environs qu'a exploités M. Talbert et jusqu'où s'étendent-ils? Si nous entrons dans l'examen du livre, nous voyons dans la cinquième partie, une section (p. 243-259) consacrée aux substantifs qui ne diffèrent du français que par la prononciation, autrement dit, qui sont soumis à des lois de phonétique spéciale. L'auteur n'a pas vu que cette question devait rentrer dans l'étude de la prononciation des voyelles et des consonnes. M. Talbert n'a qu'une vague idée du rôle de l'accent latin en roman, et il ignore l'histoire du vieux français et des lois de sa formation. Dès les premières lignes, constatant ce fait que le dialecte blaisois allonge Va long français et tend à en faire un o [sable = sâbe), il cite à l'appui de cette prononciation nasale (sic) les formes de l'anglo-normand aun, le changement de al en au, faits d'ordre entièrement différent ; il en rapproche d'autres formes blaisoises telles que papa, maman où c'est \'a atone initial qui devient o bref o\x long. Comme exemple du changement de a en e, il cite (p. II) alniena, brenier qui contiennent un e féminin, à côté de cherculicr, catherre qui renferment un è ouvert. « E sonne é >3 dans deJiors, fainéant, lézard, lécher. Jeter, etc. » (p. 18). Ici sont rapprochées des formes dissemblables: l'i de diors,féeffniant est dû. à. un adoucissement de l'hiatus ; celui de lizard, licher,jiter, à l'action de la gutturale avoisinante. Dans les exemples de changement de i en e ou é, ou ai ou ei (c'est tout un pour l'auteur), on trouve pêle-mêle réunis des mots ayant un i atone, ou un i eu position, ou un i devant une consonne palatale (p. 24). M. Talbert affirme que les rimes Olhon, semun de la Chronique des ducs de Normandie (v. 18144-45) sonnaient oun, et il tranche la question de Vo en vieux français d'après les assertions de Burguy, sans se douter de la complexité des problèmes que soulève l'étude de cette voyelle. Il démontre que l'^* s'est jadis prononcé eu. « Telle a été, en effet, non pas la seule prononciation de la )j voyelle, mais une des plus communément employées depuis l'origine » de la langue (!) » (p. 49). Il fonde cette étonnante affirmation d'un côté sur des exemples établissant la prononciation eu pour des mots qui depuis ont eu un u, mais qui se prononçaient d'abord eu et plus anciennement eU, ce qui ne prouve rien ; de l'autre sur le témoignage de Palsgrave qui note eu notre u, ce qui n'est pas plus étrange que la notation allemande du même son par tce [ueber]. Pour prouver que de tout temps ai en vieux français sonnait é, noté par é ou par ei (p. 62),

il cite les imparfaits normands en eit, comme si Timparfait français ayait toujours été en ait, les participes bourguignons en eit (de atus) et des formes en e réduites de ai qu'il accentue à son gré en é ; parmi ces formes en e qu'il donne comme issues de ai, on trouve des mots tels quejjer (aujourd'hui pair de parem), qui n'a jamais été en vieux français que^^^- et ne doit son orthographe par ai qu'à une erreur des lettrés de la Eenaissance. Entre autres exemples de l'affaiblissement de ai en a (p. '70), il cite des mots comme vrâmeiif, pâment, ce qui est exact, ou comme ar/ii, at/user, claron, char (carnem), que j'aimasse (affaiblissement de qiiefaimaisse, dit M. Talbert, p. 246); il ne remarque pas que dans ces derniers mots Va est étymologique. Il partage l'opinion des grammairiens qui voient des diphtongues dans des sons simples tels que ou, au, eu (p. 157) ; aussi écrit-il que « la diphtongue » ou sonne o dans un certain nombre de mots : tourment, poumon, » nourrir, etc., prononcez torment, etc. » Il fait dater la diphtongue iau des origines de la langue et comme preuve à l'appui, il cite des vers d'Eust. Deschamps, d'Adam de la Halle, c'est-à-dire des textes de la fin du xiii" siècle ou du xiV. Ayant remarqué que le normand a une affection spéciale pour \'e et le bourguignon pour l'fl, et admettant la théorie surannée qui voit dans le français un mélange de deux dialectes, il reconnaît du normand dans le vieux français amere, avère [amara, avard), sercJient {circant) et du bourguignon dans ]jarcevoir, varrai, damier, larme, gendarme! Combattant Chevallet, Ampère, etc. qui voient dans y'rti«-fl/s soit haberem, soit hahuero, il penche à faire venir ce temps de liahcre habcam (p. 294), ne se doutant pas que depuis longtemps Tétymologie halere hahelam est hors de conteste. On peut prolonger sans fin cette énumération de rapprochements inexacts, d'erreurs de faits, d'assertions téméraires. Presqu'à chaque page on se heurte à des fautes de ce genre, et il n'est pas besoin d'un bien long examen pour se convaincre, comme nous le disions au commencement, que M. Talbert est étranger aux questions de la philologie française.

Cependant cet ouvrage est-il sans valeur? Loin delà. La description du dialecte blaisois laisse plus qu'à désirer ; on n'en trouve pas moins des formes curieuses, dignes d'être notées ; les textes blaisois cités à la fin de l'ouvrage, quoique peu nombreux, sont intéressants. Les affirmations de M. Talbert sur le vieux français sont plus que téméraires ; mais ses observations sur la langue du xvi° et du xvii= siècle sont en partie neuves. C'est surtout dans ces observations que consiste l'intérêt de son livre, dans les témoignages qu'il cite des grammairiens et des littérateurs, dans l'étude intelligente qu'il fait des rimes des poètes. Il y a là bien des faits curieux qu'il réunit, qui ne sont pas tous nouveaux comme il se l'imagine, mais qui le sont du moins pour le grand

Page 1