FOUNDED
REBUiLT 5643-1883,
« école gratuite Israélite fondée en 5577 (1817), reconstruite en 5643 (1883) ».
Ce bâtiment fait un singulier contraste avec les misérables maisons qui l'avoisinent- Il semble qu'on ait voulu installer ce foyer d'instruc-
tion en plein milieu d'ignorance et de misère ; c'est attaquer l'ennemi au cœur même de son empire et atteindre le mal à sa source.
Cette école est l'œuvre d'un seul homme, le directeur, M. Angel. Il y a consacré toute une vie d'intelligence, de dévouement et da sacrifice.
Quand M. Angel reçut du comité Israélite la direction de cette école, le 2 janvier 1810, c'était une école mutuelle qui végétait depuis un quart de siècle.
Elle contenait 216 garçons et 120 filles, et il y avait place pour 600 garçons et 300 filles. Frappé des inconvénients nombreux de l'enseignement mutuel, M. Angel résolut de le transformer et se mit à créer un personnel de maîtres. Il annexa de sa propre autorité à l'école primaire une école normale dont il était à la fois le directeur et le maitre unique. Api'ès les heures de classe, il prit à part quelques jeunes gens et quelques jeunes filles, choisis parmi les meilleurs de ses élèves, pour leur donner une solide instruction qui leur permit d'aff'ronter les divers examens de l'enseignement.
11 forma ainsi un état-major de professeurs auxquels il sut inspirer la passion de dévouement et de sacrifice qui l'animait, et au bout de quelques années le système mutuel put être abandonné. L'école cependant prospérait et voj'ait chaque année grandir le nombre de ses élèves. En 1853, elle était assez importante pour être placée sous l'inspection de l'État {under inspection). Cette situation lui imposait de nouveaux devoirs, en même temps qu'elle lui permettait d'espérer des subventions ministérielles. Elle devait se soumettre au programme de l'enseignement officiel et à la législation régissant le personnel enseignant, admettre les visites et subir les examens minutieux des inspecteurs ; elle perdait une partie de sa liberté pour recevoir en revanche le concours de l'Etat.
Quand le premier inspecteur se présenta (c'était le célèbre publieiste Mathew Arnold), l'école avait déjà son cadre complet de professeurs. Depuis elle ne fit que s'étendre, et, étouffant dans le bâtiment qui lui était aflecté, elle s'est fait construire récemment le nouvel édifice de Bell Lane dont M. Angel lui-même a dressé les plans.
L'enceinte forme un immense rectangle occupé par des constructions sur trois cotés, le quatrième bordant en partie une cour ou préau qui laisse ainsi de droite et de gauche deux vastes ailes et en avant une salle rectangulaire. Le préau est la cour de gymnastique et de récréation des garçons, dont l'école prend l'aile gauche ; l'aile droite, qui a aussi sa cour centrale; est l'école des filles. La salle de face, bordée par les deux ailes, le préau et la façade, est la salle de séances du conseil de l'école, qui se transforme à l'occasion en salle de concert (l'école donne de temps à autre des concerts de charité au profit des
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familles des élèves pauvres) et, aux jours des solennités religieuses, en maison de prière. Elle peut contenir de 1,800 à 2,000 personnes.
L'école comprend Ti salles de classes, 43 pour les garçons, 28 pour les filles. Actuellement 66 de ces salles sont occupées, 43 par les garçons et 23 par les filles.
Les sept divisions [standards) entre lesquelles le programme officiel répartit l'enseignement primaire se partagent inégalement les salles. Les premières divisions, c'est-à-dire les plus faibles, ont naturellement le plus grand nombre d'élèves.
Voici du reste la statiotique :
1'" division, (7 ans au moins), 13 classes de 40 élèves en moyenne.
2" — (8 ans), 11 classes de 40 élèves.
3'= — (9 ans), S classes, dont 5 classes de 00 élèves et 3 de 40.
4" — (10 ans), 5 classes de 60 élèves.
5« — (11 ans), 3 classes do 60 élèves.
6" — (12 ans), 2 classes de 60 élèves.
7" — (13 ans\ 1 classe de 40 élèves.
1™ division, 5 classes de 40 élèves.
2' — 1 classes de 40 élèves.
3° — 4 classes de 60 et 1 de 25 élèves.
4° — 3 classes de 40 élèves.
5' — 3 classes de 60, 4 de 25 élèves.
6° — 1 classe de 00 élèves.
Le programme de l'enseignement des filles ne comprend pas la septième division. En revanche, l'école ajoute aux programmes officiels, pour l'enseignement des filles les plus âgées, une classe de couture à la machine, et des classes de cuisine, de relavage, de blanchissage et de repassage. Les élèves viennent surtout des environs : la population juive est énorme dans la Cité, et une école communale laïque voisine compte pour sa part 1,000 élèves juifs ; mais ils viennent aussi d'autres quartiers de Londres, mémo des plus éloignés, et quelques-uns des faubourgs. La réputation de cette école est universelle ; d'ailleurs les élèves trouvent toute sorte d'avantages à y appartenir.
Les enfants sont tous habillés gratuitement une fois par an ; ils reçoivent, s'ils le veulent, uu lunch à 1 heure : 250 enfants environ ont ainsi leur second déjeuner gratuit à l'école. Uu jour par an ils sont emmenés à la campagne pour une excursion d'été.
L'école n'est pas tout à fait gratuite ; les élèves doivent une rétri-
bution Je 1 penny ou 10 centimes par semaine ; mais cette rétribution n'est jamais réclamée ; paie qui veut. Cette année le montant des rétributions perçues s'est élevé à £ 315,11 sh. (dont £ 178, 12 sh. pour les garçons et £ 136, 19 sh. pour les filles), soit environ T,890 francs, ce qui représente une moyenne de 900 à 1,000 jeunes contribuables. Ajoutons qu'en entrant le matin les élèves sont tous lavés (précaution utile) ; aussi c'est un plaisir, quand on pénètre dans la salle, de voir ces petites têtes en général fines et éveillées, propres et fraîches de teint.
Ce petit monde est élevé par 48 professeurs hommes et 41 femmes. Des hommes, 6 sont bacheliers de l'Université de Londi'es ', 14 ont leur brevet d'enseignement, 10 devaient se présenter aux examens à la fin de 1884 ; les autres se préparent à leur examen sous la direction de M. Angel. Pour les femmes, 9 sont brevetées et 4 devaient se présenter aux examens de décembre 1884 ; les autres se préparent. Les professeurs ont à leur disposition uno bibliothèque d'environ 7,000 volumes.
La salle des séances renferme en outre une petite bibliothèque d'usage journalier, contenant les grands dictionnaires et les principaux ouvrages relatifs à la pédagogie.
Toutes les maîtresses reçoivent sans distinction chacune une robe par an : elles déjeunent ensemble à l'école aux frais de l'école. Tous les sous-maîtres qui le demandent reçoivent de l'argent pour s'acheter un habillement complet.
En général chaque classe est tenue par un maître, sauf les classes supérieures où le maître est assisté par un maître auxiliaire ou moniteur, en anglais iJupil teachci\ élève maître-.
L'enseignement comprend deux sections, l'enseignement obligatoire, qui reproduit exactement le programme ofliciel de l'enseignement primaire et prend par jour les quatre heures exigées par la loi, et l'enseignement facultatif, qui est l'enseignement religieux, hébreu et histoire sainte, et prend deux heures de plus par jour.
Les six heures de cours journaliers se répartissent en deux classes
« Le baccalauréat anglais ne correspoud pas à nolrn baccalauréat, qui a pour équivalent à Londres la matriculatlon, mais rappelle, de loin, notre licence.
* Suivant le cbapitre m du Code of régulations, les élèves-maîtres sont des jeunes parçons ou jeunes filles, engagés par le directeur d'une école primaire pour enseigner pendant les heures de leçons sous la direction du maître, et devant recevoir un supplément d instruction en dehors des classes. Ils ont douze ans au moment de leur engagement, qui dure généralement quatre ans.
A la fin de chaque année, ils ont à passer des examens. Leur engagement accompli, ils peuvent soit entrer au concours dans une école normale, soit devenir assistant teachers aux écoles primaires, soit, dans certains cas particuliers (surtout si les notes des examens sont très satisfaisantes), recevoir le titre provisoire de tcachers. Enfin, après un nouveau stage, ils peuvent se présenter aux examens de aiHificalcd tcachers.
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d'inégale durée. La classe du matia va de neuf Iieures à une lieure, la classe du soir de trois heures à cinq heures. Les vacances sont de sis semaines, une quinzaine à la fête de la Pi\que juive, et quatre semaines aux fêtes religieuses de l'arrière-saison.
Tous les ans, on fait passer aux élèves des examans officiels très stricts. Comme ces examens jouent un rôle capital dans les subventions accordées par l'Etat, il est utile de nous arrêter sur ce point. Il y a là un mécanisme original, particulier à l'Angleterre, que nous devons expliquer à nos lecteurs. L'Etat subventionne les écoles proportionnellement aux progrès qu'elles réalisent. Ces progrès sont constatés par des inspecteurs qui viennent une fois par an, à des époques fixes, faire passer des examens minutieux, oraux et écrits, à tous les élèves sur toutes les parties de l'enseignement.
Pour la Jcws Free School l'inspecteur en chef est le célèbre orientaliste M. Lepage-Renouf, qui est assisté de trois sous-inspecteurs nommés par le ministère. Les examens ont lieu en février et durent Luit séances consécutives de huit heures chacune.
Voici les conditions des subventions pour les écoles primaires. Au cas où l'école est installée dans de bonnes conditions hygiéniques, elle reçoit d'abord une subvention fixe de 4 sh. et 6 pence fô fr. 60 c.) par tête pour les présences moyennes. Les présences moyennes sont déterminées par le nombre total de présences journalières divisé par le nombre total des séances d'école. De plus il est accordé des subventions de mérite [merit granf) qui s'élèvent à 1, 2 ou 3 sh. (1 fr. 25 c, 2 fr. 50 c, 3 fr. 75 c.) par tête d'élève, si l'inspecteur constate dans son rapport que l'école est convenable, ou qu'elle est bonne, ou qu'elle est excellente, à l'égard : 1" de l'organisation et de la discipline ; 2° de l'habileté développée par les maîtres ; 3° de la qualité générale du travail, surtout dans les études élémentaires. D'autres subventions peuvent encore être accordées : d'un shilling par tête dans l'école des filles, si elles sont instruites dans les travaux à l'aiguille ; d'un shilling si les élèves apprennent convenablensent à lire et chanter la musique vocale et de 6 pence si elles apprennent seulement à chanter et non à lire.
Enfin des subventions sont encore accordées à proportion du nombre des élèves qui subissent avec succès les examens annuels :
1" Dans les sujets dits élémentaires, à raison de 1 penny par tête et par sujet ;
2" Dans les sujets dits do classes (anglais, géographie, science élémentaire, histoire, pour les filles travaux à l'aiguille), à raison de 1 shilling pour chaque matière si la note de l'examen est assez bien, et de 2 sliillings si la note est lien ;
3'^ Dans les sujets dits spéciaux, choisis par les élèves, à raison do 4 shillings par élève et par matière spéciale.
Ce sj-stème de subventions nécessite un contrôle rigoureux de la part de l'administration ; et, en effet, les écritures officielles en ce qui concerne l'enseignement primaire sont poussées de l'autre côté du détroit à une minutie de détails dont nous n'avons pas d'idée en France, ce qui est beaucoup dire. Qu'on jette les yeux sur le tableau (form) IX publié par le ministère en appendice au Code scolaire de 1884 ; ce tableau est composé de vingt sections différentes contenant environ deux cents questions auxquelles doit répondre chaque année le directeur ou la directrice de toute école communale. Et les réponses doivent être précises, sous peine d'ajournement ou de refus de subvention : A»)/ error, omission or i/idisfiticlness will seriouslij deJaij paymeni of ihe fjrunis, tel est l'avis qui se lit en tète de plusieurs des états à remplir.
Rien ne peut donner une idée de la rigueur d'information de ce questionnaire qui, pénétrant dans les plus petits détails, ne laisse rien au hasard et à l'imprévu, et met chaque moment de la vie de l'école, si complexe qu'elle soit, sous le regard vigilant do l'administration.
C'est par ces mesures énergiques que l'Etat a pu dans ces dernières années agir si efficacement sur l'enseignement primaire de la libre Angleterre, et le soumettre à une dure, mais salutaire discipline. Le pivot de cette vaste machine administrative, ce sont naturellement les examens de fin d'année. Ces examens deviennent plus difficiles à mesure que l'école devient meilleure. Les inspecteurs, seuls maîtres et maîtres absolus de l'examen, augmentent leurs exigences avec les progrès accomplis.
De toutes les écoles primaires d'Angleterre, \a.Jeics' Frce Scliool a les examens les plus élevés, et en efiTet les examinateurs se voient forcés, par l'excellence de l'école, de protéger les intérêts du trésor afin de n'accorder les subventions qu'à bon escient. Le maximum possible de subventions est de 20 sh. 10 pence par élève (26 fr. 60) ; et, l'an dernier, l'école de M. Angel a obtenu une subvention de 20 sh. 7 pence par élève, formant un total de £ 2,662 ou environ 66,550 francs. C'est dire la supériorité de l'enseignement qui est donné là. Et il faut songer que sur ces 3,200 enfants il y en a à peine 300 qui soient fils ou filles d'Anglais et dont l'anglais soit la langue maternelle ; que presque tous sont enfants d'Allemands, de Polonais ou de Russes ', et passent leurs premières années de l'école à étudier l'anglais comme une langue étrangère ; qu'en outre ils ont à apprendre l'hébreu : double désavantage qu'ils ont sur leurs camarades des écoles communales anglaises. Et
' Point de Français ; M. Aupel, en quarante-qualrc ans, n'en a eu que dix, ù l'époque de la guerre franco-allemande.
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malgré cela, ils quittent en général l'école et achèvent le cours complet de leurs études plus jeunes que les élèves des autres écoles. Dans la septième division, sur 45 élèves, je n'en ai vu qu'une douzaine ayant treize ans passés, alors que l'âge légal dans cette division est do treize à quatorze ans. Chaque année, M. Angel reçoit ainsi quelques centaines d'enfants d'origine étrangère, et fait de ces petits Juifs allemands, polonais, russes, autant de citoyens anglais qui seront fiers du pays qui les adopte et qu'ils adoptent.
Le budget de l'école n'est assuré que pour une très faible partie par les rétributions scolaires et les subventions de l'Etat : ces deux ordres de recettes ont produit, en 1883, un peu moins de £ 3,000. Le reste est demandé à des contributions volontaires. Or, comme le budget s'élève environ à £ 15,000, c'est £ l'2,000 environ que l'on réclame annuellement de la générosité du public, c'est-à-dire 300,000 francs.
L'an dernier le budget des dépenses s'élevait à £ 30,274 et 13 s., soit 756,866 francs, parce qu'il contenait les frais de reconstruction de l'école (environ 300,000 francs) ; et pour toutes ces énormes dépenses, l'argent a été trouvé !
L'initiative personnelle de M. Angel a été pour beaucoup dans cette générosité du public Israélite de Londres. Un négociant de la Cité, feu M. Alfred Davis, ami personnel de M. Angel, a donné de son vivant £ 30,000 (750,000 francs) à l'école à diverses reprises, et lui a légué à sa mort une somme de même valeur. Sir Anthony Rothschild, pendant trente ans président du comité, a donné régulièrement chaque année d'importantes sommes. Chaque année du reste, la famille Rothschild apporte discrètement des contributions qui s'élèvent en moyenne à £ 10,000.
Telle est cette école, fondée, on peut le dire, par l'énergie et le dévouement éclairé d'un seul homme. Depuis quarante-quatre ans, M. Angel lui a dévoué toutes les forces de son intelligence et de son cœur. Tout en élevant une famille, il a su et pu fonder cette école qui est maintenant l'orgueil de l'Angleterre. 11 y a quelques mois le chef du département d'éducation, M. Mundella, la visitait dans tous ses détails et inscrivait sur le registre des visiteurs, à côté de son nom, les mots suivants que me montrait avec une légitime fierté M. Angel : 2Iay 12, Visited this school and fourni it in ail respects admiraUe ; « J'ai visité cette école et l'ai trouvée sous tous les points de vue admirable. »
[Revue pi'ilirjogiquc^ 1883, n» 1, p. 5o-62.)
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