DISCOURS DE M. HATZFELD
professeur de rhétorique au lycée louis-le-gr-^nd
Messieurs,
Les paroles ne sauraient exprimer la douleur amère que je ressens, sur le bord de cette tombe, au moment de me séparer de celui qui fut mon collaborateur et mon ami le plus cher. Pendant dix-sept ans, nous avons travaillé, pour ainsi dire la main dans la main ; et dans cette intimité presque journalière, qui, plus que moi, a pu connaître ce que valaient son esprit et son cœur ?
Quelle ardeur et quelle persévérance pour atteindre la véi'ité, quelle pénétration pour la saisir ! Quelle étendue, quelle variété de connaissances ! Quelle vaste et solide érudition ! Et avec de pareils dons, quelle rare modestie, quelle bonté, quelle bienveillance ! Quel empressement à reconnaître le mérite des autres, à les admirer et à les faire valoir !
On vous a dit, messieurs, la perte immense que fait la science par cette mort prématurée : comment vous dire ce que perdent en lui ceux qui l'ont aimé, ce qu'il a été pour les siens, pour sa pauvre mère, pour son frère désolé. . . je m'arrête ici devant une douleur plus intime que rien ne peut rendre et que rien ne pourra consoler ici-bas.
Né dans une position modeste, il s'était fait lui-même, vous le savez, à force d'intelligence et de travail. Deviné de bonne heure par ceux qui ont été ses maîtres, et qui sont réunis autour de son cercueil, il était bientôt devenu maître à son