LXII DISCOURS PRONONCES AUX FUNERAILLES
tour. Et malgré cette modestie dont je parlais tout à l'heure, sa réputation grandissant cliaque jour avait dépassé les bornes de notre pays.
Et c'est au moment où il était en pleine possession du fruit de tant d'études, de tant de réflexions, de tant de patientes recherches, et où il allait enrichir le monde savant de ce trésor lentement conquis, c'est au moment où il allait recueillir, pour les siens et pour lui-même, cette moisson si laborieusement préparée, qu'il nous est enlevé par un coup soudain, dans toute la force de l'âge et dans toute la maturité du talent.
Mais l'œuvre de sa vie ne périra pas, messieurs; sans parler des remarquables ouvrages qu'il avait déjà publiés et qui avaient donné la mesure de sa valeur, sans parler des disciples qu'il avait formés, auxquels il s'est donné jusqu'à la dernière heure, et qui perpétueront la tradition féconde de son enseignement, le vaste travail que nous poursuivions en commun depuis tant d'années, et auquel il se consacrait avec d'autant plus d'ardeur qu'il se sentait plus atteint, est presque achevé, grâce à Dieu, et, s'il ne peut recevoir de son précieux concours le dernier perfectionnement que nous en attendions, il gardera la marque inefifacable de cette belle intelligence, hélas! éteinte aujourd'hui.
Mon cher Darmesteter, adieu !