LXXVI BIBLIOGRAPHIE DES PUBLICATIONS D A. DARMESTETER
Cours de grammaire fraïKais:, profossi à l'Ecole normale supérieure de jeunes filles de Sèvres (on cours do publiealion à la librairie Dclagravci.
SecoDde e'dition, revue et aiigmculco du Traité de la formation des mots composés en français (voir plus Laul, p. lxiii\
Matériaux sur l'élude des Gtosses de Saschi.
La prononciation française au moyen- âge établie d'après l'étude des assonances (inachevé').
Commentaire sur tes Serments de Strasbourg (inacUevc).
Traité de la formation des mots en français (servant d'introduction au Dictionnaire général de la langue française; sera complété et publié par M. Antoine Thomas).
Eu collaboration avec M. Ilatzfcld : Dictionnaire général de la langue française {en cours de publication ix la librairie Delagrave, avec le concours de M. Antoine Thomas).
Le Talmud, abstraction faite de l'immense littérature rabbinique qui s'y rattache, représente le travail du judaïsme depuis Ezra jusqu'au vi° siècle de notre ère, travail non interrompu, auquel ont coopéré toutes les forces vives et toute l'activité religieuse d'une nation. Si l'on songe qu'il est le miroir lidèle des mœurs, des institutions, des connaissances, en un mot de toute la civilisation juive en Judée et dans la Babylonie, pendant ces fécondes époques qui ont précédé et suivi l'avènement du christianisme, on comprendra 1 importance d'une œuvre, unique en son genre, où un peuple entier a déposé ses sentiments, ses croyances, son àme. Et cependant rien n'égale l'importance du Talmud, si ce n'est l'ignorance où l'on est à son égard. Que connait-on généralement de ce livre? Le nom, tout au plus. On sait vaguement que c'est une œuvre immense, étrange, bizarre, écrite dans un style plus bizarre encore, où l'on voit amassées, dans l'incohérence du plus complet désordre, toutes sortes de connaissances plus ou moins exactes, de rêveries et de fables. Mais on ne s'est pas encore dit que c'est l'œuvre d'une nation et l'expression d'une société, et qu'à ce titre, il rentre dans les lois qui régissent la marche de l'humanité. On ne s'est pas dit que c'est un fait humain dont la genèse et le développement sont humains et peuvent être ramenés à des lois, et qu'ainsi il a droit à l'analyse scientifique. C'est avec de tout autres idées qu'on Ta étudié. Jusqu'ici ce mot de Talmud a eu le don de passionner les esprits et de soulever d'âpres luttes. Chez ceux qui écrivaient sur ce livre, il ne fallait pas demander l'impartialité à laquelle prétend l'auteur des Annales, sine ira et studio. Je ne parle pas des trois derniers siècles, où les passions religieuses inspiraient le plus souvent ces études, où la plupart des savants cliré-
tiens voyaient dans le Talmud une monstruosité, une œuvre infernale, qui condamnait moralement le peuple juif ; où les Juifs revendiquaient ardemment le caractère sacré d'une œuvre qui était le boulevard de leur foi et l'incarnation de leur vie religieuse. De nos jours même, où l'on est en droit d'exiger plus de la science, le Talmud n'a pas encore partout trouvé une critique impartiale qui, s'élevant au-dessus des polémiques religieuses, l'examinât froidement et en étudiât la nature et la formation avec l'ejprit que le physiologiste porte dans l'étude d'un être animé ou le philologue dans celle des caractères d'une langue. Seuls de l'Europe savante, les Juifs d'Allemagne, s'aidant de la méthode critique, inconnue aux historiens juifs du moyen âge, ont constitué la science talmudique. 11 y a une quarantaine d'années, Jost, Zunz et Rappoport inauguraient par leurs savantes recherches, ce grand mouvement qui se poursuit actuellement encore sans relâche. Les noms sont nombreux; citons, entre autres, Krochmal, Hertzfeld, Graetz, Fraenkel, et au dessus de tous Geiger, qui se fait remarquer par la sûreté et la force de sa critique hardie. Ces travaux ne restent pas confinés dans le judaïsme. Ils arrivent à s'imposer à l'érudition protestante, libre ou orthodoxe, et la forcent à faire entrer la science talmudique dans le cercle général des sciences humaines. Mais, en dehors de l'Allemagne, ces recherches n'ont guère d'écho. La France et l'Angleterre y sont l'estées jusqu'ici à peu près étrangères, bien que les travaux spéciaux commencent à y voir le jour ; mais en deçà comme au-delà du détroit, en somme rien de ces études ne pénètre jusqu'au grand public. C'est pour lui que, résumant, dans les pages suivantes, les principaux résultats de la critique allemande, nous nous proposons de donner une idée générale du Talmud. Nous consacrerons une première partie à l'étude analytique du recueil, dont nous examinerons les deux éléments constitutifs : la Ealacha ' et la Haggada. Une seconde partie sera réservée à l'histoire de la formation de ce livre et aux lois qui l'ont dirigée. Enfin, après un coup d'œil jeté sur ses destinées ultérieures durant le moyen âge et les temps modernes, nous indiquerons ce qu'il reste à la science à faire avec le Talmud et ce qu'elle peut y prétendre chercher pour l'histoire générale de 1 humanité.
' C'A prononcé comme dans l'allemand Nacht.