FOEMATION DU TALMUD. — ESPRIT DE CETTE FORMATION
Le caractère essentiel de toute religion révélée est l'immutabilité. Dans sa prétention à la possession absolue de la vérité, nul ne peut admettre qu'elle se modifie au gré des temps et suive la marche des idées humaines dans leurs transformations successives. Car la vérité venue de Dieu est immuable ; expression de la divinité, elle peut s'appliquer le mot biblique : « Je suis moi qui suis ». De même que le catholicisme, le judaïsme déclare hautement que la religion à ti'avers la longue série des siècles n'a pas subi de changement. Telle elle a été révélée à Moïse, telle elle s'est perpétuée jusqu'à nos jours, à l'abri de l'influence des temps et des civilisations diverses. Son développement et son enrichissement ont été logiques. Ils étaient renfermés en puissance dans les principes donnés sur le Sinaï, et Moïse, voyant se dérouler devant lui l'avenir de la nation et de la religion qu'il fondait,
' Nous croyons utile de donner ici la nomenclature des livies qui composent la liitéralure ajrgadique. Celte littérature ne comprend que des exégèses ou des interprétations de FEiriture, telles qu'on les faisait dans les synagogues ou dans les prédications populaires. On leur donnait le nom de AliJrasch ou explication. Les priccipaux recueils de Midraichim sont les suivants :
La grande Penhha ou Peiilith'i Rabbathi, d'origine palestinienne, attribuée à R. Cahsna.
Le Midrasch Ralha, commentaire aggadique du Pentatcuque et des livres d'Esther, de l'Ecclésiaste, du Cantique, de Ruth, et des Lamentations.
Le Midrasch Tehimilenou et le Tanhouma, sur le Pentatcuque.
Le Midrasch Schv/ther Tob sur les Psaumes et les Proverbes.
Ces Mulrasfhim, la plupart très anciens, ne peuvent cepeudant remonter dans leur rédaction déûnitivo plus haut que le vi" siècle. Nombre de Midraschim sur les prophètes ont été perdus, ou dorment encore manuscrits au lond des diverses bibliothèques de l'Europe. Au xn'" siècle, un rabbin, Siniéon, eut l'idée de faire une compilation de divers Midraschim. Cette compilation qui porte le nom de lal/ioiit Sckimeoni, ou recueil de Siméon, nous a conservé un grand nombre de Midraschim qui autrement ne nous seraient pas parvenus.
pouvait embrasser d'un seul regard l'enchaînement immense et toujours homogène des lois et de la doctrine.
Or le judaïsme a son expression dans le Talmud, qui n'en est pas une inspiration éloignée et un écho affaibli, mais où il s'est incarné, où il a pris forme, pour entrer de l'abstraction dans le domaine des choses réelles. L'étude du judaïsme est celle du Talmud, comme l'étude du Talmud est celle du judaïsme. Vouloir comprendre l'un sans s'expliquer l'autre est une tentative chimérique. Ce sont deux choses inséparables, ou pour mieux dire une seule et même chose.
Mais par Talmud il ne faut entendre ici que la Halacha. Car la Haggada, en dehors des notions sur les diverses sciences qu'elle renferme, en dehors de sa morale qui a été codiflée, et rentre ainsi dans la Halacha, ne contient que des légendes, des fables, toute la littérature poétique des Midraschim. Or, pas plus qu'on n'irait chercher l'étude des dogmes catholiques dans les légendes de la Vierge, des saints et de Satan, il ne faut voir dans cette littérature midraschique l'idée religieuse du judaïsme dans sa forme première et essentielle.
C'est donc à la Halacha seule qu'il faut nous attacher si nous voulons comprendre le Talmud et trouver la loi de sa genèse. Elle seule est la lettre où le judaïsme s'est incarné. Et, en effet, si nous interrogeons la Synagogue sur l'origine de la tradition, elle nous dira que la loi orale remonte à la révélation sinaïtique, que le développement en est déductif et soumis à des principes absolus et que cette immense floraison d'Halachoth n'a été que l'épanouissement régulier d'une loi et d'une pensée primitives, a L'Ecriture, les décisions des docteurs et tout ce qu'un pieux disciple pourra enseigner a été donné à Moïse sur le Sinaï. »