LES SELICHOTH' DU VATICAN
Les plus curieuses de ces pièces senties deux complaintes, hébraïque et française, que nous avons déjà publiées ailleurs sous le titre de Deux Élégies du Vatican -.
' Selichoth, pluriel de Selicha, mot hébreu par lequel oa désigne les élégies qui se récitent à la Synagogue les jours de pénitence, à l'effet d'implorer l'indulgence ou la miséricorde divine.
2 Somania, t. III (1874), p. 443-4S6. [Reproduit plus bas, p. 270 et sqq.]
Elles occupent les deux derniers feuillets d'un manuscrit de la bibliotlièque apostolique du Vatican, qui contient le rituel des grandes fêtes de rarriére-saison d'après le rite des Juifs des provinces rhénanes. Le manuscrit est de la fin du xiii'^ siècle : nos élégies au plus tard sont du commencement du xiv<^ siècle '.
Elles ont été signalées successivement, — avec des erreurs plus ou moins graves, — en 1693, par Bartolocci dans sa Bihlioiheqite Rahhiiiigiie, en 1714, par ^Yolff dans sa Bibliothèque /léhraïqiie, en 1756, par les frères Assemani, dans leur catalogue des manuscrits de la bibliothèque du Vatican 2. De nos jours, Zunz a résumé la notice erronée d'Asiemani dans sa Poésie de la Synagogue au moyen âye^, et fait allusion à la pièce hébraïque dans son Histoire littéraire de Ja poésie de la Synagogue*. M. Steinschneider a dit un mot de la pièce française dans une revue rapide qu'il a faite des documents hébreux intéressant'la littérature française du moyen âge '.
Cependant, quoique signalées depuis près de deux siècles, ces pièces curieuses demeuraient inédites et inconnues, quand elles furent, pour ainsi dire, découvertes à nouveau par l'éminent sous-bibliothécaire de la Bodléienne d'Oxford, M. Adolphe Neubauer.
Chai'gé en 1873 par la Commission ds l'Histoire littéraire de la France du soin de recueillir en Italie les documents relatifs à l'histoire des rabbins français du xiV siècle ", il profita de son séjour à Rome pour copier la Selicha hébraïque et la complainte française, et à son retour il nous les remit pour déchiffrer la pièce française, se contentant, dans son Rapport sur une mission en Italie'', d'en signaler en quelques mots très justes la haute importance littéraire. Avec l'autorisation du président de la commission de l'Histoire littéraire, M. Ernest Renan, nous les publiâmes dans la Romania, en les accompagnant de traduc-
' Vcir plus Las, p. 265 et sqq. [Romania, 1874, p. '',43 et 44-1) la dcscrip'.ion du ms. D"aprës des renseignements erronés venus de Rome, nous lui atlribuions, à tort, une origine raéiidionale. Le ms. ne vient pas de Juifs Portugais, mais de Juil's des provinces rhénanes.
> Bartolocci, BMiotheca Saibiiiica, Rome, 1693; l. IV, p. 322 : n" 1379 : — Wolff, Uihliothcca hcliv'ira, t. I, p. 1413 ; — Slephanus et Josephus Assemani, Manuseripiorttm coiicum Bibliolhecie Vatican^ cataloijvs, Romae, 2 vol. in-fol. 17a6-17j8; voir t. I, p. 307, n° cccxsii. C'est sous co numéro que le ms. est designé. Voir, pour plus de détails, plus bas, /. cit.
' Die HijiwgngaU Pccsie des Miitel^itters, Berlin, 1S53. Voir p. 33. — Cf. Mis^cUaiiy of Rehrew LiUtiatme,\. 1, p. 191; Londres, 1874.
* G'srhirhte der Sijnagornlcn Poésie, Berlin. 1S6j. Voir p. 362.
^ Jahrhiich fur rtmanische und ciiijlisehc Spriirhc tiiid Lilei-atiii; 1871, p. 307.
^ Ces documents, réunis, classés et commentés par M. Neubauer, ont fourni à M. Ernest Renan la matière du volume qu'il a consacré, dans le tome XXVII de Vnistoi.e litit'roiiede la France, aux Sallins français du commencement du xiv sifclc t. XXVll, pages 431-734 et 740-753; Paris, imprimerie nationale, 1877).
' Archives des Jlissions scientifiques et littéraires, 3" série, t. I, p. 5"8.
l'autodafé de troyes 219
lions et d'études littéraires et historiques. Nous soumettions en particulier la pièce française à un examen qui avait pour objet d'en reconstituer le texte et d'en établir la valeur philologique. Ici nous nous contentons de reproduire, — raodiflées et complétées ', — les parties do notre premier travail qui intéressent seulement la question historique que nous nous sommes proposé de résoudre dans cette étude.