‹ Reliques scientifiques recueillies par son frèreChapitre 10 sur 48 · LES ROSES DE SAADI · texte numérisé non relu

LES ROSES DE SAADI

J*ai voulu ce matiu te rapporter des roses, Muisj*cn avais tant pris dans mes ceintures closes Que les nœuds trop scrrds n'ont pu les contenir. Les nœuds ont cclatd : les roses envolics Dans le vent 5 la mer s*en sont toutes allées ; Elles ont suivi l'eau pour ne plus revenir.

La vague en a paru rouge et comme enflammée : Ce soir ma robe encore en est toute embaumée ; Respire-s-en sur moi l'odorant souvenir.

(M"™^ Desdordes-Valmore )

La strophe suivante, d*un rhythmo léger et chantant, est une strophe de huit vers d*uno forme originale, avec le huitième vers découpé en deux sections inégales :

ma locomotive ! Quand ton âme captive En vapeur fugitive Sort de tes flancs de fer, Tu pars, belle d'audace, Tu dévores l'espace ; El ta colonne passe Comme un cclair Dans l'air ! [Fm Chanson du Chauffeur.]

En parlant des tercets, M. de Grammont fait allusion aux tercets de Brizeux dont les trois vers reposent sur une seule rime. En voici un exemple de date récente; c'est la l'reniièro stroplio d'imo pièce intitulée les Vieux Chats :

Comme ils sont tristes los iTiatous,

De n*ôtre plus sur les genoux

Qui leur faisaient des lits si doux ! clc.

[U. G INESTE.;

*Ï6 ÉTUDES F.RANÇAISES

Cetto triplo chute d^une mômo rime produit une harmonie singulièrement originale, monotone à la longue cependant.

Pour le huitain ancien qui présente une rime courant du deuxième au quatrième, au sixième et au septième vers, Tautour en suit rhistoire xlu xvi° au xviii° siècle. S'il était remonté plus haut dans le mojen Age, il y aurait reconnu la strophe habituelle de Villon, laquelle d'ailleurs se rattache, par celle de Machault, de Charles d'Orléans, do Froissart, etc., à la strophe tripartite des poètes lyriques de la langue d'oïl et de la langue d'oc.

La troisième partie également offre de l'intérêt. I/auteur donne des exemples de ces formes anciennes, souvent rajeunies avec talent par l'école romantique, le sonnet, le rondeau, la glose, la ballade, le chant royal, le triolet, le lai, etc. M. de Grammont a raison de refuser à Joacbim du Bellaj l'honneur d'avoir acclimaté chez nous le sonnet. Il hésite entre Marot et Saint-Gelaii. On peut, croyons-nous, se décider pour ce dernier ; car Saint-Gelais a visité l'Italie avant Marot et loi sonnets qu'on a de lui présentent dans le dernier tercet la Timofloren^ Une [e.d.e) propre aux sonnets italiens. Marot dispose le dernier tercet en É?.e.e, groupement qui a été généralement adopté par nos poètes.

Notre époque n'a guère vu que rajeunir des formes anciennes. Les romantiques se sont en somme contentés de reprendre au xvi® siècle celles qu'avait rejetées la Pléiade, et à la Pléiade les strophes par elles inventées que négligea le xvu** siècle. La seule création contemporaine est le pantoum^ forme bizarre qui n'a guère été maniée que par des versiûcateurs et qui pourrait produire des effets saisissants entre les mains d'un poète habile. Mais il n'est pas nécessaire, pour trouver des formes nouvelles, d'aller jusqu'en Océanie, interroger la littérature malaise. Autour de nous, dédai'^née de nos poètes, fleurit une poésie pleine do sève, aux rhytlimes souvent originaux, la poésie populaire. Que M. de Grammont aille étudier le chant de nos paysans dans les recueils de Puymaigre, de Bugeaud et autres et il reviendra de son excursion avec une récolte dont profitera la seconde et prochaine édition de son livre.

[Retue critique, 1876, L« 23.)

I«a philosophie de la science du langage étudiée dans la formation des mots, par A. Ed. Chaignet, prorcsscur ù la Facullc des IcUrcs dç Poitiers. Paris, Didier, 1875. Un vol. ia-12, xj-3G0 piges.

La publication de co livre est de bon augure pour le progrès des études philologiques. Jusqu'ici dans la grammaire comparée, on voyait surtout la science qui, par l'élude des sons, des formes, était arrivée ù faire revivre des idiomes disparus, à ressusciter des civilisations éteintes, à renouveler Thistoire des idées et des croyances préhistoriques. Ce n*est là que le côté historique de ces études ; on commence à soupçonner chez nous que, puisque le langage a pour but d'exprimer la pensée, on peut suivre dans le progrès des langues le progrès de Tesprit humain, et que la philosophie est directement intéressée aux recherches philologiques. On n*a pas tort de le croire. En fait, la grammaire comparée ouvre aux philosophes tout un domaine riche en découvertes.

H. Chaignet est un métaphysicien, philologue à ses heures. On lui doit des travaux distingués sur Platon, Âristote et les Pythagoriciens, et une Théorie de lu déclinaison dans les deux langues classiques. C'est un bon helléniste; il a quelque teinture du sanscrit et do Thébreu ; il a lu Scbleicher, Max Mûller et Curtius. Persuadé qu'il y avait intérêt à porter dans les investigations philologiques la lumière des principes à priori, il s*est mis i\ étudier en philosophe la formation du nom et du verbe dans les langues indo-européennes ; et c'est le résultat de ces recherches qu'il a consigné dans le livre que nous annonçons. C'est l'œuvre d'un esprit curieux, ouvert, qui, jetant un regard éveillé sur un monde nouveau, retrouve avec plaisir ou crjit retrouver dans des faits superficiellement observés les lois métaphysiipies, les catégories aristotéliciennes de Tesprit, objet de ses méditations liabitoelles.

'ÎS ÉTUDES FR-VNÇAISES

Si 1*0:1 [>ar\ioiit a surmonter les citiicuUés d*un stvlc aca(lcmit|Ue, solennel, par suite ditfus et vague, ipii, par l'abus des synonjmci, des cpiihêteS; des métaphores, se prête fort mal à rexprcosion d'une pen sée elle morne souvent nuageuse ou ratlicéc; si on parvient à sai:^ir Tensemble d'un ouvrage où les divisions sont mal indiquées, sanstiire:? de chapitre, sans tables anal v tiques des matières qui viennent en aidc^ au lecteur, on arrivera à une ihéoiie que nous croyons résumer fide — lement comme il suit * .

c La phrase est un organisme dont Tunîté reproduit l'unité de l^zm pensée et ipii a pour élément constitutif le mot Le mot lui-mémo jres: pas simple, mais c'est b signe d'un groupe d'idées simploi, asiociéo par un lien naturel et si intime que l'eniemble forme un tout nouveau c'est en mèu.e temps un groupe de sons fondus dans une unité récllLi: objective, qui répond à l'unité subjective des idées qu'il cxprimi Comme son et comme ex[a'ession d'idées, le mot, avec ses élémen' multiples, doit avoir un n \vau, un centre autour duquel so groupei ces éléments ; c'est la raci:ie. Il v a quatre sortes de racines, in'édu( tibles lei unes aux auires -, et qui sont les premiers efforts de Tcspi — i.t pour sortir ilu chaos: de lindétermination ; les racines interjoctio^K. ^^-

nelies ; les racines ilé:r*o::siratives ' ; \c$ mcincs ]T0)wm'nali8j et 1 -*- 2J

racines nominales. Les racines pronominales doivent être séparées d racines déraonstralives, avec lesquelles les confondent lei philologue La nature du pronom personnel n'est pas en clFet la notion d'un ra; port dans l'espaco. Loin que la notion du ?//(>/ suppose celle d'une rcktion dans l'espace ou le tenip-, c'est l'espace et le temps qui suppose?^ 1j moi: 'AoOvarov eI.s; y/.'iv^v, •^■j/f,\ {ir. cO:t.;, Aristoto Ta dit. La noii" du pronom personnel e<l donc pi imitive. L'homme en prenant consciem. de son mo/ reconnaît dans le; autres iKv.nmes un moi identique au sic^- L'activité humaine et 1j drame grammatical supposent donc de acteui-s, et n'en sup^ioscnt que doux. De là le duel. La 3*^ personne, proprement parler, n'existe pas ; ou elle se confond avec los démonsii til's de lieu, on elle est étroitement unie à la seconde pcrsonno. Kni ces deux racine-, si seniMables qu'on peut douter qu'il y en ait récll ment deux, il se fait un éoliange de signification qui a évidemment raison dVtre dans ce fait que la distinction essentielle et primitive de doux personnes, et de deux personnes seulement.

1 Dans ce rcsun.é succii.it, nous ne reproduiions naturellement que les grands tr^^^*' ' lie rouvrjp:c; atitaiil que i)Oï.^i..lc nous conservons les expressions mômes de PAultr' ^"^.' Tuut luis (o:ninc l'auicur h<.iu\ent ne sonf;c pus ù donner à sa pensée une exprrei^ *" ^'. prrci>c cl rfrouTiusc, il ^c [cui(ju*il nous ur;ivc i^îi ci là de lui prôlcr une nei^fc^ ^^^ «111*1-110 i/d pus (oujdurs. \ wir un exemple à la iiutc Euivantc. ^

* • l/<injlvsc n(;iis lucuc à cldb!ir trois en quatre genres do mcincs, irrcduclîL-^ ^ l'un u l'autre • (|>. Vi'i).

• C'efcl ce que les philolo^^ucs aitpellcul rociucs pronomiualc5i ...

LA PHILOSOPHIE DE LA SCIENXÉ DO LANOAOE "ÏO

» Le pronom a pour fonction d'exprimer l'idée de la personne. Joint à la racine nominale, il a aussi le pouvoir de la changer en verbe, et la ûoUon du verbe est sinon renfermée explicitement dans le pronom, du moins introduite dans le discours, grAce à lui ; dadànii « je donne « est donnant moi, le don de moi. Les racines sont des sons articulés ; rarliculation est le phénomène primiiif du langage. Les voyelles et les consonnes sont inséparables, et Tanalyse seule peut les distinguer. Suit une analyse des conionnes et dei voyelles et des changements auxquels (illcs sont soumises.

» Doii viennent les altérations phonétiques ? De la loi du moindre effort, (lisent les philologues. Mais cette loi elle même ? De l'instinct ^u beau, du besoin d'harmonie, de rhythme, de clarté. Un petit enfant essayait de prononcer sœur, et pour triompher de la difficulté que lui offrait ce mot, redoublait la syllabe : ieseiir ; c'cit là le tlièmo slave *f*^/* et, avec un léger changement danj le procédé, ralleinand fchicesier, l'anglais sisier (page F4).

» C'est une chimère de chercher les sons primitifs du langage ; il n'y eu a pas. A l'origine, il existe des sons indistincts et confus, qui par lo progrés du langage se précisent, et donnent naissance aux autres sonj qu'ils conlionnent en germe. C'est donc par l'identité primitive que doivent s'expliquer ces permutations, dont les philologues ont décou voit kslois, mais non saisi lei causej. Le son français oi était à roiigino ^^i; 50 différenciant dans le temps et l'espace, il devient ai par la cliulc de ou, oua par la chute de i (p. 89).

* Comment les racines monosyllabiques deviennent-elles des moti ? ^u croit que la racine peut exister dépouillée de tout élément formel ; erreur. Ce qui se pense a forme et les notions primitives les plus simples ont un double élément la matière et la forme, toutes deux ncccs- '^l^s, simultanées, inséparables. La racine qui est monosyllaljique, ^1^ toujours, même dans les langues monosyllabiques, comme le

'^^'3, si indéterminée qu'elle soit dans sa forme extérieure, corrcirOflure à une catégorie précise de losprit humain, nom, adiectif, vcibe,

» co qui ruine par la base les théories de M. Max Mùllor sur le flt^**''* ^^^ langues, d'abord monosyllabiques, puis agglutinantes, et

^ ûexionnelles. Comment, en effet, concevoir à l'origine des racines p.. ^» d'où l'élémont formel soit absent? l'esprit crée la racine avec

^Ont formel, c'oit-à-dire le mot en entier. Le mot était à sa nai.s-

^V V|«« •« »W.«.>« ^V.V !'.«« VM^V. , ^N^miv^ VIV^O liiV/lO lUV.

îvov.

dûV ' "^ — catv.çv,..vo

^ ^*sprit ? Il n'y a dans la nature que des êtres et des manières d'être ;

Urc ttitra.

^^ ce qu'il devait être plus tard ; germe des mots futurs, il doit

^ ^\q mémo nature qu'eux : i\ à;ixfl; cjvCttt.'îi to çScei Yiyvôiiîvov.

^ La nature du mot établie, comment entre -t-il dans les caté;rories

do là deux catégories primitives, pronoms exprimant la personne, adjectifs ou pai*tioipes exprimant les qualitéi. L'homme, portant dans la nature Tidéo do substance qu'il trouve dans sa conscience, conçoit le substantif qui sort de ladjectif. Qaani je dis Vor brille, comm3or veut dire brillant, fais-je une tautologie : Le brillant (est! brillaiii^ Non, car le premier mot pose la substance individuelle, tandis que lo second prarde toute sa généralité. L*un est un sujet immobile, Tautre a Taction, la vie. L*articlo, ce pronom de la 3' porsonne, a préci sèment pour fonction d'individualiser, de substantialiicr. Voilà pourquoi Vs, pronom de la o^ personne, est la caractéristique du nominatif 'p. 153}.

» Le verbe naît lorsque h fusion du pronom personnel et de TaJjoLtif s*est opérée de façon à rendre possible 1 expression de la modalitô et des temps. L*affirmation n*ost donc pas contenue ex^ilicitcmcnt dans le verbo, comme le croit Port-Rojal; elle n*existe que dansli pensée de celui qui parle ; le verbe en somme est un prédicat dont U copule qui le rattache au sujet est le plus souvent sous -entendue par l'ellipse.

» Au verbe viennent s'imposer les deux conditions de mode et do temps ; le temps qui exprime la situation du prédicat par rapin^i-t an sujet actuel, le mode qui exprime les rapports que le sujet conooit entre lui et le prédicat. Il y a aflinité naturelle entro les temps et les modes, parce que le mode indicatif, comme le temps présent, cxpiii«<ï la néccsdté actuelle, et les modes subjonctifs et optatifs, comme le temps futur, expriment la contingence et la possibilité. Do là laconfuhion fréquente entre ces deux modilîcationî du verbe qu'on remarque dans certaines langues. L'hébreu a plus de modes que do temps*, le sanscrit plus de temps que de modes*.

' M. Cho'pnct fait fouvrnl des rapprochcmenls ovcc kg langues f<5ir.iliqurs ou du moins ovcc 1 hébreu dont il a qiulque con:iais$Bncc. P. 240-2 i'2, il opposa la fixité des in.'incs tri'il> rcs fémiiiqucs à la mol>ililé des racines monoçyliahiqucs indo-car<>' péi!iincs, clc:i conc'ul que les races séiniliqucs auraient senti plus viiemcniridentité^ lu substance p.^rsis'atil uu milieu de tous ses accidents; les races aryennes auriientvi> surtout la mobilité de l'Otro et fcs transforma ion?. Cetle vue est in^ca'cuse ; est-tU^ vrnie? Si les lon,:;ue3 sémitiques conservent plus fidèlement la racine, c'est qu'elles sont moins soumises aux alléralions plionéiiqucs que les langues indo-curopéecnes; mais lc3 mots conicnant dos lettres farilement altérables i>*on font pas ni«)in^ délur* mes. Où retrouver les trois lettres racines dans (7. fulur de nntôfh fpcncbf r; ? dan» f/, impératif de ynr,) (sortir), etc.? — Inversement l'allemand tjcbcut y"^, S^^' xrhtrflîrH, srhivoll, srhirill ; yprerkcn, s/.rach^ snrich^ fj Cf proche n^ ne nous montre- t-il yns quelqiie ciios.; «ronalojriie au tiililérisme sémitique f En faudrait-il conclure cnc 1rs races «.'crmaniqucs ont « p!us proiondémenl senti la persistance, li Icniilé de U » Eub>tance qui di'ineurc uu nii'.icu do tous lis chanfrements de ses propriétés cl 'le • fcs accidents? • Cl'. St. Giiyard, Xvurcl essai S'tr la formation du jilrricl bn^'ci mahe, p. 6 et 7.

* Vient ici une lonj;uc discussion, qui inlirrom|)t quelque peu l'enchaînement des idées, pour établir que les modalités sont subies, non pas par le sujet, mais par le prédicat, sont objectives et non subjectives.

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