‹ Reliques scientifiques recueillies par son frèreChapitre 11 sur 48 · LA PHILOSOPHIE DE LA SCIENCE DU LANGAGE · texte numérisé non relu

LA PHILOSOPHIE DE LA SCIENCE DU LANGAGE

» Pour achever la forme du mot, nom ou verbe, pour Tindividualiser, au thème s'ajoutent les su£Qxe3. Les sufûxes sont-ils d'anciennes racines atténuées, et que l'agglutination a accolées au mot de manière à pouvoir exprimer nombre et cas? C'est l'opinion des Max Mûller et des Schleicher ; mais cette opinion est contredite par tous les principes qu'on vient d'exposer. On ne peut y voir qu'un développement orgai^ique do la racine même. Ces sufûxes usuels sont en efifet des modifications si légères du thème qu'il est impossible d'j voir d'anciens mots, ïûorts depuis : dominos, domino-i, domino-m : dans ces mots s, i, w, sont à peine des sons vivants : ce sont des nuances presque insensibles ^0 prononciation, utilisées après coup pour la détermination des rapports.

» Quant aux autres, ils viennent d'un renforcement, d'un allongoinent, d'une modification de la racine, i/Xi:r devenant Xeiic, |/6tx devenant ^« (Sîixvu-jit). Ces modifications ont-elles des valeurs significatives? Non. La science s'égarerait dans d'obscures reclierchcs à déterminer ces valeurs. Ces suffixes sont dus à des besoins d'euphonie. Les philologues ne font pas la part assez grande au côté artistique du langage, à l'action instinctive de l'harmonie. Ces sons de liaison, ces lettres formatives, par leur insignifiance logique même, servent ^ieui à souder ensemble le radical et la désinence et à établir l'unité ^u mot. »

L'auteur donne ensuite quelques exemples de la dérivation nominale . ^t verbale, d'après Curtius, Schleicher, etc., en émettant toutefois Qe prudentes réserves sur les théories de la dérivation qui régnent ^^ Allemagne * .

Le mot avec ses suffixes est-il complet ? Pas encore. L'accent Monique vient l'achever, lui donner la perfection désirable. L'auteur cherche à démêler le chaos des assertions contradictoires qu'offrent les ^mmairiens anciens grecs et latins ; entrevoit, sans en saisir toutes *^s conséquences, la distinction de l'accent d'intensité et de l'accent ^'acuité, mais a le tort de croire que l'accent tonique est resté iden- ^ue à lui-même, depuis les Grecs jusqu'à nos jours*.

Dans ce résumé, que nous avons fait aussi exact que possible, quel mélange de vues justes et de vues fausses! Et comme une bonne partie de ces considérations est stérile pour la science I Sans parler de ia fantastique phonétique de l'auteur \ que d'hypothèses gratuites,

> Oa plutôt qui régnaieut. Car M. Chaignet ne coanall pas les travauiL de Ludwig.

* Un appendice contient une élude sur la philosophie du langage dans Âristote. Notre incompétence nous force à décliner la discussion sur co point.

* On a vu plus haut quelques exemples do cette plionëtiquo : se-seiir identifié avec icÂtcester^ iiêter^ ttser ; les sons otia et oi sortis d'un primiiif o«at/ les exemples d*af6rmalion do ce genre abondent. Je me contenterai de citer encore une ligne.

inspirées par des vues a priori, sans fondement! Quelle est l'origine des suffixes? des désinences casuelles? du duel? des pronoms^ des formes verbales? Les racines primitivoi sont-elles longues ou brèves' M. Chaignet a réponse à tout. Ses théories métaphysiques lui permettent de triompher do Tlgnoranco des philologues. Mais ccui-ci auront beau admirer ses réponses triomphantes, ils continueront à dire jusqu^à nouvel ordre que sur toutes ces questions d*origiae ils ne savent rien.

L'auteur veut étudier la formation des mots, et commence par établir à l'origine des langues indo-européennes des racines toutes créées spontanément, contenant en elles-mêmes déjà dos éléments formels, des principes de sufûxe. Cette hypothèse donnée a priori comme choie évidente, c'est Vijicoticussum quid sur lequel il bâtit Tédifice du langage. Voilà un postulat bien hardi, et posé bien lestement. Ainsi soûle de toutes les sciences expérimentales, la science du langago aurait son principe premier au delà duquel il n*y a plus rien à chercher, et tandis que la physiologie, par exemple, part modestement du dernier tenne qui tombe sous Texpérience directe, la cellule, dont elle ignore actuel' lement la formation, quitte plus tard à la soumettre à nouvelles recherches, la philologie aurait la prétention de partir d'une créalioa premiôro parfaitement déterminée : la racine formelle ! Mais n'est-il pas clair que cette langue indo-européenne, que la science reconstruit, n'est pas une langue primitive ; qu'elle a derrière elle un long passé et que chacun des mots qui la constituent n'est que le dernier terme à nous accessible d'une série infinie de transformations qui échappent à noir© expérience 1 Les racines, que le philologue tire par abstraction de ce-* mots, n'ont donc qu'une valeur de convention, valeur temporaire ©* relative seulement à la période étudiée par le philologue, puisque c(?^ mots no sont vraisemblablement que les résidus de mots avec radicaux et suffixes ayant vécu une longue existence antérieure, durant de^ dizaines, des centaines de siècles. Si nous ne connaissions que le group^ des langues romanes, nous poserions une racine bon abstraite de honl^^ honilà, hondad^ huono, etc. Or dans cette racine, venue du latin 1 00^^ du-onusy on est suffixe, et la racine ancienne du n'est plus représenta que par le h transformé de Yu, C'est une prétention singulière de croi*^ (jue la science puisse atteindre un point de départ originel ; comme el» n'agit que sur des siicccsi<ions de phénomènes, elle ne peut remonta qu'à des phénomènes antérieurs, et de ceux-ci à d'autres, sansarr*^^*

« A l'uide d'un rcdoubUment de la racine el d'un sufûxe féminin, celle même T^*- * » (<i»r) donnera en lalin aur-ora (pour aur-au^'a ou ih'-ùr-a) l'aurore, en s8D=^ » t/sh-as donl Vs linguale [eh] fc chanj^'e régulièremenl dans la langue laliuc ^*^ -

• changement que nous relrouvons dans liulérieur de noire langue, qui fuil ^'^^

* menl de risiim^ \q ris et le rive > (p. 1 iO).

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