‹ Reliques scientifiques recueillies par son frèreChapitre 16 sur 48 · SUR QUELQUES BIZARRES TRANSFORMATIONS DE SENS · texte numérisé non relu

SUR QUELQUES BIZARRES TRANSFORMATIONS DE SENS

ensuite les surfaces (généralement circulaires) qui portent Tindication des heures.

Chasser est d*abord c< chercher à prendre des animaux à la chasse » [cnptare feras) ; comme Tanimal que Ton chasse, que Ton essaie de prendre, cherche à échapper à la poursuite par la fuite, de là le sens de « faire fuir ». De vicieux à charmant^ la transition est donnée par la signification de malicieux : c'est ainsi qu'en français, dans la langue populaire, on dit : « cet enfant a du vice », pour dire : « il est rusé, spirituel ». De même Thistorique du mot apprend ([uo schîecht a bon, juste », pour arriver au sens de mauvais, a passé par ceux de droit, simple, commun, médiocre, vil, mauvais.

L'histoire de ces mots rend compte de leurs transformations de sens. Toutefois le psychologue peut aller plus loin que le philologue et rechercher quelle est la marche de Tesprit dans ce développement. 11 s'assurera que ces transformations ne sont qu'un cas particulier d'une loi générale.

Prenons le mot cadran : les transformations de sens de ce mot donnent lieu à trois observations.

1® Quand il s'est agi de désigner le gnomon, on a considéré un quelconque des caractères de l'objet. Le caractère choisi a été tout à fait secondaire, la forme. C'est qu'en effet, le déterminant qui sert à dénommer l'objet n'en exprime pas nécessairement la nature intime'. Le nom n'est pas créé pour définir la chose, pour la faire connaître en exprimant sa fonction, son essence ; mais seulement pour la désigner, pour en éveiller l'image ; parce que le langage n'exprime point toutes les idées qui sont dans la pensée, mais seulement quelques-unes qui servent à rappeler les autres. Or, pour arriver à ce résultat, on peut se contenter du moindre signe, le plus incomplet, le plus imparfait possible, s'il est établi, de quelque manière que ce soit, entre les gens qui 86 parlent entre eux, qu'un rapport existe entre ce signe et la chose signifiée *.

I Par exemple, le carillon est propremeut un « groupe de quatre (cloches) • fquadrillonem) ; cahier est un « groupe de quatre (feuillets) > (çuaternionem) ; une confiture est une « préparatioa • fcon/eetura) ; un soldai est un « homrao payé ■ f soldé); un chapelet est une « petite couronne ■ {chapel, chapeau [couronne] ); un bougeoir est ano pièce < arrondie > (bouge); des lunettes sont do < petites lunes ■, et'*., etc. Rien dans tous ces mots n'indique étymologiquement les idées essentielles do cioches, de feuillets^ de fruits, d'homme de guerre, de grains bénits et consacrés^ de ckamdelier^ de vsrres servant à protéger la rue. etc., etc.

* Autrement, en effet, le langage scroit incompréhensible. Généralement dans la langue familière, où Ton voit nettement agir les forces qui dirigent le langage, on supprime les mots exprimant les déterminés pour ne conserver que les déterminants, JLes mois qui expriment le tout, le genre, sont sous-entendus, et rendus inutiles par la présence des mots exprimant la partie, Tespèce, etc. On entendra demander dans une épicerie : « Un çuart de café > « et non un guart de livre de café > ; dans un reslauraui : « un pommes • et non : « un befsteack-pommes > ; dans un bureau d'om-

2' Uiio sccondo ob.'orvation, c'est que la substnntir oomiucnce par l'Ire qualificnlif '. Pour éveiller dans l'ojprit Tiinago de l'objet, il signiile h l'attention une neille qualité servant à le dé^pner. Mais peu A peu, à fopcû de réunir dans la pensée l'imoge do l'olyet et l'éjutliile qui a servi à le caractériser, l'esprit, par une erreur do raisonnement, que lei pUilosoidioi appellent ;ïHJ'fl%»smp-, perd de vue la signification restreinte de cette épitliête, et il lui attache la représentation totale do l'objet avec sa fonction propre et toutes ses qualités secon dnires. C'est alors seulement que le mot, d'adjectif devient substanti Coffiwi n'est plus « ce qui a une surface rectangulaire », c'est le mon m^mo, avec sa fonction propre, aussi bien qu'avec sa forme et diverses qualités'.

Cotte transformation de l'adjectif en subslanlifest importante & ter, car l'erreur de raisonnement qui la produit est une des fc vives du langage.

3" Si, à présent, il se rencontre wn antre objet ayant une qualité gvtkenque, commune avec le premier, ce rapport suffira pour rjno \'6pilh^tc qui avait donné son nom au premier objet devienne celui du second. On invente les horloges et les pendules avec leur surface circulaire portant indication des heures. On rapproche ces surfaces do celle du gnomon. I.e cnractiire, le cîétorminant commun, sera celto fonction de marquer les heures à l'aide de nombres écrits. Le mot de fadran qni ne signifie plus sur'ace carrée, mais surface indiquant les heurei (ù l'aide d'un st^le), passera au seecnd objet.

Ce passage présente deux moments. D'abord, les gen» qui ployaient le moi cadran dans cotte nouvelle acception, créée par exti sion, savaient qu'ils faisaient une métaphore. Le mot cadran éveilli In fois l'image du gnomon et celle du cadran de l'horloge. Mais pon ft

lecon-

nibuB ; • ua oaméra MaâthUt > et noa : • un Diinifro pane tommiiu jiit ro ^t lit Batlilte n la MaéeUine, elc. • Si Ua mois qui /a^i;ufiHfat p«rBiweDl eunoliels lonl lupprimés, c'«t que les idéos qu'ils ciprinicut >oal d«n* l'Mprit dc« interlocuteurs; l'éatiDcialion des dëterminenls sulfil è TBire r^cDnnalire U neturo des iKlrriniDéi.

' Cf. A. Dermesloler, Trnit'f rie la foi-uirtlion du «M» tompeiit ^ain tn lanjm frentaiti, p, 12 et suiv. [et la Vie ée> Mo'a].

* Co ps ralogismo est une varisnta du rumcui pacalogîime i-«»i )m, (r^o ptofttr iot. Lh gelées blanches el la tune rousse ac produisent en roEmc tcmpi ; donc la tune roum «si ]■ Muia des Rclëes blanches. La forma reciantcuUire et l'indication dea heures (onl concomilanlesdans le Knoman: donc le mot mi/fviii, qui logiquement diliffne el no d^sinue que !■ forme tccionBulairc, eiptimera l'indicalion des heurts.

* Non* aisislOD? actuellrmeni à une tran< formation du même genre dans un mol pepulaire de création récente. Un perli-hanhiiir est encore pour beaucoup d« penonnr* • un \U}im\ de bon augure • ; c'cst-à'dire que U mol est encore adjeclif. Avant pc>i cerlaineiuent pour la plupart des gens, a'il no l'ett déjà nainteuaut pour une £)■£!(■ de gens [ceux qui en font le commerce], le foHt-hùtAesr sera loul slmplemeol un

IrariUt d'uni rtrtainf fartrt. Portt-bonktfr n'eiprimera plus une quaiiU. nwit ffcillera l'image complète d'uu objet, L'adjectif aura disparu dcTaot le subatanlir. j

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