rère: parère ; infinitif -mr ; futur -rrai
rire : ftrlre^ * morîre, * givarîre ; infinitif -rir ; futur -rrai^,
5. c^tf : ^(flr<^e * ; infinitif -^«SîV ; futur *jaisrai, gerrai.
cire^gire : exire, *e8cîre\ infinitif -issir: futur -israi^ istrai; fiigîre, infinitif ifuîr ; futur — fuirai {c=fûyrai) ".
11 n'existe pas de verbes en ire correspondant aux verbes en père, bérej vère ; * sapère, debère, tnovère, pîuvère, * stuvère (esiovoir) .
JusquMci la parité est complète ; le traitement de î est identique à celui de è. La parité cesse dans les verbes mentir, sentir, partir, sortir, servir, dormir, vestir, offrir souffrir iofferlre), ovrir covrir, mots dans lesquels la terminaison latine rire est précédée des groupes n/, r/, rv, rm, st, fr, vr, Mentrai, senirai, partrai, sorirai, servrai, dormrai, offrrai, ovrrai, étaient trop durs ; si nt-c se réduit à ne dans motiticelhtm, monreav, rt-c à rc dans par ticeîîa , parceUe, rm-f A rt dans dormi' forium, dortair, il n*en est pas de même pour les groupes nt-r, rt-r, rv-r, rm-r, st-r, fr-r, vr-r, où la troisième consonne est une liquide, qui n'entraîne pas, comme îe ferait une muette, la chute de la consonne précédente. L*euphonie a donc exigé le maintien d'une voyelle intermédiaire, tout comme dans suspicionem sospeçon, nutritionem norreçon, et cette voyelle, qui primitivement a dû être un e, est redevenue i sous rinfiuence de l'infinitif. La langue de nos Jours a le sentiment très
t Je ne connais pas d'exemples en ancien français du futur de bouillir,
* Manert a toutefois donné un infinitif maindre d'où peut être sorti le futur.
s II se peut que pour la série rire rire, la chute de Ve et de l'i au futur soit due à la présence des deux r : cf. comparer, comparerai eomparrai, etc.
4 Quoique les verbes rapprochés dans ce n* 5 ne traitent pas de la même manière les groupes de consonnes, ils s'accordent à faire tomber 1*0 et l'f, et cela suflit pour légitimer notre rapprochement.
^ Fugirt donne régulièrement /W-ïr ; de leur côté, {je) fui (en une syllabe] de fugio^ (^«) fuirai [en deux syllabes] de fug[i]ràbeo sont tout aussi réguliers.
net de la parenté du futur avec Tinfinitif * ; à plus forte raison la hng^^ prinntivo. Voilà comment il se fait que do la foule des verbes en //*^i un petit nombre seulement a pu se soumettre à la loi de la chute de ^^ protonitpie longue i.
Los futurs en /m/ représentent la double influence des groupes et de Tanalogio. Dans le^ diverses exceptions que nous allons ciamine^* raniilojrio seule agit. Dans les substantifs ou adjectifs tels que amiéf^'* félonie felenie fefe/iease, charbonnier, doloros^ amoros^ verlim, hu^' duras ^ etc., la protonique a dû sa conservation à Taction de la toniqi-*^ clo ami ^ félon, charbon, dolor, etc. Non pas que doloros pareiemp^*^ doive être considéré comme un dérivé de création française; car il (*^ in vraisemblable de faire de ce mot, non la transformation du lati ^ (ioloruHif*i, mais une forme nouvelle, originale, tirée de liolor. Les clios^^ se sont passées autrement. A Tépoque du latin populaire où la protc:^ " nijpio brève ou longue, avant de tomber, s'était réduite au son J<> fôniinin, à î'ép^'l^^ o" ^^^ disait dohrûso, pour dolOrôsum^ les popula-""^ tioiis romanes, reconnaissant la parenté de ce mot avec dolùre (=d(^ '^ lùrem]. Tout soustrait à l'action des lois phonétiques qui eu devaier' faire dulrosi^ doldros. C'est ce qui explique pourquoi, dans les form(?" ^ dérivées <lo ce genre, on voit le plus souvent un e féminin, dokro^ ^ ameros, /anf/tfrros.fvlenie, etc. La langue pouvait à chaque instant rap — ^^ prochor les dérivés des simples ; elle les sentait et par suite les mainte^-^^ nait parents.
Même action dans les verbes dérivés de noms ou d'adjectifs : coro
ner, deviner, deviser, enehaener, honorer honcrer*, jeûner jnner^ — • marier, mendier*, moneer, oblier^, etc. La présence des simples conimt^:;^^^ cornne, devin, devis, devise, chaeine, honor, jeun jun, mari, mendia -^ moneie, vbli, etc., agissait, dès l'époque latine, et à tous les moment =^ do roxistenco de ces mots, pour protéger la tonique. A cette actior ^
> On entend souvent dans le peuple : jt trcHC(feai , je ehatttj/rai, par suite d'ui^»- ^ ectiun de rin(initit'en er sur le futur.
* La reçut il «les inscriptions de l* Algérie de M. L. Renier porte au n» 3074 le no "^"^^ Jloitoraii's, Ilonoratai. M, Louis Ilavet, qui a coUatiouné le texte de cette inscri^-^' lion hur i ori^'inal déposé au Louvre, m'assure qu'il faut lire IIONERAITS HONÏr^î^ KATAl. (Vcsi un c:xomj)le à ajouter aux trois (exemples cites par Schuchardt {Vok^^ Ht^inns, il, 21 V a'ajtrès des in^c^!plions itdiiiiini'S. Si \'c de ces formes ifc^t pas loi»- r^ on peut ratlaclicr honosoris à onus cris, en vieux la\ii\ honu!t-h-inv/is (L. llavet). C— -— ' les deux si^njilications du mot français chnrijf. La forme hon^rare rendrait compte f(»rnics itdli»;mics, espuj^noles, provençales honrare^ honrar, hondrar : toutefois elle peut valoir pour le frjnçais honovr ou koncrer qui repose sur honônlre,
' De jejiuium on a tiré, par cliule de la première syllabe, jun ; par chute du y diul, ;■'///</ de mûmc \)imr ji'Jier^jci'nier.
* Mt/i<litr n'est pas nii^mo un dérivé de tnendirare, conservé sous riniluencc •^^ mendisj de ntendirus. Moi'iiCi' dérive de mcndis par Tintermëdiaire du suifîxe îcet ''^- « Ne nnz suiens eiaiduiz a MtNDEiiîn •, lit-on dans le i^o/an^ (v. 40],
"* Dans oàlier a pu se faire f-enlir encore Taction du groupe bl.
PHONÉTIQUE FRANC AtSE 115
s'ajoutait d'ailleurs celle des formes verbales ayant l'accent sur le radical verbal, je corone, je devine, je devise^ etc.*. Que l'on compara fne-moria, mémoire et memôrdrey membrer à corôna corone et coronare coroner^ on reconnaîtra Tinfluence puissante do Tanalogie qui maintient par*ents corone et son dérivé verbal, mais refuse d'agir sur memoria et weniùrare parce que radical et dérivé sont déjà quelque peu éloignés l*un de Tautre, que mémoire ne rappelle pas directement memcrer, qui P^ut dè3 lors devenir memrer, membrer*.
"4:^ W. Storm avait reconnu cette influence des mots simples sur leurs dérivés, comme aussi Taction des groupes; mais il Ta appujée sux* des exemples inexacts: avarice^ mot savant, et sentiment [o\i plutôt ^^^^ietnent) qui présente une autre particularité qu'il nous faut mainten^^t étudier.
La protoniquo latine ê^ 7, paraît se maintenir sous forme dV féminin "^ïi.s (les mots tels qxxe sentement, partement^ tenement^ etc., mots qui sôtublent appartenir îi la première formation de la langue et remonter ^ ^es dérivés du latin vulgaire sentlmentum, partîmmtum, tenâmen^ "'*^*. etc. Ici on est dupe des apparences, et l'on ne tient pas compte ^ ^ne action générale qui a modifié la dérivation française. Les suffixes ^^^ntum^ torem, tura, iiciiis, bilis, se sont attachés dans la période française, dès l'époque primitive, au thème du gérondif ou du participe P'^ésent. Or, au participe présent et au g^^rondif, la première conjugai- ^^^ a exercé une action si forte sur les autres conjugaisons qu'elle leur ^ ^onné ses formes propres : chantant de cantantem ; de même ftoriss- ^'''> pari-anty vend-ant. Il en a été de môme pour les formes dérivées ^^ ^lent, or, ure, iz, ble\ c'est-à-dire que les %\xî^xe^ amenium^ a/orem, ^fffTa^ aticius^ abilis, à l'époque sans doute où ih étaient affaiblis en ^^^uf^ edor, ediz, edure, able (ou en quelque autre forme plus ou moins ^'^^haïque), se sent généralisés, et sont devenus les types de suffixes ^^^vant s'adapter à toutes les conjugaisons.
Suffixe ment : noisemeftt (Raschi), esjousement (Psautier d'Oxford, *^* ^-il), frémissement {\d,, p. 248), deffendement (Aliscans, 1*238, oîS"), ^^nissement (id., 5709), conoissemant (Amis, 1299), mcscroiement ^ •» 1318), et tous les dérivés populaires en issement, nous reportent
u «^vjurquoi la lanpuc £c décidc-t elle a conFcrvcr la protonique dans tels mots
^^ ^^er^ honorer^ etc.), alors qu'elle la fait lomber dans tels autres qui se présentent
^^ ^ les mêmes conditions, ce semble {raisnici' à côté de raison] ? Cette question
g^ ^ l'éiat actuel nous parait insoluble ; c'est un problème de psycholo;.'ic du lan-
•^.^^» Comment arriver & pénétrer dans les conceptions les plus délicates d'un
^^"ï^e comme le latin populaire, que la science ne reconstruit qu'à force d'induc-
^'ailleurs la différence de signification {memorare tendant h prendre un sens ^V^tsoDnel) et le» formes comme mémomt^ qui ne peut donner que membre^ ont aidé * ** divergence dos deux mots.
116 1ÎTUDES FRANÇAISES
incontestablement à un type amênfum. Pavîmêntum, vestîmenfum, et les analogues sont donc devenus dans le latin populaire quelque chose comme pavamenium, vestamenium^ ou plutôt comme pavenietiio^ veêtêmenlo. 0*est ce que confirme encore la forme paver qui a été tirée du substantif. De la le suffixe effiefU qu^on retrouve dans garnenwii, marremeni, liardemeni et autres mots d'origine non latine •.
Suffixe orem. Que Ton compare les mots lierres et ravissieres ou doneors et preneors dans les vers suivants :
Parfois si g'esloie orc lierres
Ou Iraislrcs ou ravissieres (Rose, 1517-8).
Dons doDCDt loz as doneors
Et empireut les preneors (Ibid., 8278-79),
Ton saisira sur-le-champ le vrai caractère des suffixes. Lierres est làtro\ ravissieres est *rapùfc^lor, de ^rapisc-aniem. Doneors et preneors supposent tous deux donedors et prenedors, c*est-à-dire donatores de donantem et* prenatores {*prendaiores), de ^jfrefianiem (*prendan(etn] De même pour les formes comme, conoissiere conoisseor ^ faisière (= * faààfor) faiseor, et les dérivés populaires en isseur, qui s'appuient sur les formes en issant = isc-aniem*.
Suffixe ura. Raschi dans ses glosses a les mots hatedure^ jyremedure qui ne peuvent s'expliquer que par le su (fixe aiura [baitatura^ prermiiura)^ étendu à ces verbes d'après l'analogie qu'on reconnaît dans haiani :=^ haltantem pour batuenhm^ premant = premaniem pour pretneniem. Le vieux français /w/^m>c (Amis, 1978) remonte également à resfedi/re vettfatttra et vient confirmer l'origine de vestement. Même origine encore pour les dérivés populaires en issure (isseure iasadura] = isr-alura d'après iscanlem.
Suffixe icius. Les dérivés hatediz (Raschi), abaieiz, fereiz, etc., ne peuvent également être rapportés à des types baffuficius, feritirius ; il faut y voir une extension analogique du suffixe alicius que contiennent pJoreïz, soneïz, coleïz, îeveiz, torneïz, etc.
Suffixe abilis. Même extension dans les exemples couame credahk (Psautier d'Oxford, xcir, 7) d'où croyable^ qui tranche nettement avec le latin crédibilisa meiable (Ruteb., dans Littré) et les adjectifs populaires en issable: aparissabk^ de aparisc-anfem.
Ces diverses formes montrent la puissante action exercée par la
' Peut-ôlre est-ce là qu'il faut chercher l'explicalion de Vempedemenz [empedimentum, ' empedavientum) de la Canlilèue de sainte Eulalie. Toutefois Pabsence d*ua mot roman wipedter, impedantem rend cette explication douteuse. D'ailleurs ou ue peut guère séparer ce mol des diverses formes, si obscures encore, de empechier (voir plus haut, p. 105).
* Ce que nous disons de or doit évidemment s'appliquer à oir = edoir^ atorium.
PHONéTIQDE FRANÇAISE 111
dérivation de la première conjugaison sur celle des autres conju^isons. A part un certain nombre do dérivés en lira, or, irins, etc. tiréa de supins ou parlicipei forts latins qui vivaient comme adjectifs ou comme Bubstantifa dès le latin populaire, et qui ont pu prolonger leur esistence & travers l'époque romane et même jusqu'à nos jours, sans recevoir l'atteinte de ces vastes actions analogiques ', la plupart des verbes de la seconde et de la troisième conjugaison ont vu leurs dérivas se soumettre à ces formes de sulfixes qu'a fournies la première conjugaison. De la sorte, pour en revenir à l'objet même de notre étude, l'e que renftjrme ces suffixes ne représente ni un ê, ni un i bref ou long pri-
Résumons ce chapitre m : é, t, o, tombent ; protégés par un groupe, ils sont généralement représentés par un e féminin. Cette toi phonétique est contrariée par l'action analogique des mots simples sur les mots dérivés, et l'action analogique des dérivés de la première conjugaison sur ceux des deux autres.
■ De l4 protonique p.usant hiaits avec la toniquf.
On a pu voir par plusieurs des exemples cités dans cette étude que la protonique faisant hiatus avec la tonique n'est pas soumise aux lois précédemment établies; celles-ci n'atteignent en effet la protoniqua que quand elle est séparée de la tonique par quelque consonne. On n'a qu'à comparer Mna-bària, honi-tàlem, pere-^rinum coiiso-hrinum, etc., à Aveni-onem, Aurgli-ànis, papilî-éiem, etc. Ce fait n'a rien d'étonnant ; le contact des deux voyelles suffit à protéger la première, qui, quelque forme qu'elle prenne ensuite, laisse toujours des traces visibles de son existence.
Tantût elle mouille 1'» ou 1'/ qui la précède, et forme avec ces consonnes un groupe ", f, devant lequel la voyelle précédente — la seule vraie prot^mique — se maintient, généralement sous la forme il"»'; Avenionem Avignon, papilionem pavillon, etc., où elle palatalise le e et le / pour les changer en f, is ; * ericionem hériçon, • minutiare menuUûr, etc. Tantôt elle paraît rester purement et simplement : Aurelûtnù, Orliens; chrixlianum, ereslien. Ce dernier cas mérite examen. Le vieux français dit Orliiens, cresliîen; Diez explique ces formes par
I Ainii tirriti'rt, mortarâ, fyilû. elc, ni àe même peimun (de 'pinctum = pieliàix d'ipr«E piitime], fiinlil (de • /!iieii(ii.t, d'aptes /(■?"■')-
■ Les p»rlicipos en tJul, <al, et, comme eaïuH pareil oii la proionique t cet conservée, soQl duB à l'anolL^ic des iiombreui parlicipea dissyllabiques : *eB, ekta, cni, ilea. f«. jfii. Ue. ptO, pl'«. ««. "". '■'", «l !'< etl dans la «jlUbe iniliale.
intercalation du yod qui adoucit l'hiatus : Orli-ens = Orli-yens ; eresii-en = cresU-yen» Cette explication nous parait juste ; comparez en effet le vieux français obli-er, mari-er (plus anciennement oblider, wwrnV/^r), devenant dans la prononciation moderne oubi-yer^mari-yer. Toutefois l'explication de Diez doit être serrée de plus près. Il est difficile de ne pas admettre que le latin populaire disait cresieano. Aureleano^ changeant Yt bref atone en e. Do cresfean, Atirelean^ Aur/ean sortent, par adoucissement de l'hiatus, cresteyan, Aiirleyan, Dans cette terminaison eyan, Va suit son évolution naturelle : ae^ ee; puis au lieu de 80 réduire à è comme dans les cas ordinairoi (parem,pare, paer^ peer, j>er), ee devient ie^ sous Tinfluenco du yod précédent : Orleiiens^ cresteiieti, d'où par réduction de ei à i : Orliiens^ cresfiien. Mémo explication pour anciien qui toutefois vient, non de Tadjectif * anieanum qui aurait donné seulement anç-im (cf. cajjiiare, chaç ier)^ mais, à Taido du sufiixe ianiis^ de l'adverbe * anteis à l'époque où il devenait anijs^ ainz. Cette explication rond compte également des cas d'hiatus où la protonique est initiale. Vialiciim donne vecuhje-veiaye . Dans ce mot on no peut voir une influence de veic = vta^ car il se trouve déjà sous cette formo veiaye, dans le Roland (GGO). L'influence de veie n*agit que plus tard pour maintenir au mot sa forme et l'amener ensuite à voyaye^ au lieu do lo réduire régulièrement à viaije. C'est vraisemblablement par l'intermédiaire do la diphtongue ei que les mots comme leônem ont passé à lion. Comparez les formes populaires actuelles Leion [Léon], agreiable.
Conclusion.
Résumons notre étude.
La protonique, quand elle n'est ni en position ni en hiatus, est soumise aux lois suivantes : 1" a bref ou long reste, ou plus généralement s'affaiblit en e féminin.
2** e, i, (?, u, brefs ou longs tombent, à moins qu'ils ne soient protégés par un groupe de consonnes (jui les précèdent ou les suivent.
3^ Les lois phonéticiues sont contrariées par deux sortes d'actions analogi(|U6s : Tinfluence exercée par la forme des mots simples sur celle des dérivés, l'influence exercée par la dérivation de la conjugaison la plus usuelle sur la dérivation des autres conjugaisons.
Si nous no tenons pas compte des exceptions indiquées par la troisième loi, et qui sont dues à des causes tout à fait particulières, les lois de la protonique se ramènent à la suivante :
L'accent tonique divise lo mot en deux moitiés et la finale de la
première moitié est soumise à des lois de même nature que celle do la seconde.
Or, la raison de cette loi est apparente : la presque totalité des mots que nous venons d'examiner a deux syllabes avant la tonique : boniiiiiem^ cana bdria^ conso-brinum, et la première do ces deux syllabes a un accent second : boni, càna, cônso tandis que la seconde est atone. Celle-ci, par rapport à Taccent second, se trouve dans une situation analogue à celle de Tatone finale par rapport à Taccent principal. De U Tidentité des lois qui régissent la protonique iuiniédiate et finale. De là encore, dans les triss^Uabiques paroxytons comme venlre^ snpôrem, etc., le maintien de l'atone initiale qui ne dépend pas d'une è'^llabe antérieure portant Taccent second. De la aussi le maintien de la protonique en position, qui ne doit pas plus tomber que l'atone finale en position : cdnthnt donne chaiii^nl ; de mèma j à v^ncèllum donnera y(?wvis.nç€au\ côUùChnt donne ^ colchent ; arbOnscèUum donnera arbreissel, arbroissel • .
Les limites de cet article ne nous permettent pas d'applitiuer aux langues romanes les lois que nous venons d'exposer. Elles doivent évidemment subir dans chacune d'elles certaines modifications spéciales. Puisque le sort de la protoniciue initiale est lié au sort do la finale correspondante, elle ne saurait être traitée d'une manière identique en français, en italien, en espagnol, par cela seul que les lois de la finale ne sont pas les mémos dans ces langues. Mais il sera facile^ croyons-nous, de retrouver sous cette diversité apparente l'unité du principe que nous avons essayé d'établir.
{Bomania, vol. V, 1876, p. 140-104.)
* Toulefois les mois, très peu nombreux d'ailleurs, dans lesquels raccent tonique est précédé de trois syllabes : asperi-tâtem aspreté, adi/irâre aigier^ fructificàre frotigier (voir plus haut, p. 104, n. 2), etc., présentent des obscurités ; l'accent bccond r»t-il, comme on serait tenté de le croire, sur la syllabe initiale : âspfri, adffï, frûctlfï ? ou, comme semblent l'indiquer les formes françaises, sur la seconde atone, d'après les principes de racrenlualion biuairp : aspéri^ adlfi, ftitciffi'}
Au dernier moment, il nous vient un doute sur la valeur de l'exemple ascàldnia, etchelone^ cité page 99. Dans ascûlônia devenu escaldnia (comme dans a{M]fCultâre devenu eseoltàre), la voyelle initiale a éié pris<; pour i*e prosthélique de Vs impurum, et k syllabe $ca est devenue initiale. Cf. p. 112, n. 2. — Il •aui supprimer ce qui est dit p. 118 sur Ofléans-, Pancienne lanj^ue disait, non Orli-iens, mais Or-ltens en deux syllabes (voy. Bev, Crit , 1872, t. l, art. 108) ; ce mot appelle donc une autre explication, qui sort du cadre de cette élude.
Du G dans les langues romanes, par Ch . Jorb r, ancien élève de r£cole des Haulcs-Eludes , professeur agrégé au lycce Cbarlemagne (seizième fascicule de la Bibliothèque do TEcole des Hautes -Etudes). Paris, Franck, 18*74, 1 vol. in-8", xx-3U pages.
La Bibliothèque de TÉcole des Hautes-Études vient de s'augmenter d'un important fascicule, dû à M. Charles Joret, ancien élève de la Conférence des langues romanes. C'est une étude consacrée tout entière à Thistoire d'une seule lettre latine ; il est vrai qu'il s'agit du c, dont les transformations sont curieuses par leur variété et même, dans certains cas, par leur étrangeté. Et si, à première vue, on se demande comment une seule lettre a pu fournira une monographie aussi étendue, on arrive à se convaincre que la matière est assez riche pour mériter momo un gros volume. Le livre de M. Joret est le premier où l'on ait essayé d'embrasser dans leur ensemble les questions que soulève l'histoire de la gutturale romane. C'est une œuvre considérable qui mérite l'attention de la critique. L'auteur ne sera donc pas surpris de nous voir consacrer à son livre l'étude approfondie que méritent ses consciencieuses recherches
Nous abordons sans plus de préambule l'examen de l'ouvrage, que nous suivrons livre par livre et chapitre par chapitre.
Il s'ouvre par une introduction qui donne d'abord, d'après les derniers travaux do Brùcke, llelmholtz, R. v. Raumer, etc., la théorie physiulogique dos consonnes indo-européennes, théorie qui mouti^e comment elles peuvent arriver à se substituer les unes aux autres; aprùs quoi l'auteur retrace rapidement l'histoire des gutturales latines //, q, /r, [c], g, ch. Ces résumés sont exacts en général; j'aurais cependant quelques observations de détail à faire. M. Joret établit avec raison deux sortes de/, produites, l'une par le contact des lèvres inférieures avec les incisives supérieures, l'autre par le rapprochement des
deux lèvres (ce dernier inconnu en français, quoi qu'il en dise) ; à ces I deux sourdes/ correspondent deux sonores </ et w ; le ib, dit M. Joret, ' est le son de Vu dans l'ail. Quelle et te fr. éeuelle ; ceci est inexact : l'u de kuelle est ditférent de \'u de Quelle ; voir L. Uavet dans les Mémoires de la Société rie Linguistiqvf, 11, 218. — Pour l'A, M. Joret dit qu'elle repi'ésente le plus souvent l'aspirée gutturale primitive et qu'elle a pour équivalent x ou / en grec. La règle ainsi exposée n'e^t pas absolument exacte. L'aspirée latine, quand elle dérive d'une gutturale primitive (et non d'une dentale ou d'une labiale aspirée), correspond toujours à un / grec : le* exceptions ne sont qu'appurenles ; par exeni|)le, 'le mot cité KpiB^l est pour -igM, l'aspiration du j/ étant tombée norniailement sous l'action de l'aspirée suivante 5. — Pour le c affaibli en //, 'j'aurais voulu que l'auteur distinguât les cas où e est initial de ceux où il est média] ; cette distinction pour les mots latins a son importance. '— Pour la prononciation du e, on peut ajouter comme exemples les transcriptions talmudiques du temps de l'empire, qui représentent le c palatal par le kopli ; ainsi cellan'uiii devient kelar. — Ce que dit M. Joret sur le groupe qii est peu net; il cite bien des textes de gram- ' mairiens qui montrent l'incertitude où l'on était à Rome touchant la valeur de la notation qu ; mais il semble d'après ses paroles que la , question était purement oitliograpliique et n'intéressait pas la pronon- ■ dation, qu'en un mot qu était l'équivalent de i, que Vu était insensible • et qu'on liésitnit seulement sur la question de savoir dans quels mois ' l'usage voulait l'éci-iture qu, dans quels l'écriture c. Or la question est tdvidemment plus complexe, et les incertitudes devaient avoir leur cause 'dans la prononciation. Le q pur et simple sonnait-il qit, et quand Velius Longus proposait l'orthographe qae, qta, enlendnit'il qu'on prononçât qiiae, quia ? Ou bien, q valant r, et ne s'employant que devant M ■uivi d'une voyelle parce que dans la plupart des mots présentant ce groupe il remontait t un primitif kt\ l'hésitation portait-elle sur la valeur de Vu .' Cet M se prononçait-il ? et dans quels mots ? Que signifient cej corrections de l'Appendix Probi : etjus non ecus, coqus non coetis, coquens non coceng, varua non vaqua, vacui non vaqiiif Voilà des ques- Uoui obscures assurément, mais qui méritaient du moins d'être posées, et puisque M. Joret abordait ces points un peu étrangers à son sujet, il aurait pu, je crois, les serrer de plus près. — Je borne là ces obser- TatiouH, et j'anive À l'ouvrage proprement dit.
Le plan en est simple : quatre grandes divisions correspondant aux divisions naturelles du sujia. 1" Duf vélaire ou c devant a, o,u\ 2° du e palatal ou e devant e, i ; 3° du c vélaire traité dans certains idiomes et dans certains cas comme c palatal ; ce troisième livre, comme on le voit, est une annexe des deux premiers ; 4» enfin du c dans les groupes du consonnes. Mais si le plan est organique, on peut re-
gretter que Tauteur, dans les subdivisions du sujet, n'y soit pas resté fidèle.
Il prend en effet une à une les diverses trmisf on/nations auxquelles aboutissent le c vélaire et le c palatal, et en fait le point de départ de ses recherches. Or qui ne voit que ces transformations sont amenées par des causes spéciales, auxquelles il faut remonter tout d'abord pour lei suivre dans leurs actions diverses? Autrement on place Teifet avant la cause, ce qui est peu rigoureux. Ce reproche, exprimé sous une forme générale, a Tair d'une chicane ; cependant si nous prenons des exemples, nous verrons qu'il répond à quelque chose de réel. Les divisions du premier livre sont les suivantes : I*^*" chapitre. Persistance du c vélaire
— son changement en //, en /. — 11° chapitre. Son changement en y.
— IIl« chapitre. Sa chute. Dans ces chapitres, l'auteur examine chacun de ces changements au commencement, au milieu, à la fin des mots. C'est la marche inverse qu'il fallait suivre. La chute du c médial ne peut pas être séparée de son affaiblissement en y ni celui-ci de Tafiaiblissement en //, puisque ce sont des phénomènes dus à une même cause, et quis'expli(|uent mutuellement. L'on voit rapprochés des changements en // de c initial et de c médial ; mais malgré la similitude des résultats, les causes de ces changements sont difi'érentes, et il faut les séparer Tun de l'autre.
Une seule division était conforme à la vérité, celle qui étudie d'abord et exclusivement la gutturale initiale dans les différentes langues romanes, puis la gutturale médiale entre deux voyelles ou devant une liquide, puis la gutturale finale, et enfin la gutturale dans les groupes, quels (ju'ils soient. A chacune de ces positions correspondent des lois différentes, qu'il fallait suivre dans leurs actions diverses sur les diverses parties du domaine roman.
Tel est le défaut de composition que je reproche à M. Joret. La cause de ce défaut, il faut la demander à la nature même du livre, ce nous semble. C'est une monographie. Or, rien n'est périlleux comme une monographie. En s'absorbant dans l'étude d'un point déterminé, ou s'expose à perdre de vue les rapports qui unissent le détail à Tensemblo dont il est détaché et la place qu'il doit occuper dans le système géné~ rai auquel il appartient. C'est là un écueil qu'il est bien difficile d'éviter, et je crains que M. Joret n'y ait pas complètement réussi. Il ne semble pas avoir distingué avec assez de précision ce qui revient en propre au r, et ce qui dépend de la phonétique générale du roman, et il s'est laissé guider par les conséciuences plutôt que par les causes mêmes des consé(|uences. Assurément il fait bien ces distinctions dans les détails, mais il les fait en second lieu, en sous-ordre, et cette manière de procéder donne une vue moins exacte des choses. Toutefois ne pressons pas trop sur ce point qui par sa généralité prête i>ou à une dis-
cussion précise, et acceptant le plan de M. Joret tel qu'il a été conçu, entrons dans Tétude de la consonne.
Le c vélaire — ainsi dit parce (juc pour le prononcer la langue s'appuie contre le palais en arrière beaucoup plus prés du voile du palais que pour le c palatal — se maintient au commencement des mots à l'exception d'un petit nombre de mots qui l'affaiblissent en // '. M. Joret aurait pu ajouter aux exemples citéi Titalien (/agUo à côté de qua//Iio, (jaracol lare {caracoUare), golpaio [colpato] et peut-être fjarçon et ses dérivés (de cardmis?). Au milieu des mots, en vertu de la loi de raffaiblissement des raédiales, le c se modifie dans les diverses langues romanes, suivant leur tendance plus ou moins marquée pour l'afTaiblisiement : il reste en vala»iue et en italien dans la moitié des cas, dans l'autre moitié devient //, traitement normal pour l'espagnol et le portugais ; le provençal a //, ou poussant plus loin l'affaiblissement y. Pour le français, M. Joret cite un certain nombre d'exemples où le y médial est conservé: aigre ^ aiguille^ (^ig^U alegre^ cigogne^ ciguë, dragon, figue [-guier], maigre^ seigle, segond, segur, vergogne. Pour quelques-uns de ces mots, il donne une seconde forme (ceoine, c^ue, fie, fier, seur), prouvant que les formes avec// sont des emprunts. Dans vergogne, on a un autre fait. Le latin verecundia s'affaiblit d'abord régulièrement en veregundia, puis par la chute de l'atone devient vergundia ; dans le groupe rg, le g se trouvant après une liquide est traité comme initial et reste, en vertu d'une loi que je n'ai pas encore vue exposée et qu'on peut formuler ainsi : dans un groupe de deux consonnes dont la première est une liquide /, r, m, w, la seconde, muette ou spirante, subit le même traitement qu'au commencement du mot. Restent aigre, alvgre, maigre, seigle, où la consonne qui suit a maintenu la muette sonore (quoique celle-ci eût pu tomber, comme dans sairemenl, lairme) ; segond et dragon sont demisavants. Les seules exceptions sont aiguille et aigu. Four aigu, on trouve éU dans certains dialectes, ainsi Monthèii = monlem aculum; et le wallon aweie, comme nous le verrons plus loin, a également perdu la gutturale médiale. M. Joret remar«iue bien que le maintien de la gutturale dans le groupe cr, cl, est dû à la présence do la liquide ; toutefois il aurait pu mieux préciser ses conclusions et admettre qu'en dehors d'une ou deux exceptions, pour lesquelles on pourrait peut-être trouver des explications, le c médial tombe en français.
Le c final, c'est-à-dire devenu final par la chute des atones (caries exemples du c final latin sont trop peu nombreux pour qu'on puisse généraliser les faiti), ne se rencontre que dans lei langues faisant tomber les dernières atones, à savoir le provençal, le français, les dialectes
' Cel affaiblissement est évidemment aulérieur pour le fraaçais à la Iraasformalion du c en rA dans le groupe ca.
latin? ou de Tltalie du nord, et le roumain. Il persiste en roumain et en provençal ; dans les dialectes italiens, il se change en g quand la terminaison persiste ; en français, il devient y ou tombe, excepté quand il est appuyé (lisons : quand il est précédé d*une liquide, auquel cas il est traité comme initial) ; le ladin nous montre le traitement du roumain, des dialectes italiens; du provençal et du français.
M. Joret termine ce chapitre par Texamen du toscan qui change la vélaire en /, et du sarde qui change également en X les groupes se (</), rc [a). Il ne fait que constater ces changements dont on voudrait avoir Texplication.
Au chapitre ii, nous voyons la gutturale s'affaiblir en y. Des exemples sont apportés des langues germaniques, qui font yàxxg initial, médial, ou final ; les exemples du g initial sont inutiles parce que le passage de (; à y en roman n'est que la suHe de son affaiblissement en g. Quant aux exemples romans, ils sont fournis par le ladin, les dialectes du nord de l'Italie, le portugais et le français. Ici la question devient complexe, et d'une analyse délicate, et M. Joret a eu le tort de séparer, pour en faire un chapitre à part, les exemples où la gutturale disparaît. Les deux choses sont connexes, et, ce qui augmente la complication, c'est Tapparition d'un % parasite développé dans certains mots sous riniluence de la gutturale (par exemple : aigre == acrcm). Ici se montre bien le défaut des divisions de M. Joret, puisqu'elles le forcent à séparer des faits qui ne sont pas séparables. Foyer ^ noyer, payer ^ pleier (dans Eulalie), preier{ià,), appartiennent à la série c = y ; rernœ, cliarrue, Siiône, Yonne, à la série suivante, où c disparaît ; aigre maigre à une troisième série c = ir. Mais qui nous dit q\xo/oyer^ noyer, etc. , n'ont pas d'/ parasite, et pounjuoi dans verrue, chnrrue, etc., n'en voit-on pas paraître? Pourquoi un yod dans paaire, payer et non pas dans *ratirare, enrouer? dans locarium, loyer et non dans /oc/ir^, lover? Ces questions devaient être nettement posées, et Ton pouvait au moins rassembler les éléments d'une solution. Il faut tenir compte évidemment des voyelles qui précèdent et suivent la gutturale, comme d'ailleurs l'a vu M. Joret, quand dans son errata il dit que le c tombe en français presque uni^iuement devant o et w. La règle est la suivante : Des deux voyelles qui entourent la gutturale, si la seconde est vélaire [o, «), la gutturale tombe, quelle que soit la première {Saôm, sûr, etc.) ; si c'est un <7, comme cette voyelle est scmi- vélaire, semi-palatale, il faut, pour que la gutturale tombe sans laisser de traces, que la voyelle précédente soit une vélaii*o pure [o, u ; juuvr, charrue, etc.) ; mais si c'est a ou à plus forte raison p, /, on aie yod [payer, doyen, ployer, Qic, Y . Les seules
' Dans amie, vessie, (que je) die, etc., rien n'empêche d'admettre un i palatal dégagé de la gutturale et londu avec 1 i étymologique. Le ladia atnic', am%g\ amik rapproché de /flic lac], vient a l'appui de ce que nous disons. Cf. la page suiv., noie l.
exceptions que je connaisse à ces règles sont essuyer, noyau, voyelle, foyer, loyer, noyer [nwarins], JAa\s essuyer en vieux français, dans sa forme la plus ancienne, est esmer: essuyer est refuit sur siii =^ 8iif«s; noyau est une forme rajeunie du primitif nmU (Livre des Hoii) ; voyelle est un mot savant qui date du xV siècle ' ; quant à foyer, loyer, noyer, c'eât l'i de arius qui, se combinant avec l'a, place la gutturale devant une palatale ; et ces formes sont intéretsantes en ce qu'elles montrent que le changement de ariun en ier est postérieur eu changement de c en ff (sans quoi le c se serait a^sibilé ; le y palatal ne s'assibile pas) et antérieur au changement de g [issu de c' en y. Maintenant, comment a lieu le changement î Le j s'est-il affaibli aimpioment en y : pacare, pagar, payar, payer ? Ou n'j a-l-îl pas développement d'un i parasite comme dans aigre, etc.. puis chute de la muette niédiale payyar, payar, payar, payer* Le miia de Boèee ne prouve rien, car il peut venir aussi bien Ae mùa,miga,miiya,m>ia<\ne Ac mica,miya,miya. Bien plus, la présence de l't parante dans aiyre, maigre, etc., semble prouver qu'il y a eu chute pure et simple de la médiaie g après dégagement de \'i àaos preier, jfltier, payer et les formes analogues En effet comparons lairme a aiyre ; l'analo^e force de conclure à une série layr'me, laigr'me, lairme. Le Bestaire de Gervaîse donne la forme aille ^= aquHa (Romania, I, p. 43T). Si l'on n'avait pas aigle, on admettrait la série aq'ta, ayla, ayU, afe [V =^ l mouillée^ sans songer à l't parasite; cet t qui s'est développé dans aigre, aigh, et suivant toute vraisemblance dans lainne, etc., a dû naître aussi dans payer, etc., la muette niédinle diâparaissaot comme toutes les autres muettes et ne se transformant pas en y. Cependant ce n'est qu'une hjpothi^se que je donne là, hypothèse que j'aurais voulu voir en tout cas discutée par M. Joret, ainsi que cette autre question de la naissance de l'i parasite. Comment sort-il de la gutturale ' ■? et est-ce de la sourde ou de la sonore qu'il se dégage? Ces questions encore auraient pu être, sinon résolues, du moins
Letjpe V U pBKO
lalîD twZfrr. d'oi ■"'■ M. Jor^t
Hitme de
n éTiJent que
dit que Up« que
parante. Il c» ciiuoui ,juc i» >. •, "1 Eoa mouillé qui >uit la jiutlucaiE, D do son, donne hjij {laic'j. M. J.
irn de comparable; da Tait, il t tu
-. y-, , r— Jiplc, I dQ iiisser par celte premier
.adin. et peul-Clre doil-oa conclure du ladm pour les
où, dis lora, il y aumt chulo pura et Bimple de la ^ ^-—
* U. Joret iMiDstale l't psreeite en provençal, sa fiintals, en eapa^nol, i gaia et mima en ïialïea. Pcuc l'espagnol, il monire bien comment e de itcho, etc., Tient de a -^-i; conuDant explique-t'il le ei du porlU((Bis Itîxai ttimo (JB*r(m;.ïlc. ?
eapa^nol, en porlu-
Poursuivons Tanalyse. M. Joret étudie la terminaison acum, iacum ; il no fait guère là que reproduire la théorie de M. J. Quicherat [Xoms 2)ropres de Heur, p. 34 et 59), et il admet avec lui que les formes en y viennent par déplacement d'accent et par chute de la syllabe ac de i[ac]îim ; cette théorie est inadmissible pour diverses raisons ; le changement do {arum en y est analogue à celui qui dans certains dialectes transforme le participe ié et l'infinitif />r en t, ir.
Le livre I'' se termine par un chapitre consacré à la substitution du / et de Vs au c vélaire. Déjà le latin populaire disait reclus, sicla, capiclum, slaclaris, scîopus^ etc., pour sifla (siluJa, etc. Le changement inverse est normal dans le Tjrol, comme le prouvent les curieux exemples donnés par M. Joret : llame {clamare)^ flines [rrmes)^ etc. I^uisqne Fauteur cite ici des exemples de la confusion de cl et cr avec // et r, il aurait pu rappeler les formes catalanes et provençales payre^ wayre ["^ pacrnn, ^ macrem = pal rem ^ nmfrem)^ et la forme curieuse grajpfty dragée (portugais et espagnol) qui confirme, en mémo temps qu'elle en est confirmée, le français craindre = iraindre, 1re)nere,
Ces changements de c en / trouvent place au commencement et à la fin des mots. A la fin de 5 mots, M. Joret signale la substitution de / à c final dans qucl(iue5 noms provençaux et français et la substitution inverso du c au / final dans la conjugaison provençale. Les derniers exemples ne sont pas concluants: Cazec, correc^ moc, parlée^ etc., viennent assurément de * cadirif, * currinf, movit, ^^«rflfJo/flw/, etc. ; mais le r y représente le 2' ou Y a, comme le prouvent les formes aie (habui), Une ^'tcnuij. tengues (tenuissem), etc.
Pour résumer le premier livre, on y trouve peu de recherches originales : Ion y remarque des exemples nouveaux, des fait? peu connus empruntés aux patois ; mais la théorie du c vélaire n'a pas reçu toute Tétudc approfondie qu'elle méritait et c'est plutôt un exposé quelque peu artificiel des faits qu'une théorie que nous donne l'auteur.
Le livre II est supérieur au premier, et si la critique a encore ses réserves à faire sur divers points et des lacunes à signaler, elle doit reconnaître les faits nouveaux dont M. Joret a enrichi la philologie romane. Il démontre d'une manière explicite que vers la fin du vii° siècle ci et // suivis d'une voyelle sont devenus soit (s soit/.?/, et de même ce^ ci. Comment avaient eu lieu ces changements. Ti -fvoyelic et ci -j- voyelle tendaient déjà à se confondre à l'époque classique, par suite de la similitude de prononciation qui existe entre ces deux groupes et par une confusion analogue à celle que présentent amiquic ami lié, quien iien^ ci n liane cinquième : de là le son fy qui aboutit à Ich. De mémo le c palatal pur et simple {c devant e et t) que je noterai avec l'auteur par Ci, devient ky par suite d'une modification légère apportée dans la prononciation, la langue s'appuyant un peu plus en
arant vers la bouche ; en avançant encore l'obstacle formé par la langue, on franchit le domaine du Je pour entrer en celui du t et kj\ passant par ff/ *, aboutit à fch (c), c'est-à-dire à fs {s = ch). Toute cette discussion, appuyée d'un côté sur les exemples tirés des monuments du bas latin, et sur des transformations analogues dans les Jang-ues germaniques, de l'autre sur des conditions physiologiques, me pariAÎt juste. La réfutation de la théorie de Schuchardt [Volcal, 1,150 ss.) est oonvaincante. M. Joret a raison en outre de faire de ts un succédants do tch et non de celui-ci un épaississement de //?, de sorte que la sépîô régulière des transformations de c est c (tch), s (rh) ou r, fs, s. A près avoir établi les conditions générales des transformations du c palatal l'auteur arrive aux exemples. Les premiers qu'il cite sont ceux qui montrent la persistance de la palatale.
La palatale latine, dit l'auteur, n'a persisté qu'assez rarement dans
les langues romanes ; généralement à la place de qii : querela quœnre,
qui, gruem, quod, qidefem, etc., tous mots écrits on roman avec qu, ch
(ital.)^ Je, Cette remarque est étrange; car dans tous ces mots, la
gutturale est vélaire : qif. L'auteur entend-il par palatale, la palatale
romane? Pourquoi alors l'appelle t-il palatale latine ai pourquoi, en note
sur ce passage, dit-il que le qii do quai est vélaire en latin (à cause de
1^)"^ Il semble que pour M. Joret, Vu de qu ne se prononçât pas et que
î^ fut une notation adéquate à 1c, et cette présomption, qui parait
ressortir de son langage trop obscur, est confirmée par ce que nous avons
Signalé plus haut dans l'introduction du livre. Tout ce paragraphe est
P^^ net. Les formes provenant do qu ne peuvent être alléguées comme
exeinp]gg du maintien de la palatale. — D'autres exceptions plus
^éelleg^ qu'on rencontre surtout en roumain, sont expliquées avec soin ;
^i^Un il. Joret arrive à la fameuse exception du sarde logoudorien qui
^^ïiservo souvent la palatale comme sourde eu comme sonore.
v.e trait du sarde logoudorien semble une des plus solides preuves de Pî*ononciation forte de la palatale latine, prononciation établie du
^te d'une manière incontestable par d'autres arguments très sûrs.
^tefois, à l'époque où M. Joret imprimait cette page sur le sarde
^^Udorien, M. Ascoli émettait quelques doutes sur le caractère ar-
^*lue de cette prononciation. Dans son Archivio (II, 143, note sur • 9b), après avoir rappelé qu'en sarde logoudorien le g initial se
^'^^e en ô et le^ médial disparaît, phénomène, dit-il, qui à lui seul
W ^^ précise ici un peu plus que ne le fdit l^auteur le changf^ment de k en tch.
11^ ^^fet admet immédiatement après la forme k la forme c (= tch] ; le passade do
. ^ k Tautre n'a pas été aussi brusque et entre elles deux doit su placer la forme
/*. *^n8 les faubourgs de Mons chien se dit suivant les villages ht, tyi, tc^i, La forme
f^ ^si très caractérisée et a une existence bien marquée. Cet exemple, quoique ponant
1« groupe ca^ est valable ici, parce que \qc y est considéré comme palatal.
Eufflrait à rendre bien douteu^ie J'antiquité de la prononciation logoudorienne che, gli4, il ajoute : n E alLri argomenli, non meno poderosi, concorrono a togliere ogni prestifiio cli anzianitiï a codeste proDuncie, e a provare clie d'altro non si tratti se non ili una alterazione, relalivamente nioderna, di f e^ di fase anteriora, alterazione speci&ca del logudorese, che rifug^ga conatantemente dalle esplosive palatine, cotne dalle fricative palato-liaguali. Mi limitera a qui aggiuiigere due soli di queeti argomentî. Dato un 17 antico (aanlo o italiano] da^ latino. questo 17, che non a dunque alcnn fondamento etimologico di snono gutturale, passa ugualmente in gutturale e quindi in labiale logudorese. corne se si tratta^se di ^ latino ; p. e. : bemnarsu [trerid. ijeimargu) jenuario-, jœnuarius ; bellare e-jectare (cf, merid. ghetfar) gettare. E dato aucora uno se =: STS, ricadîamo a sk logudorese : posca ' posai (postea), cosi aamefaxm fascia. . . Lo ?3 ^ GI anche puô, corae ogni altro zz di l'ase anteriore, degenerare in U : alla = merid. azza scies (fllo. taglio) ; erillu ericiua ; iazm [lallu nel dislr. di margliine) laccio. Ha piir (jiii rertejissinio/n/-m(raiit. lognd., dalloschîetto/wfi*-, e percirt non sentendo lo ci, Ita/ay/i*; cf calrh/' calcio] n. Pi de ces exemples le premier {j= h] n'est pas convaincant, des foi-mes comme pg<:a=:^oa/cff pourraient peut-être inspirer le soupçon surrantiquité de la palatale logoudorienne, elles exemples tels que nfltr semblent montrer que la gutturale peut s'assibiler. On pourrait vouloir tirer un nrgiinnent du patois poitevin, qui pré^enle des formes telles que qiiifllé ceux-là, yu«//e celle, qiiielijiii cemL-ci, quieu gnioce, ceci, cela, cet (Fabre glnn», illi Poiloii. p Iviij ; I.alanne, Oloaii. ttupal. f>oitev.,p. xxviij-sxx, donne des formes un peu différentes, mais de même caracti^re, entre autres pour fe, cet : l-hion Imi quiou ; pour eelU ; ichifUn Itelh qtiMh tjvah ; pour aliii-ti : qnovqiiiqui quieiiquiqui, etc.i. M. Jo^ct voit avec raison dans quelques-unes de ces formes [Errnia, p. 3't9) des exemples do la substitution du f au i palatal : nous avons bien ici une palatale non assibilée. Mais cette palatale n'est pas primitive : elle dérive d'une vélaire latine ; car ces formes remontent 6 un type ererim ille etc., et non errf ille'. Il n'y a donc pas de coraparaison à faire entre le poitevin et le sarde. Quant à la question si intéressante des gutturales dans lo sarde logoudorien, elle est trop dit'lieile et trop complexe pour être abordée en diMail ici, et nous poursuivons l'examen du livre- La gutturale palatale l [kj] passe à •' (Ich) on italien, dans le roumain du Nord, dans lo roumanche (qui au milieu des mots réiluît souvent c à i\ et quelquefois dans l'espagnol et le portugais (spéciale-
' p«pon7, M. Ji
ment suffixes en cens). Quand la gutturale change de nature avec la vojelle de flexion dans la déclinaison et la conjugaison, elle subit en roumain et en italien des traitements divers (soit /:, soit c), que l'auteur analyse avec soin. Dans quelques dialectes italiens, elle devient parfais^; la plupart des exemples cités (7 sur 12) ont le // niédial, ce qui dôi lors nous explique un peu ce changement. Dans le roumanche de ]*Inn et la Suisse romande, elle devient s, et de même en roumain dans les suffixes aceus, iceuSy ticeus. On ne trouve pas de trace réelle du changement du c palatal en s dans le français ; les exemples tels que chercher^ chevêche ^ chicorée sont des exceptions récentes ; poulichej ranche^ sont normands ou picards ; hrefkhe^ yallesch^, rervchc^ etc., ont en réalité une vélaire, ca\ bamboche, brava he, etc., sont italiens; chiche seul présente une difficulté réelle. Toute cette discussion est très bonne. Enfin c médial devient i (./français) dans le ladin de TEngadine et du Tjrol, dans quelques dialectes du nord de l'Italie ; soit, dit l'auteur, que c devienne^, puis z, soit qu'il devienne r, .s, z ; soit, ajouterons-nous, qu'il données (comme dans plaisir) puis^^y (plaisjir), et finalement ;>/^Vr (/>/ç^' aux environs de Metz: cf. majon = maison, qui prouve que le développement du y dans phji est postérieur).
Après les changements de c en r, tv, y, z, viennent ceux en As, dz. On les retrouve dans le roumain du sud, quehjuefois dans celui du nord, et aussi dans le ladin du Tyrol et du Frioul. dans le sarde logoudorien (à côté des exemples de la conservation apparente de la gutturale latine), et çà et là dans quelques dialectes italiens. Le suffixe f////? a été décidément traité par l'italien comme tins ; il est devenu zzo. En effet, ritalien change régulièrement /t -|- vojelle en zz owzzi^ (M. Joret n*examine pas la question de la présence ou de l'absence de l'i") *. L*assibilation de la gutturale est générale dans les idiomes de Touost. Dès le x° siècle, le français a chunsré c en ts ou th. Initial, il devient 8 dans quelques rares exemples du xiii®, frénéralement au xvi^, quoique Torthographe garde la lettre r, Médial, il devient
* Ti devient aussi gi dans falagio, ragion^^ elc. \ oir p U.i, y i. Ces formes sontelles Ucs al^albli^^enleuls de c, uu uUe buite que /( eu iialicu &erdit devenu i:\\] ou c ? Les iu'>t9 iiiagioHe, engiune si-nibient [trouver lo contraire ; on a dans palngio un • tfaiblissemeiit normal de /i méilial en ;t, puis le i se palataiise, 7J d^où gi ; de même dans Wdiiontm^ occati' »em, ii =z hj =y qui dirvienl g c«Mnine ^Inufi jncere = giarere, Kn tout cas, quelque explication que i^uu donne de l'on^iiie de ce </ = ti, on est lorcé d^aduiettre que le développement de ti a dû ^tre ici diUert ni de celui de (f ; c'est bien aussi Tavis de M. Jurei ; mais on teraii curieux de savoir en quoi consistaient ces diiTérences et quelles en étaient les causes.
* Si l'on considère des formes telles que giustizia et giui^tezza, rizio et vezxo, on se persuadera que k-s mots qui ont « sout d'onj^ine savante. Le cuniclère de turmation •avaute est visible dans astuzia, jiozione^ tiaztone, dominazinne^ cscalazione, abitatione^ nationê^ r%formatione ^ pigritia. Les moth en s ou tz sans i ont dans leur phvMonomie quelque chose de pius populaire : alzare^ JeboUzza^ marzu, piazza^ etc. CV'st du reste l'opinion de Dicz, 11, 3C4.