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AU XVI» SIÈCLE

UÉPONSE A M. TALBERT

Ed réponse à un article de la Revue critique * , sur son étude du Dialecte blaisois, M. Talbert m*a fait Tliouneur, dans une lettre d'une parfaite courtoiiie, de reprendre la discussion : il Ta portée sur un point spécial, la prononciation de la voyelle u au xvi'^ siècle. J*avaii écrit les lignes suivantes : a M. Talbert démontre que Vu s'est jadis prononcé eu. Telle a été, eu elfet, dit-il, non pas la seule prononciation delà voyelle, mais une des plus communément employées depuis forigitie de la langue. 11 fonde cette étonnante afiirmation d'un côté sur des exemples établiisaut la prononciation eu pour des mots qui depuis ont eu un 1/, mais qui se prononçaient d'abord eu et plus anciennement eu, ce qui ne prouve rien ; do Tautre sur le témoignante de Palsgrave qui note par eu notre u. ce qui n'est pas plus étrange que la notation allemande du même son par ue [ueber). » L'auteur n'accepte pas ce jugement, et il s'efforce d'établir que u sonnait eu^ en s'autorisant à nouveau du témoignage de Palsgrave et en s'appujaut sur les rimes de quelques poètes du xvi® et môme du xv® et du xiv" siècle.

J'ai lu avec soin la lettre de ^I. Talbert, et examiné attentivement ses preuves. Je ne me sens pas convaincu, et j'en reste à mon appré-

* Niiinén» (lu 10 janvier 1875 ; reproduit p'.us loio, article Dh Dialecte hluisoiêti de ta cvnfurinit^ avn l anctenne langue et î'ancifnne prononeiaiiou françêiêê.

l LA PRONONCIATION DE LA LF.TTHE V.

dation pramiÈre, Eu n'a cerLiinement pas été la prononciation générais de la voyelle n nu xvi° siècle et dans la vieille lan^'ue depuis ses ori^nes. Toutefois la question esl complexe ; et pour la poier nettemont, il faut établir diverses distinctions. La première o^t celle des ilialocles. Quand on parle de la prononciation générale, il est bien entendu qu'il s'agit de celle du dialecte français de l'Ile-do-France, de celui qui eit devenu la langue de la cour. In langue commune. Or, au moyen âge, jusqu'au xiv* siècle, et de nos jourj depuis le commencement du xvIl^ on peut affirmer que la prononciation de l'u a été la nûtre. Pour le moyen flge, il n'y a fju'à passer en revue les nombreuses assonances en « des chansons de geste; elles sont toutes sans extepltoit d'une pureté parfaite, l'u y repose sur un û du latin classique ou populaire et n'y asaone qu'avec lui-même, Pour l'époque moderno, la question sa complique, parce que les variations subies par des sons voisina de Vu en viennent troubler l'histoire. Posons d'abord les faits.

En thèse générale, dans le dialecte do l'Ile-de-France, c'est-à-diro dans la langue commune, ô et û latins accentués, devenus à fermé dans le latin populaire, ont conservé cette prononciation jusqu'à l'époque, encore mal précisée, à laquelle cet à fermé s'est scindé en deux sons différents, ou et eu : latin nos, vieux français nos. français moderne nous ; latin lûptiin, vieux français h, français moderne ioop ; latin âûlirfm, vieux français dohi; français moderne douleur; latin jùven^m, rieux françaîsjib'i«,fi-ançais moàerao jeune. L'O bref accentué est devenu suc- Cââsivement ilo [a" siècle), ue (xt-xn"), tr [xil-xiii"). eu (xiv-xix'^). Ainsi V A en partie et d régulièrement ont, par des chemins ditîérents, abouti jL fH et y sont restés, sauf dans deux ou trois mots tels que * ntSra, au svi" siècle ine«rfl, de nos jours màre\Ji)riiiii, nu xvi" siêele/eKr, do non jours /i/r. Eu a une tendance à s'affaiblir en w, sous l'action do consonnei voisines ; cette tendance, plus inanjuée au xti<> siècle, a laissé des traces dans la prononciation et l'orthographe du temps, où l'on trouve june â côté déjeune, hurle à côté de heurte, et dans la prononciation actuelle, dans les mots cités plus haut miin ai fur.

t" long du latin classique ou populaire [c'est-à-dire ou) est devenu notre w actuel, qui des Uajvemiers temps rfe 7a taiii/ue s'est prononcé u [ii) ât n'a pas changé jusqu'à nos jours. Il n'en faut excepter qu'un petit nombre de mots dont la prononciation, un moment, a hésité entre M et u pour revenir à «. Nous allons les examiner tout à l'heure.

Eatin, la chute qui eut lieu, vers la fin du xi° siècle, des muettes m^diales, donna naissance, danslea mots ou la muette était suivie d'un û loDg accentué, & des dissyllabes qui furent d'abord eii, puis eu, puis généralementw ;tels sont ma/Krwni, mw/wr, meur, meur,niûr\ seeurum, styur, ceur, aeur, aûr ; augurium, agurium, agur, aur, eûr, eur. fi«ur\ les pATticipss en ulul, eut, eii, eu, u ; les parfaits indicatifs et impar-

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faits subjonctifs en eiis, eus^ us ; eiisséy eussê^ ussê ; les substantifs verbaux en êdurê^ eure, eure^ ure.

Dans ces formes, eii, après avoir passé à un son eu qui se distingaût do Vm issu de ô, â, e), est devenu dans la langue commune u, mais non sans subir des fluctuations diverses au xvi«, au xvii* et au xviu* siècle. On trouvera une histoire détaillée de ces hésitations entre eu et u dans Vétude de M. Talbert sur le dialecte blaisois ; j*y renvoie le lecteur. Il n'en est resté d*autres traces dans la langue usuelle que/mfier^ au lieu de juner, et Iieur^ heureux^ au lieu de hur^ hureiix. Toutefois, si la prononciation de cet eu a été longtemps indécise, celle qui devait triompher dominait déjà au début du xvii^ siècle et à la fin do XVI* siècle. C*est ce que nous allons établir.

Pour le premier quart du xvii* siècle, nous avons un document important de la prononciation commune dans le Chrand dictionnaire in rimes françaises (Genève 1823) '. Nous allons passer en revue les indications qu'il donne sur la prononciation de Vu. Nous trouvons la prononciation actuelle pour les rimes en tw (page 10), ud (11), ude (35), uc?iê, usche (56, 58), ule ('74) distinct de euîe (87), nblSf uple (T7, 85] séparés de euhle^ euple (78, 85), ure (98), upe^ urpe (111), uqus, uï^, urquSj usqu£ (11^, 117), ubre (ilA)^ ucre^ ukre (115), usire (140), «a, usse (27, 151), eusse (imparfait du subjonctif) (154). « Cette termiDaison (en eusse] ^ fait observer Fauteur, ne se prononce point comme ayant la diphthonguo et/ à la pénultième, mais comme si c'était un m simple, assavoir comme celle en usse. » Parmi les mots en nme [90), Tautour cite rumcy que l'on écrit aussi reume^ dit-il, mais qui se prononce comme s'il n'y avait que Vu. A propos des rimes en ure (pages 122 et 123) on lit la note suivante : « Il y a une terminaison ci-après en ^kt?, qui se prononce entièrement comme celle-ci avec un u simple, hormis qu'elle a la penultiesme longue, que ceste-ci a brève, à la page 143, colonne 2. Il se faut garder de les apparier car il y a mauvaise grâce de dire :

L'homme de sa nature^ Est tout plein de souillure

La quantité de mots rend la chose facile en Tune et l'autre, w l'l« loin (142-144), l'auteur donne en effet les rimes en eure, qu'il divise ei trois séries; l'une comprend les substantifs féminins en eiire = lat. atura sur cette terminaison, l'auteur dit qu'elle a s'escrit improprement avec la diphthongue, veu qu'elle ne prend la prononciation que de Vu simpl»; et se prononce comme si elle estoit escrile ure, puisqu'on le fait. 11 es

* Cet ouvrage est la seconde édition d'un Dictionnaire des Rimes françaises pubi sans nom d'auteur à Genève (1596, iu-8»), et attribué avec beaucoup de vraisex blance a La Noue, fils du célèbre Bras-de-fer,

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