‹ Reliques scientifiques recueillies par son frèreChapitre 33 sur 48 · ILIE ET QVI EN ROMAN · texte numérisé non relu

ILIE ET QVI EN ROMAN

arrivée au français. Or, comme la langue ne pouvait se passer d*un pronom accentué, régime direct, soit pour l'emploi emphatique, soit pour l'emploi substantif, soit pour Tinterrogation, elle l'emprunta au datif n/». Déjà dans les Serments de Strasbourg, on lit : ne neuls cui eo retitrnar intpois, en latin cui et non quem. Ce datif n«, à fonction d'accusatif, se fondit naturellement dès le \ui^ siècle avec le nominatif ^i// : Sainte Marie qui maint pecchierres apele, lit-on, Aliscans, v. 759, dani le manuscrit de l'Arsenal [Belles-Lettres, franc. 185) qui est sans doute du commencement du xiii^' siècle. Le ms. antérieur que copiait le scribe portait certainement Sainte Marie cui mainz pechiere apéle. De là, cette forme unique de notre relatif moderne, quand il est employé absolument ou interrogativement : Qui m* aime me suive ; Aimez qui voué aime ; Jouer à qui perd gagne, — Qui êtes-vous ? Qui voyez-vous f A qui le dites-vous f

Ces faits nous font remonter à une déclinaison du latin vulgaire qui avait trois cas, mais où l'accusatif, n'étant plus usité que comme proclitique, se faitait remplacer par le datif dans l'emploi emphatique, absolu ou interrogatif.

2'' L'ancien provençal donne les mêmes faits : un sujet accentué qui, chi, qui atone peut s'affaiblir en que ; un régime indirect cui et un régime direct atone que, accentué ad : Boecis. . . cui tant amet Torquaior Mallios, Boéce 29 ; Cella cui mes cors dezira, Corcalmon ' . Ce cui remplace un quem accentué disparu.

3® Faits analogues en italien. Les paradigmes sont, au cas sujet, chi et che ; au régime indirect cui ; au régime direct cui accentué et ch^ atone. Le sujet che est atone ; est-ce un afTaiblissoment de chi ou l'accusatif M^ = quem ? peu importe pour la question qui nous occupe ; il nous suffit de savoir que l'accusatif latin quem est représenté par un atone che, et que, pour la forme accentuée, l'usage a été prendre un autre cas, le daiif rwi : la donna che vedo ; ilpralo cui il ruscello irrif/a, Vfelice colui eu' ivi eJegge, Dante, Inferno, 129.

A travers les formes complexes du roumain ce, cine, cui, on démêle également, quoique moins clairement, des faits analogues à ceux de l'italien.

Ainsi, dans la plus grande partie du domaine roman, l'idiome vulgaire déclinait au nominatif ^w*, au régime indirect cui, formes accentuées ; au régime direct, d'abord, forme uniquement atone quem que (pourquoi uniquement atone ? sans doute parce que la chute de la finale m avait enlevé à que la possibilité de recevoir l'accent) ; puis, comme substitut accentué de cet accusatif, le datif cui,

^ Meycr, Recueil d'ancien» teœtet, I (proveDçal), n* 8, vers 7.

Dans la péninsule ibérique, les choses se passaient autrement. L'usage d*un adjectif cuius cuia cniurn^ conservé uniquement dans cette province, oublié dans tout le reste du domaine roman, avait rendu inutile le datif cui^^ lequel naturellement disparut. Le relatif fut donc représenté uniquement par deux cas, le sujet accentué quÎQi le régime direct quem^ qui, accentué, devint en espagnol quien^ en portugais quem^ et atone, devint que dans les deux langues. De là le relatif archaïque de Tespagnol et du portugais. Les textes anciens en effet connaissent un pronom sujet accentué qui^ employé absolument ou intefrogativement. Qui h(en mandadero enhia, fat deve sperar^ Poema del Cid, v. 1458. — Demos qui îo cohris non auriapavor^ Alex., str, 92. — Todos lo's sm miraglos^ qui hs podia contar^ S. Dom. de Sil., str. 384. — Qui sacarlo8 quisiesse busqué escrividores, id. 386. — Como qui su négocia a tan lieii recahdado, id. 396. — Qui la vida quisiere de Sa7i Millan saler. . ., S. Mill., str. 1. — Demaiidôlis qui eran. . . , S. Oria, str. 31.

Ce pronom qui a disparu dans la langue moderne, et c'est quiên^ quem^ et que^ les deux formes, accentuée et atone, de Taccusatif, qui en ont pris la place.

Ainsi le latin populaire d*Espagne avait réduit sa décliuaison aux doux cas suivants :

Formes accsntuébs. Forme atone.

Sujet qui —

Régime quem queim)

Arrivons au pronom ille. Ici aussi nous avons une double division : d'un côté, en Espagne, deux cas ; de l'autre, dans le reste du domaine roman, trois cas, avec un accusatif accentué emprunté d'un datif tonique.

IL — Le DEMONSTRATIF ILLE.

1® Le démonstratif ille^ devenu en roman pronom personnel de la troisième personne, affecte en ancien espagnol et en ancien portugais les formes suivantes ' :

* Avec l'idée de génitif de possession, essentielle à Tadjeclif cuius^ pouvait facilement se confondre Tidée d'attribution, propre au datif. Voilà pourquoi eut disparut ici devant cuius. Dans les autres langues romanes, inversement, la disparition de cnivs a^djectif ayant entraîné celle du génitif c«i«s, le datif eut cumula, pour la môme raison, avec sa fonction propre de datif, celle de génitif.

* Voir Diez, Oramm,^ II, p. 82 et 85 de l'édition française ; cf. Morcl-V'alio, dans JRomania^ IV, p. 33.

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