‹ Reliques scientifiques recueillies par son frèreChapitre 39 sur 48 · DU DIALECTE BLAISOIS · texte numérisé non relu

DU DIALECTE BLAISOIS

public. Je signalerai spécialement le chapitre consacré à Thistoire de la diphtongue oi, et dans lequel il montre bien, contre M. Quicherat, que le son aua de cette diphtongue a été précédé d'un son oué (et même ouè) lequel à son tour dérive de oe. Là encore, sans parler d'erreurs de détail et de sa facilité à se contenter de certains arguments bons en soi, mais insuffisamment développés, l'auteur n'a pas vu que oe dérive d'un ôi (prononcez comme dans le grec |ioi), qui provient lui-même d'un ei antérieur, commun à toute la langue d'oil et issu le plus souvent d'un é ou d'un ï latin. Au xii® siècle, la Picardie change cet eienot; la Bourgogne l'imite ; l'Ile-de-France aussi, mais partiellement ; la Normandie refuse de suivre dans cette voie les provinces de l'Est et garde son ei. Je signalerai encore le chapitre consacré à l'histoire de la finale er dans les verbes. Là encore M. Talbert a raison contre l'auteur du Traité de versification française. Je noterai aussi les observations sur la prononciation des nasales au xvi^ siècle, sur la distinction du passé défini et du passé indéfini au xvii« siècle. Ces diverses observations, d'autres encore que je no puis signaler ici, prouvent un esprit judicieux et perspicace. Elles forment, malgré les nombreuses erreurs qui les déparent et qui sont dues à l'ignorance de la vieille langue, la partie solide du livre de M. Talbert. Ceux qui s'intéressent à l'histoire du français tireront profit des renseignements utiles qu'il y a réunis.

L'ouvrage de M. Talbert nous montre une tendance nouvelle qui porte les esprits curieux vers l'étude scientifique de notre langue. C*est ce qui a été compris en Sorbonne, et on no peut qu'approuver la Faculté des Lettres d'avoir donné ses encouragements à de pareilles tentatives en recevant comme thèse de doctorat un travail sur un patois. Si l'on ne peut aborder sans études préliminaires, longues et difficiles en somme, des travaux sur le vieux français ou mémo sur les patois, il reste toujours un champ ouvert aux recherches des hommes studieux. L'étude do la langue du xvi" et du xvii® siècle demande moins de connaissances spéciales ; il suffit de lire avec attention les ouvrages du temps : grammaires, obiervations littéraires, etc. En recueillant et coordonnant avec soin et critique les documents de ce genre qui abondent du reste, on peut apporter beaucoup de faits nouveaux à l'histoire de notre langue. Si l'ouvrage de M. Talbert était le signal de recherches de ce genre, nous ne pourrions que nous en féliciter.

[Sevue critique^ 1875, n» 3.)

T. ir. 4'^

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