DU DIALECTE 13LAIS01S
table des matières, sur un plan correct (I Voyelles ; II Diphlongues j III Triphfongiies ; IV Consonnes ; V Arllcle, substanlif et verbe ; VI Textes hlaisois) Tordre suivi dans le détail n'est rien moins que scientifique. D'abord, on chercherait vainement, soit une carte, soit une description géographique du dialecte dont l'auteur entreprend l'étude. Les quelques mots qu'il dit dans Y Avant-propos ne sont pas suffisants. En dehors de Blois, quels sont les environs qu'a exploités M. Talbert et jusqu'où s'étendent-ils ? Si nous entrons dans Texamen du livre, nous voyons dans la cinquième partie, une section (p. 243-259) consacrée aux substantifs qxd ne différent du français qm par la prononciatioUy autrement dit, qui sont soumis à des lois do phonétique spéciale. L'auteur n'a pas vu que cette question devait rentrer dans l'étude de la prononciation des voyelles et des consonnes. M. Talbert n'a qu'une vague idée du rôle de l'accent latin en roman, et il ignore l'histoire du vieux français et des lois de sa formation. Dès les premières lignes, constatant ce fait que le dialecte blaisois allonge Va long français et tend à en faire un o (sable = sâbe)^ il cite à l'appui de cette prononciation nasale (sic) les formes de l'anglo-normand aun^ le changement de al en au^ faits d'ordre entièrement différent ; il en rapproche d'autres formes blaisoises telles que papa^ maman où c'est l'a atone initial qui devient o bref on long. Comme exemple du changement de a en e, il cite (p. 11} almena, bremer qui contiennent un e féminin, à côté de chercutier^ cal/ierre qui renferment un é ouvert. « E sonne c » dans dehors y fainéant, lézard^ lécher ^ jeter ^ etc. » (p. 18). Ici sont rapprochées des formes dissemblables: Vi de diors ^ fèegniant est dû à un adoucissement de Thiatus ; celui de lizard^ licJtsr^jiter^ à l'action de la gutturale avoisinante. Dans les exemples de changement de t en e ou é, ou ai ou ei (c'est tout un pour l'auteur), on trouve pôle-méle réunis des mots ayant un i atone, ou un i en position, ou un i devant une consonne palatale (p. 24). M. Talbert affirme que les rimes Olhon^ êemun de la Chronique des ducs de Normandie (v. 18144-45) sonnaient aiin, et il tranche la question de ïo en vieux français d'après les assertions de Burguy, sans se douter de la complexité des problèmes que soulève l'étude de cette voyelle. Il démontre que Vu s'est jadis prononcé eu. « Telle a été, en eôet, non pas la seule prononciation de la if voyelle, mais une des plus communément employées depuis l'origine » de la langue (!) » (p. 49). Il fonde cette étonnante affirmation d'un eôté sur des exemples établissant la prononciation eu pour des mots qui depuis ont eu un u, mais qui se prononçaient d'abord eu et plus anciennement eil, ce qui ne prouve rien ; de l'autre sur le témoignage de Palsgrave qui note eu notre u, ce qui n'est pas plus étrange que la notation allemande du même son par tie [iieber]. Pour prouver que de tout temps ai en vieux français sonnait ^, noté par i ou par ei (p. 62) t
il cite les imparfaits normands en eit, comme si Timparfait français avait toujours été en ait, les participes bourguignons en eii (de aius) et des formes en e réduites de ai qu'il accentue à son gré en é ; parmi ces formes en e qu'il donne comme issues de ai, on trouve des mots tels qwo per (aujourd'hui pair doparem), qui n'a jamais été en vieux français que 7;^/* et ne doit son orthographe par ai qu'à une erreur des lettrés do la Renaissance. Entre autres exemples de l'afTaiblissemeot do ai en a (p. TO), il cite des mots comme vrâmeni, pâment^ ce qui est exact, ou comme agu, agnsery cJaron, char (carnem), qu£ j'aimasse [dfaiblissemcnt de quejaitnaisse, dit M. Talbert, p. 246); il ne remarque pas que dans ces derniers mots Va est étymologique. 11 partage l'opi' nion dos grammairiens qui voient des diphtongues dans des sons simples tels que ou, au, eu (p. 157) ; aussi écrit-il que « la diphtongue » ou sonne dans un certain nombre de mots : tourment^ poumon^ » nourrir y etc., prononcez forment^ etc. » Il fait dater la diphtongue tau des origines de la langue et comme preuve à l'appui, il cite des vers d'Eust. Deschamps, d'Adam de la Halle, c'est-à-dire des textes de la fin du xiii*' siècle ou du xiv°. Ayant remarqué que le normand a une affection spéciale pour le et le bourguignon pour Va, et admettant la théorie surannée qui voit dans le français un mélange de deux dialectes, il reconnaît du normand dans le vieux français amere, avère [amarUy avara)^ serchent {circant) et du bourguignon dans parcevoir^ varraiy damier^ larmey gendarme! Combattant Chevallet, Ampère, etc. qui voient dans /r/?/r«/.s soit Iiahcrem, soit hahuero, il penche à faire venir ce temps do luihcre Jiabcam (p. 2D4), ne se doutant pas que depuis longtemps Tétymologie hahere haheham est hors de conteste. On jxHit prolonger sans fin cette énumération de rapprochements inexacts, d'erreurs de faits, d'assertions téméraires. Presqu'à chaque page on se heurte à des fautes do ce genre, et il n'est pas besoin d'un bien long examen pour se convaincre, comme nous le disions au commencement, que M. Talbert est étranger aux questions de la philologie française.
Cependant cet ouvrage est-il sans valeur? Loin delà. La description du dialecte blaisois laisse plus qu'à désirer ; on n'en trouve pas moins des formes curieuses, dignes d'être notées ; les textes blaisois cités à la fin de l'ouvrage, quoique peu nombreux, sont intéressants. Les affirmations do M. Talbert sur le vieux français sont plus que téméraires ; mais ses observations sur la langue du xvi'' et du xvii« siècle sont en partie neuves. C'est surtout dans ces observations que consiste l'intérêt de son livre, dans les témoignages qu'il cite des grammairiens et des littérateurs, dans l'étude intelligente qu'il fait des rimes des poètes. Il y a là bien des faits curieux qu'il réunit, qui ne sont pas tous nouveaux comme il se l'imagine, mais qui le sont du moins pour le grand