‹ Reliques scientifiques recueillies par son frèreChapitre 4 sur 48 · LE ORIGINI DELL'EPOPEA FRANCESE · texte numérisé non relu

LE ORIGINI DELL'EPOPEA FRANCESE

existence des cantilènes ' ; mais n'ayant pas reconnu le lien qui unit cette épopée mérovingienne à l'épopée carolingienne, nous avions cru celle-ci d'origine romane. Nous nous rallions maintenant à la théorie de M. Rigua.

Ainsi, pour résumer ses conclusions et en dégager les conséquences qu'elles contiennent, les princes mérovingiens, continuant la tradition de leurs frères Germains, ont développé en Gaule une poésie qui, quand la Gaule fut romanisée^ devint elle-même romane et française. Une fois entrée dans la vie de la nation, cette poésie, poursuivant un développement cette fois spontané et original, aboutit à ce puissant épanouissement qui est la gloire de la France littéraire du moyen âge, tandis que l'épopée germanique, dans son propre pays, après le X* siècle, s'épuisait et disparaissait.

A l'origine et pendant longtemps, l'épopée romane est aristocratique et guerrière. Les seigneurs ont autour d'eux des poètes chargés de célébrer leurs exploits dans des récits en vers, véritables annales poétiques — memoriœ etannalhim genus, — C'est parce que ce sont des chanta narratifs qu'ils peuvent s'étendre et s'élever plus tard à la dignité de chansons de geste. Des poésies lyriques, des odes, si développées qu'elles fussent, seraient restées stériles ou auraient donné de tout autres fruits.

Ces chants, les poètes des divers âges se les transmettaient, souvent en les refondant et les remaniant au goût du jour, en mémo temps que l'histoire contemporaine, toujours active et vivante, dans ces temps barbares, féconds en héroïsmes sauvages, leur fournissait l'occasion de chants nouveaux.

Le glorieux et puissant règne de Charlemagne donne la cohésion et Tunité à cotte littérature en groupant autour d'un nom et d'une figure un ensemble de poèmes isolés et en donnant naissance à une nouvelle floraison de poèmes. Le développement du régime féodal sous les derniers Carolingiens et les premiers Capétiens ne put être que favorable à cette littérature aristocratique qui commença à perdre sa sève primitive, sa vigueur, son originalité, à la fin du xii° siècle, avec le triomphe de la monarchie et l'avènement d'un ordre social plus régulier et plus stable. La poésie épique, dans ce milieu plus bourgeois, prit un caractère d'agrément et de politesse tout nouveau ; elle devint une littérature d'amusement.

Dans cette production de huit ou dix siècles, nous ne connaissons que la seconde et la troisième âoraison, celle des xP-xiii« siècles et celle des xiii«-xv«. La première, celle des vi«-x« siècles, semblable à une végétation souterraine, échappe à peu près à nos regards. Mais,

< Dès 1878, dans nos leçons à la Faculté des Lettres.

pour ne laisser i[ue de rares débris, À grand'peine mis au jour par udo pônotranto et subtile éruditioD, elle n*en est pas moins réelle, et n'a dans sa Ibriiiation rien de mystérieux. On a souvent opposé à Tépopée savante et littéraire, à l'épopée artificielle de Virgile, do Tasse, de Camocns, de Miiton. Fépopée naturelle^ épopée nationale anonyme, puisant sa vie ot sa force dans Tinspiration populaire ; opposition plus spécieuse que réelle. Cette dernière épopée, qui serait née on ne sait d'où ni comnieiit, sous le regai*d scrutateur et perspicace de la cridque, se résout en un ensemble d'œuvrcs personnelles, dues à des poètes et (les artistes de profession. M. Gaston Paris a montré dans sa belle étude sur le poêuie latin do Ganolon (Carmen depradicione Guenom] ()Uu le texte de la f'hanson de Roland que nous possédons du xi" sièele est un remaniement d*un texte antérieur dA à un poète de grand talent dont on peut reconnaître Tœuvre et constater la manière. M. Paul Mever. dans ses savantes introductions à ses éditions de Raoul i» Citmhrai et de Girard de Roumllon^ nous fait assister à la naissance et aux transformations dei traditions poétiques et des chansons de {fc^^te, sous la plume plus ou moins habile et inventive de poètes et de remanieurs. Ce (^ui est vrai des textes de la seconde époque Test également des œuvres de la première. Pour être anonymes, elles n'en sont pas moins personnelles. Que dans ces œuvres Tinspiration ait éié heureuse et quo plusieurs de ces poèmes, répondant au goût du public, soient devenus populaires, la chose est possible, et do fait elle s'est j>roiluite. Ces poèmes auront eu simplement du succès ; ce n'est pai à dire (juMls soient sortis de l'inspiration populaire. Celle-ci a une action bien restreinte et un rôle bien minime, impuissante à rien produii'e, ou du moins à rien conserver. Les plus grands événements histoiiques passent sur le peuple sans laisser de traces dans sa mémoire. La génération contemporaine en emporte avec elle le souvenir dans l'oubli de la tombe, à moins qu'un poèmo, dicté à son auteur par Timpression immédiate des faits, devenu ensuite populaire, n'en transmette la tradition aux ^vénérations futures. C'est le poète qui crée la poésie populaire, et non la poésie populaire le poète.

La formation de notre épopée suppose une suite de chanteurs et d'écoles poéli(iuus (jui se sont succédé pendant des siècles. Il est curieux qu'on n'en trouve aucune trace dans les documents historiques du haut moyen âge ; et le silence des chroniqueurs sur ce point serait la plus grande objection à faire à la théorie que nous exposons si Ton ne savait (pio les mai^'^rcs chronicpies mérovin«:iennes et carolingiennes ne sont giirro que des annales monastii^ues relatant les faits de la vie politique, et "-ardant un silence pres;[Ue absolu sur les conditions sociales et l'étal de la culture en Gaule. Tout ce (jui touche à la littérature populaire est méprisé par les clercs, et mémo, chez ceux du xii« et du xiii« siècle,

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